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Scènes et Proverbes

De
446 pages

PERSONNAGES

LE CHEVALIER DE ROSALBA.

MAZETTO, son valet.

LA COMTESSE CORISANDA.

ANSELME, notaire.

BETTINA, suivants.

UN PAYSAN lettré.

ROSALBA, MAZETTO, tous deux à cheval.

MAZETTO.

Avouez, Excellence, que nous avons failli être assommés l’un et l’autre, cette fois-ci.

ROSALBA.

Fort au contraire : c’est moi qui ai tué un homme en sautant. par la fenêtre. C’était un pauvre qui demandait l’aumône sur la borne ; il était aveugle, il ne m’aura pas vu tomber.

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Octave Feuillet
Scènes et Proverbes
LE FRUIT DÉFENDU
PERSONNAGES
LE CHEVALIER DE ROSALBA. MAZETTO, son valet. LA COMTESSE CORISANDA. ANSELME, notaire. BETTINA, suivants. UN PAYSAN lettré.
Une campagne d’Italie, le matin
ROSALBA, MAZETTO, tous deux à cheval. MAZETTO. Avouez, Excellence, que nous avons failli être asso mmés l’un et l’autre, cette fois-ci. ROSALBA. Fort au contraire : c’est moi qui ai tué un homme e n sautant. par la fenêtre. C’était un pauvre qui demandait l’aumône sur la borne ; il était aveugle, il ne m’aura pas vu tomber. MAZETTO. Pour moi, je suis bien sûr que j’ai failli être ass ommé. ROSALBA. Soit ! Cela n’empêche pas qu’il fait beau ce matin. MAZETTO. Comment Votre Excellence se laissa-t-elle donc surp rendre hier au soir ? ROSALBA. Quand cette pauvre enfant voulut me parler de maria ge, je demeurai si confus, qu’elle en poussa les hauts cris : toute la famille arriva là-dessus comme pour une noce. Je la saluai ; et c’est alors que je sautai à l’étourdie sur cet imprudent aveugle. Et toi, Mazetto ? MAZETTO, Moi, monseigneur, j’étais aux pieds de l’institutri ce, quand je reçus un coup de bâton à l’improviste. Je compris que tout était découvert ; et j’eus lieu de bénir une fois de plus le philosophe inconnu qui a inventé la fuite. C’est, à mon sens, un des principaux bienfaiteurs de l’humanité. Ah ! si monseigneur m’a vait donné dix minutes de plus, mon bonheur était certain. ROSALBA. Tu as la manie, Mazetto, d’être en retard de dix mi nutes. Je suis sûr que tu bavardes. Explique-moi donc une chose, Mazetto : tu es galant, et assez vert galant même ? MAZETTO, riant. Hé ! hé ! cela est vrai. ROSALBA. Et avec cela tu as la figure d’un imbécile ! MAZETTO, soucieux. Rien n’est plus certain : je l’ai. ROSALBA. Cependant tu plais aux femmes, tu reçois leurs fave urs ? MAZETTO. Je les recevrais en effet si mon maître m’en laissa it le temps. C’est que ma figure me donne positivement de grands avantages auprès d’ elles ; elles se disent : « Voilà un imbécile, que ce Mazetto !... » Et cela me donne positivement de grands avantages ! ROSALBA. Il se peut. Toutes choses, en effet, ont un bon côt é pour qui sait le voir. (Avec un soupir.) Le mariage seul n’en a point. MAZETTO. Cette idée vous tourmente, Excellence ; c’est, en v oyage, votre refrain le plus ordinaire. ROSALBA.
C’est que toutes les femmes sont folles de vouloir enterrer leur amant dans la souquenille d’un mari. On voit des savants désagréa bles qui vous coupent une belle fleur au soleil, pour en faire une vieille chose sè che dans un herbier : les femmes sont de même. MAZETTO. L’honneur leur en fait une loi. ROSALBA. Sans doute, et c’est ce qui m’afflige. Je suis honn ête homme au fond ; et, quand une femme me reproche de l’avoir trompée et déshono rée, je sens qu’elle dit vrai, et ma délicatesse s’en offense. Car, bien que j’évite scrupuleusement de m’annoncer comme un épouseur, il est clair que je suis garçon, et cette qualité donne aux femmes une sorte de prétexte assez plausible de feindre qu ’elles m’ont cru de bonnes intentions. Alors, elles me font des scènes de mauv ais goût. MAZETTO. Si monseigneur veut seulement leur ôter le prétexte de crier, il n’a qu’à se dire marié à l’avance. ROSALBA. Marié ? Non : cela donne l’air gauche. Mais je puis me faire passer pour un chevalier de Malte : on sait que la règle de cet or dre impose le célibat ; ce sera comme si je portais écrit sur mon chapeau : « Je n’ épouse point. » Ce sera même moins ridicule. MAZETTO. Et moi, je me donnerai pour un frère lai du même or dre. — Ah ! le beau parc, monsieur ! voyez-vous la fière mine que vous a ce c hâteau à travers les arbres ? ROSALBA. Oui. On dirait, au milieu des vapeurs dorées du mat in, le palais aérien d’une fée. Nous allons tenter d’y déjeuner. (A un paysan qui p asse.) A qui ce château, mon bonhomme ? LE PAYSAN. A la comtesse Corisanda, Excellence. ROSALBA. Est-elle jeune, cette comtesse ? LE PAYSAN. Jeune comme une des Grâces, et belle comme toutes l es trois. ROSALBA. Prends ma bourse, pour ta mythologie. LE PAYSAN. Merci, Altesse ROSALBA. Voici l’avenue : un temps de galop, Mazetto. Deux i nconnus arrivant au galop sont un spectacle agréable aux yeux d’une châtelaine. (Ils entrent dans l’avenue.)
* * *
Un boudoir
LA COMTESSE CORISANDA, à sa toilette : BETTINA, puis ANSELME. CORISANDA.
Quel tourment ! Que vais-je faire, Bettina, pendant que tu me coifferas ?... Donne-moi ces vers qu’on m’adresse... Ou bien non, appell e mon notaire. (Bettina fait entrer Anselme.) Bonjour, monsieur Anselme... Oh ! permett ez... Qu’est-ce que c’est que cela ? de quelle couleur avez-vous donc les cheveux ? ANSELME. Blond cendré, madame. CORISANDA. Ah çà ! c’est une plaisanterie ! hier, vous les avi ez aile de corbeau ! ANSELME. Madame la comtesse s’est fait illusion. CORISANDA. Je vous assure, monsieur mon notaire, que vous les aviez aile de corbeau. Croyez-moi : quel intérêt aurais-je à vous tromper ? — Bet tina, ma fille, ne m’encaquez pas dans vos nattes, faites-moi une coiffure avec de pe tites touffes par-ci par-là ; une coiffure enfin à votre fantaisie, pourvu qu’elle so it à la mienne. ANSELME. Madame la comtesse n’a-t-elle rien autre chose à me dire ? CORISANDA. Mais je vous demande bien pardon. Asseyez-vous là. Prenez cette liasse de papiers qui m’est arrivée hier soir par la poste. Ce sont l es pièces de mon procès pour les terres que le comte avait à Spolète. J’ai passé ma nuit à lire ce grimoire ; et savez-vous ce que j’ai vu à la fin ? que j’avais perdu, m onsieur. Cinquante mille écus, s’il vous plaît. ANSELME, qui a ouvert les papiers. Pardon, madame, mais vous avez gagné, au contraire. CORISANDA, éclatant de rire. Ah ! tant mieux ! N’ai-je plus rien à vous dire ?... Ah ! si fait. ANSELME, à part. Aurait-elle pénétré mes secrets sentiments ? CORISANDA. Je ne m’abuse pas, monsieur. ANSELME, à part. Je tremble que mon amour ne lui soit pas agréable. CORISANDA Je veux faire mon testament. ANSELME. Votre testament, madame ! CORISANDA. Je mourrai d’ennui demain ou après-demain au plus t ard, monsieur, c’est résolu. ANSELME. D’ennui, madame la comtesse ! dans ce magnifique ch âteau, belle, riche et veuve ! CORISANDA. Bettina, explique à monsieur pourquoi je m’ennuie. BETTINA. Madame s’ennuie, monsieur, parce qu’elle est belle, riche, et veuve. Ce sont trois raisons très-suffisantes qu’elle a de trépasser. Ma dame s’ennuie parce qu’elle ne peut avoir d’inclination contrariée, parce qu’il n’y a p oint de fantaisie que sa grande fortune ne lui permette de réaliser, point d’homme que sa b eauté ne puisse rendre amoureux, et point d’amoureux que sa liberté ne lui permette d’épouser.
CORISANDA, soupirant. C’est pourtant vrai. Quel est ce bruit, ma fille ? On dirait une cavalcade. BETTINA, courant à la fenêtre. Madame, ce sont deux cavaliers étrangers, dont l’un porte des plumes au chapeau. CORISANDA. Est-il jeune, au moins, l’homme au plumet ? BETTINA. Il est jeune et bien tourné : mais son valet a l’ai r d’une oie en livrée. Ils entrent dans la cour. CORISANDA, à la fenêtre. Il est bien, en effet. Quel malheur ! je me serais divertie à lui faire tourner la tête ; mais ensuite il voudrait m’épouser, et je ne saurai s que répondre. Car enfin, je suis veuve... Je passerais dans son esprit pour une fran che coquette ; il n’est pas forcé de savoir à quel point je m’ennuie ! BETTINA. Voilà de ces circonstances où un mari est profondém ent regrettable ! CORISANDA. Bettina ! je ne puis pas cependant lui refuser l’ho spitalité, au cas qu’il la demande. (Elle réfléchit.) Oui, c’est cela. Monsieur Anselme , vous êtes mon mari. ANSELME. Ciel ! quoi, madame ! CORISANDA. Oui, pour une heure ou deux, pour le temps enfin qu e cet étranger sera au château. Écoutez bien, et toi, Bettina, donne le mot à mes g ens. Monsieur Anselme, vous êtes le général comte Castelforte, mon mari, qu’on a cru mort en Bulgarie, sur de fausses nouvelles. De cette façon, quoi qu’il arrive, ce je une étranger ne pourra plus me rien demander que je ne sois parfaitement en droit de lu i refuser. J’ai un mari ; donc, je n’épouse pas. C’est à lui de se bien tenir. Souvene z-vous, Anselme, de dire comme je dirai. ANSELME. Oui, madame. Dois-je, dans le courant de la convers ation, vous appeler mon ange... devant ce jeune homme ? CORISANDA. Non. Passez cette épée. ANSELME, à part. Tout ceci n’est-il qu’une ruse pour m apprendre qu’ elle m’a deviné ? Pourquoi ne lui plairais-je pas, en effet ? Je suis le seul homme b ien vêtu du voisinage. CORISANDA. Voyons, mettez vos gants, et donnez-moi la main. (Ils sortent.)
* * *
Une terrasse sur le jardin
ROSALBA, MAZETTO, BETTINA BETTINA. Ma maîtresse, monseigneur, vous prie de l’attendre ici. MAZETTO, à Rosalba.
Méfions-nous, monsieur, la soubrette a l’air fin co mme l’ambre. Il faut la voir de plus près. (A Bettina.) Oh ! Seigneur, mon enfant, qu’es t-ce que vous avez donc sur la joue ? (Il l’embrasse.) Tranquillisez-vous, il n’y a plus rien. (Bettina se sauve.) ROSALBA. Tu as des mœurs révoltantes, Mazetto ! BETTINA, rentrant Ma maîtresse, messieurs. (Entrent Corisanda et Anse lme.) ROSALBA, à part. Quel est ce lugubre majordome qui l’accompagne ? (H aut.) Madame, me trouvant ce matin par les chemins avec mon valet... CORISANDA. Monsieur, c’est une bonne fortune dans ce désert. BETTINA. Madame la comtesse est servie. CORISANDA. Sans plus de compliments, monsieur, asseyons-nous. Je vous offre à déjeuner sous ce chèvrefeuille. — Bettina, vous nous servirez ave c le valet de monsieur (dit à Anselme.) Souvenez-vous de dire comme moi. ROSALBA, à part. Elle est très-belle. (Bas, à Mazetto.) N’oublie pas d’enchérir sur tout ce que je dirai. (Corisanda, Rosalba et Anselme s’asseyent à la tabl e.) BETTINA, regardant Mazetto, à part. Ce laquais est ignoble. ROSALBA, regardant Anselme, à part. Quel peut être ce muet patibulaire ? (Haut.) Madame , n’ayant aucune raison de voyager incognito, souffrez que je vous dise que je me nomme le chevalier de Rosalba (Insistant,), chevalier de Malte. MAZETTO, saluant. Du saint ordre de Malte. CORISANDA. Chevalier, je vous présente le général Castelforte, mon époux, que vous voyez encore mal remis de sa dernière campagne en Bulgari e. ANSELME, saluant. En Bulgarie. ROSALBA, saluant. Général ! (A part.) Quel déplorable animal ! Mais, puisqu’elle est mariée, l’ordre de Malte était inutile, il est même gênant. Bah ! elle n’y pense plus ! CORISANDA. Dites-moi, chevalier, qu’est-ce au juste que votre ordre de Malte ? Je vous avouerai mon ignorance là-dessus. ROSALBA. Mais, comtesse, c’est un ordre de chevalerie... com me tous les ordres. MAZETTO. Sauf, madame, qu’il oblige au célibat et à toutes l es vertus qui s’y rapportent,et cœtera. ROSALBA, à part. Le butor ! puisqu’elle est mariée ! CORISANDA. Ah ! (A part.) Si j’avais su cela, je ne me serais pas empêtrée de ce stupide notaire.