Apprentie sorcière

Apprentie sorcière

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180 pages
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Description

Dans la petite ville de Duvall, au Texas, la magie est la seule chose qui cause plus de problèmes que les rumeurs.
Tammy Jo Trask ne semble pas avoir hérité des pouvoirs familiaux. Sa vie compte un seul élément surnaturel: les quelques visites inopportunes de l’impertinente Edie, le fantôme familial mort depuis longtemps. Mais quand un flot de crimes frappe la ville et que son médaillon — un héritage qui renferme l’âme d’Edie — est volé, Tammy Jo doit réveiller la sorcière qui sommeille en elle.
Après quelques mésaventures causées par sa magie, Tammy se tourne vers la seule personne capable de l’aider: le très riche et majestueux Bryn Lyons. Il connaît peut-être toutes les réponses, mais le médaillon n’est pas la seule chose dont Tammy a hérité. Elle a aussi reçu un avertissement… Celui de rester loin de toutes les personnes nommées Lyons.

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Ajouté le 02 mai 2017
Nombre de lectures 148
EAN13 9782897677282
Langue Français
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Copyright©2009KimberlyChambers Titre original anglais : Would-Be Witch opyright © 2017 Éditions AdA Inc. pour la traduction française Cette publication est publiée avec l’accord de Penguin Group, New York, NY Tous droits réservés. Aucune partie de celivre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Traduction : Ém lie Hendrick-Hallet (CPRL) Révision linguistique : Féminin pluriel rrection d’épreuves : Nancy Coulombe, Féminin pluriel Conception de la couverture : Mathieu C. Dandurand Illustration de la couverture : © Rita Frangie Mise en pages : Sébastien Michaud papier 978-2-89767-726-8 PDF numérique 978-2-89767-727-5 ISBNePub 978-2-89767-728-2 Première impression : 2017 Dépô légal : 2017 nationales du Québec Bibliothèque et ArchivesCanada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada phone : 450 929-0296 Télécopieur : 450 929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres— Gestion SODEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Frost, Kimberly [Would-be witch. Français] Apprentie sorcière (Sorcière du Sud ; tome 1) Traduction de Would-be witch. ISBN 978-2-89767-726-8 I. Beaume, Sophie, 1968- . II. Titre. III. Titre : Would-be witch. Français. PS3606.R67W6814 2017 813’.6 C2016-942457-X
Conversion au format ePub par:
www.laburbain.com
Remerciements
Je désire remercier les personnes suivantes : Mes parents, Chris et Audrey, qui ont patiemment écouté mes incessants monologues quand j’étais enfant. Vous étiez en train d’élever une auteure. Mon amie d’enfance, Sandy, qui a lu mes écrits avant qu’ils soient assez bons pour être imprimés. Merci d’avoir été mon public pendant si longtemps. Les membres Houston Fiction Cartel, particulièrement Gene et Bethe, qui m’ont appris à être critique. Tous mes amis charismatiques et brillants du WRW, surtout Lorin, Brenda, Roman, John, Jason, Donna, Christine, Susan, Dennis et Beth. Nancy Pickard, pour les premiers encouragements que j’ai reçus de la part d’une romancière publiée. Mes nouveaux amis de la filiale de la RWA de Houston, qui m’ont offert une fantastique communauté littéraire sur mon territoire. Ma famille et mes amis, qui sont trop nombreux pour tous les citer, mais qui m’ont toujours encouragée, en particulier Michael, Vincent, Diane, Melissa, Sherry, Sandy et Dan, Stephanie, Rick H., John S. et madame Millie Mohan. Mes fabuleux et nombreux amis dans la communauté médicale, surtout Margaret, Brent, Larry et Jane, Sally, Shelly Halley et Elizabeth Jones Cochran. Mon agente, Elizabeth Winick, pour ta confiance et tes conseils. Notre rencontre a été mon jour de chance. Mon éditrice, Leis Pederson, pour tes idées fantastiques. Les livres sont chanceux de se retrouver entre tes mains. Mes meilleurs amis et partenaires de critique, David Mohan et Bonnie Johnston. Je suis heureuse de vous connaître pour des raisons trop nombreuses pour toutes les mentionner. Je me contenterai donc de dire… Merci, pour tout.
1
J enna Reitgarten est incroyablement chanceuse que mes gènes de sorcière soient en sommeil, sinon je lui aurais lancé un sort pour qu’elle ait le hoquet jusqu’à la fin de ses jours. Elle secouait la tête en me regardant par-dessus le gâteau qui m’avait demandé 36 heures de travail, un gâteau digne de Disney sur glaçage. — Eh bien, il est vraiment beau et tout, Tammy Jo, mais il y a trop de bleu et de gris. Ce serait approprié pour un petit garçon, mais Lindseya-do-rele rose… — Les pierres du château sont grises et bleues, mais la princesse sur le pont-levis est entièrement vêtue de rose. Les fleurs qui bordent l’allée sont roses, ajoutai-je en replaçant une mèche de cheveux derrière mon oreille. — Mmh mmh. Voici ce que je vais faire. Je vais placer celui-ci dans la salle de jeu, et je vais mettre l’autre gâteau, celui décoré d’une photo de Lindsey, dans la salle à manger. Et je ne peux pas payer 230 dollars pour le château ; après tout, ce sera un gâteau de rechange. — Pourquoi est-ce que je ne te vends pas simplement le gâteau plaque ? dis-je en jetant un coup d’œil au gâteau plat comportant une photo de sa fille de trois ans, affublée de son déguisement d’Halloween. Lindsey était un véritable cliché dans sa robe rose de la Belle au bois dormant. — Et que feras-tu de celui-là, ma chère ? demanda Jenna en indiquant le château à plusieurs étages qui comptait même un bord de lac et des buissons. — Peut-être que je vais le manger. Elle rit. — Ne sois pas ridicule. Bon, tu vas me le vendre 130 dollars ou je vais devoir me plaindre à Cookie et lui expliquer que tu n’as pas suivi mes directives, et… — J’ai suivi tes directives, dis-je, furieuse. Tu as dit : « Imagine une princesse de conte de fées. » Eh bien, la voilà. Je donnai un léger coup sur la tête de la princesse en sucre, la faisant tomber du pont bleu. Jenna inspira brusquement. — J’en ai assez de ton attitude, dit-elle en replaçant la princesse. Tu sais que chaque semaine, nous passons une commande dans cette boulangerie pour nos rencontres de la Ligue junior. Cookie va te faire la peau si tu me perds comme cliente. Cookie Olsen est ma patronne, et le surnom « Cookie » lui convient aussi bien que « Peluche » convient à un doberman. En général, je ne veux pas que Cookie soit en colère contre moi. Mais j’étais en train de me souvenir de toutes les raisons pour lesquelles je n’aimais pas Jenna — depuis l’époque du collège — et j’étais incapable de me concentrer sur deux femmes énervantes à la fois. — Tu peux acheter le gâteau plaque, mais tu ne peux pas avoir le gâteau en forme de château. Elle souffla, impatiente. — Cent soixante-dix dollars pour le château, et c’est mon dernier prix, mademoiselle. Je n’avais encore jamais remarqué à quel point Jenna avait de petits yeux. Si elle avait été une métamorphe, elle aurait été une sorte de rongeur-garou. Bien entendu, je n’avais jamais
rencontré de métamorphe en dehors des romans, mais je savais qu’ils existaient. L’ex-mari préféré de ma tante Mel avait été mangé par l’un d’eux. Je descends d’une lignée de 15 générations de sorcières, qui tirent leur pouvoir de la terre depuis plus de 3 siècles. Mais je ne crois pas qu’une telle information puisse impressionner Jenna. Celle-ci ouvrit son téléphone cellulaire et appela mademoiselle Cookie, à qui elle expliqua sa version de l’histoire, avant de me tendre l’appareil. — Oui ? dis-je. — Vends-lui le gâteau, Tammy Jo. — Non, madame. — Je ne veux pas la perdre comme cliente. Vends-lui le gâteau ou tu es virée. — Oui, madame, dis-je. — Bonne fille, répondit Cookie. Je remis le téléphone à une Jenna Reitgarten très suffisante. — Au revoir, dit-elle à mademoiselle Cookie avant de fermer l’appareil. Elle fouilla ensuite dans son portefeuille pendant que je plaçais le gâteau en forme de château dans la boîte que j’avais créée pour le transporter. Je sortis ensuite le gâteau plaque, qui était déjà emballé, et le posai sur le comptoir. — Ça va faire 40 dollars, dis-je. — Pardon ? — Cookie a dit que je pouvais te vendre le château ou être renvoyée, et j’ai choisi la deuxième option. Un gâteau de cette taille me nourrira pendant un mois, peut-être même plus longtemps, si je suis ton exemple et que je me laisse mourir de faim. Le visage de Jenna prit une teinte rose, que sa fille Lindsey auraita-do-rée, puis elle essaya de me faire entendre raison, avant de recourir aux menaces, agitant ses bras maigres dans tous les sens. — Gâteau plaque, 40 dollars, répétai-je. Son teint était taché par la fureur quand elle me tendit brusquement 2 billets de 20 dollars. — Lloyd ne t’engagera pas. Papa l’emploie comme traiteur pour ses réunions et ses déjeuners. Et il y a seulement deux boulangeries en ville. Tu vas devoir déménager, affirma-t-elle. — Eh bien, je m’attaquerai à ce château fort le moment venu, dis-je tout en sachant qu’elle avait raison. La fierté coûte plus cher qu’un sac de marque, et je ne peux me payer ni l’un ni l’autre. Jenna sortit d’un pas raide en emportant son gâteau plaque alors que je calculais pendant combien de temps je pouvais survivre sans travailler. Je n’ai pas l’esprit très mathématique, mais je savais que je ne tiendrais pas longtemps. « Ah ! que le diable l’emporte. Je vais peut-être simplement changer de ville. » Si ma mère et ma tante Melanie revenaient et que j’étais partie, ce serait leur faute. Je n’avais pas reçu la moindre carte postale de leur part depuis quelques mois, et les précédentes étaient toujours vagues. Elles ne me disaient jamais où elles étaient ni ce qu’elles faisaient. J’espérais vraiment qu’elles ne se trouvaient pas dans une autre dimension, puisque je devrais les retracer pour leur demander un prêt dans un avenir très proche.
Comme la plupart des fantômes, Edie choisit toujours le mauvais moment pour apparaître. C’est un peu comme avoir une hideuse coupe de cheveux le jour de son mariage et se demander ce
qu’on a fait pour mériter cela. Il y avait un étrange bouchon de circulation sur la rue principale, et alors que j’essayais de contourner la Cadillac de madame Schnitzer, Edie apparut sur le siège du passager. Ce n’était certainement pas ma faute si cela me fit sursauter. Je fonçai sur le bord du trottoir, puis sur le gros pare-chocs arrière de la voiture de madame Schnitzer. Je me tins la tête, regrettant de ne pas avoir un sac de glace, ou d’être en vacances à Acapulco. Je recouvrai ensuite mes esprits et déplaçai ma voiture jusque dans l’aire de stationnement du poste d’essence de Floyd, loin du trafic. Je grimaçai quand j’entendis un grincement en tournant le volant trop vivement vers la gauche. Je priai pour que le problème ne coûte pas trop cher à réparer, étant donné mon nouveau statut de chômeuse. Connaissant ma chance, ce ne serait pas le cas. Je devrais peut-être simplement éviter de tourner à gauche. Madame Schnitzer ne se donna pas la peine de déplacer sa Cadillac hors du chemin. Elle sortit de derrière le volant de sa grosse voiture et s’approcha de la mienne. Elle portait une jupe en polyester vert citron qui moulait son propre pare-chocs arrière considérable et qui, à l’exception de la bosse, ressemblait en tous points à celui de son véhicule. Elle me posa une série de questions, incluant celles de savoir ce qui clochait avec mes yeux (beaucoup de choses, puisque je peux voir Edie, la sœur décédée de mon arrière-arrière-grand-mère), si j’étais sous l’influence de drogues (non, à moins que l’on compte le chocolat noir), et ce que je pensais que Zach allait dire en découvrant ce qui était arrivé (ce à quoi je décidai de ne pas penser). Edie était complètement silencieuse sur le siège du passager. Elle portait une robe à franges noires et paillettes, ce qui était un peu exagéré en plein jour, mais je supposai que les fantômes pouvaient se vêtir de façon excentrique, étant donné que la plupart des gens ne pouvaient les voir. — Zach arrive, justement, dit madame Schnitzer, le visage illuminé. — Super, dis-je en grommelant avant de regarder dans mon rétroviseur. Comme de fait, je vis s’approcher une large poitrine recouverte d’un t-shirt blanc moulant. — Tammy Jo a foncé dans l’arrière de ma voiture, annonça madame Schnitzer. Et je dois rentrer à la maison pour me préparer avant la soirée du maire. Je n’ai pas de temps à perdre avec ces bêtises aujourd’hui, Zach. En fait, ce qu’elle voulait vraiment dire était : « Agent Zach, occupez-vous de votre ex-femme écervelée. » Je serrai les dents, n’appréciant aucunement son sous-entendu. Zach entra dans son jeu. — Allez-y, Mademoiselle Lorraine. Je vais m’en occuper. Elle retourna vers sa voiture en se dandinant et s’éloigna avec son pare-chocs bosselé. Zach repoussa légèrement son Stetson vers l’arrière, laissant voir ses boucles blond foncé et un visage capable de provoquer des crêpages de chignons. — Ma fille, tu es chanceuse que tes lèvres soient plus douces que tes gâteaux, sinon je t’aurais enlevé ton permis il y a longtemps. J’avais déjà eu quelques accrochages dans le passé. La plupart du temps, ce n’était pas ma faute. — Edie est apparue… — Tammy Jo, ne commence pas avec ça. Ça me tombe encore sur les nerfs d’avoir payé 1 600 dollars à ce charlatan de Chulley pour te psychanalyser, et tout ce que ça m’a apporté, c’est des maux de tête. — Je t’avais dit que ça ne fonctionnerait pas.
— Alors, tu n’aurais pas dû gaspiller mon argent. Maintenant, écoute, je suis occupé. Rentre à la maison et prépare-toi pour la soirée de Georgia Sue. On en parlera là-bas. — Nous y allons séparément ? demandai-je. Zach et moi entretenions une relation intermittente, mais nous étions censés être de nouveau ensemble. La preuve : il avait dormi chez moi la nuit précédente, et je lui avais préparé des œufs et du bacon pour le petit-déjeuner. — Ouais, je vais être en retard, expliqua-t-il. J’étais chez T.J. quand on m’a appelé pour donner un coup de main. Les Longhorns étaient sur la ligne de trente verges. Peux-tu croire que je suis ici aujourd’hui ? Un jour de match ? Honnêtement, non. Si ESPN n’existe pas au paradis, Zach pliera probablement bagage pour aller en enfer. Le fait qu’il oublie notre anniversaire de mariage et l’anniversaire de tout le monde chaque année, mais qu’il se souvienne par cœur des calendriers de matchs des Longhorns et des Cowboys dès qu’ils sortent est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles notre mariage n’a pas survécu. Un autre petit problème est le fait que je crois toujours en l’existence du fantôme assis en silence sur le siège du passager, et que Zach est certain qu’un psychiatre aurait dû pouvoir l’enlever de ma tête grâce à une pilule ou à une discussion sérieuse. J’observai le bouchon de circulation pendant que Zach étudiait mon pare-chocs avant. — Alors, que se passe-t-il ici ? demandai-je. Il ne répondit pas, ce qui était typique. — Qu’est-il arrivé ? dis-je. Il me regarda. — Il se passe que tu as eu un accident de voiture, ce qui signifie que je vais encore devoir demander une faveur pour la faire réparer. À moins que tu aies l’argent, cette fois-ci ? Le moment semblait mal choisi pour mentionner mon congédiement. — Je rentre à la maison, annonçai-je. — Tu penses pouvoir y arriver ? demanda-t-il, sa bouche formant enfin un sourire séduisant, capable de faire fondre l’asphalte. — Oui. — C’est bien. Embrasse-moi. Il n’attendit pas avant de me donner un baiser rapide et de s’éloigner tout aussi rapidement. — Bonjour, Edie, dis-je en rejoignant la circulation. J’aimerais vraiment que tu ne me rendes plus visite dans la voiture. — Il a encore un beau corps. — Oui. — Êtes-vous ensemble ? — En quelque sorte. Comme l’huile et le vinaigre. Si on nous secoue vraiment bien, nous pouvons travailler ensemble, mais tôt ou tard, nous finissons par nous séparer. — Alors, c’est seulement pour le sexe, déclara Edie d’une voix aussi froide qu’un granité. Je soupirai. — Tu ne devrais pas parler comme ça. — Il est perpétuellement préoccupé, mais souvent dominateur, ce qui est une combinaison étrange et horrible chez un homme. Ça ne serait pas très important s’il pouvait acheter de jolis cadeaux de réconciliation, comme des diamants. — Est-ce possible de ne pas parler de ça, s’il te plaît ? J’ai eu une journée difficile.
— J’ai entendu dire que tu as démissionné. Bien joué. — Je n’ai pas démissionné. Je ne peux pas. J’ai été congédiée. — Ce n’est pas ce que j’ai entendu. — Eh bien, qu’as-tu entendu ? Et qui te l’a dit ? L’idée que des fantômes que je ne pouvais pas voir m’espionnaient m’horripilait. Me regardaient-ils dans la douche ? Étaient-ils là quand Zach couchait dans mon lit ? Je rougis. Edie s’en rendit compte et éclata de rire. Je regardai furtivement son magnifique visage. Son teint de porcelaine et ses pommettes saillantes la rendaient encore plus jolie qu’une poupée. Ses cheveux noirs et lustrés étaient coupés au carré, et elle les portait droits ou ondulés, selon son humeur et ses vêtements. Aujourd’hui, ses lèvres étaient d’un rouge cerise provocant. Selon la rumeur, Edie avait incité les hommes à acheter des diamants… et à se suicider. Dans ma famille, il était généralement accepté que l’un de ses amants éconduits l’avait tuée, mais elle n’avait jamais raconté les détails de l’homicide irrésolu de 1926 qui avait eu lieu à New York et dont elle avait été la victime. — Comment vas-tu ? demandai-je. — Je suis morte. Comment te sentirais-tu, à ma place ? J’ouvris la bouche avant de la refermer. Je n’en avais pas la moindre idée. Était-il difficile d’être un fantôme ? Était-ce ennuyant ? Edie était assez secrète, quand il était question de sa vie… De sa vie après la mort. — Pourquoi me rends-tu visite aujourd’hui ? demandai-je, essayant de maintenir une conversation polie. — J’ai entendu dire que tu as montré du cran. J’ai donc décidé de venir te voir, dans l’espoir, sans doute VAIN, que tu sois en train de devenir intéressante. Je grimaçai. Edie pouvait être douce comme un agneau ou aussi dangereuse qu’une vipère. — Je suis désolée. Pendant un instant, j’ai oublié que ce n’est pas ma vie. C’est ton divertissement. Ses yeux émeraude étincelèrent et elle esquissa un sourire éblouissant. — Peut-être pas si vaniteuse que ça, après tout. Est-ce que je t’ai déjà parlé de la fois où j’ai volé un vase en baccarat au rédacteur en chef deVanity Fairavant de l’offrir à Dorothy Parker ? J’aimais bien l’ironie. Il l’a congédiée, tu sais. — Qui était le rédacteur ? — Exactement, répondit-elle en souriant. Un congédiement n’est pas si terrible. Il suffit d’un cadeau pour retrouver le moral. Le hasard veut qu’il y en ait un en chemin. — Un quoi ? demandai-je en la regardant du coin de l’œil. Elle n’avait aucune forme corporelle, alors elle ne pouvait rien prendre dans une boutique et elle ne pouvait pas non plus téléphoner au poste de téléachat, ce qui était une très bonne chose. D’après ce que je connaissais d’Edie, elle avait des goûts luxueux. Je n’aurais jamais pu payer les « cadeaux » qu’elle m’aurait envoyés. — Qu’est-ce que c’est que ça ? demanda Edie en passant du siège passager pour arriver sur la banquette arrière. — Un gâteau, répondis-je. — C’est un château écossais. Eilean Donan. Robert de Brus s’y rend encore parfois. Tu es une fille vraiment très intelligente. Mais quelque chose cloche avec le pont. — Je ne suis jamais allée en Écosse. C’est simplement un château que j’ai inventé. Je la vis pencher la tête et sourire dans le rétroviseur. — Tu l’as peut-être vu dans un rêve ?