A Belles Dents

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145 pages
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L'agent Léa Bacal n'est plus la même depuis sa confrontation avec Skull, l'originel. Elle apprend tant bien que mal à vivre sa nouvelle condition auprès de Hunter, son compagnon hybride. Mais la tranquillité ne dure pas : un lycanthrope sème la terreur dans la région. Il tue des jeunes femmes dont le seul point commun – et malchance – est leur ressemblance physique. Non content de les massacrer, le monstre marque leur front de lettres ou de chiffres. Quel message morbide veut-il laisser derrière ces signes sanglants ?


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EAN13 9782373420388
Langue Français

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Table des matières
Agent spécial Léa Bacal – tome 2 Avertissement Chapitre 1 Chapitre 2 Chapitre 3 Chapitre 4 Chapitre 5 Chapitre 6 Chapitre 7 Chapitre 8 Chapitre 9 Chapitre 10 Chapitre 11 Chapitre 12 Chapitre 13 Chapitre 14 Chapitre 15 Chapitre 16 Chapitre 17 Chapitre 18 Chapitre 19 Chapitre 20 Chapitre 21 Chapitre 22 Chapitre 23 Chapitre 24 Chapitre 25 Remerciements Les éditions du Petit Caveau Mentions légales
Agent spécial Léa Bacal – tome 2
À belle dents
Anne Bardelli
Éditions du Petit Caveau -Collection Sang Neuf
Avertissement
Salutations sanguinaires à tous ! Je suis Van Crypt ing, la mascotte des éditions du Petit Caveau. Je tenais à vous informer que ce fichier est sans DRM, parce que je préfère mon cercueil sans chaînes, et que je ne suis pas contre les intrusions nocturnes si elles sont sexy et nues. Da ns le cas contraire, vous aurez affaire à moi.
Si vous rencontrez un problème, et que vous ne pouv ez pas le résoudre par vos propres moyens, n’hésitez pas à nous contacter par mail ou sur le forum en indiquant le modèle de votre appareil. Nous nous ch argerons de trouver la solution pour vous, d'autant plus si vous êtes AB-, un cru si rare !
À toi frangin, parti trop tôt et sans prévenir. Tu me manques…
Chapitre 1
« J'attire en me vengeant sa haine et sa colère ;
J'attire ses mépris en ne me vengeant pas. »
Pierre Corneille, Le Cid.
— Léa… Léa ! Oh, tu réagis là ? Je relevai la tête, comme tirée brutalement d’un pr ofond sommeil. Happée trop vivement par la réalité, un léger tournis me s aisit. Et j’avais presque autant la gueule de bois qu’après une nuit de bringue. Pou rtant je ne me tenais pas dans la chambre, au saut du lit, mal réveillée, mai s bien dans la cuisine, debout devant le plan de travail, en pleine préparation cu linaire pour le dîner. Plein d’expectative, Hunter me fixait, les yeux éca rquillés, les bras légèrement écartés. Il attendait visiblement que je dise quelque chose. — Oui… Quoi ? — Tu vois ce que tu es en train de faire ? Tu n’as même pas conscience de tes actes ! Dis-moi, ça recommence ? Je baissai les yeux. Un papier Vichy rose pâle humi de s’étalait devant moi. Dessus, deux magnifiques entrecôtes me faisaient de l’œil. Ma main gauche tenait une fourchette tandis que la droite… Et merd e, ça me reprenait. Mes doigts dégouttaient du sang de la viande. Et d’ après le goût de rouille qui envahissait mes papilles, je les avais sucés. S ans m’en rendre compte. Je remarquai aussi que je tremblais légèrement. — Bon, je vais téléphoner à Charles. — Non ! J’avais crié plus fort que je ne l’avais voulu. — Léa, bon sang ! Tu ne peux pas rester comme ça ! On dirait une junkie en manque ! — Je ne suis pas une putain de droguée, Hunter ! Ma voix était montée dans les aigus. Même si je ne voulais pas l’admettre, je savais qu’il avait raison. Au début, le besoin de s ang ne s’était pas fait sentir. Cela n’avait pas duré. Et depuis maintenant six moi s, je supportais cet état. Le cadeau de Skull. Ce salopard ne m’avait pas ratée a vant de crever. Hunter se radoucit et me serra dans ses bras. Je me laissai aller contre sa poitrine. — Il n’y en a plus dans le réfrigérateur. Je vais l ’appeler pour qu’il nous fournisse. Je t’ai dit que je t’aiderais, et c’est ce que je vais faire. Ne t’en fais pas, tu en auras de moins en moins besoin. Un jour, tu t’en passeras, comme moi. Je soupirai. Un soupir à fendre l’âme. — Dans combien de temps… — Chut ! Calme-toi. Je suis là. Paris ne s’est pas construit en un jour, alors tu dois prendre ton mal en patience. Je savais tout cela. Ce n’était toutefois pas pour autant que j’avalais la pilule. Il s’agissait plus de pulsions que d’un réel besoin vital, pourtant j’avais la sensation viscérale que sans, je crèverai à petit feu. Hunter me relâcha. Il déposa un baiser sur mon fron t et fila au salon passer
son fichu coup de fil. Depuis que Skull, ce maudit fils de Caïn, était pre sque mort en se vidant sur moi, j’étais devenue une sorte d’hybride moi aussi. Mais une version au rabais. Son sang avait contaminé mon organisme au travers d e mes blessures, faisant de moi un être à part, aux capacités surdéveloppées . Le revers de la médaille résidait dans ces pulsions révoltantes. Aux yeux de tous – y compris les miens – je me rattachais toujours au genre humain. Je n’é tais pas un vampire, pourtant je pouvais presque passer pour l’un d’eux. Merde ! Parfois, je me demandais à quel monde j’appartenais. Je n’avais pas tout à fai t les mêmes capacités que Hunter, suffisamment néanmoins pour que ça me pourr isse l’existence. Et au bout de six mois, je me disais qu’il était honnête de penser que cet état serait définitif. Jamais je ne redeviendrais celle que j’a vais été… Le bourdonnement de voix me parvenait depuis le séj our. Hunter négociait avec Charles, le Grand Connétable de la ville, qui me devait d’être encore de ce monde. Il me rendait donc service comme il le pouva it : entre autres, il se considérait comme mon dealer officiel de poches de sang.
Assise devant mon assiette, je me sentais incapable d’avaler la moindre bouchée. Hunter avait déjà fini alors que je me con tentais de jouer avec mes patates du bout de la fourchette, sans appétit. Tou jours mieux que me grattouiller les cicatrices aux poignets, un tic do nt je ne pouvais me défaire en cas de forte nervosité. — Tu devrais manger. De toute façon, il ne va pas tarder. La sonnette retentit dans la foulée comme pour appu yer sa remarque. Belle synchronicité. Hunter se leva et je restai prostrée devant ma viande, bleue, et pourtant bien trop cuite à mon nouveau goût. — Salut, Léa ! Ouah, tu as une sale gueule ! — Merci, Charles… Toujours aussi horripilant ! De ce côté-là, rien de changé. Je redressai néanmoins la tête et grimaçai un ersatz de sourire. Fidèle à lui-même, le Grand Connétable de la ville arborait un visage radieux, gainé à la perfection dans un costume taillé sur mesure. L’élégance italienne inc arnée. — Tu débarques de lafashion week? lançai-je, un brin acerbe. Il ne répondit pas et se contenta de déposer une ca isse thermos de plastique bleu sur la table. — Tiens. Tu as de quoi tenir un bon moment. Je me levai et soulevai le couvercle. Cinq poches s ’alignaient, bien calées entre les plaquettes réfrigérantes. Je ne voulais p as en boire. Je trouvais le goût affreux et écœurant. Mais mon corps ne réagissait p as de la même façon. Sans même y réfléchir, j’en tenais déjà une. Je me détou rnai et filai vers la salle de bain. Je m’y enfermai à double tour avant d’ouvrir avec fébrilité le sachet plastique. Dans mon empressement, je manquai de le déchirer. Je tétai l’embout goulûment. Au fur et à mesure que le liquide visqueux descendait dans mon estomac, une exquise chaleur m’ envahissait. L’anticoagulant lui donnait un léger arrière-goût q ui ne cachait pas celui de rouille. Mes membres cessèrent de trembler et ma re spiration se calma. La poche vide pendait au bout de mes doigts comme l a mue d’un horrible insecte et je me laissai lentement glisser le long du mur. Une fois assise, j’entourai mes genoux de mes bras et posai ma tête dessus. Les yeux fermés,
je lâchai tout pour dériver sur une mer de douce bé atitude. Le corps porté par un nuage cotonneux, le crâne léger et vidé de toute pe nsée, dans une sorte de phase intermédiaire entre sommeil et veille, je flo ttai. Les coups frappés à la porte me ramenèrent à la réa lité. — Léa ? Ouvre, s’il te plaît ! — J’arrive ! Je me redressai péniblement, arrachée à mon état se cond. Je relevai la tête et fixai mon reflet. Le miroir au-dessus de la vasq ue ne m’épargna point. Pâle, le regard cerné et halluciné, des rigoles rouges tranc haient contre ma peau, de chaque côté de ma bouche et s’étalaient sur mon men ton. Je regardai cette image d’un bébé cauchemardesque qui venait de mange r salement sa bouillie écarlate. Un monstre. Les larmes affluèrent, mais j e les effaçais en même temps que les traces de mon infâme repas à grands coups d e flotte glacée. Lorsque je sortis enfin, aucun des deux hommes ne f it le moindre commentaire. Ça valait mieux, je n’étais pas d’hume ur. Je remerciai Charles pour son aide et le congédiai en douceur. Je ne voulais pas qu’il prenne racine chez moi. Malgré tout ce qu i nous liait, je ne le considérai pas comme un ami. Je ne le pouvais pas. Pas encore. Il appartenait à un monde qui me révulsait. Un monde dont je faisais partie, que je le veuille ou non.
Je m’étais allongée. Je ne pensais pas dormir, just e me reposer quelques instants. Pourtant, le sommeil avait dû me saisir, car je fus surprise de constater que trois heures s’étaient écoulées lorsque Hunter me secoua. — Debout, Léa. On doit filer. Je glissai les jambes hors du lit et m’étirai. J’étouffai un bâillement. — Pourquoi ? Que se passe-t-il ? Ma voix ensommeillée résonna de manière étrange à m es oreilles. — Le Centre a appelé. Un promeneur a découvert un c orps. Ce n’est pas beau et c’est pour nous. — Où ça ? Toute trace de sommeil me quitta instantanément. L’ intérêt d’une nouvelle affaire raviva ma flamme. Rien de tel que l’action pour ne pas penser. — À la lisière de la forêt de Beauval. On nous atte nd. Je sautai du lit, enfilai mes baskets et attrapai m on blouson jeté à la va-vite sur un fauteuil. — Qu’est que tu fiches, Hunter ? Tu traînes !
Chapitre2
Hunter gara la voiture au milieu d’une pâture couve rte de rosée dans le jour naissant. D’autres véhicules s’alignaient déjà là, dont une ambulance. J’ouvris la portière avant même l’arrêt complet et bondis dans l’herbe humide. Je n’avais pas besoin de GPS pour trouver l a scène de crime, l’attroupement se repérait aisément. Assis sur le marchepied d’un fourgon, un homme serr ait convulsivement contre sa poitrine les bords d’une couverture récha uffant ses épaules. Certainement le malheureux promeneur. Un chien gris et hirsute, caricature parfaite du bon gros bâtard sympa, était allongé en tre ses pieds. Un photographe finissait de prendre ses clichés. Le s éclairs transperçaient l’obscurité du sous-bois et paraient de reflets arg entés les troncs et le dessous des feuillages, comme un orage miniature condensé d ans cet endroit précis. Des spots puissants fixés sur des trépieds parachev aient l’éclairage de la scène de crime. Malgré le soleil déjà levé, la végétation assombrissait les lieux, leur donnant un air de crépuscule. Je contournai un technicien et me figeai. Hunter, a près le coup de fil, m’avait dit que ce ne serait pas beau à voir. J’allais le s acrer roi de l’euphémisme. Ce qui était étalé au sol n’avait même plus l’air d’un cadavre. Une bouillie informe, voilà ce qui restait. Quant à l’odeur… Réprimant un haut-le-cœur, je remontai mon col contre ma bouche et mon nez. L’entomologiste judiciaire, adjoint du médecin légi ste, admirait des bestioles dans une boîte de verre. Je me dirigeai vers lui, p lus pour m’éloigner du corps que par réel besoin de lui parler. — Salut ! Quoi de neuf, Doc ? C’était notre petite blague privée, que je ressorta is à tous ceux qui portaient le titre de Docteur, notre échange de civilité à la Bugs Bunny. Quelques grammes de légèreté dans ce monde de merde. — Salut, Léa. Regarde comme ils sont beaux…Hydrotaea ignava et Parapiophila vulgaris. — Mais encore ? — Faudra affiner au labo, mais avec la météo actuel le, je dirais que notre cliente repose là depuis environ quatre jours. — Cliente ? — Oui. D’après les premières constatations, c’est u ne femme, type caucasien, plutôt jeune. Pour savoir si elle est bl onde ou brune, faudra retrouver la tête ! Il s’esclaffa comme si c’était la meilleure blague du jour. Charmant. Je retournai vers Hunter. Accroupi près du corps, i l l’examinait attentivement. Je vis effectivement qu’il s’agissait d’une femme. Les vêtements en lambeaux laissaient entrevoir ce qui restait de ses attribut s. Elle était lacérée, la blancheur de certains os pointait hors du corps. Et il manqua it bien la tête : le cou était sectionné. Pas proprement, comme avec une hache. Dé chiqueté, arraché comme le reste. — C’est pas un vampire qui a fait ça… murmurai-je p our moi-même. — Non. (Hunter se releva). Vu la taille des morsure s, je pencherais pour un lycan. Mais du type enragé.
— On l’a ! Par ici ! héla une voix un peu plus loin . Nous nous précipitâmes. Un technicien se tenait en contrebas, dans un fossé empli de feuilles mortes qui craquèrent sous nos pas. Là, à demi enfouie près d’une souche pourrie, on devinait une tête. Nous l’examinâmes avec la plus grande prudence. Ce n’était pas le moment de la polluer et contaminer d’éventuels indices. Ga ntée de latex, avec la pointe d’une tige de bois, je la soulevai légèrement. Le v isage, face au sol, était méconnaissable. Il avait subi un véritable acharnem ent. Qui que soit le tueur, il ne voulait pas que cette fille soit identifiée. De longs cheveux bruns collés par le sang s’engluaient contre la peau tailladée. Un trou marquait l’emplacement du nez. J’écartai les lèvres de la malheureuse avec mo n bout de bois. — On dirait que ses dents sont nickels. On peut esp érer une identification de ce côté-là. — Oui. C’est notre seule chance. En dehors des list es de personnes disparues. Je remarquai une plaie étrange sur son front. Les l ignes étaient droites, comme dessinées. Une marque à cet endroit me rappel ait des souvenirs très désagréables et je frissonnai. Au moins, elle ne fi gurait pas une cible. Déjà ça. Je me voyais mal devoir gérer un imitateur de Skull . — Tu as vu ça, Hunter ? — Oui… il faut attendre qu’elle soit lavée par le l égiste, ça ne ressemble à rien. Je me relevai et ôtai les gants. — Si Skull ne rôtissait pas en enfer, je serais ten tée de lui mettre ce crime sur le dos. Bon, on rentre au Centre. Le toubib ne va pas tarder, il faudra patienter jusqu’aux résultats d’analyses. Mais avan t, je vais voir le type qui l’a trouvée. Je me dirigeai vers les voitures, Hunter sur mes ta lons. Le pauvre homme claquait des dents, livide. Il récu pérait sa pièce d’identité que lui tendait un agent. Son chien gronda alors qu e nous approchions. — Gentil, Gremlins… sage. La voix chevrotante de l’homme trahissait son émoi. On ne pouvait pas lui en vouloir. Je m’accroupis et grattouillai le clebs derrière le s oreilles. Il se laissa faire et sembla même apprécier. Il me lécha la main en retou r. — Gremlins ? C’est sympa comme nom. C’est vrai qu’i l a un peu… le poil en pétard. Et vous êtes ? — Je m’appelle Duval. Roger Duval. J’habite le hame au, là-bas. Il tendit un bras tremblant vers le nord. — Je ne passe jamais par ici, d’habitude. Je lui fa is faire sa promenade de l’autre côté. Je ne sais pas pourquoi j’ai changé d ’itinéraire. Il semblait vraiment choqué. Je lui offris mon sourire le plus rassurant. — Je comprends. Je sais que ce n’est pas facile. Vo us pouvez me dire dans quelles circonstances vous l’avez découverte ? Il se racla la gorge. Visiblement, il lui était dif ficile de revivre en pensée ces instants. — J’avais lâché le chien. Il zigzaguait devant, ren iflait à droite à gauche. D’un coup, il s’est mis à filer. Je l’ai appelé, ma is rien à faire. J’ai couru aussi, pour le rattraper. Je ne voulais pas qu’il atteigne la route et se fasse écraser,