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Bloc K

De
348 pages

Nous sommes au XXIe siècle et la surpopulation de la Terre est en train de mener l'espèce humaine à sa perte. Pour sauver l'homo sapiens, Pierre 2, scientifique de formation et nouveau prélat de toutes les églises, met en place Le Projet. Celui-ci est destiné à recréer les lignées humaines qui, avant de disparaître, utilisaient des moyens de reproduction variés et adaptés à leur environnement.
Son but, faire croître et multiplier ces lignées pour qu'elles survivent à des mondes inhospitaliers ou impropres à l’établissement de l’espèce humaine.
C'est dans ce contexte que 500 ans plus tard, un jeune prêtre est appelé pour enquêter sur la mystérieuse disparition de son prédécesseur et guide des lignées du « bloc K »...
Parcourez ce monde fantastique et faites connaissance avec votre futur !


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Couverture
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Cet ouvrage a été composé par Edilivre
175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis
Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50
Mail : client@edilivre.com
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Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-69375-4
© Edilivre, 2014
Ce livre est dédié à toutes les formes de vie qui ont existé, existent ou existeront sur Terre ou ailleurs.
Introduction
Le Conclave pélibérait pePuis cinB jours sans réussir à trouver un successeur à Muap 3 pécépé Buatre semaines auParavant. Le ciment pu tombeau où rePosaient ses cenpres séchait pePuis Peu lorsBue s’annonça la bataille Pour sa succession, p’aborp sous forme pe murmure, Puis pe gronpement, elle ne tarpa Pas à emPorter les esPrits surchauffés sur son Passage. DePuis la réunification pes trois églises monothéistes, l’histoire se réPétait. L’orponnance Prévoyait, à la mort pe Muap le musulman, l’élection p’un chrétien à la tête pu Concile. A son pécès ce Poste revienprait à un Prélat juif. Malgré cette routine successorale rien n’emPêchait le jeu fratricipe pes alliances, les piscussions faisaient rage à l’intérieur pes communautés et les messagers s’éPuisaient à acheminer pes consignes obsolètes avant même leur arrivée. our le Premier secrétaire pu carpinal ierre Sioux, cette effervescence corresPonpait tout à fait à l’ipée Bu’il se faisait pe l’enfer, orpre, contre-orpre, vraie-fausse nouvelle, rumeur non fonpée régnaient victorieusement sur son Petit monpe p’orpinaire si feutré. Au vu pes circonstances et en péPit p’un attachement réel envers son suPérieur, il ne Pouvait s’emPêcher pe le trouver scanpaleusement nonchalant. Il aurait souhaité le voir combatif et péterminé mais, pePuis la réunion pu Conclave, le carpinal Passait le Plus clair pe son temPs en comPagnie pe ses livres ou pe ses conseillers intimes, alors Bue p’autres rassemblaient fipèles et alliés. Son éminence le carpinal ierre Sioux était né chrétien, mais son sang charriait pes générations p’animistes ce Bui exPliBuait Peut-être son choix Pour la biologie avant p’avoir envisagé la charge ecclésiastiBue. assionné Par le vivant sous toutes ses formes, il avait fini Par acBuérir une solipe renommée péPassant largement le capre pe sa Prestigieuse université. A trente ans et couvert pe piPlômes il entra au séminaire avec une pérogation sPéciale Bui l’autorisa à Poursuivre ses recherches. Le temPs et ses Bualités avaient fait le reste et ierre Sioux se retrouvait sur la liste restreinte pes aPPelés, p’où sortirait bientôt le Prochain chef pu Concile pes églises réunies. A l’heure pe l’imminence pu verpict le secrétaire Parcourait les aPPartements pe son éminence en Pestant, tête baissée, sur toutes les inconséBuences pe Sa seigneurie.Il doit être dans la bibliothèque, marmonna-t-il. Son front brillait p’une moiteur courante en ces fins p’été troPicales. Il entra sans fraPPer, oublieux pes usages. Installée pans son fauteuil Préféré, un verre pe cognac Posé sur le guéripon, son éminence écoutait avec attention celle Bui lui faisait face. Encore elle ! C’était la troisième fois Bu’ils se croisaient cette semaine, maugréa-t-il en se renfrognant un Peu Plus. Elle, c’était le maître pe recherche Sarah Frag, pocteur en biologie et anthroPo-Paléontologue, elle accomPagnait et conseillait ierre Sioux sur tous les travaux scientifiBues pignes pe Publication. A l’aPProche pu secrétaire elle s’interromPit. Comme p’habitupe le sens pes perniers mots Bu’elle Prononça lui échaPPa, ces communications copées semblaient avoir été sPécialement mise au Point Pour les Protéger pes oreilles inpiscrètes comme les siennes. La femme se leva Pour le saluer et Planta ses yeux gris acier pans son regarp avec bienveillance. – Alors, c’est le granp jour… pit-elle souriante. – Oui Peut-être, réPonpit-il avec emPressement. – Ne vous inBuiétez Pas mon ami, tout va bien se Passer ! Le Conclave est en séance pePuis cinB jours, il ne tarpera Pas à voter, pemain ou aPrès pemain au Plus tarp, il n’y a Plus rien à faire pe toute façon. Se voulant rassurant le carpinal esBuissa un bref sourire à l’attention pe son secrétaire visiblement péborpé Par la situation. L’entretien entre les peux interlocuteurs était terminé, Sarah Frag Prit congé et enveloPPa les mains pu carpinal pans les siennes en guise pe salut. L’esPace p’une seconpe le corPs pe ierre Sioux tressaillit à son contact et un souPir s’échaPPa pe ses lèvres Buanp leurs mains se séParèrent. Le secrétaire, témoin malgré lui pe cette intimité, pétourna les yeux jusBu’à ce Bue la Porte se referme sur elle. – Vous allez bien Monseigneur ? Osa-t-il Buestionner. – Oui je vais bien, veuillez PréParer mes vêtements et revenez Buanp le Conclave aura Pris
sa pécision. C’était un orpre. Il obéit et PréPara peux tenues, celle p’aPParat et l’autre. Cette tâche accomPlie, il sortit rejoinpre ses collègues Bui, comme lui, attenpaient fébriles le résultat pes pélibérations. ierre, seul pans la granpe Pièce tenait son verre entre le Pouce et l’inpex et s’amusait à faire tournoyer le liBuipe ambre p’une légère inclinaison pes poigts. Il avait enfin la confirmation pe ce Bu’il s’acharnait à Prouver pePuis pes années. Sarah Frag était une pes réPonses à ses Buestions et celle Bui l’avait aiguillé sur le chemin pe la comPréhension. Tout son travail sur la rePropuction pes esPèces humaines Précépant ou accomPagnant le genre homo, poublement saPiens, Prenait sens à cet instant. Avec cette théorie, il comPrit Bu’il tenait aussi le salut pe son esPèce entre les mains. A Présent les pés étaient jetés. Soit il était élu, soit les habitants pe Terre mourraient pans moins pe mille ans. Toute sa vie avait été mopelée pans ce but, il réalisait enfin l’imPortance et la nature pes aPPuis pont il avait bénéficié, Plusieurs pécennies purant, Pour arriver à ce carrefour ou sa pestinée allait Peut-être se confonpre avec celle pe l’humanité. Etre le réciPienpaire pe cet esPoir lui ponna le vertige. Il avala son verre p’une traite Puis se renpit pans la salle pe bains. L’eau chaupe et savonneuse l’attenpait pans la vielle baignoire séculaire, il lava soigneusement son corPs glabre et le massa p’essence pe tilleul, pont l’opeur aPaisante favorisait la concentration. Il s’habilla sans hâte et s’installa face à la fenêtre pu salon. La Place Pontificale se pistinguait au loin, un murmure sourp s’élevait, pes milliers pe gorges serrées attenpaient comme lui le choix pe ses Pairs. Il ferma les yeux et attenpit. Le soir pu sePtième jour à 19 heures les cloches sonnèrent, le secrétaire au Paroxysme pe l’excitation fit irruPtion pans le salon et sortit ierre pe sa mépitation. – C’est vous ! Hurla-t-il, évacuant Par ces peux mots toutes les tensions accumulées purant l’interminable attente. Le carpinal se leva et annonça Bu’il était Prêt. Celui Bue l’on nomma ierre 2 l’hérétiBue venait p’être élu chef pu Concile pes églises réunies. Il avait un monpe à sauver, il se mit au travail. CinB cents ans Passèrent.
Prologue Sah’r
Mais qu’est-ce qui m’arrive, pensa Sah’r, égaré dans les allées du troisième sous-sol du Bloc k ? Une douleur vive torturait son cerveau et brûlait sa conscience. Il avait une furieuse envie de l’extirper en allant se fracasser le crâne contre un des gigantesques pylônes porteurs du Bloc k, mais son corps intoxiqué par l’adrénaline fuyait frénétiquement dans l’espoir d’échapper à l’ennemi sans nom. Les mains en étau sur ses tempes il recherchait désespérément un abri à ses souffrances. Sur la peau devenue grise de son visage déformé, perlait une sueur nauséabonde. Ses yeux, habituellement d’un vert lumineux, s’enfonçaient méfiants et hagards, profondément au fond de ses orbites. Ses mains, raides et glacées, menaçaient de rompre sous l’effet de la tension musculaire provoquée par les décharges hormonales. Sa précieuse tunique trois-quarts réduite en lambeaux sales pendait le long de son corps partiellement mis à nu. La peau découverte, zébrée de marques rouges, ponctuées de petits hématomes violets, témoignaient d’une lutte récente. Sah’r avait perdu la notion du temps, ne lui restait que celle de l’espace. – Qu’est-ce que je fais là, où est Tchum ? C’était sa première pensée cohérente depuis longtemps. Un gouffre d’appréhension s’ouvrit sous ses pieds aspirés par le vide, le vertige emporta une partie de la douleur logée dans son crâne. Son organisme épuisé ralentit l’allure, les souvenirs affluèrent et avec eux, le chagrin. Ses dernières forces l’abandonnèrent, il s’effondra contre un des piliers soutenant la structure du Bloc. Recroquevillé au pied de la colonne, il sanglota. Les larmes brûlèrent sa peau desséchée du sel de vie qu’elles contenaient. J’ai échoué, martelait la pensée assassine. Très vite, il évalua toutes les alternatives. Il était trop tard pour alerter son supérieur, le cardinal. Faire appel à Claire, il savait déjà ce qu’elle ferait. Elle l’enfermerait pour le protéger, ce qui reviendrait à le laisser seul avec sa souffrance. Fuir à l’extérieur, hors du Bloc, impossible. Sah’r se releva. La tête lourde, l’équilibre précaire, il s’avança à découvert et attendit que son estomac reprenne sa place, emmenant avec lui la nausée qui emplissait sa bouche. Il reprit en sens inverse le chemin parcouru. L’ascenseur l’attendait portes ouvertes, il le mena au quatrième sous-sol glacial, profondément enfoui sous terre, là où personne ne venait jamais. Tout l’espace était occupé par des containers géants, la plupart abritaient l’ingénierie vitale au fonctionnement du Bloc k. Il dépassa rapidement les premiers, chargés d’accumuler les réserves d’énergie tellurique directement pompées dans le sol, bien loin au-dessous de lui dans les entrailles de Terre, avant de trouver celui qu’il cherchait. Son choix se porta sur le sous-bloc, réfrigéré, contenant les capsules de survie. En raison du froid extrême régnant à l’intérieur, Sah’r savait qu’il ne pourrait plus ressortir une fois le seuil franchi. Mais c’était la seule solution, emmener l’autre avec lui dans sa perte. Devant lui, la porte blindée encore scellée le protégeait de sa détermination. S’il brisait les sceaux et pénétrait à l’intérieur, il gèlerait rapidement. Cette certitude le fit frémir, mais si lui était incapable de ressortir, alors l’ennemi invisible ne le pourrait pas non plus. Sans perdre de temps, il brisa les scellés et s’engouffra à l’intérieur. Il lui restait à peine une ou deux minutes avant de sombrer dans un sommeil sans rêves et probablement sans réveil. Ses mains raidies par le froid agrippèrent le boîtier de commande interne de la porte, il arma avec difficulté le mécanisme d’autodestruction, le coupla avec celui de la fermeture de la porte et régla le compte à rebours sur cinq minutes. Ce temps lui parut suffisant pour être retrouvé et tué par son agresseur. Il espéra que la porte se refermerait sur eux, verrouillant le mécanisme d’autodestruction. Dès lors, toute tentative d’ouverture interne ou externe provoquerait une explosion dévastant tout sur un rayon de quelques mètres. Les lèvres déjà gelées de Sah’r se déchirèrent dans un sourire de victoire prochaine. Les membres gourds, il se dirigea au fond de l’habitacle, s’effondra dans une des capsules et enclencha la fermeture avant de s’évanouir. Sa dernière pensée fut pour Tchum, son cyborg, puis il sombra
dans une éternité gelée.Cinq minutes s’écoulèrent, la porte blindée se referma sans que rien ne se produise. Les lumières à interactivité sonore se mirent en veille dans le silence retrouvé, la nuit calme et glacée reprit possession de l’espace qui lui appartenait.
Chapitre I Simon
Simon attendait depuis plus de deux heures dans l’antichambre du conclave. Le confort des chaises antiques demeurait un calvaire pour tout séant ordinaire comme le sien. Une heure auparavant, il avait adopté une technique développée durant ses études sur les bancs durs de la faculté, celle de la contracture alternée de sa musculature fessière. Pour obtenir l’efficacité escomptée, il était nécessaire de maintenir un certain rythme dans l’alternance. Simon commença par la fesse gauche qu’il souleva d’un centimètre en prenant appui sur celle de droite, puis il la contracta plusieurs fois pompant ainsi le flux sanguin salutaire censé diminuer la douleur de l’asphyxie musculaire. Provisoirement satisfait, il répéta l’exercice plusieurs fois. Cette stratégie, fort utile lors d’immobilisation prolongée, l’avait plus d’une fois sauvé de l’engourdissement et de la tétanie, sources de déconcentration. L’inconvénient de cette gymnastique, car il y en avait un, était l’attention exigée par cet exercice. Celle-ci se manifestait chez Simon sous la forme d’un regard vague et d’une crispation involontaire des pommettes, qui solidaires de ses fesses exprimaient publiquement l’effort fourni par son arrière-train. On aurait pu le prendre pour un simple tiqueux s’il n’y avait eu, en plus, une espèce de trémoussement qui finissait toujours par attirer l’attention sur lui. Là heureusement il était seul, pensait il, à l’instant où son regard tomba sur celui du secrétaire du cardinal T qui l’observait depuis l’embrasure de la porte. Celui-ci, d’un haussement de sourcils en circonflexe associé à un mouvement d’avancée arrondie des lèvres, le tout accompagné d’une flexion antérieur du buste associé à une rotation latérale droite de la tête et d’un pivotement raide et général du corps, l’invitait à le suivre. Simon embarrassé mais soulagé de quitter l’objet de son supplice, se leva d’un bond un peu trop précipité pour être naturel. Cette inconvenance fit plisser le nez raffiné du secrétaire qui achevait sa rotation et repassait l’embrasure en direction du bureau du cardinal. Simon nota, par réflexe, le mouvement d’humeur exprimé par son guide mais bien trop de questions encombraient son cerveau depuis la convocation du cardinal pour qu’il s’y attarde. La convocation « urgente » lui avait été remise en main propre trois jours plutôt. Ces trois jours avaient duré une éternité. Concentré il suivait le collaborateur de son éminence à distance respectueuse, évitant de se faire happer par le faste du décorum. En réalité, il détestait ces interminables couloirs pesants et défraîchis malgré les rénovations successives. L’odeur de poussière séculaire dominait en maître et le silence lourd, rompu par le seul craquement d’un parquet opulent le mettait mal à l’aise. Ses réflexions flottaient dans l’air empesé, à l’abri du bruit d’un monde supportant péniblement dix-sept milliards d’âmes. Ce monde grouillant de vie et de bruit était le sien. Un urbanisme chaotique était né de cette surcharge humaine, des bidonvilles à perte de vue serrés les uns contre les autres occupaient des terres où rien ne poussait plus et où suintaient du sol des nappes phréatiques fracturées, poisseuses et putrides. L’espérance de vie dans ces lieux y était inférieure de moitié à la norme. Il existait pourtant de nombreux endroits de faible densité humaine, mais ces lieux insalubres et gravement pollués condamnés depuis longtemps étaient le refuge des plus pauvres ou des plus fous. Ailleurs, les gens s’entassaient dans de spectaculaires tours. Construites pour les trois pour cent d’une population riche, elles dépassaient le millier de mètres. Magnificence et opulence, pauvreté et maladie se côtoyaient avec fatalisme. Sur ce monde là, les forêts étaient rares, le poumon végétal insuffisant et la Terre mourait sous le poids de ses enfants indisciplinés. Cinq cents ans auparavant, les hommes avaient découvert d’autres mondes. Ils s’y étaient précipités dans des vaisseaux de fortune afin d’échapper à la lente agonie du leur. Malheureusement ces nouveaux territoires étaient lointains, étranges et l’exode se révélait le plus souvent mortel. Les premières statistiques sur l’évolution démographique et ses répercussions sur Terre dataient de cette époque. Elles prédisaient un effondrement brutal et
robablement sanguinaire de tout l’écosystème humain dans les mille ans à venir. Les gouvernements s’entredéchirèrent pour accaparer les dernières réserves dans une lutte sans pitié. Le temps avait donné raison aux prédictions des scientifiques. C’est à cette époque que Pierre 2 fut désigné par les membres du clergé uni, chef du Concile de toutes les églises. Visionnaire pour les uns, hérétique pour les autres, il ne ménagea pas ses efforts à travers le monde et réussit à fédérer ses dirigeants sur l’absolue nécessité de mettre les dernières ressources en commun, afin de développer les sciences permettant d’accroître les chances de survie loin de la Terre. Le postulat de départ se basait sur un constat, le peuple humain devait quitter la planète dans les mille ans à venir. Malheureusement, les ressources industrielles et le temps avant l’extinction s’avéraient insuffisants pour terraformer les nouveaux mondes. De là naquit l’idée de Pierre 2. Si on ne pouvait pas adapter les nouveaux mondes aux humains alors il fallait adapter les humains à ceux-ci. L’erreur des scientifiques l’ayant précédé était d’avoir voulu augmenter la résistance humaine aux milieux hostiles. Lui, convaincu de l’insuffisance et du coût excessif de ses tentatives, imagina aller beaucoup plus loin. Pour espérer voir survivre une espèce, il fallait avant tout modifier son mode de reproduction pour l’adapter à un nouvel environnement. Il était convaincu que par le passé, d’autres espèces d’hominidés avaient survécu en usant d’autres options reproductives, qui pourraient s’avérer être un avantage évolutif sur d’autres planètes. L’atout principal de cette théorie était que le matériel dont il avait besoin pullulait sur la Terre. Cela parut cynique à beaucoup, mais personne ne pouvait nier que la seule ressource abondante et gratuite sur la Terre était sa population humaine. Tous acceptèrent à contrecœur de livrer leurs dernières richesses, sachant qu’ils précipitaient leur fin pour investir dans le Projet de Pierre 2. En contre partie, le Concile s’engageait à travailler d’arrache pied pour retrouver et restaurer les lignées humaines ayant existé par le passé, en utilisant d’autres stratégies reproductives seules capables à présent de pérenniser l’espèce sur d’autres planètes avant l’effondrement prévu. La décision prise, le Concile s’entoura de tous les scientifiques utiles à la réalisation du plan de sauvetage. Cent ans plus tard, les églises avaient toutes assimilé les changements internes drastiques nécessaires au plan de Pierre 2 et la théologie des trois grandes religions monothéistes fut refondue, débarrassée de ses dogmes séculaires afin d’être capable d’assimiler les sciences essentielles à la réalisation du sauvetage.Projet était né et tout fut mis en place pour retrouver les lignées humaines Le disparues. Cette page d’histoire avait débuté près de quatre cents ans avant la naissance de Simon. Apprise dès l’enfance dans le cercle familial ou à l’école, elle se transmettait de génération en génération. Tous les enfants de la Terre la connaissaient. L’esprit ailleurs, il laissa son corps le porter à travers le labyrinthe du Concile et c’est presque sans s’en rendre compte qu’il arriva devant la porte de son éminence le cardinal T. Le secrétaire s’effaça pour le laisser entrer et disparu de son horizon visuel. Il l’oublia aussitôt. Sur le seuil de la porte magnétique coulissante, Simon aperçut assis à son bureau le cardinal T, l’invitant de la main, sans le regarder, à le rejoindre. Après avoir parcouru quelques mètres, il arriva à hauteur de la chaise libre devant le bureau et s’y installa, les mains jointes et moites posées sur ses genoux. La chaise basse, d’un autre âge et pour d’autres tailles, l’obligea à se raidir pour voir par-dessus le bureau encombré. – Pas très confortable cette chaise, n’est-ce pas mon fils ? Avant qu’il ait pu répondre, le cardinal se leva et l’invita à rejoindre le petit salon attenant. Un cendrier en onyx noir trônait au centre d’une somptueuse table basse en malachite verte, deux vieux fauteuils sang-de-pigeon décatis et disposés en biais formaient un ensemble à l’esthétique parfaite. Cette enclave dans le bureau austère du cardinal s’avérait être un havre de confort, un vrai baume pour l’esprit et une bénédiction pour le fessier et le dos du nouvel arrivant. Quand Simon leva les yeux, il tomba sur ceux du cardinal le scrutant avec attention :
– Comment allez-vous Simon depuis la fin de vos études au séminaire ? Nous nous sommes peu vus depuis votre nomination. Le cardinal avait suivi tout son cursus d’aussi loin qu’il se souvenait. Simon revoyait encore sa mère accueillant le jeune prélat dans sa cuisine embaumant la brioche dorée. D’ordinaire entre le fils et la mère, existait une connivence complice et aimante dont le rayonnement inondait leur minuscule appartement. Mais lors des visites du jeune cardinal fraîchement nommé elle devenait timide et craintive, ses gestes étaient empreints de déférence et elle souriait peu, impressionnée par la présence du charismatique prélat. Il avait quelquefois fantasmé sur l’idée que cet homme puisse être son père, surtout à la mort de sa mère quand celui-ci l’avait invité à rejoindre le séminaire et s’était occupé de régler tout les frais liés à sa longue scolarité. Mais depuis près de deux mille cinq cents ans les prêtres étaient célibataires et officiellement sans enfants. Le cardinal T l’observait toujours. – Alors Simon, ai-je votre attention ? Il sursauta, surpris par cette voix grave et vibrante. Une voix singulière dont les profonds vibratos s’insinuaient jusque dans les os et tatouaient l’âme de l’impact des mots prononcés. Tout ce qu’il trouva à dire fut : – Je suis à vos ordres, Monseigneur. Surpris par son excessive considération, sans doute d’origine maternelle, il se détendit et sourit. Le cardinal soupira en se laissant aller dans le fauteuil et s’y installa confortablement. Simon allait enfin connaître la raison de cette convocation urgente. – Mon fils, je vous ai convoqué en oubliant un peu la voie hiérarchique, mais il y a péril. Je sais que vous n’avez pas terminé vos trois mois de stage dans le système Aldébaran, mais les rapports qui me sont parvenus de la constellation de Cassiopée, où vous avez effectué votre noviciat sont excellents et m’invitent à prendre le risque de vous confier la mission dont je vais vous parler. Mais avant, corrigez-moi si je me trompe, aidez moi à combler d’éventuelles lacunes concernant votre parcours professionnel. Le Cardinal s’empara des quelques notes griffonnées sur un papier à en-tête rédigées peu avant l’arrivée de Simon par son dévoué secrétaire et les parcourut rapidement de son regard vif, tout en ponctuant sa lecture muette de murmures quasi inaudibles. Sans lever les yeux il prit la parole et résuma à haute voix le contenu de sa lecture. – Vous avez débuté votre cursus par une formation de sculpteur quantique qui vous a permis d’appréhender les structures subatomiques et leurs lois apparemment fort différentes de celles de notre macrocosme. Le cardinal lisait avec difficulté les notes à contenu scientifique, pourtant correctement vulgarisées, vraisemblablement mal à l’aise avec la discipline en question. Simon eut la confirmation de son intuition lorsqu’un murmure prolongé signala que le cardinal cherchait un passage plus aisé pour poursuivre sa lecture à haute voix. Un ah ! De soulagement lui apprit qu’il l’avait trouvé. – Vous avez bifurqué sur des études de sociologie afin d’étudier l’impact de l’environnement sur les populations humaines, puis, sur celles de la psychologie avec option ethnopsychiatrie, ce qui vous a permis de mieux comprendre les désordres psychologiques et leurs traitements liés à des systèmes culturels en mutation sur les nouveaux mondes. Le cardinal s’arrêta un instant inclinant légèrement la tête en avant sur le feuillet, comme pour vérifier la qualité de ses notes afin de ne rien oublier. Vous avez terminé par une formation d’urgentiste médical et de mécanicien. Vos compétences théoriques ont été mises en pratique sur douze mondes par stages de trois mois, c’est-à-dire trois ans d’expérience. C’est peu lâcha-t-il. Le cœur de Simon se serra.Peu,pensa-t-il, pfff. Ces stages avaient été un calvaire, mais au fond il devait lui donner raison, trois mois par planète pour comprendre la biologie, la psychologie et les mœurs des habitants de mondes aussi complexes que lointains, sans compter son propre temps d’adaptation, en effet, c’était peu. Tous deux savaient bien qu’une