Athanor

-

Livres
287 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description



Athanor, le creuset de l’alchimiste.



La Mort, née du vide, connaît le premier nombre et le dernier. Elle sait que l’énergie noire étire l’univers de façon exponentielle, qu’il va se déchirer et qu’alors, elle prononcera le dernier nombre. Or, la Mort ne veut pas mourir...



Un univers au bord de la déchirure frôle le nôtre... Si un plus un font deux, un et un font trois... Et si ces univers se fondaient en un troisième ? Plus grand, plus fort ?



Il faudrait y aller. Mais la Mort ne peut nous quitter...



Un soir de décembre, au Jardin des Tuileries, elle rejoint un sculpteur dans une allée déserte. Son heure est proche, René ne le sait pas, dans le fond, il s’en fiche.



La Mort l’aborde et lui propose une tasse chocolat Chez Angélina, non loin, au sein du velours et des dorures colchique.



Entre deux gorgées exquises, elle lui annonce que son heure est venue, à moins qu’il n’accepte un marché... René se dit que mourir Chez Angelina gâcherait le goûter de tous ces m’as-tu-vu qui l’entourent, ce qui le tente sérieusement, mais la curiosité l’emporte :



De quoi s’agit-il ?


Fondre deux univers en un, le nôtre et celui qui nous frôle dans l’espoir que leur union les sauve. Il vous faudra toute votre raison, car j’ignore ce que vous trouverez de l’Autre Côté.


Comment partirai-je ?


Vous vous mettrez devant le miroir de votre salle de bain et plongerez les yeux dans les vôtres jusqu’à ce que les larmes vous viennent.


Il la regarde et se rend compte qu’il ne peut la voir. Il n’existe aucun mot pour la décrire. Elle pose la main sur la sienne, se lève et s’en va.



La Mort sait-elle que les univers sont créés par d’inconcevables Entités en harmonie avec le Néant ? Ces Entités enfantent les univers, le Néant les annihile quand ils arrivent à maturité.


Les Entités, le Néant laisseront-ils se fondre deux univers en un et bouleverser l’ordre des choses, établi de toute éternité ? Cet ordre machinal a-t-il un sens ?


Et René ?


Il arrive que la loi de gravitation universelle élargisse son énoncé, que deux cœurs s’attirent en raison inversement proportionnelle au carré de leur distance, quels que soient les univers.



À quel prix ?

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 0
EAN13 9782374536835
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0045 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Présentation
Athanor, le creuset de l’alchimiste. La Mort, née du vide, connaît le premier nombre et le dernier. Elle sait que l’énergie noire étire l’univers de façon exponentielle, qu’il va se déchi rer et qu’alors, elle prononcera le dernier nombre. Or, la Mort ne veut pas mourir… Un univers au bord de la déchirure frôle le nôtre… Si un plus un font deux, un et un font trois… Et si ces univers se fondaient en un troisième ? Plus grand, plus fort ? Il faudrait y aller. Mais la Mort ne peut nous quitter… Un soir de décembre, au Jardin des Tuileries, elle rejoint un sculpteur dans une allée déserte. Son heure est proche, René ne le sait pas, dans le fond, il s’en fiche. La Mort l’aborde et lui propose une tasse chocolat Chez Angélina, non loin, au sein du velours et des dorures colchique. Entre deux gorgées exquises, elle lui annonce que son heure est venue, à moins qu’il n’accepte un marché… René se dit que mourir Chez Angelina gâcherait le goûter de tous ces m’as-tu-vu qui l’entourent, ce qui le tente sérieusement, mais la curiosité l’emporte : — De quoi s’agit-il ? — Fondre deux univers en un, le nôtre et celui qui nous frôle dans l’espoir que leur union les sauve. Il vous faudra toute votre raison, car j’ignore ce que vous trouverez de l’Autre Côté. — Comment partirai-je ? — Vous vous mettrez devant le miroir de votre salle de bain et plongerez les yeux dans les vôtres jusqu’à ce que les larmes vous viennent. Il la regarde et se rend compte qu’il ne peut la vo ir. Il n’existe aucun mot pour la décrire. Elle pose la main sur la sienne, se lève et s’en va. La Mort sait-elle que les univers sont créés par d’ inconcevables Entités en harmonie avec le Néant ? Ces Entités enfantent les univers, le Néant les annihile quand ils arrivent à maturité. Les Entités, le Néant laisseront-ils se fondre deux univers en un et bouleverser l’ordre des choses, établi de toute éternité ? Cet ordre machinal a-t-il un sens ? Et René ? Il arrive que la loi de gravitation universelle élargisse son énoncé, que deux cœurs s’attirent en raison inversement proportionnelle au carré de leur distance, quels que soient les univers. À quel prix ?
Freddy Woetsest né près de Liège, là où le ciel mâche des terrils et se saoule à l'eau noire de la Meuse, où les fonderies crachent leur métal sur une terre à charbon. Il y avait des fermes aussi et des meules de foin, le pissenlit mêlait son odeur à celle de l'acier. C'était avant la télé et les échangeurs d'autoroutes. Les avions avaient des hél ices et les demis coûtaient trois sous. Il dessinait dans la marge sous un poème d'encrier et de plume " Ballon "… Plus tard, il a fait les Beaux-arts et des poèmes toujours. La peinture le poussait à New York, les poèmes, à Paris. Des années qu'il écrit à Paris, mais il repeindra un jour…
ATHANOR
Le Cantique des Mondes
Freddy WOETS
COLLECTION DU FOU
À David, mon fils.
La Matière noire qui interpelle les astrophysiciens pourrait être 1 la manifestation gravitationnelle d’un univers frôlant le nôtre.
Tu me parles du fond d’un rêve Comme une âme parle aux vivants. Victor Hugo
Plus nous ouvrons les yeux, plus la nuit est profonde ; Dieu n’est qu’un mot rêvé pour expliquer le monde. Un plus obscur abîme où l’esprit est lancé. Alphonse de Lamartine.
1
I
Les arbres se confondent dans le silence du temps. Ils rêvent et le vent les caresse. Le ciel a ce lilas pâle et obscur de la nuit près de la Seine, du Rhône, de la Meuse, que sais-je, pour peu qu’un mur nous protège des lumières de la ville et qu’un fleuve coule, tout proche. C’est ainsi. Je suis sur le banc d’une clairière pâle et obscure des Tuileries, protégée par une allée en contre-haut. Je n’entends ni le souffle déchiré des voitures ni le claquement cartonné des bateaux-mouches, où revient métronomiquement le nom de Médi cis à cette hauteur de l’Histoire. Je n’entends que rêver les arbres dans le silence du temps. Personne ne passe jamais à cette heure et pourtant il me semble y venir pour attendre quelqu’un, quelque chose, un être, un événement ; u ne imagination ? Une imagination ; le monde est une image. … et l’album derrière moi. Soixante ans d’images, cartonnées comme les bateaux-mouches et la Médicis. Une bande dessinée, un roman graphique. Les premières images sont celles du soleil piégé dans les profondeurs marines d’une énorme groseille, le mystère de l’écorce amère et de l’or vert du troène, où elle était perdue. Les premières images sont toujours les plus importantes. Aujourd’hui, elles sont effacées de présent. Défair e son lit et le refaire, mettre et retirer ses chaussures, le café, les repas. Les heures s’étirent en instants dans un brouillard d’éternité. Trente ans plus tôt : « J’arrive, à moi la gloire ! », dan s trente ans, l’album sera sans doute fini ou tellement effrité qu’il ne vaudra guère mieux. Et quand je dis trente ans… Le néant a ses marées qui s’infiltrent entre les cailloux usés, le bois flotté blanchi. Quelqu’un que je n’ai pas entendu venir s’assied sur le banc. — Bonsoir. — Bonsoir. — Je suis venue vous chercher. — Qui êtes-vous ? — Comme si vous ne le saviez pas, sourit-elle. — La Mort ? — Oui. — Je ne vous attendais pas si tôt. — Il en va toujours ainsi. Vous venez ? — Je vous suis. Elle se lève, me précède vers l’allée principale. Le gravier humide crisse sous ses pas. Sous les miens aussi. Je me retourne : aucun corps inerte su r le banc. Viendrait-il à l’idée d’une inconnue de s’adresser ainsi à quelqu’un ? À moins que… Les fous sont à la fois attirants et repoussants ; elle n’est pas repoussante. La grande roue imbécile de lumière, qui tourne les nuits d’hivers à la Concorde pour rappeler aux touristes que la vulgarité est universelle et que les Champs-Élysées sont proches, n’a pas disparu, de même que la pièce d’eau, la fontaine et les chaises de fer vert. À moins bien sûr que les nacelles de l’attraction ne conduisent au Paradis pour peu que l’on soit en compagnie de la Mort ? Mais ai-je mérité le Paradis ? À moins qu’elle ne prenne le métro et ne me descende en enfer ? — Où allons-nous ?
— Boire quelque chose de chaud. — Vous avez froid ? — Il m’arrive d’avoir froid. — Vous êtes très… vivante. — On n’a jamais de la Mort que l’idée qu’on s’en fait. Oui, je suis vivante. Avez-vous envie de philosopher des heures ? — Des heures ? Alors que j’en suis à la dernière ? — Rassurez-vous, nous avons l’éternité de l’instant. Elle s’arrête au feu et attend qu’il passe au vert pour traverser. Je la suis dans la galerie de la rue Rivoli. — Angelina, ça vous dit ? — Je vois que vous avez bon goût. — J’aime Venise, répond-elle. — Et ses masques. — Et son carnaval… — Un résumé succinct de l’existence. — Vous ne pouvez vous en empêcher, n’est-ce pas ? — Quand on a passé sa vie à regarder, il arrive à la fin qu’on fasse quelques commentaires. — Dans ces conditions, rien de tel qu’un bon chocolat chaud. — Vous êtes vraiment la Mort ? — Oui, si j’en crois le nom qu’on me prête. Le murmure des conversations comme une mer lointain e dans les dorures colchique et le claquement sonore de la porcelaine. Les mots échouent incompréhensibles, quasiment tus, tant de fantômes à la périphérie du regard, de l’oreille, des sens. Il en a toujours été ainsi. J’aurais dû prêter plus d’attention aux autres. À de rares amis près, ils me mettaient mal à l’aise, m’ennuyaient très vite. La conversation n’avait de sens que si elle allait au plus profond des choses. Tant de fois avais-je l’impression d’étouffer dans une penderie. Une dame en noir et blanc empesé dépose adroitement les tasses, les verres, la carafe, les pots de crème et le chocolat. Un métier de chien et de silence, de chute de reins aux reins brisés. Servir. N’être vu qu’au claquement de l’addition. Il y a les autres et les femmes. Les femmes ne sont pas les autres, les femmes sont les femmes. Je les ai t oujours aimées, si différentes de moi et semblables en leur humanité. — Pourquoi êtes-vous une femme ? — J’ai le sexe qu’on me prête, dit-elle en se servant. Il est des pays où la Mort est un homme, d’autres, un animal, d’autres, un élément, à moins qu’un squelette muni d’une fau… Mais je suis là, irréfutable. — Et vous êtes venue me chercher. — Oui. — Que va-t-il se passer ? Je n’ai pas l’impression d’être mort… — Vous ne l’êtes pas encore. — Mais ça ne saurait tarder ? — Votre véhicule est à l’arrêt, moteur en marche. — Je l’entends battre. Je suppose qu’il va s’arrêter ? Bel endroit pour finir ses jours. Est-ce pour ça que vous m’avez emmené ici ? — Non, j’avais froid aux pieds et soif d’un chocola t. J’aime le chocolat. Sous toutes ses formes. Je suis heureuse d’exister.
— En ce qui vous concerne, je crains que peu soient d’accord… — S’ils savaient… soupire-t-elle. Sans moi, il n’y aurait pas de fin, encore moins de début… Pour répondre à votre question muette, je suis née avec le vide. — Sans doute est-ce pour ça qu’on voile les miroirs quand vous êtes passée ? — Ça se faisait. Mais tout se perd. Entropie, sourit-elle. Je suis née avec le vide et le premier nombre ; et suis la seule à connaître le dernier. Le chocolat ne devrait pas avoir de fin, une seule gorgée arrête le temps. L’instant d’une éternité. Je ferme les yeux pour garder cette saveu r le plus possible et défier la seconde qui va. Vient toujours l’instant où il faut rouvrir les yeu x. Seuls les morts les gardent fermés jusqu’à ce que leur squelette les rouvre en abîme. Va-t-elle arrêter mon cœur une fois la chocolatière vide ? Accorda-t-elle une dernière faveur à un amoureux des clairières lilas et des Tuileries ? Et ensuite ? Me prendre la main pour un long voyage ? Ou pour la terreur du froid, de l’air, du premier cri et de la réincarnation ? Le cauchemar karmique dans toute son amnésie ? À moins que rien, le néant. Mais il n’existe pas puisque son simple énoncé lui prête une existence contraire à sa définition. Cela dit, s’il a une définition… Qui de l’œuf ou de la poule ? Où commence le cercle ? — Où commence le cercle ? — Là où il finit. — Est-ce ici que je vais finir ? — Oui ou peut-être commencer. J’ai une offre à vous faire. Ne me posez pas de questions, contentez-vous de m’écouter, d’accepter ou de refuser. En cas de refus il ne vous sera fait aucun mal, les choses suivront simplement leur cours naturel. Leur cours naturel… Nombreux seraient les consommateurs dont j’aurais gâché le goûter en mourant ici, en leur compagnie. Ne serait-ce la curiosité, j’opterais pour le cours naturel ; mon esprit frondeur sans doute. Des années que je n’aie été aussi calme et amusé. La Mort est de bonne compagnie. — Je vous écoute. — Je ne veux pas mourir. — Pardon ? — Vous m’avez entendue. L’énergie noire tend le tissu universel de plus en plus vite, de plus en plus fort. Quand elle le déchirera le temps s’arrêtera, il n’y aura plus de début, plus de fin, plus d’univers et le dernier nombre sera énoncé. J’ignore s’il en va de même pour les autres univers. Comme vous le savez, il en naît à chaque instant, leur nombre n’en est plus un. Si les êtres vivants s’accouplent : un et un font trois et je retourne l e sablier, pourrait-il en aller de même pour les univers ? Un univers, proche du nôtre, nous frôle. Que se passerait-il s’ils fusionnaient ? — En quoi puis-je vous être utile ? m’entends-je demander. — M’aider à accomplir cette fusion. S’il s’était agi d’une gentille folle, j’aurais répondu : « Rien que ça ? » en puisant une cuillère de crème fraîche dans le petit pot blanc. Elle est la Mort, j’en suis sûr ; sérieuse comme la Mort. En sa compagnie plus rien ne vous étonne. Sans doute parce qu’elle est la Maîtresse du temps. Je garde le silence. — Merci, répond-elle simplement. — Qu’ai-je de particulier ? — Rien. Je vous ai choisi au hasard. — Au hasard ? Vous qui êtes le Destin ? — Vous m’accordez plus d’importance que je ne mérite. Si j’écris la pièce, le hasard la joue. C’est lui qui prête chair et souffle aux âmes, favo rise les rencontres, compose les génomes selon
sa fantaisie. Je suis l’autre visage de la vie, il en est la richesse. — Sic transit gloria mundi… — Vous allez entreprendre un voyage long et difficile. Vous partirez de votre salle de bain. — ? — Vous vous mettrez devant le miroir en face duquel vous faites votre toilette… Vous plongerez les yeux dans les vôtres jusqu’à ce que les larmes vous viennent. Je la regarde et me rends compte que je ne puis la voir. Il n’existe aucun mot pour la décrire. Elle pose la main sur la mienne, se lève et s’en va.
2
Lesureuses, acides. Est-il si difficile delarmes me viennent. Elles brouillent l’image, doulo soutenir son propre regard ? Passer sa vie à s’aime r et à se fuir ? Sans doute. Les larmes, douloureuses et acides ; la psyché face au miroir. Que c’en est intenable. Je dois continuer ; on ne désobéit pas à la Mort. Ni à soi-même, quand il s’agit d’Elle. Ce n’est pas un suicide et pourtant, les larmes effacent l’image pour ne laisser que l’être. L’être insupportable, terrorisé et sauvage, le singe, lisse et nu, brûlé de ses larmes, la conscience crie. Je me jette sous la douche les paupières closes, tâtonne, le jet s’abat, m’enveloppe, l’eau se mêle aux larmes. L’eau. L’eau, la vie. Elle ruisselle sur mon visage, ma peau, je m’abîme en elle, frappante, forte dans la buée, glacée dans le silence sidéral, rouge dans l’entièreté de mes veines. Je m’abîme, roule dans l’oxyde d’hydrogène en boules de comète avec sa queue de spermatozoïde à féconder les planètes à peine refroidies, globe de glace que Saturne malaxe à le faire siffler comme une bouilloire et glace enfouie à la tonne sous la croûte torréfiée de Mercure, eau, glace, oxyde d’hydrogène, semailles d’univers, dont une goutte suffit à animer la vie lyophilisée, univers de ventres ronds, qui n’attendent qu’elle pour germer quand ils sont à bonne tiédeur d’une étoile. L’eau se mêle aux larmes, les noie, me transmute en colonne sans début, ni fin, l’axe du temps où s’enroulent les six cordes discrètes de la Musique des Sphères. Je n’ai rien vu, rien entendu mais suis allé partout. Le thé a infusé, j’ai la tête vide, les bras et les jambes comme si je ne pesais rien. Je me sers une tasse, le liquide s’écoulant a le doré fade d’un œu f Fabergé. Le jour est levé, gris vieille faïence, un jour de salon oublié au velours rétréci. Tu es poussière et retourneras en poussière. Un flocon sous un sommier. Le moindre courant d’air m’emporterait. Thé fumé russe, brûlant. J’avale la tasse d’un trai t, me ressers, vide la théière. Éructe. Me ranime. Le peignoir en tissu-éponge est sec depuis longtemps.Vous allez entreprendre un voyage long et difficile. Vous partirez de votre salle de bain.J’en suis parti, je suis revenu. Tout et rien se sont passés. La distance est un mirage de l’heure. L’autre extrémité de l’univers est au fond de la tasse vide, à la pointe de mes doigts et bien au -delà de notre myopie de quatorze milliards d’années-lumière. A-t-il suffi d’une douche pour le sentir ? Bien sûr j’ai rencontré la Mort, non pour un pacte, mais pour une entreprise généreuse. Je ne puis que remercier le hasard de l’avoir mise sur mon chemin. Un autre univers frôle le nôtre. Il est semblable. Semblable ne veut pas dire jumeau. Nos parois ne se conçoivent pas. Il n’y a de mur que pour les hommes. Des tentes en peaux tannées dans le ventre des cavernes, des maisons de bois, de terre et de paille, de pierre, des enceintes, des labyrinthes pour se protéger, pour se perdre. Le si nge nu a fait son nid à l’image de sa boîte crânienne. Un univers nous frôle sans nous sentir et nous ne le sentons pas. Mais il est là, nous sommes ici. A-t-il une Mort ? Certainement, l’Éternité ne concerne pas les univers puisqu’ils sont appelés à naître et possèdent le Temps. Le Temps naît-il avec la Vie ? Je vais me refaire du thé ; de l’eau bouillante où infuseront des feuilles déshydratées et fumées. Le feu fait bouillir l’eau, l’eau l’éteint. Le feu appelle l’air pour le nourrir et la terre pour le contenir. Les quatre éléments. Tous oublient le cinquième, leur ciment : le vide. La Mo rt y est née avec le Temps. Finira-t-il avec Elle ? Nos berceaux nous survivent… Sans doute est-ce pour ça que nous les quittons.