Serial Kloster
162 pages
Français

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Description

Dans un couvent de sœurs franciscaines en Bavière, Sœur Annette découvre le corps démembré du père Schmidt dans le monte-charge. Lorsque la jeune novice Benedikta est à son tour retrouvée inanimée dans sa chambre, l’évêque du Vatican décide d’envoyer son agent Helmut Falk pour mener l’enquête en toute discrétion. Le FPI (faux prêtre infiltré) va découvrir plusieurs crimes odieux qui ont un lien étrange. En effet, les victimes ont été amputées de leurs pieds. Les lettres tatouées sur leurs bustes seraient-elles la clef de l’énigme ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 25 septembre 2015
Nombre de lectures 6
EAN13 9782849932612
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières
 
 
Chapitre I  
Chapitre II  
Chapitre III  
Chapitre IV  
Chapitre V  
Chapitre VI  
Chapitre VII  
Chapitre VIII  
Chapitre IX  
Chapitre X  
Chapitre XI  
Chapitre XII  
Chapitre XIII  
Chapitre XIV  
Chapitre XV  
Chapitre XVI  
Chapitre XVII  
Chapitre XVIII  
Chapitre XIX  
Chapitre XX  
Chapitre XXI  
Chapitre XXII  
Chapitre XXIII  
Chapitre XXIV  
Chapitre XXV  
Chapitre XXVI  
Chapitre XXVII  
Chapitre XXVIII  
Merci à  
Bibliographie  
 
 
 
 
 
 
À ma regrettée grand-mère Margareth
À ma tante Julitta
 
 
 
Chapitre I
 
 
Minuit. Le père Gottfried Schmidt dormait d’un sommeil agité lorsqu’il fut subitement réveillé. Il crut percevoir un sifflement provenant de l’extérieur. Intrigué et les sens encore sous l’emprise des impressions qu’avait laissées sur lui ce songe désagréable, il se leva et ouvrit la fenêtre. Un souffle d’air frais pénétra dans sa chambre. Il frissonna.
Le prêtre referma la lucarne et décida de chasser ses pensées sombres par une promenade dans le parc. Il enfila rapidement ses chaussures noires et se dirigea dans le couloir. Le presbytère se situait au premier étage dans le couvent, tout comme le réfectoire et la chapelle. Il traversa péniblement le bâtiment en longeant les murs. Il saisit sa lampe de poche et atteignit l’ascenseur. Tout en regardant sa montre, il descendit au rez-de-chaussée et sortit ses clefs de sa poche droite. Il avança jusqu’à la porte d’entrée et quitta discrètement le couvent. Il fit le tour du parc en traînant la jambe. Effectivement, il souffrait d’arthrite depuis quelques semaines, ce qui le handicapait dans ses déplacements. Néanmoins, il devait régulièrement marcher quelques minutes pour ne pas aggraver son état. Il continua son chemin et gagna le portail du hall. Il l’entrouvrit avec peine et se retourna pour admirer l’ombre imposante du cloître.
Le brouillard commençait à se lever en cette fin de mois d’octobre. Le père Gottfried Schmidt traversa un pont étroit en pierre de castine, avec des rambardes rouillées permettant de franchir la rivière qui longeait l’édifice du couvent. En effet, le domaine des religieuses se tenait à l’écart du village de Kirchbach, en Bavière. Il s’étendait sur un hectare environ. Le toit était entièrement rénové et recouvert de tuiles de couleur pourpre qui faisaient ressortir les murs en briques rouges du bâtiment. Le parc, quant à lui, était orné de statuettes d’anges en plâtre blanc. En hiver, les arbres dénudés de leurs feuilles donnaient à l’endroit un aspect austère, mais dès le printemps, de jolies fleurs accompagnaient la verdure de cet enclos magnifique.
Le prêtre avançait lentement, plongé dans ses pensées. Il approchait les cinquante-cinq ans, mesurait moins d’un mètre soixante-dix et marchait le dos courbé. Il fit halte devant la statue de la Sainte Vierge qui se trouvait au fond du jardin. Il s’assit sur le banc et se perdit dans la contemplation du visage de la pureté. Après s’être recueilli, il se signa ; il s’apprêtait à faire demi-tour pour rentrer au couvent lorsqu’il perçut un bruit. Pourtant, tout semblait calme. Il regarda une dernière fois l’alcôve protégeant la mère de Dieu, puis continua son chemin. Il entendit à nouveau un son. Cela ressemblait à des pas. Il tourna la tête, mais ne vit personne. Il devait être près d’une heure et l’office du matin n’ayant lieu que six heures plus tard, il lui parut improbable qu’il s’agisse de l’une des sœurs. Celles-ci regagnaient leur chambre régulièrement aux environs de vingt et une heures. Elles dormaient sans doute. Le curé pensa que son imagination lui jouait des tours. Il se retourna une dernière fois et son regard engloba le paysage nébuleux qui s’offrait à lui. Le brouillard s’était levé et avait pris de l’épaisseur. On pouvait à peine distinguer la moindre silhouette. Seuls le toit du couvent et l’imposant portail de l’entrée restaient visibles de loin.
Soudain, un bruit ressemblant au froissement d’un vêtement se fit entendre derrière lui, mais avant qu’il n’ait eu le temps de se retourner, il sentit une lame lui transpercer le dos et une main brutale étouffer ses cris. Il s’effondra.
Un corps svelte se dégagea de cette épaisse brume, entraîna sa victime près du cours d’eau et déshabilla l’ecclésiastique. Il regarda furtivement autour de lui avant de se précipiter vers le vieux moulin et récupéra la scie circulaire qu’il avait dissimulée quelque temps auparavant sous une trappe cadenassée. L’individu s’acharna ensuite sur le cadavre du père Schmidt et découpa le bras gauche. Essoufflé, il se releva et reprit sa respiration. Puis, avec rage, il entama le dépeçage de l’autre bras. Il procéda de la même façon pour les jambes. Il rassembla les restes du cadavre dans un sac-poubelle puis plongea ses mains dans l’eau vive et fraîche du ruisseau pour en faire disparaître les souillures du crime. Le tueur soupçonna que quelqu’un l’épiait. Inquiet, il jeta un coup d’œil autour de lui et essuya rapidement ses mains sur ses vêtements. Le sac toujours en sa possession, il se glissa ostensiblement vers le couvent. La porte était encore ouverte, car le malheureux père Schmidt n’avait pas pu regagner l’entrée du cloître en vie. Le meurtrier se dirigea sans hésitation vers l’ascenseur. Il se rendit au sous-sol où se trouvait la cuisine, traîna son encombrant fardeau jusqu’au monte-charge, à gauche de la cuisine, et y disposa délicatement le corps démembré du prêtre. Puis il termina son forfait en coupant les pieds du pauvre homme. Il se débarrassa des membres amputés dans un endroit connu de lui seul.
 
À Kirchbach, en Bavière, se trouvait un couvent de sœurs franciscaines. Onze religieuses partageaient la même foi. La mère supérieure se prénommait Hedwige. Âgée de quarante-cinq ans, elle était juste et droite. Plutôt grande et mince, brune avec des yeux couleur d’océan, elle souffrait de myopie et, de ce fait, portait des lunettes rondes. Au tour de son cou, elle avait glissé un chapelet vert. C’était celui que lui avait offert sa sœur cadette. Parfois lunatique, elle pouvait se montrer austère et stricte lorsque les règles qu’elle imposait n’étaient pas respectées. De plus, son enfance malheureuse et sans amour maternel la rendait plus forte dans toutes les épreuves difficiles. Elle avait appris à contrôler ses émotions et à garder son sang-froid. C’est pourquoi elle avait été choisie pour superviser les dix nonnes du couvent.
 
Au XIIIe siècle, la montée démographique et les problèmes de terre ne permettaient pas à chacun de vivre convenablement. Il y eut un grand mouvement de contestation au sein des laïcs, principalement en Italie. Des groupes se formèrent pour se convertir à la pénitence. C’est en 1210 que François d’Assise et ses compatriotes se présentèrent devant le pape pour se proclamer pénitents d’Assise.
En Hongrie, Sainte Élisabeth organisa des institutions hospitalières pour les pauvres à l’aide de laïcs nommés « convers ». Des communautés furent ainsi créées autour des églises et des hôpitaux. Ce mouvement donna naissance aux béguines, femmes célibataires ou veuves, qui se vouaient à des actions caritatives et possédaient une liberté d’action, à l’inverse des moniales cloîtrées.
Elles furent les premières religieuses dans le monde à s’installer près d’une église paroissiale. Elles avaient ainsi fait vœu de chasteté, de pauvreté et d’obéissance.
En 1298, le pape Boniface VIII imposa la clôture à toutes les femmes. Les béguines durent s’adonner à des règles religieuses. Elles rejoignirent ainsi la spiritualité franciscaine.
À partir du XIVe siècle, la vie des sœurs franciscaines se développa. En 1413, le pape reconnut les croyantes comme des sœurs du Tiers-Ordre Régulier. Elles étaient par conséquent des religieuses.
 
Dans le village de Kirchbach, un château se dressait depuis plus de deux siècles. En 1958, l’Église catholique le racheta à son propriétaire et le transforma en couvent. Depuis ce jour, les membres de l’ordre franciscain donnaient vie à cet ancien édifice.
Kirchbach, commune très conviviale, se situait au bord d’une magnifique forêt où gambadaient cerfs et chevreuils. Le couvent était érigé à proximité d’une rivière. Pour atteindre la demeure religieuse, il fallait emprunter le pont unique qui menait aussitôt à l’entrée principale du parc du couvent. Directement à gauche du bâtiment, côtoyant le cours d’eau, se montrait un ancien moulin. Celui-ci était abandonné depuis longtemps. Le cloître s’étendait sur une vaste superficie. À l’entrée du portail, on accédait immédiatement à un enclos qu’il fallait traverser pour se rendre dans le hall situé à droite de la bâtisse.
En face du cloître se trouvaient le poulailler ainsi que le jardin, assez impressionnant. Les sœurs pouvaient y cultiver toutes sortes de légumes et condiments, des pommes de terre, du persil, des framboises, ainsi que des salades. Plusieurs pommiers et pruniers s’imposaient dans le verger. Sœur Mathilda se chargeait principalement du potager et des fleurs. Elle avait installé une serre dans laquelle poussaient la laitue et les potirons. Afin de permettre un arrosage fréquent et pratique, elle l’avait établie près du puits.
Sœur Mathilda aimait aussi s’occuper du poulailler. Tous les matins, elle s’y rendait pour aller chercher les œufs que vingt-huit poules pondaient régulièrement. Les religieuses s’en servaient pour cuisiner.
À sept heures trente précises, la messe débuta dans la chapelle du couvent. Le jeune chapelain (1), Rainer Schneider, âgé de trente-deux ans à peine, s’avança à tâtons vers l’autel, aidé de Sœur Mathilda. La table de la Parole et la table eucharistique avaient été admirablement préparées la veille au soir par le prêtre et son vicaire (2), le père Gottfried Schmidt.
 
1) Un chapelain (en allemand, Kaplan) est un prêtre chargé d’une chapelle ou d’une paroisse personnelle.
2) Un vicaire est un titre religieux chrétien signifiant « suppléant, remplaçant ».
 
Les fidèles s’unirent pour chanter la prière d’ouverture et saluèrent le prêtre.
À la fin de cette oraison et de la liturgie de la Parole, le père Rainer Schneider enchaîna avec la célébration de la liturgie eucharistique. Pour procéder à l’offertoire (3), il saisit, assisté de Sœur Mathilda, le calice rempli du vin de messe. Il y apposa ses lèvres, mais la coupe lui échappa des mains et se renversa sur le sol. Effrayé par le bruit de la coupe au contact du sol carrelé, il poussa un cri strident. Il nettoya ses lèvres sur le corporal (4) et recula de deux pas. Mathilda se précipita vers lui et essuya sa chasuble tachée de vin. Elle s’absenta un instant et revint un peu plus tard avec un chiffon. Elle astiqua le sol. Le prêtre, immobile et aphone, tremblait. Mathilda le rassura et lui affirma que rien n’était grave. Il se ressaisit et se dirigea vers l’autel. Plusieurs minutes après cet incident, le chapelain ordonna aux religieuses de reprendre place et de poursuivre l’Eucharistie jusqu’au bout. Cette maladresse ne devait en aucun cas interrompre la célébration.
 
3) L'offertoire est une partie de la messe où le prêtre fait l'offrande (oblation) du pain et du vin.
4) Linge liturgique.
 
Après l’office des Laudes (5), les sœurs se précipitèrent au réfectoire pour le petit déjeuner.
 
5) Office du matin durant lequel l'on y rend grâce à Dieu pour le jour qui se lève par des psaumes de louanges.
 
Sœur Annette préparait les repas chaque jour. Avant d’entrer dans les ordres, elle cuisinait dans un restaurant local. Elle aimait varier les menus et composer ses propres recettes.
Les sœurs s’installèrent à table, sauf Sœur Mathilda. Elle discutait avec le prêtre Schneider :
— Asseyez-vous, mon père.
— Merci, Sœur Mathilda. Avez-vous apprécié la messe malgré cet incident ?
— Oui, beaucoup. Votre récit des psaumes était fantastique et l’hymne a été superbement chanté. Mais je crois que vous avez oublié votre canne.
— Oh oui !
Il se leva et tenta de trouver sa canne, à tâtons.
— Ne bougez pas ! J’y vais. Elle doit être restée près de l’autel.
— Mais où est mon assistant ? C’est son rôle de m’aider à ne rien oublier !
— Le père Schmidt ? Ne vous inquiétez pas ! Il va arriver.
— Était-il présent pendant l’Eucharistie ? Je n’ai pas entendu le son de sa voix.
— Non, je ne l’ai pas aperçu. Il est sans doute souffrant. Je vais aller voir s’il est dans sa chambre.
— Non, restez ici Sœur Mathilda ! ordonna la mère supérieure d’un ton sec. Je vais aller voir où il se cache ! Allez juste chercher la canne du père Schneider.
— Bien, prévenez-moi ensuite. Je dois travailler avec lui sur le sermon de la prochaine messe dominicale, poursuivit le jeune prêtre.
Mathilda revint peu après avec la canne du père Schneider.
 
Hedwige quitta le réfectoire et prit l’ascenseur pour aller voir si le père Schmidt était dans sa chambre. Elle frappa plusieurs fois à sa porte, mais il ne répondit pas. Elle saisit la poignée et ouvrit la porte tout en douceur. Elle s’étonna de constater qu’il n’était pas dans sa chambre. Pourtant, son lit était défait. Elle referma la porte et se rendit au rez-de-chaussée, à l’accueil. Le concierge était déjà installé à son poste. Elle lui demanda s’il avait vu le père Schmidt, mais l’homme répondit par la négative. Elle remonta au réfectoire et annonça aux religieuses et au chapelain que le vicaire restait introuvable. Sans doute était-il parti faire une course. Dans ce cas, pourquoi n’avait-il averti personne ? En outre, il ne s’était pas présenté à la messe. Avait-il une urgence ? Comment le savoir ? Pour l’instant, il n’y avait pas raison de s’inquiéter. Hedwige invita les membres du couvent à commencer le petit déjeuner sans attendre le père Schmidt. Elle irait le chercher un peu plus tard.
Benedikta, en retard, entra dans le réfectoire :
— Veuillez m’excuser pour ce contretemps. Je conseillais un dernier visiteur. Il m’a demandé de bénir son enfant. Mon père, pourriez-vous rencontrer rapidement la famille Hausberger ?
— Nous verrons cela plus tard, ma sœur, répondit le prêtre Schneider.
— Prenez place ! Le petit déjeuner va être servi, ordonna Sœur Hedwige.
 
Sœur Annette s’apprêta à ouvrir le monte-charge, mais quelque chose coinçait. Hedwige, la mère supérieure, se leva pour l’aider. Quand enfin elle parvint à l’ouvrir, elle poussa un hurlement d’effroi. Elle aperçut le corps sans vie du père Schmidt. Annette cria à son tour et s’évanouit. Les autres sœurs se précipitèrent pour lui porter assistance et voir de leurs propres yeux l’horrible découverte.
Le prêtre Schneider, resté seul à table, ne pouvait comprendre les motifs d’une telle agitation :
— Sœur Mathilda, que se passe-t-il ? demanda-t-il d’une voix tremblante.
— Mon père, c’est le père Schmidt… Il… Il est dans le monte-charge !
— Voyons, ne vous moquez pas de moi, je vous prie !
— Il est dans le monte-plats… il est mort ! C’est horrible ! Il y a du sang partout et sa tête est décapitée. Elle se trouve dans le plateau-repas !
— Mais… ce n’est pas possible… comment… mais…
— Il faut tout de suite appeler la police ! dit Sœur Hedwige, qui semblait déjà avoir retrouvé son sang-froid.
— Non, je vais contacter l’évêque. Composez son numéro, je vous prie. La police ne doit pas s’en mêler, sinon la réputation de notre paroisse en sera dégradée.
Mathilda, tremblante, lui tendit le combiné :
— Monseigneur ! Excusez-moi de vous déranger. Un grand malheur s’est produit !
— De quoi s’agit-il, Père Schneider ?
— Le père Schmidt, mon vicaire, est décédé !
— Mais que s’est-il passé ? Il semblait pourtant totalement rétabli lorsque j’ai déjeuné avec lui la semaine dernière !
— Il a été assassiné ! Nous avons trouvé son corps démembré dans le monte-charge ! Il a été décapité puis découpé ! C’est horrible ! Que doit-on faire ?
— Mon Dieu, quelle abomination ! Écoutez, Père Schneider, surtout n’avertissez pas la police. Il faut éviter de semer la panique et épargner à tout prix un nouveau scandale à notre Église. Cela ne doit pas sortir de notre communauté. Je vous conseille d’enterrer rapidement le père Schmidt dans le cimetière réservé aux membres de l’Église catholique.
— Mais comment justifier son absence auprès de sa famille et des villageois ?
— Vous direz à sa nièce et aux fidèles qu’il a été emporté par la maladie et annoncerez officiellement ses funérailles. Personne ne doit se douter des circonstances réelles de sa mort, personne ne devra donc voir le corps. Courage, mon fils, et que Dieu vous bénisse !
— D’accord, nous allons procéder ainsi ! Bonne journée, Monseigneur !
Le père Schneider raccrocha le combiné et tenta de reprendre ses esprits. Une larme se mit à couler sur son visage éploré.
 
Mathilda et le père Schneider rejoignirent les nonnes et leur transmirent les instructions. Toutes demeurèrent silencieuses et en état de choc. Sœur Hedwige, avec l’aide de Sœur Mathilda, déposa la dépouille dans le cercueil, qu’elle scella. Le concierge prépara ensuite la fosse devant accueillir le défunt dans le cimetière du domaine réservé aux religieuses et au clergé. La nièce du prêtre, sa seule famille, et les habitants du village reçurent avec une infinie tristesse la nouvelle de la mort d’un homme si bon et si juste. Les obsèques eurent lieu le samedi suivant et tous vinrent rendre un dernier hommage à cet être admirable.
 
 
Chapitre II
 
 
Après cette tragédie épouvantable, chaque religieuse s’essuyait encore les larmes et la plus frêle, Sœur Hildegard, fut alitée. Elle avait subi un traumatisme à la suite de cet événement plus qu’invraisemblable.
Le médecin des nonnes se rendit à Kirchbach pour l’ausculter. Sœur Hildegard avait trente-deux ans. Depuis sa plus tendre enfance, elle enchaînait les maladies bénignes et, de ce fait, restait toujours fragilisée. Hedwige accueillit le praticien et l’accompagna jusqu’à la chambre de Sœur Hildegard. Pour éviter de parler du drame devant lui, elle ordonna aux autres professes de confirmer que le père Schmidt était mort d’un infarctus. C’est ce qui aurait engendré le choc de la malheureuse.
 
— Elle a subi un traumatisme. Je vais devoir lui prescrire un traitement spécial. Elle en aura pour trois mois. Si d’ici là son état de santé ne s’améliore pas, je serai contraint de la faire hospitaliser.
— D’accord, Docteur, mais que faut-il faire ?
— Elle doit se reposer. Je pense que vous êtes toutes affectées par le décès de votre prêtre.
— Oui. Pourriez-vous nous donner quelque chose pour nous apaiser ? C’est une épreuve très lourde.
— Je n’en doute pas. Vous prendrez toutes des anxiolytiques. Mais, attention ! Veillez à respecter les doses prescrites.
— Merci, Docteur.
Le père Schneider, lui aussi, n’avait pas été épargné. Sa cécité l’avait peut-être préservé du spectacle macabre, mais le pauvre homme ne savait comment réagir face à une telle situation. Il se tenait là, avec sa canne, cherchant à capter le moindre son qui pourrait lui indiquer ce qu’il se passait vraiment. Il se sentait isolé et abandonné. Son handicap lui pesait, mais il gardait le sourire pour ne pas inquiéter davantage les religieuses. Il peinait à dissimuler son angoisse. Il faillit même s’évanouir. Heureusement que la mère supérieure savait contrôler ses émotions et lui porter secours.
 
Le lendemain à l’aube, tous célébrèrent une messe en la mémoire du père Schmidt. Bien que le corps fût déjà inhumé, les membres du couvent souhaitaient lui rendre un dernier hommage et le bénir.
Sœur Benedikta entra au bras du père Schneider et le dirigea jusqu’à l’autel. Le chapelain demanda à Judith de lire un passage de la Bible. Elle choisit celui de Saint Paul aux Romains (Rom. 14, 7-9) :
Frères,
Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie,
C’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.
 
Le prêtre Schneider poursuivit la lecture avec le psaume IV :
Garde son âme dans la paix, près de toi, Seigneur.
Quand je crie, réponds-moi, Dieu ma justice !
Toi qui me libères dans la détresse, pitié pour moi, écoute ma prière !
Beaucoup demandent :
« Qui nous fera voir le bonheur ? »
Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage !
Dans la paix, moi aussi, je me couche et je dors,
Car tu me donnes d’habiter, Seigneur, seul, dans la confiance.
 
À la fin de la célébration, tous et toutes se rendirent au réfectoire pour le petit déjeuner. Sœur Annette, bien que toujours affectée par la mort du prêtre Schmidt, prépara les confitures et les petits pains quotidiens.
Après avoir pris leurs médicaments, elles furent toutes un peu rassérénées. Cet imprévu ne devait pas les empêcher d’exercer leurs activités habituelles.
 
La novice, Benedikta, sombrait dans une dépression depuis quelques semaines. Elle avait intégré les ordres contre son gré. Ses parents l’avaient obligée à entrer au couvent pour, dans un premier temps, parfaire son éducation. Puis son père avait décidé qu’elle ne serait pas bonne à marier et que seules la religion et la confession pouvaient lui convenir. La jeune fille âgée de dix-huit ans avait accepté, mais son cœur se portait ailleurs.
Bien sûr, elle avait la foi et aimait servir le Seigneur, mais sa vocation n’était ni le célibat, ni la pauvreté, ni l’obéissance. Elle souhaitait devenir architecte. Elle avait d’ailleurs commencé ses recherches d’université. Elle rêvait d’étudier à Augsburg.
Quelquefois, Benedikta s’enfermait dans sa chambre et refusait de s’alimenter. Mais elle se ressaisissait et pensait que tout allait s’arranger tôt ou tard. Elle tenait un journal intime dans lequel elle notait toutes ses impressions sur la vie cloîtrée et sur son état psychique qui s’aggravait de jour en jour. Selon elle, il fallait fuir cet endroit maudit au plus vite, et s’échapper serait le seul moyen d’y parvenir. Elle comptait profiter d’une nuit paisible pour franchir le pas. Comment surmonter une telle épreuve ? Comment allait-elle pouvoir continuer de vivre dans de telles conditions ? Elle ne comprenait pas l’attitude de ses parents. Pourquoi vouloir l’enfermer dans un couvent et l’obliger à se consacrer à la religion ? Pourquoi ne l’avaient-ils pas autorisée à poursuivre ses études dans le domaine auquel elle aspirait ? Il lui fallait trouver une échappatoire. Le plus tôt serait le mieux.
Benedikta traîna la chaise de sa chambre vers la haute armoire en chêne. Elle attrapa sa valise et la remplit de ses tenues civiles. Fini pour elle la longue robe blanche de novice ! Jamais elle ne prononcerait ses vœux ! L’habit noir pour toujours, non, ce n’était pas pour elle ! La nuit lui porterait conseil. Elle partirait la nuit suivante. Désormais, elle en était sûre. Mais serait-ce de la lâcheté que de s’en aller sans faire ses adieux ? Elle douta un peu puis se dit que, de toute façon, aucune autre issue ne pouvait être envisagée. Il fallait franchir le pas. Une fois son armoire complètement vidée, elle rajouta quelques effets personnels dans sa valise, qu’elle cacha dans le dressoir. Puis elle poussa un dernier soupir avant de rejoindre ses consœurs.
 
En ce mois d’octobre, le froid glacial commençait à envahir le pays. Il fallait donc éviter les sorties trop longues dans le jardin ou en ville. Sœur Mathilda avait décidé de se charger des décorations de Noël avec l’aide de Judith, chère à ses yeux.
En effet, elle se confiait souvent à Judith, sa meilleure amie. Tous les soirs après le souper, elles fabriquaient ensemble les petits anges vêtus de blanc qui allaient orner l’arbre de Noël. Sœur Judith avait vingt-cinq ans. Grande, jolie et robuste, elle possédait de superbes boucles noires cachées sous son voile. Elle n’aimait pas les contrariétés. Elle ne supportait pas le manque de ponctualité. Un jour, elle avait reçu la visite de son frère de Heidelberg. Avec les embouteillages, il était arrivé avec une heure de retard. Elle l’avait grondé avant de le saluer : « On vous attendait pour dîner. Ici, ça ne se fait pas d’être en retard ! »
Mais avant tout, Judith restait dévouée et serviable. Elle n’hésitait pas à aider les plus démunis et à leur porter assistance.
Elle disposait d’un don de guérison, et c’est pour cette raison qu’elle avait auparavant intégré le couvent d’Augsburg. Elle y soignait des malades dans les hôpitaux, et par simple massage dorsal, elle pouvait soulager la douleur de ses patients. Lors d’un séjour au Brésil, elle avait prodigué des soins à des enfants et fait la connaissance de religieuses brésiliennes qui lui avaient offert de magnifiques petits anges de Noël. Elle voulait tenter de fabriquer les mêmes en leur honneur. Depuis peu, la mère supérieure Hedwige lui avait confié une mission bien particulière. Elle devait effectuer un stage d’exorcisme d’une semaine à Augsburg. Elle allait assister un prêtre exorciste. Il lui expliquerait comment procéder à une conjuration.
Judith commença à découper les cartes de vœux qu’elle avait confectionnées. Elle y colla d’étincelantes fibres lumineuses, achetées au centre commercial d’Augsburg. Elle décida ensuite d’écrire quelques lignes afin de les envoyer avant Noël.
 
À l’heure du déjeuner, Sœur Annette avait préparé en entrée une salade accompagnée de potirons, de concombres arrosés de vinaigrette douce. Tous les ingrédients provenaient du jardin soigneusement entretenu par Mathilda. Sœur Ludwiga apporta le plat principal. Elle présenta sur la table un délicieux gratin aux pommes de terre avec un succulent poulet rôti.
Comme Judith appréciait les confiseries, Annette avait mitonné une liqueur aux framboises, versée sur la glace sous forme de coulis. La cuisinière ne voulait plus penser à cette sinistre affaire. Elle avait besoin de se vider l’esprit et la cuisine lui procurait ce réconfort.
Le prêtre Schneider tâtonnait la table pour chercher sa cuillère. Il éprouvait quelques difficultés à trouver la coupe contenant sa crème glacée. Il en avait versé sur la nappe et sur le col de sa chemise. Cet instant provoqua un sourire sur le visage des nonnes, tandis que le jeune prêtre rougissait de honte. Sœur Mathilda l’aida à la saisir et nettoya son vêtement avec une serviette en papier.
Une fois le repas terminé, les religieuses partirent se reposer quelque temps. Elles regagnèrent leur chambre pour y faire une courte sieste.
En fin de journée, la chapelle se remplit d’âmes venant prier pour leurs proches. Sœur Judith ne manqua pas de penser au défunt curé.
 
Pendant ce temps, le prêtre Schneider préparait sa messe du lendemain matin avec Sœur Hedwige. Ils choisirent ensemble les passages de la Bible qui allaient être récités, ainsi que les cantiques. Puis ils décidèrent de se promener dans le parc malgré le froid qui s’était installé. L’enclos ressemblait à une peinture à l’huile aux couleurs jaunâtres. Les arbres presque nus n’étaient vêtus que d’une robe orangée. Les feuilles mortes jonchant le sol rendaient le parc magnifique.
Hedwige admira le paysage et fut désolée que son compagnon ne puisse pas en profiter.
 
Annette, au lieu de se reposer comme les autres, anticipa la préparation du dîner. Elle ne devait en aucun cas penser à ce qui avait pu arriver au pauvre père Schmidt. La meilleure solution : cuisiner, nettoyer, ranger. La moindre miette sur le plan de travail allait disparaître. Une hygiène parfaite, c’était important pour elle. Elle déposa les ustensiles sales dans le lave-vaisselle et le mit en route. Pendant ce temps, elle prépara le café et mit les couverts sur la table. Les nonnes se réveillaient en général aux alentours de quinze heures, instant de la pause-café. Aucune d’entre elles ne résista à la fameuse part de Forêt-Noire !
On n’entendit que le bruit des fourchettes dans l’assiette. Chaque religieuse garda le silence. Elles ingurgitèrent leur café et mangèrent le gâteau très rapidement, comme si le temps était compté. Leur journée ne s’arrêtait pas à la prière. Il fallait s’occuper de la buanderie, du ménage, de la préparation de la messe.
 
Quelques heures passèrent et le dîner les attendait. Les tables du réfectoire étaient déjà garnies des couverts. Sœur Annette apporta la soupe aux nouilles et le pain du soir accompagné de charcuterie. Elle servit également un verre de vin rouge en l’honneur du père Schmidt.
Comme chaque dimanche après le repas, Ludwiga joua aux cartes avec Sœur Mathilda. Judith n’aimait guère que son amie passe du temps avec Ludwiga. Il lui arrivait même de faire une scène à sa confidente. Sans doute craignait-elle que Mathilda la délaisse. Mais Judith décida tout de même de se coucher plus tôt pour se préparer à son stage d’exorcisme à Augsburg le lendemain.
Les autres religieuses s’étaient installées dans leur chambre et fabriquaient les décorations de Noël.
 
Pendant ce temps, au Vatican, l’évêque conversait au téléphone avec une femme. Inquiète, elle voulait l’informer d’une chose d’importance.
 
 
Chapitre III
 
 
Au village, une ambiance conviviale régnait dans l’ensemble. Depuis de nombreuses années, les familles Maier et Scholz partageaient souvent de bons moments. Lors de l’arrivée des Scholz, les Maier travaillaient déjà à leur compte. Le boucher avait hérité du commerce de son père, qui lui-même, avait succédé à son géniteur. Jürgen Maier avait rencontré son épouse vingt ans auparavant. Il était alors âgé d’à peine trente ans et sa femme de presque vingt-cinq ans. Il se maria avec Gudrun quelques mois plus tard. Dix ans après leur union, un heureux événement survint : la naissance de leur fils Tobias. Madame Scholz devint la marraine de l’enfant. Elle partageait encore plus de moments avec son amie Gudrun Maier.
Klaus Scholz, le boulanger, frôlait la cinquantaine. Une barbe rousse imposante cachait son visage acariâtre. Il souffrait d’un début de calvitie et portait fréquemment un chapeau tyrolien gris pour dissimuler cette imperfection. Son caractère fort et violent lui portait parfois préjudice. L’année précédente, il s’était battu dans un bar contre un supporter de football du FC Fürth alors que lui supportait le FC Augsburg . L’homme lui avait cassé une incisive. Ainsi, il évitait de sourire pour ne pas attirer l’attention. Monsieur Scholz n’avait jamais été bon élève durant toute sa scolarité. De nature hyperactive, il ne pouvait s’empêcher de distraire ses camarades de classe. Les professeurs n’avaient pas d’autre solution que de le renvoyer. À la maison, il aimait regarder sa mère lorsqu’elle pétrissait le pain. Il admirait sa façon de couper les petits pains et de les rendre appétissants. Il savait que son avenir était tracé. Il souhaitait lui aussi devenir boulanger. Conscient que le métier exigeait des horaires plus que matinaux, il entreprit ses études professionnelles et travailla comme apprenti dans une pâtisserie à Augsburg. Quelques années plus tard, il ouvrit sa boulangerie à Kirchbach. Il avait fait la connaissance d’une jeune femme ravissante qui devint plus tard son épouse. Il l’avait abordée dans un café où elle réalisait des croquis pour l’université. Elle étudiait les Beaux-Arts et voulait devenir professeur de dessin. Elle avait été séduite par cet homme peu ordinaire. À l’époque, il montrait son côté romantique et dévoué. Elle n’avait pas pu résister à l’avenir qu’il lui promettait. Elle l’aiderait à la boulangerie et en parallèle, poursuivrait ses études. Cependant, tout ne se passa pas comme prévu. À peine l’eût-il épousée qu’il lui imposa son rythme de vie mouvementé. La pauvre jeune femme ne put poursuivre ses études dans de telles conditions. Elle n’eut d’autre choix que d’aider son mari à la boulangerie. Maladroite de naissance, elle n’était pas aussi douée que lui. D’ailleurs, il ne se gênait pas pour lui reprocher la moindre anomalie dans la fabrication du pain. Le peu de temps libre qu’il lui restait, elle le passait à dessiner ou à se confier à son amie Gudrun Maier. Lisl Scholz, très croyante, savait qu’elle ne pouvait pas divorcer. Elle refusa néanmoins d’offrir une descendance à son mari. Elle était coincée dans cette vie morose et ne voulait pas aggraver son cas avec l’arrivée d’un enfant. Elle savait que le boulanger serait furieux. Mais elle n’avait plus rien à perdre. Peut-être allait-il la répudier ? Mais non, il se vengeait en refusant leur séparation et en la maltraitant. De surcroît, il avait pris goût à l’alcool et était devenu de plus en plus désagréable. Les deux conjoints évitaient de laisser paraître leur discorde devant leurs amis. Mais personne n’était dupe. Tous les habitants du village connaissaient le caractère peu recommandable du boulanger. Il leur semblait toutefois mystérieux. Avait-il un secret à préserver ?
Quelques maisons plus loin se trouvait le salon de coiffure géré par Tim Schäfer. Le jeune homme s’était installé à Kirchbach il y a cinq ans. Originaire du Bade-Wurtemberg, plus précisément de Karlsruhe, il avait obtenu l’équivalent du brevet de maîtrise de coiffure et reçu une subvention de l’État pour financer l’ouverture de son salon. Il s’était porté acquéreur d’un local dans la Hauptstraße . Avec l’aide de son épouse, il avait entrepris des travaux de rénovation et contacté un architecte pour l’agencement du matériel et des meubles. Il fallait optimiser au maximum l’espace disponible. Tim avait perdu récemment ses parents et souhaitait fuir les souvenirs qui l’attristaient. Il avait besoin d’un nouveau départ. Quitter Karlsruhe lui avait semblé être la meilleure solution. Sans pour autant oublier sa famille, il désirait avancer et construire son propre avenir. Sa joie de vivre, son sourire et sa sympathie attirèrent aussitôt beaucoup de monde. Ainsi, il avait fidélisé de nombreux clients, satisfaits par les prestations du coiffeur. Plutôt bel homme et charmeur, il était très convoité par la gent féminine. Très vite, il se forma un cercle d’amis dont le boucher et le boulanger faisaient partie.
Le concierge du couvent résidait lui aussi dans le village. Il s’était lié d’amitié avec les Maier et les Scholz ainsi qu’avec le coiffeur. L’homme était grand, assez mince et portait des lunettes imposantes. Il approchait presque la quarantaine et vivait seul avec ses deux chats persans. Il travaillait auparavant à Augsburg, mais l’entreprise qui l’employait se trouvait en difficultés financières et avait dû se séparer de plusieurs salariés. Il avait postulé à l’offre de la mère supérieure qui proposait un emploi au couvent en tant que concierge. Il avait trouvé l’idée intéressante. De plus, il était de confession catholique et c’était un honneur pour lui de rendre service aux religieuses. De nature curieuse, il écoutait attentivement les bruits qui couraient dans Kirchbach. Il avait connaissance de tous les faits et gestes des habitants. Il restait toutefois le plus discret possible lorsqu’il s’agissait du couvent. Sa profession lui interdisait de divulguer des informations en dehors du cloître franciscain. Sœur Hedwige était intransigeante à ce sujet. Il avait été prévenu. La moindre fuite et il serait renvoyé sur-le-champ. Il se chargeait surtout de la réception des appels téléphoniques, de l’accueil des paroissiens, de la collecte du courrier et de l’entretien du parc avec Mathilda. Il l’aidait également à s’occuper du jardin, du verger et du poulailler. Parfois, il était convié au réfectoire pour déjeuner avec les membres du couvent. Il lui arrivait de prêter main-forte à Sœur Annette lorsqu’elle devait préparer des repas pour des occasions particulières. Malgré sa serviabilité, il avait une particularité : il ne supportait pas l’injustice et pouvait s’emporter assez facilement. Il ne fallait pas le contrarier.
 
 
Chapitre IV
 
 
À presque minuit, le cloître paraissait calme. Les religieuses dormaient paisiblement au deuxième étage, malgré les incidents survenus. Tout à coup, on entendit un bruit bref. Sœur Hedwige, la mère supérieure, se réveilla. À plusieurs reprises, elle perçut des sortes de gémissements. Elle sortit de son lit, enfila un peignoir et traversa le long couloir sombre. Toutes les portes des chambres se ressemblaient. Trois mètres cinquante les séparaient les unes des autres. Hedwige poursuivit son chemin. Les lamentations se firent de plus en plus intenses. Elle comprit alors qu’elles provenaient de la chambre de Benedikta. Elle entra dans la pièce et découvrit la jeune novice inanimée. Elle tenta en vain de la ramener à la vie. Le prêtre Schneider, réveillé par les fortes résonances de l’étage du dessus, arriva peu de temps après, sa canne à la main, en longeant les murs épais du couloir. Il essaya de discerner d’où provenaient les bruits et s’arrêta près de la chambre de Benedikta. Son cœur se mit à battre la chamade tant il avait peur.
 
— Mais que se passe-t-il ? Qui est là ? demanda-t-il, tremblant de tous ses membres.
— Mon père, Sœur Benedikta ne respire plus. Qu’allons-nous faire ? Mon Dieu, quelle horreur !
— Ah, Sœur Hedwige ! C’est vous ! Vous m’avez fait peur ! Appelez donc un docteur. Elle a dû faire un malaise.
— Je pense qu’elle est déjà morte. J’ai tenté en vain de la ranimer. Je ne sens plus son pouls. Je vais passer un coup de fil à l’évêque, dit-elle d’une voix tremblante.
Elle pleura en silence, mais se ressaisit et contacta l’évêque du Vatican pour lui annoncer l’horrible nouvelle.
— Excusez-moi de vous déranger à une heure aussi tardive, Monseigneur. Mais notre novice Sœur Benedikta a fait un malaise. Elle ne respire plus.
— C’est étrange. Savez-vous ce qui a pu se passer ? demanda-t-il d’une voix ensommeillée.
— Nous pensons à un arrêt cardiaque.
— C’est très ennuyeux. Ça fait déjà deux morts en un très court laps de temps !
— Oui. De plus, suite au décès du père Schmidt l’autre jour, nous n’aurons plus de vicaire pour aider le père Schneider.
— Promis, je verrai pour vous envoyer un remplaçant, plus en forme, celui-ci.
— Merci, Monseigneur. Je vous souhaite une bonne nuit.
— Bonne nuit à vous aussi, Sœur Hedwige. Et ne divulguez rien ! C’est top secret ! insista-t-il avant de raccrocher le combiné.
 
Le lendemain matin, Hedwige et le prêtre Schneider annoncèrent le décès de Benedikta.

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