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C-Tair2.

De
245 pages

Stanya a été capturé par traîtrise, mutilé par les Maîtres et envoyé dans la Fosse d'où nul n'est jamais revenu. Avec l'aide des Esprits, aura-t-il le courage de poursuivre la lutte et de pardonner à ses bourreaux afin de rendre la liberté a son peuple ?

Publié par :
Ajouté le : 20 juin 2011
Lecture(s) : 136
EAN13 : 9782304009286
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2 Titre
C-Tair

3Titre
Paul May
C-Tair
2. La revanche des Esprits
Roman fantasy
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00928-6 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304009286 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00929-3 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304009293 (livre numérique)

6 . .
8
LA FOSSE
Arrivé depuis quelques jours au village de la
Mer après un voyage sans problème, Jenya sa-
voure le plaisir d’avoir retrouvé Randya qui
porte son fils depuis plus de douze lunes. Il ré-
alise peu à peu le présent que lui a fait Stanya en
lui promettant qu’il connaîtrait et élèverait son
fils, bouleversant ainsi la Tradition.
Ce matin il se détend couché au bord de
l’eau, la mer est calme et de petites vagues vien-
nent mourir a ses pieds. Il repense à toutes les
aventures vécues depuis l’arrivée mystérieuse de
Stanya dans leur territoire et le bonheur qu’il
ressent à avoir un tel frère de sang.
Le soleil, levé derrière les montagnes, l’éclaire
et soudain il se tord de douleur, se deux mains
le brûlent. Il se met à sangloter.
– Stanya ! hurle-t-il brusquement.
Il est arrivé un accident à son ami, il en est
sûr. Il essaye de se calmer et de se concentrer
pour communiquer par l’esprit avec lui mais
n’arrive a rien.
9 C-Tair
… tous les condamnés sont drogués afin qu’ils ne
manifestent aucune crainte et semblent accepter comme
normale leur exécution et de plus cette drogue anesthésie
toute douleur pendant plusieurs jours. Ainsi ils ne souf-
frent pas jusqu’à leur arrivée au Trou des Condamnés
ou la rivière s’enfonce sous terre…
Cette phrase tournait dans la tête de Stanya,
mais il n’arrivait pas a se souvenir a quoi elle se
rapportait. Il marchait en compagnie d’autres
prisonniers et de soldats.
Un élancement au bras lui fit regarder ses
mains et tout lui revint en mémoire, son arresta-
tion suite à la trahison de Zurya, son entretien
avec le Garde Suprême, le supplice. Et mainte-
nant ils marchaient vers la Fosse !
Après avoir traversé une forêt, ils longent la
rivière et arrivent en vue d’une falaise au pied
de laquelle la gueule ouverte d’une caverne en-
glouti l’eau. Les Gardes les font stopper, les dé-
lient et déchargent les gros fagots portés par les
bœufs d’accompagnement.
Selon le coutume, surprenante mais que nul
n’a jamais contesté, chaque supplicié est soli-
dement attaché a deux flotteurs glissés sous ses
bras puis jeté dans la rivière.
Stanya suffoque au contact de l’eau froide qui
l’englouti puis émerge enfin en avalant sa der-
nière gorgée de liquide. Attaché les bras posés
sur les deux flotteurs improvisés, il ne peut
bouger et le courant l’emporte dans les entrail-
les de la terre. Quand l’obscurité l’entoure il ne
10 La fosse
peut réprimer un frisson de peur mais aussi de
douleur car l’eau froide ravive sa conscience et
fait reculer un peu plus les effets de la drogue.
La galerie dans laquelle l’eau l’entraîne, recti-
ligne jusqu’alors, devient plus sinueuse, se rétré-
cit, le courant augmente et un grondement loin-
tain laisse présager une chute. La douleur aug-
mente aussi dans ses bras mutilés. Le courant le
secoue violemment, le projette contre une paroi
puis contre l’autre et il ne peut éviter le choc : le
poignet droit heurte violemment la roche, une
intense vague de douleur le submerge, devient
insupportable, il crie et s’évanouit.
Yourya et Ramya suivent de loin la troupe
qui se dirige vers la Fosse. Aucune occasion
d’intervenir pour libérer Stanya ne s’est présen-
tée. Ils le voient attaché à ses deux fagots de
bois, jeté à l’eau et avalé par le gouffre.
A leur grande surprise le détachement, sa tâ-
che achevée, ne reprend pas la route d’Uran
mais remonte le cours de la rivière. Intrigués ils
suivent et rapidement constatent qu’elle rejoint
une troupe beaucoup plus importante qui a pris
position dans la forêt préparant ainsi une em-
buscade pour tout groupe venant du sud…
c’est-à-dire du village de la Plaine ! !
Et les deux garçons comprennent : leur vil-
lage a été prévenu du supplice de Stanya - ils
ignorent comment – mais les guerriers vont se
précipiter pour essayer de le délivrer et pris par
surprise seront massacrés.
11 C-Tair
Talonnant leurs chevaux ils galopent a la ren-
contre de leurs camarades, espérant arriver a
temps.
Un pigeon portant un tissu rouge accroché a
une patte s’élève dans le ciel venant de la passe
de la Grande Forêt, aussitôt un sifflement jaillit
du village, repris des dizaines de fois tout au
long de la vallée. Danya se baignait quand
l’alarme est donnée.
– C’est le moment de vérité, pense-t-il, nous
allons voir si je suis digne d’être un guerrier
Il saisit ses armes et rejoint son poste en cou-
rant, Chamia sur ses talons.
Quelques instants plus tard, près de deux
cents Gardes du Temple font irruption dans la
vallée désertée par ses guerriers et se lancent, en
hurlant, à l’attaque du village.
Surpris, les attaquants s’arrêtent : le terrain
devant eux est désert, pas de signe de vie et de
l’autre coté de la vallée les façades des maisons
semblent les narguer. Avec méfiance, ils re-
prennent leur avance en direction du village.
Soudain une trentaine d’hommes s’abattent
morts ou blessés et avant que les autres aient pu
réaliser une seconde volée de flèches, venue de
derrière eux, en abat autant.
Rendus fous de rage par cet ennemi inconnu
et invisible, les assaillants poussent leur cri de
guerre et repartent en courant à l’assaut. Ils re-
prennent confiance en franchissant le ruisseau
12 La fosse
qui sort du lac et en approchant de la falaise
habitée, nulle autre attaque ne s’est produite.
Pendant que les autres surveillent le terrain
environnant, toujours vide, une quarantaine de
guerriers se sont approchés du bord de
l’immense caverne et s’efforcent de grimper
pour atteindre la première plateforme. Des
femmes, sorties brusquement des maisons les
plus proches, forment une chaîne transportant
des pierres et les jettent sur les soldats, de jeu-
nes garçons les accompagnent avec des arcs,
tirant un maximum de flèches sur les assaillants
les mettant presque tous hors de combat.
Sur un ordre de leur chef, les survivants se
regroupent et constatent que des enfants sortis
de nulle part les encerclent, à bonne distance,
tenant à deux mains des armes inconnues.
Une pluie ininterrompue de flèches s’abat
alors sur eux décimant le groupe qui malgré cela
s’élance à l’assaut. Un grondement sourd der-
rière eux les fait se retourner. Une dizaine de
chevaux montés par des enfants fonce sur eux
tirant eux aussi des flèches dont la plupart font
mouche.
Les quelques survivants se rassemblent dos
contre dos effarés de se voir ainsi battus par des
enfants et sans avoir pu combattre. L’apparition
d’un jaguar aux cotés des défenseurs achève de
les démoraliser, ils fuient de tous cotés et sont
bientôt exterminés.
13 C-Tair
Les Gardes en embuscade prennent leurs po-
sitions de combat car les veilleurs signalent
l’arrivée d’une troupe avançant visiblement a
marche forcée.
Quand elle arrive au point le plus étroit entre
la rivière et la forêt, les Gardes attaquent et
l’encerclent. La surprise semble totale. Une ba-
taille féroce s’engage où tous les combattants
font preuve de compétence et de courage. Tous
les Gardes viennent de quitter les bois quand,
derrière eux, une nouvelle troupe apparaît à la
lisière de la forêt et attaque. Enfin dans un
grondement de tonnerre des cavaliers apparais-
sent sur leur droite lance pointée. Leshya, You-
rya et Ramya sont à leur tête.
La bataille est bientôt achevée. Quarante
guerriers sont morts, mais tous les gardes, près
de trois cents, sont hors de combat. Nombreux
sont les blessés plus ou moins gravement tou-
chés. Leshya est sérieusement atteint à la poi-
trine, Ramya a perdu le petit doigt de la main
gauche et Yourya n’a que des blessures superfi-
cielles.
Par respect pour les croyances des Gardes,
leurs corps sont brûlés sauf une dizaine qui sont
jetés dans le Trou des Condamnés pour en-
voyer un signal de soutien aux prisonniers de la
Fosse. La forêt voisine fournit le bois nécessaire
à la confection de traîneaux pour porter les
blessés et les morts et toute la troupe reprend le
chemin du village.
14 La fosse
Jenya est appelé d’urgence chez le Vénérable.
– Un pigeon vient de rentrer de la Plaine. Un
malheur est arrivé a Stanya
– Ses mains, je l’ai senti ! crie aussitôt Jenya
Et le Vénérable lui raconte ce qui s’est passé
et l’annonce du départ de la colonne de secours.
– J’aurais du être avec lui, j’aurais pu l’aider !
– Crois-tu que Yourya et Ramya ne l’auraient
pas sauvé si cela avait été possible ?
– Est-il mort, Vénérable, car je ne peux plus
toucher sa pensée ?
– As-tu ressenti sa mort ?
– Non, juste une atroce douleur aux mains.
– Alors tu sais qu’il vit mais sans doute n’est-
il pas en état de te recevoir. Prends patience et
tout viendra a point. Fais confiance aux Esprits
du Bien
Dés leur retour au village, Yourya, Ramya et
Leshya malgré sa blessure, décidèrent de repar-
tir aussitôt vers la Fosse pour trouver un moyen
de rentrer en contact avec Stanya. Ils refusèrent
que Danya et le léopard les accompagnent.
Quatre jours plus tard un second pigeon ar-
rivait à la Mer décrivant l’attaque du village et la
manière dont il fut sauvé par les femmes et les
enfants grâce au plan élaboré par Danya,
l’embuscade de la forêt déjouée par hasard et
signalant que Yourya, Ramya et Leshya
s’apprêtaient à partir aux abords de la Fosse
pour essayer de descendre.
15 C-Tair
Avec l’accord du Vénérable, Jenya décida de
les rejoindre accompagné de Vovya. La veille de
leur départ Randya mit au monde un gros gar-
çon qu’ils appelèrent Ganya.
Il partit heureux, il connaissait son fils, mais
pourrait-il l’élever ?
Stanya était de nouveau dans le Monde
Blanc. Les spectres diaphanes le frôlaient et lui
murmuraient :
– Sauve-les, sauve-les, sauve-les en le pous-
sant doucement vers l’entrée du couloir blanc a
la porte infranchissable.
Comme la fois précédente les trois Vénéra-
bles l’y attendaient. Face à lui de l’autre côté de
la porte se tenait le Vénérable de la Montagne,
le plus ancien, encadré a droite par la Mer et a
gauche par la Plaine. Tous se tenaient par les
mains et lui souriaient. Arrivé devant eux la Mer
et la Plaine lui saisirent les mains entourant ainsi
la porte.
– Vois et apprends
… un immense trait de lumière déchire le ciel
s’abattant sur la terre, des volcans crachent des torrents
de lave, de gigantesques vagues balayent les terres, les
hommes sont broyés, les édifices s’effondrent…
… la terre est de nouveau calme. Végétaux et ani-
maux recommencent à vivre, mais les humains tentent de
survivre, ils ont tout perdu. Ils vivent terrés dans des
trous de rocher et ne savent même plus faire de feu. Tou-
tes leurs connaissances ont disparu. Ils vont vers
l’extinction…
16 La fosse
– Tu ne pourras empêcher le cataclysme ve-
nu de l’espace mais tu dois sauver le genre hu-
main. Tu dois transmettre tes connaissances.
Mais tu ne seras pas seul pour mener à bien
cette tâche immense et nous serons toujours à
tes cotés. Agis car tu es le dernier espoir de
l’homme.
Un nouveau frisson secoua la Tour.
Au niveau le plus bas, un pan de mur
s’effondra découvrant une porte donnant accès
à une pièce aux murs faits d’une pierre noire
absorbant toute lumière. Sa forme était celle
d’une étoile à cinq branches. Le sol, noir lui
aussi, était comme poli. Au centre de cette pièce
bizarre se dressait un autel lui aussi en forme
d’étoile mais l’une des branches, orientée vers le
nord, était beaucoup plus longue que les quatre
autres. La taille de cette table diminuait en
s’approchant du sol tout en conservant la même
forme et semblait s’y enfoncer comme la pointe
d’une flèche dans une cible. Fait aussi dans la
même roche noire, l’autel mesurait quatre pas
de long sur trois de large, sa surface supérieure
était polie mais a l’extrémité de chaque branche,
tout a la pointe, on pouvait remarquer des em-
preintes de mains creusées dans la surface.
Trois vieux grimoires reposaient depuis des siè-
cles sur cette table mais pas une poussière
n’était visible.
Le Gardien de la Tour se plongea avec avidi-
té dans le déchiffrage des grimoires.
17 C-Tair
Stanya ouvrit les yeux. Un vieillard le regar-
dait entouré d’hommes et de femmes de tous
ages.
– Vénérable, ou suis-je ?
– Tu es dans la Fosse depuis sept jours et
ton état d’inconscience nous a fait très peur.
Nous n’avons pas de Vénérable parmi nous. Je
suis seulement le plus ancien des membres du
Conseil des Cités et je suis venu t’accueillir dans
notre monde tout comme tes camarades de mi-
sère. Malheureusement cinq sont morts dans la
chute. Tu dois être Stanya.
– Comment connaissez vous mon nom ?
– Par un double message que nous ont fait
parvenir aujourd’hui tes amis. D’abord les corps
de dix gardes du Temple pour nous faire savoir
que certains parmi nos frères se battaient et
pensaient a nous et un message accroché au
corps d’un garde et disant < Stanya, doublement
meurtri, tes amis sont a la frontière > Comme tu es
le seul a être amputé des deux mains, j’ai conclu
que le message était pour toi.
– Vénérable Ancien peux tu faire donner une
sépulture selon nos rites a mes compagnons dé-
cédés et faire brûler les corps des Gardes selon
leur coutume car si mes amis les ont envoyé
comme messagers c’est qu’ils n’ont pas déméri-
té au combat et doivent reposer en paix.
– Grande est ta sagesse, jeune homme, qui te
soucie du repos des morts avant de t’inquiéter
18 La fosse
de ton sort. Tout a déjà été fait selon les Tradi-
tions. Mais maintenant occupons nous de toi.
Son sommeil fut agité. Des images furtives
lui apparaissaient de lieux et de visages connus
qu’il ne pouvait nommer. Un visage surtout au-
quel il semblait être étroitement associé revenait
sans cesse. Quand il se réveilla, avant l’aube, il
avait la tête pleine de ses connaissances anté-
rieures qui se déversaient en lui comme un tor-
rent impétueux.
– Maintenant je comprends pourquoi je sais
tant de choses, se dit-il
Ses mains bandées ne l’empêchèrent pas de
se baigner dans le petit lac au pied de la cascade
par où il était arrivé, mais il eut du mal à nager.
Il fut surpris de ne pas souffrir.
L’Ancien arrivait accompagné d’un jeune
garçon d’environ quatorze ans, yeux marron et
cheveux châtain, vêtu d’une tunique courte
comme les jeunes hommes se préparant à de-
venir des guerriers.
– Voici Tolya, mon petit-fils, qui te servira
aussi longtemps qu’il sera nécessaire, il est ser-
viable et débrouillard mais peut-être un peu ba-
vard.
A ces mots le garçon rougit de confusion.
– Ton petit-fils ? Mais la malédiction n’agit
donc pas ici ? Et il y a des femmes ici alors que
tout le monde pense que seuls les mutilés sont
jetés dans la Fosse ?
19 C-Tair
– Nous parlerons de tout cela quand tu te se-
ras restauré. Dans cinq jours des amis des Qua-
tre Cités viendront te saluer ainsi que tes com-
pagnons. Vous nous parlerez du monde d’en
haut et nous vous décrirons notre vie ici.
L’aide de Tolya s’avéra fort utile car il est dif-
ficile de faire quoique ce soit sans mains. Inti-
midé, le garçon le fit manger en silence.
– Bel effort pour un jeune bavard ! Danya
qui s’occupait de moi à la Plaine n’aurait jamais
résisté aussi longtemps.
Le garçon rougit mais rongé par la curiosité il
ne put résister plus longtemps et commença a
poser des questions sur Danya, sur lui Stanya,
sur le monde d’en haut. Posant des questions,
répondant a d’autres non posées, expliquant,
passant d’un sujet a un autre, il fut bien difficile
d’endiguer ce flot de paroles.
Quand le soleil fut au zénith, ils allèrent se
baigner puis Tolya refit ses pansements. Les
plaies étaient presque cicatrisées mais quelques
bourgeonnements apparaissaient à l’extrémité
des moignons. Une telle vitesse de cicatrisation
le surprit de nouveau. Il passa le reste de la
journée et celle du lendemain en compagnie de
Tolya et de son grand père qui lui conta
l’histoire de la vallée.
– La tradition orale raconte qu’a leur arrivée
les premières victimes des Maîtres crurent être
dans un paradis. De l’eau a profusion, des fo-
rêts, des arbres fruitiers et des cultures, des
20 La fosse
quantités d’animaux mais aucun dangereux
pour l’homme, cependant il n’y avait ni cons-
tructions ni habitants. Il y a plus de cinq cent
ans maintenant. Depuis bien d’autres sont ve-
nus mais la Malédiction ne semblait plus agir
sur les hommes mutilés qui vieillissaient norma-
lement et mourraient l’heure venue.
– Il y a presque quatre vingt ans, nous avons
accueilli les premières femmes qui nous expli-
quèrent les raisons de leur envoi ici. Je t’en dirai
l’horreur tout à l’heure. Depuis une quarantaine
d’années nous avons de nouvelles venues deux
fois par an. Les premières arrivées aimèrent des
hommes de la vallée. Ces couples osèrent avoir
des enfants et l’on se rendit compte, après des
années, que la Malédiction n’agissait pas sur
eux. Mon fils a bientôt quarante ans et Tolya a
deux frères et une sœur plus âgés.
– Aujourd’hui notre vallée a quatre grandes
villes et trois villages, tu es dans l’un d’eux et tu
aperçois le second de l’autre coté du lac.
– Nous vivons paisiblement, sans ennemi,
mais sans espoir car enfermés a tout jamais
dans cette vallée. Cependant pour ne pas som-
brer dans le désespoir nous croyons en la lé-
gende d’un dieu venant nous sauver et redonner
a notre peuple la possession de C-Tair et pour
être prêts quand il viendra nous formons des
guerriers comme le font nos frères du monde
d’en haut . Enfin nous les formons du mieux
que nous pouvons avec nos guerriers mutilés.
21 C-Tair
– Tu me parles de quatre villes, mais com-
bien êtes-vous ?
– Le compte n’a jamais été fait mais nous
devons dépasser les quatre vingt mille person-
nes.
Stanya en eut le souffle coupé.
– Tu me parlais d’horreur a propos des pre-
mières arrivées.
– Dans tout le royaume, de très jeunes fem-
mes de notre peuple sont enlevées a leur famille
pour servir les plaisirs des prêtres. Une fois en-
ceintes, elles sont envoyées dans une forteresse
proche d’Uran ou elles élèvent leur enfant pen-
dant six ans. Après ces jeunes sont pris en main
par des Gardes du Temple et elles ne les re-
voient jamais. Des hommes viennent réguliè-
rement les voir dans la forteresse car elles doi-
vent < produire > trois males < pour la grandeur
du royaume >. Ensuite elles arrivent chez nous.
Mais nous reprendrons l’histoire de la vallée
demain, conte moi la tienne maintenant
Au fur et a mesure qu’il racontait l’histoire de
sa brève présence sur C-Tair, les yeux de Tolya
se remplissaient d’émerveillement mêlé de
crainte et lorsque le récit s’arrêta, pour une fois
il resta sans voix.
Le lendemain les voisins des villages proches
arrivèrent. Hommes, enfants et femmes pour
faire la cuisine. Les guerriers commencèrent à
s’affronter sous l’œil satisfait de Stanya. Si tous
22 La fosse
les guerriers de la vallée combattaient aussi
bien, il avait une armée presque invincible.
Durant l’après midi, ne pouvant résister il
demanda si quelqu’un acceptait de se battre
avec lui. Instinctivement tous regardèrent ses
mains et devant leur air gêné, il leur affirma
qu’il allait les battre.
Piqué au vif Urya, l’un des frères de Tolya,
releva le défi. Assez grand, châtain, les yeux vert
pale il ne pouvait cacher son lien de parenté.
– Pour me laisser toutes mes chances de ga-
gner, acceptes-tu de te battre au poignard ? de-
manda Stanya semblant plaisanter. Selon les rè-
gles, tu dois te battre pour blesser et le vain-
queur est au premier sang où a l’abandon.
Le jeune guerrier accepta de bonne grâce,
certain d’avance du résultat. Les combattants
prirent position : Urya tenait son poignard
pointé vers le haut. Stanya, ses moignons ban-
dés en avant, souple sur ses jambes, semblait
vouloir parer les coups avec ses pansements. Le
combat commença. Prudent Urya tourna autour
de son adversaire, essaya quelques coups pour
tester ses réactions et soudain plongea et se re-
trouva le nez dans la poussière. Stanya avait es-
quivé le coup mais laissé sa jambe sur la trajec-
toire de son adversaire.
Les spectateurs manifestèrent bruyamment
leur approbation. Pendant longtemps attaques
et esquives se poursuivirent, mais Stanya com-
mençait a sentir la fatigue, il était temps de
23 C-Tair
conclure. A l’attaque suivante il sauta, envoyant
son pied dans le visage de son adversaire qui
tomba en arrière lâchant son poignard. Il sauta
sur sa poitrine et lui fit un étranglement avec le
bras gauche.
– Tu as tout de même gagné car ton poi-
gnard m’a égratigné la jambe dit il a Urya en-
core tout étourdi par le coup. Tous les guerriers
présents l’entourèrent pour le féliciter et lui
demander d’expliquer sa technique. Ce qu’il
promit de faire dés le lendemain.
– Je t’ai longuement observé depuis ce matin,
Urya, tu es un bon guerrier mais je t’ai surpris
par ma technique. Ne sois donc pas blessé.
Le garçon rougit sous le compliment
– Encore un trait de famille pensa Stanya.
Au repas du soir, il mangea encadré par les
deux frères qui le servirent. Les deux jours sui-
vants furent partagés entre des enseignements
aux guerriers le matin et des entretiens avec
l’Ancien l’après midi.
Naran était furieux. Son plan si soigneuse-
ment élaboré avait échoué et il ne comprenait
pas pourquoi. Comme prévu le traître était bien
parti rejoindre les rebelles et ses éclaireurs
l’avaient suivi, la troupe d’assaut marchant à une
journée derrière eux. Tous avaient disparu sans
laisser aucune trace.
Et du groupe chargé de tendre l’embuscade
on n’avait retrouvé que les bûchers funéraires.
Même si le traître avait parlé, il ne pouvait don-
24