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AFFRES DE L'ENFER (T 2) LA DENT DE L'AIEULE ROMAN

De
204 pages
Faisant suite à Chassé-croisé sur Fadougou, cette deuxième partie de la trilogie de La dent de l'aïeule montre Arthur, sa tendre épouse Salimata et son oncle Ouézin, détenteur des forces mystiques de Fadougou, plus décidés que jamais à conjurer le spectre de la division et de la guerre pour restaurer la paix entre les frères ennemis de Lopangoni et de Fadougou.
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L
ES AFFRES
 
 DE 
LE
FNRE
 
Écrire lAfrique Collection dirigée par Denis Pryen
Dernières parutions
  Frédéric TRAORE,Chassé-croisé sur Fadougou. La dent de laïeule, tome I, 2011. Lulla Alain ILUNGA,La gestion du pouvoir, 2011. Esther GAUBERT,Brukina, rose du désert, 2011. Marcel KING JO 1er,Tina ou le drame de lespèce humaine, 2011. Aboubacar Eros SISSOKO,La Tourmente. Les aventures dun circoncis, 2011. Robert DUSSEY,Une comédie sous les tropiques, 2011. Alexis KALUNGA,Vivre lasile, 2011. Nenay QUANSOI,Souvenir dun jeune Africain en Guinée et en Tunisie, 2011. Nadine BARI et Laby CAMARA,LEnfant de Xéno, 2011. Aboubacar Eros SISSOKO,Une mort temporaire, 2011. Édouard Elvis BVOUMA,Lamère patrie. Nouvelles, 2011. Roger FODJO,Les Poubelles du palais, 2011. Jean FROGER,La Targuia, 2011. Pierre LACROIX,Au chevet de lAfrique des éléphants. Fable, 2010. Jeanne-Louise DJANGA,Le gâteau au foufou, 2010. Dina MAHOUNGOU,Agonies en Françafrique, 2010. Elise Nathalie NYEMB,La fille du paysan, 2010. Moussa RAMDE,Un enfant sous les armes et autres nouvelles, 2010. Raymond EPOTÉ,Le songe du fou, 2010. Jean René Ovono Mendame,La légende dÉbamba, 2010. Bernard N'KALOULOU,La Ronde des polygames, 2010. Réjean CÔTE,La réconciliation des mondes, A la source du Nil, 2010. Thomas TCHATCHOUA,Voyage au pays de l'horreur,2010. Eric-Christian MOTA,Une Afrique entre parenthèses. L'impasse Saint-Bernard(théâtre), 2010. Mamady KOULIBALY,Mystère Sankolo, 2010. 
 
    
  
 
Frédéric Traoré        LES AFFRES DE LENFER   La dent de laïeule, tome II  Roman
   
                 
 
Du même auteur
  Chassé-croisé sur Fadougou. La dent de laïeule, tome I, 2011. La guerre des pauvres et le destin de Hassan Guibrilou. La dent de laïeule, tome III, 2011.                           
 
© LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole-Polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-54607-3 EAN : 9782296546073 
 
Chapitre 1  Frissons, lueurs et violence 
       Folle matinée à Fadougou. Le village était en effervescence. Latmosphère était électrique et la nervosité frisait lhystérie collective. Arthur prit lui même la direction des recherches. La quasi-totalité des villageois se rassembla spontanément autour de lui. Le fonctionnaire de lÉtat domina la colère et langoisse qui le tenaient à la gorge et donnait des ordres à droite et à gauche.  Lattention fut portée de prime abord sur les puits. Ils constituaient en effet le lieu de tous les dangers. Plusieurs puits navaient pour toute margelle quune surélévation de terrain. On fouilla donc tous les puits. On y descendit des hommes qui plongèrent dans les eaux sombres avec lespoir de ne pas y trouver un corps humain. Le vieux puits était de loin le plus profond, le plus redouté de tous. Ny descendait pas le premier venu, car, tout au fond, lair se raréfiait, lobscurité devenait si épaisse que lon douterait de sa propre existence. Le vieux Ouézin se réserva le droit de fouiller le fond du puits ancestral. Et personne ne put len dissuader. Il fut donc descendu dans le trou par une grosse corde et disparut dans le secret des profondeurs.  Ouézin mit près dune heure dans le ventre de la terre, ce qui inquiéta, alarma puis paniqua les hommes et les femmes qui lattendaient autour du puits. Ouézin avait-il trouvé quelque chose que son âge avancé ne lui permettait pas de soulever ? Un malheur lui était-il arrivé au fond de ce puits à mystères ? Enfin, la corde fut vivement agitée. Cétait le signal. Rapidement, on hissa le vieil homme qui réapparut tout trempé, mais arborant un calme surprenant. Il navait rien trouvé. Non, là non plus, il ny avait rien.
 
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 Les recherches furent ensuite dirigées vers les maisons abandonnées. Pas le moindre cheveu de Cécile. Alors, les hommes se dispersèrent par petits groupes à travers la brousse. Chaque troupe avait une direction à suivre et aucune parcelle des terres de Fadougou ne devrait échapper à leur recherche. Les chiens de chasse, toujours fidèles, accompagnaient les fouilleurs de la savane et se demandaient ce que leurs maîtres avaient à organiser une battue en cette période de lannée où leurs échines devaient plutôt, tous les jours, être courbées sur les buttes à confectionner pour la prochaine saison des pluies. Museau au sol, ils suivaient bêtement lodeur de quelque scarabée bouseux ou, soudain, dressaient des oreilles tantôt pointues tantôt mutilées, bondissaient dans les fourrés pour revenir bredouille quelque temps après, non sans avoir délogé de leur cachette des sous-bois des perdrix ou des pintades éberluées.  Un cri de ralliement retendit tout à coup sur la savane. Cétait un cri prolongé, poussé avec force et orienté par deux mains placées en clairon autour de la bouche. Rapidement les équipes convergèrent vers le lieu doù était venu le premier appel. Nul doute : quelque chose avait été trouvé. Cétait une chemisette, la chemisette que portait Cécile avant sa disparition. La jeune femme était donc passée par là et elle sétait probablement dirigée vers le village de Boutabala. Vite ! Pas de temps à perdre ! Les hommes se déployèrent, cette fois-ci en deux ailes géantes des deux côtés de la piste qui fendait la verdure telle une épine dorsale dans un corps charnu. Ils marchaient vite, balayaient du regard et scrutaient la savane, et pas un indice révélateur ne pouvait leur échapper. Quelques kilomètres plus loin, on retrouva le mouchoir de Cécile et encore plus loin le collier quelle portait aux hanches. Puis, plus rien. On chercha partout ; on étendit lenvergure des recherches, mais on ne trouva rien dautre. Plus le
 
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moindre indice concernant la jeune femme. Tout se passait comme si, arrivée à un endroit précis dans sa promenade déboussolée, la jeune femme sétait brusquement volatilisée. Les hommes de Fadougou ratissèrent les bois jusqu'à Boutabala. Ils ne trouvèrent plus rien. Ils confièrent aux habitants de ce village voisin lobjet de leur recherche éplorée. Les habitants de la localité leur promirent de ramener, saine et sauve, la femme perdue si daventure lun des leurs la rencontrait. À la tombée de la nuit, les hommes rentrèrent de leur battue, la tête basse et la mort dans lâme. Tous étaient convaincus quun malheur avait brusquement mis fin aux jours de la pauvre Cécile.  Une dizaine de jours passèrent et un matin, deux étrangers arrivèrent à Fadougou. Il sagissait de deux Boizos issus dun clan installé depuis des générations dans le lointain village de Lori. Leur peau noire et luisante exprimait sur leurs visages impassibles le reflet silencieux du soleil sur les eaux scintillantes du fleuve. Les deux visiteurs demandèrent le domicile du chef du village. Boumbadi Nikianvo les reçut avec toute la déférence due à des étrangers. Les deux Boizos lui confièrent alors lobjet de leur voyage, ce qui les avait amenés à quitter leurs pirogues et leurs filets pour cette inhabituelle pérégrination sur les terres des cultivateurs. Un soir, alors que les ombres indésirables salissaient déjà la beauté du fleuve Koloboni qui était leur royaume, leur dernière jetée avait ramené, au milieu des carpes et des silures, quelque chose dinsolite. Lun des Boizos sortit de son sac en fibres de lin, un pagne de couleur indigo déchiré en maints endroits. Comme tous les habitants de la région, ils avaient eu vent de la disparition dune femme de Fadougou. Ils avaient donc décidé, non sans avoir au préalable consulté leur chef, de venir jusqu'à Fadougou présenter leur curieuse trouvaille.
 
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 Le pagne déchiqueté passa rapidement dune main à lautre ; mais cela était tout à fait inutile : tout le monde avait reconnu au premier coup dil le pagne que la mère dArthur avait donné à Cécile à son arrivée tonitruante à Fadougou afin quelle en cachât sa semi-nudité. Cette fois-ci, « la pirogue avait touché le sable ». Personne ne se faisait plus dillusions Les deux Boizos, interrogés, avaient malgré eux murmuré que le Koloboni était un fleuve hanté sur son dernier tronçon, celui qui anticipait son embouchure avec le « Fleuve aux Trois Ailes ». Cela était clair : au-delà de Gouro, le fleuve koloboni demeurait le vaste et aquatique pâturage des hippopotames.  Cécile était donc morte ! Elle emportait avec elle son secret. Ce quelle savait de la tragique disparition de Fulgence, son mari, elle ne le livrerait jamais à personne. Le fleuve lavait happée et son secret avec elle. Dans un combat inégal et sans témoin, les eaux silencieuses lavaient malmenée, étouffée, déchiquetée, peut-être, avant de lengloutir à jamais Qui avait tué Fulgence ? Qui avait agressé Cécile sur la route menant de Lopangoni à Fadougou ? Qui avait cherché à la poignarder dans le domicile du vieux guérisseur ? Enfin, comment avait-elle pu séchapper de Fadougou pour aller jusqu'à Gouro se sacrifier aux « habitants du fleuve » ? Questions très pertinentes, certes, mais sans réponse aucune.  Deux semaines de congé, cétait comme deux jours. Ils passaient si vite ! Arthur quitta Fadougou, la mort dans lâme. Pendant deux semaines, il sétait égosillé dans des discussions interminables. Il avait convaincu les uns et déçu les autres. Il avait gagné de nouvelles amitiés, mais sétait fait aussi beaucoup dennemis. Or, à Fadougou comme dans tout le Tokamou, lorsque lennemi frappait, lami navait que ses yeux pour pleurer.  La disparition de Cécile avait cependant produit à Fadougou comme leffet dun calmant ; la tension avait
 
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brusquement baissé. Que le corps de la femme de Fulgence nait pas été retrouvé était ce quil y avait de plus choquant. La jolie fille de Lopangoni, la belle épouse de Fulgence, navait pas reçu les derniers hommages auxquels elle avait droit. Disparaître ainsi, comme un fétu de paille consumé instantanément par des flammes voraces et dont le vent aurait éparpillé la fine cendre, non, vraiment, Cécile méritait mieux que cela.  Au fond de son cur, Kowara jubilait. Arthur sen allait et lui laissait de nouveau le village tout entier. Il se sentait jour après jour plus près du but. Il était convaincu que Fadougou triompherait, mais de sa victoire à lui, Kowara !  Arthur avait à coup sûr perdu la première bataille. Serait-il présent aux prochaines ? Il partait parce que son congé était arrivé à son terme. Il retournait à la capitale, mais son esprit demeurait à Fadougou. Il quittait les siens, inquiet du proche avenir. Mais il ne désarmait pas. Bien au contraire ! Il se battrait fort. Comment ? Il ne le savait pas encore lui-même  
*   * *                 En pénétrant dans la cour du Ministère du Commerce, Arthur ne vit pas son petit ami. Il nétait pas à son poste habituel, debout à côté dun des piliers de la porte dentrée de la cour. Après avoir accompli les manuvres indispensables devenues routinières, il coinça sa voiture entre deux mastodontes qui navaient nullement usurpé leur qualificatif de « tout-terrain ». Il descendit de voiture, son éternel sac en main, et fit quelques pas dans la cour en direction de lescalier principal. Cest alors quil aperçut une petite ombre qui courait derrière lui. Arthur sourit intérieurement et fit mine de ne sapercevoir de rien.
 
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- Monsieur Arthur ! Monsieur Arthur ! Bonjour !       - Bonjour Tanga ! fit celui-ci en se retournant.    - Vous êtes enfin rentré, Monsieur Arthur ! Tout sest-il      bien passé ? Je me suis beaucoup inquiété pour vous.  - Ah bon ? Et pourquoi donc ?  - Je ne sais pas... Je ne sais pas... Il ma semblé que quelque chose ne tournait pas très rond chez vous, au village...  - Moi aussi, je me suis inquiété pour toi, Tanga. Je ne tai pas vu à la porte en arrivant  - Cest que jétais caché là, derrière les gros cartons vides entassés dans ce coin.  - Et quy faisais-tu donc ? Pourquoi te caches-tu ?  - Cest à cause de Monsieur Fokano, le nouveau Directeur du Matériel. Il ne veut pas me voir dans les environs du ministère. Je suis venu ce matin parce que je savais que vous seriez de retour.  - Quoi ? Quas-tu donc fait à ce monsieur ?  - Rien ! Absolument rien ! Il veut que je quitte les lieux, que je foute le camp dici. Il veut y installer un enfant de son quartier. Cela se comprend, Monsieur Arthur. Vous savez, je suis mon propre patron. Je ne suis pas riche, mais... avec tous ces commerçants et autres personnes bien habillées qui fréquentent ce ministère, je me faisais chaque jour une somme rondelette en cirant les chaussures. Le nouveau directeur du matériel, en me remplaçant par un petit voyou à sa solde, fait une bonne affaire... Vous comprenez ?  Bien sûr quil comprenait, Arthur. À peine nommé, voilà que déjà ce nouveau directeur étendait ses tentacules, et cela, en commençant impitoyablement par le menu fretin.  - Il a aussi chassé les deux jeunes gens qui faisaient le parking derrière la clôture en face de la rue, continua
 
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