Une odeur de brûlé

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Quand la déprime postnatale vise un père paumé, le slogan « fumer tue » se vérifie...


« Arrête de pleurer, Tim ! Je t’en supplie ! Arrête de pleurer. Tiens, tu vois, fiston ? Je te prends dans mes bras, je te chante une berceuse, celle que ma mère fredonnait quand j’étais petit, avec un zébu tout moche que le troupeau rejette et que sa mère console. Regarde ! Papa t’aime, il fait ce qu’il peut ! Pourquoi tu pleures, cette fois ? Tu es malade, encore ? C’est cette satanée diarrhée qui te brûle les intestins ? Je vais chercher le médicament dans la cuisine, je vais t’apporter ton biberon de lait (connerie ! Le lait file la chiasse !), alors de l’eau peut-être ? Est-ce qu’on peut donner de l’eau du robinet à un bébé ? Est-ce qu’ils boivent de l’eau ? Pourquoi je ne me le rappelle pas ?! Arrête de pleurer je t’en prie !!! »



Gaëtan Brixtel nous décrit les affres d’un jeune père au foyer dans cette histoire à la noirceur peu commune dès lors que l’on touche à l’un des totems sacrés de nos sociétés, l’enfant et a fortiori le nourrisson. Au demeurant, une nouvelle salutaire si l’on veut se motiver pour arrêter de fumer.

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EAN13 9791023406634
Langue Français

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Gaëtan Brixtel Une odeur de brûlé nouvelle Collection Noire Soeur
L’accouchement a duré douze heures. Timothée avait un poids inférieur à la normale – cadeau de Papa –, mais Maman s’extasiait pourtant sur les petons et les mains riquiqui de son fils. Comme quoi, l’affection d’une mère finit toujours par trouver le chemin de la tendresse, même si à mes yeux, je n’avais fait que planter ma semence contaminée dans le ventre d’Agathe. Je n’ai cessé de faire des allers-retours entre la salle d’attente et les toilettes, pendant ces douze heures interminables. J’ignorais si je serais capable d’aimer mon fils quoi qu’il arrive. J’ai trop d’empathie pour supporter la vue des handicapés mentaux, et quand j’en croise dans la rue, je me dis qu’il aurait été préférable pour ces personnes de ne jamais être venues au monde. Tous les parents se reprochent un jour ou l’autre de n’avoir pu accueillir leur progéniture dans le Meilleur des Mondes. Pendant qu’Agathe s’essoufflait, transpirait, se dilatait, se déchirait en salle de travail, je me suis de nouveau réfugié aux toilettes, où je me suis aspergé le visage d’eau froide, puis d’eau brûlante, poursuivi par ces pensées terrifiantes, qui me donnaient envie de vomir :Oh merde, qu’est-ce que j’ai fait ! Pourvu que mon Tim ne me ressemble pas ! Et les choses s’enchaînent sans que j’aie le temps de reprendre mon calme : je pénètre, pétrifié, dans la salle d’accouchement, ne touchant à rien, évitant tout contact avec le matériel médical et les perfusions, comme si je n’avais rien à faire ici. Quand la sage-femme me demande si je souhaite couper le cordon ombilical, je décline cet honneur. Je m’écrase, comme toujours, et sans même un murmure, d’un simple...