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Artix

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Artix , un royaume nordique, dans un moyen âge fantasmé. Dans des paysages plutôt hostiles et froids les destins se croisent et s'entremêlent au gré des conflits entre les royaumes du Nord et de l'Est et son allié les barbares nordiques. Thibalde, chef de guerre d'Artix et ses compagnons d'armes devront au péril de leurs vies protéger le royaume et leur souveraine. Les amours naissantes survivront-elles à ces tourments et aux secrets ?

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Date de parution 31 octobre 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782363156990
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0017€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

ARTIX
Leroyaumedunord
JeanPaul Picot
© 2017
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com
Artix
Artix est un royaume aux confins du monde connu où les terres sont glacées une grande partie de l’année. La vie y est dure et âpre et les habitants rudes et besogneux. Le roi Malefite et la reine Gwendoline règnent sur ces terres sauvages. Le château royal bâti sur un éperon rocheux s’élève telle une montagne noire. Ses hauts murs et ses tours pointues dominent toute la vallée où la capitale s’étend aussi loin que le regard peut porter. Malefite est le descendant d’une lignée de souverains guerriers qui ont conquis de hautes luttes ces terres inhospitalières. Ils se sont illustrés dans de sanglantes batailles contre les barbares nordiques qui, régulièrement, pillent les villages et capturent hommes, femmes et enfants pour en faire leurs esclavesGwendoline est la fille d’un souverain du sud, le roi Ranard, maître de Miriadix. Ce mariage a scellé un pacte entre les deux royaumes qui entretiennent des relations cordiales et commerciales. Malefite et Gwendoline, très épris l’un de l’autre, se désespèrent car après dix ans de mariage aucun enfant n’est venu égayer la vie de cet austère château. Un soir de décembre, une troupe de comédiens ambulants y fait halte; c’est l’occasion de mettre un peu de gaieté et de couleurs. Jongleurs, ménestrels, cracheurs de feu et lanceurs de couteaux rivalisent d’adresse et de talent au grand plaisir de la cour rassemblée dans la grande salle recouverte de tapisseries ouvragées. Une immense cheminée y consume des troncs d’arbre entiers avec des ronflements sonores. Le clou du spectacle repose sur la représentation d’un âne savant qui compte avec ses sabots en frappant une plaque de métal posée sur le sol. Il répond aux opérations posées par son dresseur : additions, soustractions et même divisions, aucune ne lui résiste. Cette prouesse est saluée par des acclamations de l’ensemble de la cour. Seul, l’Abbé Tolot, confesseur de la reine, semble y voir la main du diable. Il se signe plusieurs fois, ce qui n’échappe pas à Malefite qui lui lance, tout en riant : -Tout doux l’abbé, calme tes angoisses. Tu sais que le diable n’est pas invité à cette table Cette saillie fait rire toute la cour au grand dam de Tolot dont le visage, déjà peu amène, se referme davantage. Le roi donne le signal du banquet et une profusion de plats se succède : pâtés de lièvres et de chevreuil, oies sauvages rôties, gigues de sangliers et, pour clore le repas, une immense tourte au miel. L’hydromel coule à flot et commence à réchauffer les corps et les esprits. Malefite, qui est un rude gaillard, bâti en force, et que les festivités ont mis de bonne humeur, décide d’organiser un tournoi de lutte à mains nues auquel, sans en faire état, lui-même entend participer. Quatre de ses chevaliers relèvent le défi. On fait place pour permettre aux lutteurs d’évoluer. Il y a là, Gunter, dit le Fort, six pieds de haut et pesant deux cent vingt livres,
Agnar, le borgne moins grand tout aussi lourd, fort comme un taureau, Eubaldes, dit le Viking, blond comme les blés, véritable force de la nature et enfin, Thibalde, dit le Hardi, grand, bien découplé, redoutable guerrier dont les yeux verts font chavirer le cœur de bien des dames de la cour sans qu’elles n’osent l’avouer. Le combat final met aux prises Gunter et Thibalde. Tout les oppose, Gunter, grand et massif dont la musculature noueuse est impressionnante. Thibalde, plus grand encore, à la musculature plus harmonieuse, qui se déplace avec la souplesse d’un félin en adéquation avec son regard. L’assaut entre les deux hommes est brutal et bref. Thibalde se sert de la force et de la masse de son adversaire pour les retourner contre lui dans un mouvement circulaire et le faire chuter. Il s’empresse de le relever. Gunter beau joueur, éclate de rire en lui disant: – Ami, tu m’as bien berné mais je retiendrai la leçon ! Ils tombent dans les bras l’un de l’autre. Le roi s’apprête à lancer un défi au vainqueur quand Gwendoline qui a compris ses intentions le devance en lui disant : – Mon doux Sire, ne faites pas cela, il me déplairait que vous vous blessiez ou que vous blessiez Thibalde, l’un de vos meilleurs chevaliers. Croyez m’en, renoncez mon aimé et levons nos verres à sa victoire. Bien que frustré, Malefite acquiesce à la demande de Gwendoline à laquelle il ne veut pas déplaire. A cet instant apparait, au centre de la grande salle, une jeune femme très belle, aux longs cheveux noirs, vêtue d’une longue et lourde robe multicolore. Un grand silence se fait. Elle entame alors, au son des fifres et tambourins, une danse lente et langoureuse. Ses arabesques font apparaître, de temps à autre, de longues jambes fuselées. L’ensemble de la cour est fascinée tant par la beauté de cette jeune femme que par la sensualité qui se dégage de ce ballet. La danse terminée, c’est une explosion de vivats. La jeune femme s’incline et va se retirer quand la reine l’arrête d’un geste et lui fait signe de rejoindre la table royale. La jeune femme, intimidée, s’avance vers la reine avec une grâce infinie. – Approche, comment te nommes-tu, jolie danseuse ? – Yslide, votre majesté, répond-elle dans un souffle – Eh bien, Yslide en récompense de cette danse, reçois ceci La reine sort cinq pièces d’or de la bourse attachée à sa ceinture qu’elle lui remet dans le creux de la main. La jeune femme s’incline profondément en tenant la main qui vient de la récompenser. Elle relève brutalement la tête et murmure doucement afin que seule la reine l’entende: – Majesté, un enfantelet vous vient Elle se relève et disparait en courant vers le fond de la salle pour retrouver la troupe de comédiens. La reine, troublée par ces paroles énigmatiques, demande au roi son époux, la permission de se retirer dans sa chambre prétextant un moment de fatigue. – Ma mie, allez, je vous rejoindrai plus tard pour prendre de vos nouvelles Gwendoline, accompagnée de Mahaut sa vieille dame de compagnie, regagne sa chambre avec les paroles d’Yslide dans la tête « un enfantelet vous vient ». Que veut-elle dire ? Elle retourne cette phrase dans sa tête sans en comprendre le sens.
Mahaut,quivitauxcôtésdelareinedepuissatendreenfance,ressentsontrouble.
Mahaut,quivitauxcôtésdelareinedepuissatendreenfance,ressentsontrouble. – Qu’y a-t-il votre Majesté, quelque chose ne va pas ? – Tout va bien, ma bonne Mahaut mais va me chercher la jeune danseuse je désire lui parler – Bien, votre Majesté Mahaut regagne la grande salle où la soirée continue. Elle finit par retrouver Yslide en compagnie du reste de la troupe, la prend à part et lui glisse à l’oreille: – La reine veut vous voir, suivez moi ! Yslide, un peu interloquée suit Mahaut sans discuter. La reine, assise sur une cathèdre l’accueille en lui demandant de prendre place, face à elle, sur un coffre qui se trouve là. La jeune femme est à la fois intimidée de se retrouver dans cette chambre richement décorée et curieuse de l’intérêt que lui porte la souveraine. – Qu’as-tu voulu me dire tout à l’heure ? – Votre majesté, vous allez avoir un enfant ! – Comment peux-tu affirmer une chose pareille? Tu es magicienne, sorcière ? Yslide, ressent la colère qui émane dans les propos de la reine. Elle a noté le durcissement dans le ton de sa voix. – Non, votre Majesté mais dans ma famille, ma mère, ma grand mère ont eu ce don de ressentir certaines choses. J’ai ressenti quand j’ai tenu votre main que vous étiez grosse Gwendoline devant cette affirmation sans détour est désarçonnée puis la raison reprend le dessus. – Mahaut, appelle les gardes, je veux qu’on la jette dans un cul de basse fosse. Je vais lui apprendre ce qu’il en coûte de se moquer de la reine ! Yslide, en larmes, se jette au pied de Gwendoline: – Votre Majesté, je ne dis que la vérité jamais je ne mentirai à ma souveraine. Je vous le jure! Gwendoline arrête d’un geste Mahaut qui s’apprête à sortir pour appeler les gardes. – Comment peux-tu être sure de ce que tu dis ? Je le saurai si j’étais grosseLes pensées les plus contradictoires se bousculent dans sa tête. Il est vrai qu’elle n’a pas saigné depuis plusieurs mois mais cette situation s’est déjà produite par le passé, sans effet. Elle a bien constaté que sa poitrine a pris du volume et qu’elle a la taille moins fine depuis quelques temps mais elle pense qu’une nourriture trop abondante en est la cause. Se peut-il que son vœu le plus cher soit enfin exaucé ? – Yslide, si tu dis vrai, tu auras une juste récompense, sinon attends toi à subir mon courroux. En attendant n’en parle à personne, il y va de ta vie– Mahaut, reconduis là et veille à ce qu’elle tienne sa langue. Je ne veux pas que la troupe de saltimbanques quitte le château sans avoir de certitude. Donne les ordres nécessaires. Yslide, terrorisée par les paroles brutales de la reine, se prosterne à ses pieds en jurant le silence. Restée seule, Gwendoline, passe par des moments d’euphorie et de doute. Demain, elle fera quérir discrètement une matrone pour connaître la vérité. Elle est encore dans ses pensées quand on annonce la visite de son royal époux. Il la trouve allongée sur son lit. – Vous êtes bien pâle, ma mie, cela ne va pas mieux ? Voulez vous que je fasse venir l’apothicaire ?
Mercimondouxépoux,jesuisunpeufatiguéemaisunebonnenuitdesommeildevraity
Mercimondouxépoux,jesuisunpeufatiguéemaisunebonnenuitdesommeildevraity remédier Malefite l’embrasse tendrement sur le front et regagne ses appartements à l’autre bout du couloir. La reine a beaucoup de mal à s’endormir, cette nouvelle l’ayant beaucoup remuée. Elle trouve enfin le sommeil à une heure avancée de la nuit non sans faire des rêves étranges, peuplés de dragons et de cavaliers en armes. Thibalde, et ses compagnons d’arme ont dignement festoyé avec force libations. Sans être ivre, il ressent une douce euphorie. Il a remarqué la grande beauté de la danseuse et s’est senti attiré, comme beaucoup d’hommes présents, par la sensualité dégagée au cours de la danse. Il la cherche du regard mais elle n’est pas avec le reste de la troupe de comédiens. Il la voit revenir, serrée de près par Mahaut, ce qui le surprend. Pourquoi est-elle en compagnie de la dame de compagnie de la reine ? Cela l’intrigue. Mahaut parle à l’oreille de la fille qui acquiesce d’un mouvement de la tête. Mahaut repartie, Thibalde se met à observer la danseuse que ses compagnons interrogent. Elle semble agacée par leurs questions, elle se lève brusquement et se dirige dans la partie de la salle où il se trouve. Elle évite, au passage, la main baladeuse de Gunter sous les railleries de ses compagnons et vient se réfugier derrière un pilier, non loin de Thibalde. Cette fille est diablement belle et trop délicate pour appartenir à une troupe de comédiens. Elle ne semble pas à sa place. Thibalde se rapproche d’elle et plante son regard dans celui de la jeune femme d’un bleu profond que met en valeur son épaisse chevelure brune. Elle est encore plus belle qu’il ne le pensait. Elle soutient un instant son regard puis baisse pudiquement les yeux non sans avoir été troublée par l’intensité des yeux verts de cet homme qui semble si sûr de lui– Qui es-tu ? La voix grave ajoute à son trouble mais elle fait face – Yslide, tel est mon nom seigneur La voix est douce et mélodieuse – D’ou viens-tu, belle danseuse ? – De loin, du sud, seigneur – Pourquoi venir dans ces terres glacées du Nord ? Fuis-tu quelque chose ou quel qu’un ? – Pourquoi vous moquer, seigneur ? – Je ne me moque pas, je m’interroge voilà tout. Parle-moi un peu de toi ! – Il n’y a rien à dire seigneur, j’ai perdu mes parents tués par des soldats quand j’avais huit ans, j’ai été recueillie par Sven, le chef de la troupe, et son épouse Zilka. – Diable, mais dis-moi que faisais tu avec Dame Mahaut, je t’ai vue en sa compagnie ? – Je ne puis vous le dire, seigneur La réponse ne manque pas de surprendre Thibalde. Il n’insiste pas car ses compagnons viennent à sa rencontre, curieux et envieux de l’intérêt qu’il porte à cette belle jeune femme qui s’éclipse aussitôt pour rejoindre les comédiens. – La danseuse semble farouche, remarque Agnar le Borgne – Mais très belle, ajoute Eubaldes le Viking – Peut-être n’est-elle pas libre? s’interroge narquoisement Gunter – Vous êtes des pourceaux, mes seigneurs, mais fébriles comme des jouvenceaux, rétorque Thibalde et tous éclatent de rire. La salle se vide, petit à petit. Thibalde et ses compagnons regagnent leur logis dans une des ailes du Château. Cethonneurtientàleurfonctiond’hommesligesduroi,sagarderapprochée.Tousquatre
Cet honneur tient à leur fonction d’hommes liges du roi, sa garde rapprochée. Tous quatre affichent une loyauté indéfectible, mise à l’épreuve au cours de grandes batailles auxquelles ils ont participé. Tour à tour, au gré des combats, ils ont exposé leur vie pour protéger celle de Malefite qui, en remerciement, les a installés au plus près de lui. Thibalde, dans sa chambre décorée d’épaisses tapisseries, dispose d’un mobilier rustique mais fonctionnel. Une chambre de guerrier. Son lit, assez étroit, est recouvert de peaux d’ours, vestiges de chasses passées. La peau d’un sanglier est jetée à même le sol sur un des côtés du lit. Il remet une grosse bûche dans l’âtre de l’immense cheminée qui a peine à réchauffer l’atmosphère de la pièce puis s’assoit lourdement sur un tabouret, en proie à une certaine rêverie peu dans ses habitudes. Il n’arrive pas à se sortir de la tête le visage d’Yslide. Le souvenir de son corps splendide dansant gracieusement ne quitte pas ses pensées. – Arrête mon garçon, elle est belle mais n’est que de passage et demain, elle sera partie. Des filles ce n’est pas ce qui manque! Sur cette pensée réconfortante, il se dévêt pour se jeter sur son lit et s’enfouir sous les chaudes peaux d’ours. La fatigue et l’hydromel aidant, il sombre dans un profond sommeil. Il est tiré de son lit, au petit matin, par des coups répétés, frappés à la porte de sa chambre. – Seigneur Thibalde, le roi vous réclame en son conseil Un froid glacial règne dans sa chambre. Il se vêt rapidement et par dessus sa chemise de drap épais, endosse une chaude pelisse en fourrure de loup et chausse de hautes bottes en peau de daim. La salle du conseil est vaste et circulaire, des serviteurs s’activent autour de la grande cheminée où un feu digne de l’enfer ronfle avec force étincelles. – Vous voulez nous faire rôtir, mes jolis, s’exclame Agnar, l’air toujours aussi farouche mais dont l’œil unique qui frise, dément la rudesse de la voix. A l’arrivée de Malefite, tous les serviteurs quittent précipitamment la pièce. Malefite pose le regard sur chacun de ses vassaux, Thibalde et ses compagnons, Erik le gouverneur du château, Boluk le Trésorier Royal et, enfin son frère, Arentz, absent du festin hier au soir, et de retour d’une mission tenue secrète jusque là. Arentz est plus jeune de dix ans, presque aussi grand et fort que son frère mais avec plus de douceur dans les traits. Il est le conseiller personnel du roi et son plus proche collaborateur. Malefite a longtemps veillé sur lui au cours de sa jeunesse. De fait, leur père marquait peu d’intérêt pour sa progéniture, plus intéressé par la chasse, les femmes et les batailles. Arentz voue un amour sans borne à ce frère, droit et fort qui a su si bien le protéger. – Assoyez-vous mes seigneurs, ordonne le roi Tous s’exécutent autour d’une table ronde, épaisse de près de deux pouces, qui occupe le milieu de la pièce. – Si je vous ai mandé ce jourd’hui c’est parce que j’ai une information très importante à vous communiquer. Arentz vient de rentrer d’une mission que je lui avais confiée. Les nouvelles ne sont pas bonnes. Arentz nous t’écoutons. – Seigneurs, j’ai à la demande de mon frère le roi, mené une ambassade auprès du Royaume d’Ysengar. Comme vous le savez il y a souvent des escarmouches aux marges de nos frontières de l’est entre nos guerriers et ceux d’Ysengar. Malefite a souhaité connaître les intentions du roi Thorvald si tant est que ce sauvage dise parfois la vérité. J’ai du mal à
me convaincre de sa bonne foi, ses propos sont mielleux et emprunts de perfidie. Je suis persuadé qu’il se prépare à envahir nos territoires de l’Est qui bénéficient d’une richesse importante : l’eau avec la région des lacs. Un membre de l’entourage de Thorvald me l’a discrètement fait savoir. – Quel crédit accorder à un homme prêt à trahir son roi ? tonne Gunter – Tout doux mon ami, sache que j’ai une entière confiance dans le jugement d’Arentz – Oui, sire mais ne peut-on envisager que cette « information » soit destinée à nous berner ? émet Thibalde – Il se peut mais je n’en vois pas l’intérêt sauf à nous dégarnir fortement sur nos frontières de l’Ouest et du Nord car au Sud nous ne risquons rien. Arentz, fais discrètement renforcer notre garnison à l’est pour parer à toute éventualité. Thibalde et Eubaldes iront vérifier dans quelques jours que le dispositif est en place. Le conseil s’éternise quelque peu pour finir par des interventions d’Erik et de Boluk concernant la marche du château et l’état des finances royales. Thibalde est songeur, une nouvelle guerre est-elle possible ? Il n’y a jamais eu de franches batailles avec le royaume d’Ysengar mais jamais de relations apaisées non plus. Tout à ses pensées, il laisse ses compagnons. Il rejoint machinalement la grande salle du château où il se heurte à Yslide. Surpris par sa présence, il ne peut s’empêcher de lui demander : -Yslide, que fais tu encore là ? Ne dois-tu pas quitter le château avec ta troupe ? – Si fait, seigneur – Et alors pourquoi n’êtes vous pas déjà sur les routes pour gagner votre pitance ? – Je ne saurai répondre seigneur – Comment ? Tu ne saurais répondre à une question simple ? s’échauffe-t-il – Je ne puis vous le dire, seigneurje n’en ai pas le droit – Par le diable, je vais finir par me fâcher. Vas-tu parler à la fin ? Devant le ton brutal de Thibalde, Yslide prend peur – Nous restons là sur ordre de sa Majesté la Reine, confessa-t-elle à regret. – De sa Majesté latu te moques, ma belle ? – Oh! Non seigneur c’est la vérité. Mais vous m’avez fait trahir ma promesse et je risque ma vie. Tout en prononçant ces mots les yeux d’Yslide s’embuent et des larmes se mettent à couler sur son visage. Thibalde désolé par la tournure qu’a pris cet interrogatoire, la prend par le bras pour l’entrainer à l’écart. Quel secret de la reine peut détenir Yslide qui ne la connaissait pas avant cette soirée pour qu’en parlant elle risque sa vie ? Tout cela est bien étrange. – Viens avec moi, je ne te veux aucun mal Impressionné par ce grand gaillard à l’air farouche, elle le suit, accompagnée du regard par ses camarades de la troupe qui comme elle attende le bon vouloir de la reine. Les courtisans présents pensent que Thibalde, comme à son habitude, va passer du bon temps avec cette fille. Il conduit Yslide jusqu’à sa chambre. Elle marque un mouvement de recul devant l’entrée de la pièce. – N’aies crainte, tu ne risques rien. Je ne te ferai aucun mal mais tout le monde croira que l’on prend du plaisir ensemble.
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Seigneur,mesparentsvontpenserquejesuisunefilleperduecarjen’aijamaisconnu d’homme Thibalde, face à cet aveu désarmant, réalise mais un peu tard qu’il a mis cette jeune femme dans une position délicate tant vis à vis de sa famille que de la reine. Il s’en veut de s’être laissé mener par sa fougue et son tempérament impulsif. – Je te dois réparation Yslide, je n’avais pas l’intention de te causer tort mais je dois te le confesser, tu hantes mes pensées depuis hier. Cela me trouble car je n’en ai pas l’habitude Yslide ne sait que répondre, surprise et émue par cet aveu direct. C’est la première fois de sa vie qu’elle se retrouve seule dans la chambre d’un homme dont beaucoup de femmes aimeraient partager la couche. Pendant qu’il remet du bois dans la cheminée, elle le regarde à la dérobée. Elle a noté, tout à l’heure, l’intense couleur de ses yeux verts quand il s’emporte et cette fine cicatrice qui part de sonœil gauche jusqu’à la racine de ses cheveux noirs de jais et qui ressort davantage quand il s’échauffe. Sa stature est impressionnante et tout en lui dégage force et souplesse. Elle s’avance pour lui demander de la reconduire dans la grande salle quand on frappe à la porte – Seigneur Thibalde, la Reine m’envoie quérir la danseuse, je sais qu’elle est avec vous Après avoir rapidement fait comprendre à Yslide qu’il ne dira rien de leur conversation, Thibalde, ouvre en souriant à Mahaut – Comme vous le voyez, Dame Mahaut, cette jeune fille n’est nullement en danger et a conservé sa vertu – J’en suis fort aise, Seigneur Thibalde, toutes n’ont pas eu cette chance, réplique-t-elle avec une pointe d’ironie. Yslide suit Mahaut sans se retourner, sentant peser sur elle le regard appuyé de Thibalde. La Reine s’est éveillée aux aurores, en proie à une certaine agitation. Elle a hâte de connaître la vérité non sans éprouver une certaine appréhension. Ses dames d’atour lui préparent un bain très chaud qui finit par la détendre. Habillée, coiffée, elle fait venir Mahaut. – Trouve-moi la meilleure matrone de la ville et fais la venir discrètement en mes appartements Mahaut, chaudement vêtue, accompagnée par un page armé, quitte le château par une des poternes. Une charrette avec deux chevaux les attend. La capitale s’étendant au pied du château, ils franchissent le pont levis gardé par une demi douzaine de soldats qui ne leur prêtent pas attention d’autant que Mahaut fait de temps à autre des sorties pour des achats divers dans le quartier des boutiques. Mahaut,saittrouverunematrone.Aprèsavoirfranchielesportesdelaville,lacharrette
Mahaut, sait où trouver une matrone. Après avoir franchie les portes de la ville, la charrette roule maintenant dans les rues étroites. Par ce froid intense en ce début d’hiver, il y a peu de monde ce qui facilite leur progression. Après un quart d’heure, ils arrivent devant une maison basse avec de petites ouvertures calfeutrées par des planches. Mahaut fait arrêter la charrette. – Attendez moi là, je n’en ai pas pour longtemps Mahaut frappe à la porte basse. Une femme d’âge mûr lui ouvre et la fait entrer. Quelques instants plus tard, les deux femmes ressortent. Gurtrud, la matrone, monte avec difficulté dans le véhicule. Elle est enveloppée dans une chaude pelisse de laine et porte un bonnet en fourrure de lapin. Elle est inquiète et s’interroge sur la raison de cette demande soudaine de la maison royale. En attendant d’en savoir plus, elle se cramponne sur son banc, secouée de tous côtés par les chaos occasionnés par les pavés disjoints des rues parcourues. Le trajet, effectué sans une parole échangée, parait durer une éternité, elle a l’impression d’avoir les os rompus par tous les chocs ressentis. Ils arrivent à la poterne. Le page l’aide à descendre. Mahaut lui demande de presser le pas. Elles s’engouffrent sous une voute et débouchent sur un escalier qui conduit à un premier niveau. Mahaut doit attendre Gurtrud qui est essoufflée par la montée des marches. Elles longent un couloir au bout duquel une porte fermée dont Mahaut a la clef. La porte franchie elles déambulent dans un autre couloir. Mahaut s’arrête devant une porte et frappe trois coups. Gwendoline ouvre aux deux femmes. Gurtrud réalise qu’elle est en présence de la Reine, aussitôt elle s’agenouille. – Relève toi, femme, j’ai un service à te demander, tu ne devras en parler à personne. Tu en réponds de ta vie. D’ailleurs qui te croirait ? Si ta réponse me satisfait, tu seras grandement récompensée. As-tu compris ? – Oui, majesté que dois-je faire ? – Me dire si je suis grosse ! Gurtrud ne dit mot, enlève son bonnet et sa pelisse. C’est une petite femme aux cheveux gris, aux yeux perçants. Elle demande qu’on lui apporte de l’eau chaude pour se laver les mains et les réchauffer car elles sont glacées. Mahaut se charge de lui faire apporter une bassine, du savon et des linges – Votre majesté, peut-elle se dévêtir et ne garder que sa chemise? Je dois l’examiner et ne peut le faire si votre grâce est habillée La reine, surprise et tout à la fois gênée de devoir confier son corps à la matrone, s’exécute néanmoins. – Allongez-vous sur le lit votre majesté, lui demanda Gurtrud Elle examine longuement la reine, lui palpant le ventre, la poitrine avec beaucoup de délicatesse ce qui réussit à mettre Gwendoline en confiance. Gurtrud qui est agenouillée sur le coté du lit, se relève avec difficulté et prononce les paroles que Gwendoline espère depuis tant d’années – Votre majesté est grosse de quatre mois environ, l’enfant devrait naître en mai. Gwendoline manque de défaillir de joie mais réussit à garder son calme – Matrone, je te remercie, Mahaut, donne lui la bourse qui est dans ce petit coffre. C’est le prix de ton silence, je te le rappelle. – Oui, votre majesté, merci votre majesté – Mahaut fait la reconduire prestement Gurtrudsinclineprofondémentdevantlareine.Elleremetpelisseetbonnet,encoretoute