À vos souhaits

À vos souhaits

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332 pages

Description

Tout le monde connaît Newdon, la fabuleuse cité où se côtoient humains et créatures enchantées. Mais connaissez-vous John Moon ? Il est l’entraîneur d’une équipe d’ogres complètement abrutis, derniers de leur championnat. Et Vaughan, l’elfe qui vient de tripler sa première année d’École de Magie ? Ou encore Gloïn MacCough, le nain qui fait faner les fleurs rien qu’en les regardant ? Alors que ce trio pathétique est réuni devant quelques pintes au pub du coin, le Diable arrive en ville, à la recherche d’une clé qui permettrait d’ouvrir les portes des enfers. Et le destin moqueur a jeté son dévolu sur nos amis pour déjouer ses plans...


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Date de parution 25 janvier 2013
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EAN13 9782820504159
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Fabrice Colin À vos souhaits Bragelonne
« Merci » P.G. Wodehouse
Avertissement : ce roman est totalement dépourvu de cochon.
Pas terrible
La mort par les flammes, pourquoi pas ? Mais le tru c un peu gênant avec cette méthode c’est que primo, vous risquez de mett re le feu à toute la maison (ce qui ne m’arrangeait guère dans la mesure où je comptais laisser une lettre d’explication) et que secundo, un type transformé e n torche vivante a le plus souvent beaucoup de mal à garder son calme. C’est f ou ce que le savoir-vivre passe au second plan dans ce genre de situation. Et moi, je ne tenais pas particulièrement à me donner en spectacle. Mon exis tence en général étaitdéjà un spectacle. Quoi qu’il en soit, le feu présentait tout de même pas mal d’avantages et de toute évidence, la question méritait une étude appr ofondie. J’attrapai ma plume et commençai à griffonner une liste. Inconvénients Avantages Problèmes pour l’entourage Définitif Pas propre Spectaculaire Douloureux Héroïque Combustible ? Alcool ? De toute façon, ma décision était prise : j’allais me foutre en l’air. Au moins comme ça, il y aurait quelque chose de définitif da ns ma vie. D’un certain côté, c’était rassurant. Il était presque midi, j’étais assis à ma table de travail, un tas de papiers inutiles étalés devant moi, et la pluie battait stu pidement au carreau. J’avais toujours une plume à la main.Autant continuer, décidai-je.Voyons un peu… « À mon sens, lorsque mes parents m’engendrèrent, l ’un ou l’autre aurait dû prendre garde à ce qu’il faisait : et pourquoi pas tous deux, puisque c’était leur commun devoir ? » Pas terrible. Vraiment pas terrible. Ça rappelait u n peu… rien, en somme. Ou alors du John V. Moon mauvaise période : vieux j eu, prétentieux, faussement lyrique. Un gamin de trois ans aurait fait mieux. Je jetai un coup d’œil au-dehors. Des trombes d’eau s’abattaient sur la ville mais dans mon salon, on n’entendait que le battemen t régulier de la pendule. « Plus que quelques heures, répétait-elle inlassablement.Plus que quelques heures et tout sera consommé. » Ma décision était prise. Inutile de tergiverser. Je devais regarder les choses en face et accepter mon destin avec courage. Pour commencer, Katey m’avait quitté. Rien de très remarquable : à l’heure qu’il était, elle devait probablement défaillir de bonheur dans les bras d’un bellâtre quelconque, le genre inepte, oreilles poin tues et langage précieux. Les elfes savaient s’y prendre pour vous rafler quelque chose sous le nez. Ces bouffons crépitants. Ce n’était pas pour rien qu’il s étaient illusionnistes.Quand même, me disais-je,elle aurait pu donner des nouvelles. Mais si elle n e l’a pas fait,songeai-je dans la foulée,c’est peut-être qu’elle pense que je suis nul. Et s i elle le pense, c’est peut-être que c’est vrai. Kate y se trompait rarement. Est-ce que ça avait un rapport avec mes étourdissan ts succès professionnels ? Sans doute. L’équipe des Ogres de Chelsey que j’avais été
chargé de reprendre en main se traînait lamentablem ent dans le bas de classement de Quartek. Lorsque j’avais récupéré les rênes, nous étions huitièmes, et les supporters étaient prêts à nous é triper de leurs propres mains. À présent, nous étions toujours huitièmes, et les s upporters nous en voulaient toujours autant, sauf qu’ils étaient beaucoup moins nombreux. Nous jouions ce soir une partie décisive. L’enjeu, en gros, était d e savoir jusqu’où nous pouvions descendre. La seule chose qui me consolait, c’était que la ligue de Quartek ne comportait que huit équipes. Dehors, le déluge continuait. Les cimes des arbres ployaient, agitées comme des pantins, et les quelques rares passants a ssez fous pour s’aventurer dans les rues marchaient tête baissée, contre le ve nt. Vraiment, je n’avais pas à regretter ma décision. Tirer ma révérence était la seule chose raisonnable que je ferais cette année. Avec un peu de chance, les serv ices municipaux ne seraient même pas fichus de traîner mon corbillard jusqu’au cimetière le plus proche, et ma mort commencerait de la même façon que ma vie s’ était déroulée : par un fiasco. Je me pris la tête à deux mains. Mon bureau était u n véritable champ de bataille. Pour la cent millième fois, sans y réfléc hir vraiment, je saisis la laconique missive que m’avait adressée la veille le secrétaire de la très secrète et très hum-hum-hum Fédération Omnisciente pour la Libération d’une Irréalité Éventuelle, et la parcourus d’un œil distrait. Enco re un texte de notre illustre fondateur. Pronon Graymercy, astronome & naturalist e : célèbre pour avoir tenté de montrer que le Monstre Thamson était un être viv ant. Moi qui croyais que c’était juste un fleuve. Et ce type avait une statu e en plein cœur de la ville. J’avais adhéré à la Fédération dans un moment de gr ande solitude et je commençais à le regretter un peu. Les membres ne se rencontraient quasiment jamais mais s’affublaient de sobriquets ridicules ( le mien était Tom Chaton). Ils prétendaient que le monde n’avait aucun sens et, po ur bien appuyer leurs dires, me réclamaient une cotisation au montant obscène qu ’il me semblait avoir déjà réglée trois fois. La lettre tremblotait dans ma main. La devise de la société, gravée en en-tête, m’avait toujours laissé un peu perplexe. « Le monde est une scène. » Mais je me souvenais aussi que c’était pour cette r aison que j’avais décidé de rejoindre ses rangs. Le monde n’était qu’une scè ne, prétendaient bravement les théâtromanes (comme s’appelaient les membres), nous étions en représentation permanente, tout ce que nous vivions n’était peut-être que le fruit d’une imagination supérieure et par voie de fait, n ous n’avions pas à nous soucier de quoi que ce soit. Je me levai. Ne me soucier de rien était une ligne de conduite qui me convenait à merveille. J’allais d’ailleurs en vérif ier dès ce soir les bienfaits supposés. — Un souci, monsieur Moon ? Debout devant la baie vitrée de mon salon dégoulina nte de pluie, je me retournai sourire aux lèvres et levai un pouce vers le plafond. — Tout va pour le mieux, Prudie.
Tu parles, pensais-je.Dès que tu auras le dos tourné, je vais m’immoler p ar le feu. Et cette fois, je peux te dire que je ne me raterai pas. Ma gouvernante s’inclina en souriant timidement. Qu and elle se baissait ainsi, elle pouvait presque toucher le sol avec son front. Elle ne mesurait que trois pieds : une bonne taille pour une gnome. — Prudie, dis-je en resserrant les pans de mon gile t de soie à revers doublé, comme vous le savez, nous avons un match particuliè rement important ce soir… — Oh oui ! s’empressa-t-elle d’enchaîner, tout Newd on ne parle que de ça ! — Vraiment ? dis-je. Mais en réalité, ce dont pouvait parler Newdon m’était totalement indifférent. — Et quelle est notre cote ? — Six cent soixante-six contre un, m’assena Prudie. Six cent soixante-six contre un ! — Diable, reniflai-je. C’est un peu exagéré. Ces fo utus Étripeurs ne sont tout de même pas des foudres de guerre ! — Mais les Ogres de Chelsey sont derniers du classe ment, objecta gentiment ma gouvernante. — Pas derniers, rectifiai-je : huitièmes. Et merci de me le rappeler. Prudie resta quelques instants désolée sur le pas d e la porte, me regardant de ses grands yeux humides. Elle allait me manquer. — Dites-moi, Prudie… Elle releva la tête, le regard plein d’espoir. — Monsieur ? — Prudie, ma petite Prudie, je me demandais comme ç a si, par hasard, et ne le prenez pas mal, hein ? eh bien, si vous ne so uhaitiez pas passer cette soirée en famille. Elle me regarda comme s’il manquait quelque chose à mon visage. — Je n’ai pas de famille, monsieur Moon. — Mmh ? Admettons. Alors, je ne sais pas, des amis ? Elle haussa tristement les épaules. — D’accord, d’accord, dis-je en revenant vers la fe nêtre. Dehors, la pluie continuait à tomber avec une obsti nation assez décourageante. Sombre et massive, la cathédrale de Haarlem se découpait dans la grisaille. À la nuit tombée, tout ce que la vill e comptait de nécromants et de sorciers s’y regroupait en silence. Les lieux bruis saient d’une agitation suspecte. On disait que les gardiens de la paix, mains crispé es sur les rênes de leur monture, détournaient soigneusement le regard. — Si vous pensiez assister à la partie de ce soir, ma chère… Un silence gênant commençait à s’installer entre no us. Je me demandais combien de temps il lui faudrait avant de fouiller dans mon bar et de mettre les pieds sur le sofa. — Bon, je vous donne votre soirée, Prudie. Ne me re merciez pas. — Mais je voulais… — Tss, tss, dis-je l’index sentencieux. C’est comme ça. Vous prenez votre soirée, un point c’est tout. Vous avez bien le droi t de vous amuser un peu. Quant à moi, j’ai besoin d’être au calme. Concentration d ’avant match. — Je comprends, répondit la petite gnome en lissant son tablier de coton. — Formidable, dis-je avec une grimace découragée ta ndis qu’au-dehors, une série d’éclairs furieux zébrait le noir des nua ges.
— Je reviendrai demain. — C’est ça, Prudie. Amusez-vous. Allez au pub. — Mais c’est inter… — Je plaisantais, fis-je en la congédiant d’un geste las. Elle fit mine de s’éclipser et, comme d’habitude, s e retourna sur le pas de la porte. — Bonne chance pour ce soir, dit-elle. — Merci. La chance n’a rien à voir là-dedans, songeai-je tandis qu’elle refermait derrière elle et s’éloignait de sa petite démarche triste.C’est bien pour ça que nous sommes derniers. J’attendis quelques instants, jusqu’à ce que l’écho des pas de Prudie s’éteigne complètement. Puis je m’assis à ma table de bureau et repris la plume que j’avais laissé sécher. Je la trempai dans l’enc rier et me remis à écrire. « C’est un beau jour pour mourir », commençai-je. Hum, pas génial. « C’est un beau jour pour mourir. » Oui, c’était déjà mieux. Mais à y bien réfléchir, on pouvait encore améliore r les choses. « C’est un beau jour pour mourir. » Voilà qui avait de l’allure. Finalement, je ne laissai que : « C’est un beau jour pour mourir. » Et je m’étirai en fermant les yeux. Pour tout dire, je me sentais assez seul.
Des coups de pied dans les réverbères
Gloïn MacCough marcha en plein dans une flaque d’ea u et jura quelque chose qui fleurait bon les plaines du nord : les va llées de ses rêves. Vêtu d’une culotte verte bouffante qui contrastait joliment av ec sa grosse barbe rousse, il leva un poing rageur vers le ciel. Au même moment, un fiacre passa en trombe devant lui et l’éclaboussa de la tête aux pieds. Un instant, il crut apercevoir John Moon à l’intérieur, mais non : John Moon se serait arrêté, lui. Gloïn MacCough jura quelque chose qui fleurait bon le mouton malad e et ôta de sa tête un chapeau détrempé qui avait eu du style. Il fixa un instant le dôme monumental de la cathédr ale Sacré-Paul et la statue altière, quoique ruisselante, de l’illustre magicien qui avait autrefois officié en ces lieux.Si la ville posséde un centre vital,le nain, songea alors il doit se trouver quelque part par ici, sous le grand dôme de bronze où l’on rend hommage aux Trois Mères.endroit respirait une sorte de solennité Cet grandiose. Le poids du passé. Il manquait simplemen t un petit peu de verdure. Gloïn MacCough poursuivit son chemin en pensant à s es plantes et au petit sachet de graines qu’il gardait dans sa poche. Si c ette fois ça ne marchait pas… Assurément, ce climat avait du bon – trois jours qu ’il pleuvait sans discontinuer, du centre de Newdon aux faubourgs les plus éloignés – et pourtant ! Ces maudites fleurs qui refusaient toujours de pousser. C’était à n’y rien comprendre. Pressant le pas, le nain longea les murs de Blackir on dont les tours crénelées, noircies par les âges, perçaient le brou illard et la bruine. Quelle idée il avait eu de rentrer à pied ! Newdon était immense, véritablement immense, et personne ne pouvait dire où se situaient ses limite s. Pour ce que les gens en savaient, il n’y avaitpasde limites. Mais bah ! Les gens ne savaient pas gr and-chose, d’une manière générale. Et ces graines de tu lipes valaient bien un petit sacrifice. Les pensées de Gloïn s’élevèrent dans la bruine com me des oiseaux volages puis disparurent dans les nuées, se mêlant à tous les songes vagues, à tous les soupirs engendrés par la ville. Peut-être était-ce pour cela que le soleil ne brillait jamais vraiment : trop de rêves lourds, trop de pensées dérivant sous le ciel gris indélébile. Derrière leurs fenêtres, l es habitants de Newdon se terraient, semblables à de petits animaux apeurés. Partout, il pleuvait à n’en plus finir et dans le c onfort feutré de leurs antichambres, les parlementaires elfes et leurs col lègues nains et humains se perdaient en conjectures oiseuses, fumant d’épais e t âcres cigares. Tout à côté, la grande tour de l’Horloge et sa pendule aux aigui lles de cuivre bravait les vents glacés, veillant sur les toits de la ville comme un phare dans la tempête. Un peu loin se dressait le palais de Broad-In-Gham, ses flèches interminables dominant Newdon, passerelles et corni ches biscornues tissant une dentelle arachnéenne dans la rosée de pierre. Au ba lcon, la Reine elle-même, énorme, mâchonnant des feuilles de menthe, admirait le spectacle, l’inépuisable déluge, et dans le ciel, d’énormes nuages boursoufl és, ses propres pensées peut-être, dérivaient comme des baleines. La pluie n’était pas une gêne en soi : Sa Majesté adorait promener nues ses quatre cents l ivres de chairs flasques dans les jardins suspendus du palais. Mais cette gr isaille était d’une tristesse ! Pour une personne aux goûts si sûrs, aux goûts roya ux de surcroît, l’absence criante de rose pâle, de jaune mordoré ou de rouge sanguin était de celle qui
pouvait vous gâcher une journée. La Reine Astoria s ’apprêta à tirer le cordon pour demander que l’on fît quelque chose. Ailleurs, plus à l’est, à Spitalfields par exemple, ou à Blackchapel, des bandes de gobelins verdâtres traînaillaient en maug réant et donnaient des coups de pied dans les réverbères : là-bas, pas le moindre cordon sur lequel tirer. S’arrêtant sur le pont de Brookstone, Gloïn MacCoug h huma un instant l’air bruineux et se pencha pour regarder le Monstre Tham son. Immense et indolent, le fleuve se frayait un passage d’eaux sombres en p lein cœur de Newdon, tout en lenteur majestueuse. Il existait une légende sur ce fleuve, une théorie étrange qui voyait en lui un être vivant à part entière. Mais c’était encore une de ces inepties inventées par les théâtromanes pour donner un peu de sel à leur e xistence.Ces types devraient arrêter de lire Graymercy et consorts, songea MacCough en traversant le pont.Pas étonnant que John ait trouvé refuge chez eux. « Le monde est une scène, je t’en foutrai. » Le monde est un lit, oui ! Un grand lit avec une gnome dedans. Gloïn chassa ces profondes et dangereuses réflexion s d’un long bâillement métaphysique et fronça les sourcils. Il allait rent rer chez lui, planter ses graines et s’allumer une bonne pipe. Ensuite il verrait bie n.