Un Noël sous le sang
138 pages
Français

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Description


Ah Noël !


Noël et ses guirlandes, son sapin, la famille, les cadeaux, les rires, la joie... Mais êtes-vous sûrs que derrière certaines portes se déroulent les mêmes festivités qu'autour de votre table ? Quand la décoration prend une teinte rouge sang, ce n’est pas toujours le signe qu’un vieux monsieur vient manger ses cookies !



Dix auteurs vous racontent leurs histoires de Noël et soyez certains d’une chose... la fin ne sera pas heureuse !

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 22
EAN13 9791034809943
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Un Noël sous le sang
Collectif Clair-Obscur Un Noël sous le sang (Recueil) Couverture :Maïka Publié dans laCollection Clair-Obscur Dirigée parJennifer Pereira
©Evidence Editions2018
Mot de l’éditeur : Evidence Editions a été créée dans le but de rendre accessible la lecture pour tous, à tout âge et partout. Nous accordons une grande importance à ce que chacun puisse accéder à la littérature actuelle sans barrière de handicap. C’est pourquoi nos ouvrages sont dispo nibles en format papier, numérique, dyslexique, malvoyant, braille et audio. Tout notre professionnalisme est mis en œuvre pour que votre lecture soit des plus confortables. En tant que lecteur, vous découvrirez dans nos di%érentes collections de la littérature jeunesse, de la littérature générale, des témoignages, des livres historiques, des livres sur la santé et le bien-être, du policier, du thriller, de la littérature de l’imaginaire, de la romance sous toutes ses formes et de la littérature érotique. Nous proposons également des ouvrages de la vie pratique tels que : agendas, cahiers de dédicaces, Bullet journal, DIY (Do It Yourself). Pour prolonger le plaisir de votre lecture, dans notre boutique vous trouverez des goodies à collectionner ainsi que des boxes livresques disponibles toute l’année. Ouvrir un livre Evidence, c’est aller à la rencontre d’émotions exceptionnelles. Vous désirez être informés de nos publications. Pour cela, il vous su3t de nous adresser un courrier électronique à l’adresse suivante : Email :contact@evidence-editions.com Site internet :www.evidence-boutique.com
Sommaire
Les cadeaux de Dollyde Elie B Post-partumde Stéphane Blanchet Glacial de Annabelle Blangier Mon papi à moi de Véronique Charrière Double éclatde Pauline M. Christ délavé de Marine Cesari La Voixde Anne Feugnet Docteur K de Jean-François Vigneau Plaisir d’offrir de Yvan Bermond Alors il n’y a plus que le noirde Hélène Duc
Les cadeaux de Dolly Elie B
Dans les ruelles les plus mal famées, personne ne fait rien pour annoncer Noël : pas de grand luminaire en forme de traîneau ou d’étoile, pas de g uirlande ou de froufrou, pas la moindre branche de houx. Un homme saoul, vautré sur le trottoir crasseux, rit à gorge déployée. Sa voix rauque éructe si fort qu’elle se mue en une toux violente, il perd son sou$e, on croirait un in stant qu’il va y rester ; mais son hilarité le rega gne, irrésistible. L’homme n’est pas fou, ou pas tout à fait. La source de son rire toucherait n’importe qui de la même façon, si toutefois d’autres personnes fréquentaient un jour cette impasse sordide. Des chats, des dizaines de chats errants vacillent, tombent et se relèvent en titubant. Ils sont comme saouls, eux aussi. Cette gaucherie soudaine, chez des animaux d’ordinaire si gracieux et ag iles, est d’un comique absurde. Ils ont tous été appâtés par la même gamelle, posée là sans explication, et manifestement chargée de sédatifs. Son rire s’arrête en/n lorsqu’une silhouette s’avance à l’entrée de l’impasse, avec dans la main droite un grand sac de tulle. Le sans-abri lance un grognement, incrédule, à cette visite inattendue ; mais sans un mot, sans un regard, l’inconnu attrape deux chats, les fourre dans son grand sac et repart. Une fois arrivé chez lui, les chats sont des poids morts, profondément endormis. C’est une sensation étrange de porter ces corps si souples, comme des p oupées de chion ; il passe sa main sur leur ventre duveteux, le long des côtes saillantes : leur petit cœur y palpite encore. Il les pose alors dans un coin, le temps de recouvrir minutieusement son plan de travail de papiers journaux. Puis il y dépose les deux créatures, bien étendues de tout leur long , le cou dégagé. En/n, il en/le sa combinaison, inspire profondément, et allume sa tronçonneuse. Le club de nuitle DéRAnGeanta ses quartiers dans une cave voûtée au charme indémodable. Mais, loin de sa sobriété d’antan, le magni/que plafond de pierre laisse tomber rég ulièrement, au goutte-à-goutte, de la sueur condensée sur une foule insouciante. Malgré l ’air moite et étouant du souterrain, la musique explosive les fait danser inlassablement, dans un joyeux mélange de corps, de formes et de couleurs, tous plus ou moins maquillés, pailletés, scintillants. Sur scène, captant tous les regards avec une g igantesque tenue de papillon écarlate, la performeuse D ykey Dolly fait preuve d’une tessiture impressionnante, montant en soprano et descendant en basse, en entonnant à pleins poumons une chanson de sa création : On s’en fout de ton labrador Et de ton bel anneau en or Moi j’SORS ! DE LÀ ! Tu t’es mariée, t’as fait des gosses Ton chéri t’offre bleus et bosses Viens, SORS ! DE LÀ ! T’as d’l’espoir tu vas voir les keufs Mais ils te traitent comme une pauvre meuf À bas ! ABATS ! Et là, bien campée les jambes écartées sur ses énor mes chaussures plateformes, elle fait le signe d’un pistolet avec ses long s doig ts vernis, et fait semblant de tirer sur une personne du public, choisie au hasard de
ses a9nités.Pan ! Celle-ci isse dramatiquement tomber sur sesse prend au jeu bien volontiers, et se la camarades, sourire aux lèvres, la lang ue pendante comme un mort de vieux cartoon. D ykey Dolly est la drag -queen la plus célèbre de la ville. Ses shows, très satiriques, ne font certes pas l’unanimité, mais ils ont le mérite de toujours susciter des réactions, aussi bien d’ailleurs chez ceux qui y étaient que chez ceux qui n’ont jamais pris la peine de venir. Après le spectacle, D ykey Dolly se retire dans sa loge vétuste ; elle enlève sa perruque rouge, sa ten ue encombrante, ses faux-cils et ses prothèses mammaires. Puis elle se laisse tomber sur sa chaise, épuisée, devant son grand miroir constellé d’ampoules. Son ami Paul arrive bien vite et, sans qu’ils n’aient besoin de se parler, il imbibe un carré de coton de produit démaquillant, qu’il passe délicatement sur ce visage pétant de bête de scène, jusqu’à ce qu’elle redevienne la simple et douce Louison. Elle allume une cigarette, et jette un œil à son smarphone, machinalement. — Comment t’as trouvé, ce soir ? — Magnifique, comme toujours. — Ha ! Flatteur. — Non, vraiment. — Bon, et toi, comment tu vas ? Le boulot ? — Tout va bien. — Très bien. Paul est une des petites mains duDéRAnGeant. Il coud les pièces les plus simples et les plus ennuyeuses des costumes des performeuses, retouche les corsets un peu justes, camoue habilement quelques déchirures. Il a décroché ce travail il y a deux ans grâce à Lo uison. Elle avait recueilli sous son aile, sans dem ander d’explications, ce jeune garçon délicat viré de chez ses parents. — Oh non. Ça recommence… — Ah ? — Oui, regarde ! Encore une photo horrible. Tu te souviens, les petites souris ? Et maintenant, ça. J’en ai marre, purin ! C’est quoi ce psychopathe… Paul regarde la photo, publiée sur la page personnelle de D ykey Dolly. Les formes sont di9cilement reconnaissables au début, trop inhabituelles ; puis la certitude saute aux yeux dans toute sa laideur : deux corps de chats, décapités, gisent sur du papier journal. — Paul, si tous ces animaux ont vraiment été tués, je devrais peut-être faire quelque chose. — Quoi ? — Aller porter plainte… Le dénoncer, qu’il ne puisse pas continuer à faire ça ! — Aux flics ? — Eh bien oui. Je sais ce que tu vas me dire. Je ri sque de me faire complètement jeter, recevoir des violences sexistes, transphobes, tout ça, je sais. Je suis terri/ée rien qu’à l’idée d’y aller. Mais je ne peux pas laisser faire sans réagir. Le mec ne s’arrête pas. Et il me fait peur. Du coup, Paul… — Oui ? — Tu voudrais bien venir avec moi chez les flics ? Au commissariat, l’agente Roussel voit Louison et Paul arriver de loin. Elle repère tout de suite les cas auprès desquels certains de ses collèg ues risquent de s’illustrer de façon peu avantageuse. Elle s’avance donc discrètement vers le bureau de l’accueil, pour les écouter. — Bonjour. Mon amie voudrait déposer plainte.
— Pourquoi, qu’est-ce qu’elle a ? — Un homme, enfin une personne, publie des photos sur son compte Facebook… — Ouh là, ouais, non ! On s’occupe pas de Facebook nous ! — Ah bon, vous ne considérez pas le harcèlement sur internet comme un délit ? — Euh… C’est que, ça dépend, c’est quoi ces photos ? Et vous avez des preuves ? — Des photos d’animaux morts. — Ah. Mais c’est pas des menaces, ça. C’est pas du harcèlement. Louison bouillonne visiblement. — Pas des menaces ? Ça fait une semaine que je reço is des photos de pauvres bêtes, décapitées. DÉCAPIT ÉES. Ce n’est pas interdit par la loi, ça, les sévices sur les animaux ? Et si cet homme commence par faire ça à des chats, à votre avis, il fera quoi après, hein ? Vous en avez laissé filer beaucoup, des comme ça ? Je me demande combien de morts auraient pu être évitées. — On va baisser d’un ton, là, la petite dame…Ou monsieur… Ou quoi que ce soit… Le visage de la jeune femme vire au rouge. L’explosion est imminente. L’agente Roussel intervient. — Madame, si vous voulez bien me suivre. Je vais me charger de cette affaire. Elle referme la porte du bureau derrière eux, et s’installe pour prendre des notes, très sérieusement. — Donc, vous avez reçu des photos d’animaux décapités. — Oui. — Où ça, exactement ? — Sur Facebook, sur ma propre page, comme si c’était moi qui les publiais. — Ah. Ça complique les choses. — Je sais, oui ! Mes publications commencent à être signalées. C’est ma page qui va être descendue à cause de ce malade. Mais ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus. — Vous vous sentez personnellement en danger ? — Oui. — D’accord. Vous pouvez porter plainte contre X . Je peux aussi tenir compte des sévices graves et actes de cruauté. Est-ce que vous avez pensé à des captures d’écran ? — Non. — Bon, de toute façon, pour être franche, elles ne sont reçues que si elles ont été faites avec un huissier de justice. Je vais prendre vos nom, prénom… ceux officiels de l’état civil, s’il vous plaît. Dehors, il commence à neiger. Des opées d’enfants sortent de chez eux. Les uns, tout emmitoués, restent devant leur maison, près de leurs parents, et s’amusent prudemment sous leurs yeux ; d’autres courent comme de jeunes chiens fous vers le parc, les oreilles et le bout du nez roug is par le vent, pour s’y livrer avec extase une bataille sans merci. Un de ces derniers est particulièrement féral, en simple pull et bermuda, les mains bleuies, et les genoux écorchés par d’innombrables cascades. Ses cheveux roux où s’accrochent les flocons encadrent un visage trop mince, au regard brûlant. Peu de grandes personnes sont présentes près de l’aire de jeux. Assise sur un banc, l’une d’elles semble plongée dans sa lecture. Elle a sur les genoux un énorme gâteau, un “fait-maison”, ça se voit. Est-ce qu’on n’a pas le droit de se faire plaisir, avec une gourmandise, en lisant tranquillement dans un parc ? La plupart des gens la regardent un instant, puis l’ignorent. Mais le petit sauvageon qui passe par là, aamé, s’arrête dans sa course et la fixe, de loin, hésitant. Elle lui envoie un beau sourire ; il se rapproche. Elle brise la glace : — Tu en veux ? J’en ai fait trop pour moi tout seul, de toute façon.