//img.uscri.be/pth/37638ef8fce4e61bfcfff1c1a1bb8a387594e049
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Saül - Tragédie en cinq actes

De
60 pages

O Eternel, tu veux que je m’arrête ici ? Ici je fixerai mes pas. Voici les montagnes de Gelboë, maintenant camp d’Israël, adversaire de l’impie Philistin. Ah ! puissé-je recevoir ici la mort d’une épée ennemie ! Pourquoi la dois-je craindre de celle de Saül ? Cruel, ingrat, qui poursuis ton plus fidèle soutien au milieu des antres du désert et des rochers escarpés ! David, cependant, fut un jour ton bouclier ; il possédait ta confiance ; tu l’élevais au plus haut honneur, en le choisissant pour ton gendre.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Vittorio Alfieri

Saül

Tragédie en cinq actes

A mes trois Amis,

 

 

AMÉDÉE DES GEORGE,

Prêtre

 

JOSEPH ASPRUCCI,
homme de lettrer ;

 

JULIEN PIERI,
Proffesseur de mathématiques à l’école de la Sapienza, à Rome.

 

Séparés sur cette terre, mais unis en Dieu par vos vertus, agréez cette Dédicace comme preuve de la haute estime et de la tendre amitié que vous m’avez inspirées.

 

c. p.

*
**

Au Lecteur.

 

 

Cette traduction, mon cher lecteur, se recommande à ton indulgence ; car elle est fort au-dessous de l’original. Que le désir de te faire partager les impressions que j’ai reçues de sa lecture soit mon excuse auprès de toi. Adieu.

 

c. p.

ARGUMENT

Saül, appelé par le Seigneur au trône d’Israël, abandonna les voies de la justice, après deux ans de règne, et bientôt devint ingrat et désobéissant. Le sacrifice de Galgala consommé avant l’arrivée de Samuel, la compassion excitée par l’esprit d’avarice, en faveur du roi des Amalécites, qu’il avait reçu l’ordre de punir de mort, les persécutions exercées contre l’innocent David, la mort cruelle d’Achimelech, le carnage de tous les prêtres et des habitants de la ville de Nob, appelèrent enfin sur sa tête le foudre vengeur. Vaincu dans une bataille par les Philistins, après avoir vu passer au fil de l’épée Jonathas et ses autres fils, il se donna lui-même la mort en se laissant tomber sur la pointe de son épée.

*
**

PERSONNAGES.

SAUL.ABNER.
JONATHAS.ACHIMELECH.
MICOL.SOLDATS ISRAÉLITES.
DAVID.SOLDATS PHILISTINS.

SCÈNE.

Le camp des Israélites, dans Gelboë.

ACTE PREMIER

Scène Première

DAVID

O Eternel, tu veux que je m’arrête ici ? Ici je fixerai mes pas. Voici les montagnes de Gelboë, maintenant camp d’Israël, adversaire de l’impie Philistin. Ah ! puissé-je recevoir ici la mort d’une épée ennemie ! Pourquoi la dois-je craindre de celle de Saül ? Cruel, ingrat, qui poursuis ton plus fidèle soutien au milieu des antres du désert et des rochers escarpés ! David, cependant, fut un jour ton bouclier ; il possédait ta confiance ; tu l’élevais au plus haut honneur, en le choisissant pour ton gendre. Pourtant, déjà alors, tu lui demandais, à titre de dot, cent et cent têtes ennemies ; il t’en apportait le double. Mais je le vois bien, Saül, depuis long-temps, n’est pas maître de lui. Dieu l’a abandonné au malin esprit. O ciel ! que sommes-nous, misérables, si Dieu nous abandonne ? Nuit, retire-toi, cède la place au brillant soleil. Il éclairera aujourd’hui de glorieux exploits. Ta gloire, ô Gelboë, passera aux âges futurs les plus éloignés ; ils diront : En ce lieu, David s’est volontairement abandonné au pouvoir du superbe Saül. Sors, ô Israël, de tes tentes tranquilles ; sors, ô roi ; je vous invite tous, en ce jour, à voir si je connais encore l’art terrible des combats. Sors, impie Philistin, sors et tu connaîtras si mon épée sait encore donner une prompte mort.

Scène II

JONATHAS, DAVID

JONATHAS.

Quel son a frappé mon oreille ? J’ai entendu une voix qui m’a fait tressaillir.

DAVID.

Qui vient ici ? Si l’aurore se montrait ! Je ne voudrais pas cependant paraître en fugitif.....

JONATHAS.

Eh là ! qui es-tu ? Que fais-tu si près de la tente royale ? Parle.

DAVID.

Il me semble que c’est Jonathas ! Audace ! Fils des combats, vive Israël ! C’est moi ; le Philistin a appris, à ses dépens, à me connaître.

JONATHAS.

Qu’entends-je ! ah ! David seul peut répondre ainsi.

DAVID.

Jonathas...

JONATHAS.

O ciel ! David, mon frère...

DAVID.

Quel excès de joie ! Je...

JONATHAS.

Est-il bien vrai ? David dans Gelboë ? Tu ne redoutes donc pas la colère de mon père ? Je tremble pour toi. Hélas !

DAVID.

Que veux-tu ? j’ai mille fois et de près affronté la mort dans les batailles ; j’ai fui long-temps la colère injuste de ton père ; mais la crainte est la seule véritable mort de l’homme courageux. Ma crainte a disparu. Le peuple et son roi courent de grands dangers, et David pourrait seul vivre en sûreté dans les forêts ! Pendant que l’épée ennemie brille sur vos têtes, il prendrait soin de sa vie ! Je viens mourir ; mais au milieu des camps, des armes, pour la patrie, en brave, et pour l’ingrat Saül qui veut ma mort.

JONATHAS.

O vertu de David ! Tu es certainement l’élu de Dieu. L’Eternel, qui t’inspire de tels sentiments, t’a sans doute donné pour guide un de ses anges. Cependant, comment te présenter au roi ? Il te croit dans les rangs ennemis, ou feint de le croire ; il t’appelle traître, rebelle...

DAVID.

Il n’est que trop vrai, il m’a forcé de chercher un asile auprès de ses ennemis ; mais s’ils arment contre lui, je ne dépose le glaive tiré en sa faveur qu’après la victoire. Saül ensuite me récompensera suivant son habitude par nouvelle haine et mort.

JONATHAS.

Père malheureux ! On le trompe ; le perfide Abner, cet homme vil et hypocrite, est toujours à ses côtés. Le malin esprit laisse au moins à Saül quelques légers instants de trêve ; mais Abner avec ses artifices ne lui en laisse aucun. Il est seul écouté, seul aimé. Flatteur méchant, il lui représente toute vertu comme douteuse. En vain ton épouse et moi...

DAVID.

Chère épouse ! ô doux nom ! où est-elle ? où est Micol ? m’aime-t-elle toujours, malgré la haine que me porte son père ?

JONATHAS.

Oh ! si elle t’aime ! Elle est ici

DAVID.

O ciel ! je la verrai ! O joie indicible ! Comment ! dans le camp...

JONATHAS.

Saül a eu pitié de sa position et n’a pas permis qu’elle restât seule dans le palais, en proie à ses douleurs. Elle aussi, quoique triste, lui offre des soulagements. Ah ! depuis que tu es loin, notre maison est une maison de larmes.

DAVID.

O ma bien-aimée ! ta douce présence va m’enlever tout souvenir des peines passées, toute crainte de souffrances à venir.

JONATHAS.