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Alagan: 1 Les mondes d Édesse

De
299 pages


« Ils viendront s’emparer du précieux fluide de vie



Détruisant l’équilibre de la source, de la mère



Et quand du ciel tomberont les larmes de colère



De la terre jailliront les entrailles de celui



Qu’on appelle le guide spirituel d’Édesse »



Livre de la Grande Poétesse – L’annonciation – Verset 3.


Alagan Tyles, dix-huit ans, vit dans les Cinq Continents, un monde connecté à outrance où le gouvernement de la chambre des Quinze assure le développement contrôlé de ses citoyens.


Lorsqu’au cours d’un jeu de réalité virtuelle, la mystérieuse Dame Amarante lui parle de la terre sauvage d’Édesse, il est loin de se douter que sa vie entière s’en trouvera bouleversée. Entre un monde matriciel, le monde parallèle, le terrifiant Entre-Deux et une île dont on ne rentre pas vivant, sa quête du passé s’avérera longue et périlleuse.


Au cœur de son voyage et entouré de la belle Kassandra et de l’espiègle Cassiopée, il découvrira la coléine, une substance addictive convoitée de toutes parts. Son don nouvellement révélé et la coléine l’aideront-ils à s’en sortir ou, au contraire, signeront-ils son arrêt de mort ?



« Un S-F, comme on les aime ! Ce roman vous propulse au cœur d’un univers redoutable et inquiétant, dans une quête vitale et passionnante. »


A. LEDIEU, correctrice






A propos de l'auteur



Franco-canadienne, Madeline Toppnorth a grandi en France avant d’aller s’installer au Québec en 1999. Elle vit aujourd’hui à Montréal avec son mari et ses deux enfants.



Son premier roman se revendique clairement des littératures de l’imaginaire Les Mondes d’Édesse est édité en décembre 2016 aux éditions Lune Écarlate. De Voltaire à Frank Herbert, de Khalil Gibran à Tolkien, ses lectures autant que ses écrits sont éclectiques. Romancière, poète et parolière, son écriture alterne fougue et mélancolie.



Entre science fiction, fantastique et fantasy, elle signe avec les Mondes d’Édesse une fresque originale qui nous fait tour à tour passer d’un univers dystopique à des aventures épiques, d’un monde sombre à un monde sauvage et généreux.




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Madeline Toppnorth
Les Mondes d’Édesse - 1 Alagan
Collection Lune Étoilée Science ïction
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Mentions légales
© 2016 Madeline Toppnorth. Couverture© 2016 Nathy. Édité par Lune-Écarlate 66 rue Gustave Flaubert 03100 Montluçon, France. Tous droits réservés dans tous pays. ISBN 978-2-36976-223-2. Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droits, est illicite et constitue une contrefaçon au terme des articles L,122,-5 et L,335-2 et suivant du code la propriété intellectuelle.
1. Prologue
« Par l’union du péché et du sang blanc naîtra Celui qui par la Voix tous les peuples unira Dans une paix nouvelle, empreinte de sagesse L’Élu de Moh-Jeovdi, l’enfant dual d’Édesse »
Livre de la Grande Poétesse, L’Annonciation-Verset 1
Rien. Rien ne s’était déroulé comme prévu. Quelques mois auparavant, sa vie entière avait été bouleversée. Toutes ses certitudes pourtant si bien ancrées, s’étaient envolées, mais une chose était sûre, elle l’avait aimé. Et elle était morte, du moins quelques instants, instants durant lesquels elle avait vu son existence déïler devant elle. Oubliée la peur de son père, enterrés les actes du passé, seuls le souvenir de son amant, ses baisers ardents et la chaleur de ses mains avait hanté ses jours depuis. Elle avait grandi dans le C5 — les Cinq Continents — au milieu des gratte-ciel et de la technologie, un monde connecté à outrance où le gouvernement oligarchique de la chambre des Quinze assurait le développement contrôlé de ses citoyens et les protégeait de l’Organisation Terroriste Radicale, l’O.T.R. Un seul devoir : la performance, en fonction de laquelle le C5 distribuait logis, solde et médicaments à ses ressortissants. Pour cette civilisation polluée sans moyen biologique d’alimentation, le système fonctionnait. Certes, point ne fallait trop sortir étant donnés la criminalité et les risques d’enlèvements. En contrepartie, on pouvait se projeter en réalité virtuelle dans la matrice et s’inventer à loisir, activités et voyages.
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Tout cela lui semblait si loin maintenant. Si artiïciel. Sur l’île sauvage d’Édesse, hors de la juridiction des Quinze, la nature avait conservé ses droits. Et sous ce ciel azur qu’elle n’avait vu qu’en image, la jeune femme réapprenait à vivre au milieu d’une faune et d’une ore qu’on lui avait dit disparues, seule face à sa conscience et à son ventre rond. Pas de Réseau sur Édesse, encore moins de matrice, pas de technologie, juste le chant des oiseaux, le murmure du vent et des forêts de feuillus. Le moment était venu. La femme prit une couverture en laine qu’elle avait confectionnée, un seau d’eau, un couteau et une peau de mouton. Elle s’en alla en clopinant, le ventre en avant. Un élancement aigu dans le bas de l’abdomen lui coupa la respiration et la força à s’arrêter pour récupérer son soufe. Elle avait choisi l’emplacement avec soin. Abritée dans une caverne, elle avait allumé des ambeaux dans la matinée. Une autre contraction violente lui arracha un hurlement. La douleur s’était prolongée. Elle continua la route et dut ralentir à maintes reprises au gré des spasmes qui se rapprochaient. Parvenue à l’intérieur de la grotte, elle s’installa dos au rocher pour attendre la prochaine secousse qui allait bouleverser son être, puis elle déboutonna sa robe. Sur son ventre déformé, ses veines apparentes étaient aussi blanches que la sève qui suinte du sol d’Édesse. La contraction arriva, plus violente, plus longue. Elle cria, suffoqua, et enïn respira. Proïtant d’un instant de répit, elle s’essuya le front, en nage. Le soufe court, elle se redressa, agença à terre la peau de mouton et plaça le couteau dans sa bouche avant que de nouvelles crampes, plus fortes que les précédentes, ne s’emparent de son corps. Son hurlement rebondit sur les parois de la caverne. «Respire. Tu portes en toi le fruit de ta rédemption». Une masse liquide lui mouilla les pieds. Les muscles crispés, la mâchoire contractée, son être souffrait du mal que son cœur libérait. La convulsion suivante lui arracha un cri rauque et lui ït perdre pied avec la réalité. Prise d’une irrésistible envie de présenter au monde son bébé, elle se mit à compter. Accroupie, le dos toujours plaqué au rocher, elle visualisait l’enfant et revoyait l’image de son amant. Dans cet état altéré, elle se vit avec eux sur le trône d’Édesse. En un éclair, elle envisagea son futur. Son don de prescience était réapparu. Elle poussa aussi fort qu’elle put, jusqu’à sentir la tête de son ïls descendre de ses entrailles. « Personne ne s’opposera plus
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à mon amour », hurla-t-elle dans l’épreuve. Ses dents crissaient sur le manche du couteau, ciselant davantage le bois. Elle expirait par à coups, visualisant le petit corps qu’elle aimait déjà, se frayer un chemin. Les joues en feux, des larmes au coin des yeux, à ce moment rien d’autre qu’un sentiment d’amour et de plénitude n’envahit son être, la rendant insensible à la douleur physique. Un dernier cri arraché dans la rage et l’impatience d’en ïnir expulsa l’épaule gauche de son bébé. Alors une main sous sa tête chaude et l’autre sous son aisselle, elle le tira délicatement vers l’extérieur. La seconde épaule passa sans qu’aucune souffrance ne puisse plus l’atteindre, et bientôt le corps entier du nouveau petit homme fut complètement dégagé. Elle le prit dans ses bras et se laissa tomber sur la douillette en laine, le dévisagea, l’embrassa, tandis qu’il criait à pleins poumons. Son ïls était né. Et avec lui la promesse d’une vie meilleure que l’ancienne. Elle soupira de bonheur, posa sa joue contre sa peau chaude puis trancha net le cordon qui les reliait encore ensemble. Avec l’eau de son outre, elle lui nettoya le visage et les cheveux pour remarquer, sous la masse brune rougie par le sang, une mèche blanche. Elle ïxa ensuite son regard vers la couverture. L’étoffe de laine se souleva puis vint envelopper l’enfant. « Bonjour toi », murmura-t-elle d’une voix exténuée en contemplant sa progéniture. Le bébé cligna des paupières et chercha son sein du bout des lèvres. À cet instant, elle sut que rien ne pourrait jamais la séparer de son ïls. Toute sa vie précédente déïla devant elle. Remords et regrets hanteraient son futur. Mais les erreurs du passé façonneraient la hargne avec laquelle elle s’apprêtait à défendre l’avenir d’Édesse, pour peu que personne ne se dresse entre elle et son ïls, car, pour elle, il ne faisait aucun doute qu’elle venait de mettre au monde l’Élu.
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Partie 1 Le C5
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