Ce qui n
30 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Ce qui n'est pas nommé

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
30 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Dans sa ville nichée dans une calanque de la Mer intérieure, Laëny attend l’épreuve rituelle qui lui fera quitter l’adolescence.


Mais dans ce monde étrange à nos yeux, les surprises qui l’attendent sont nombreuses...


Belkacem Le Louët parcourt lui l'océan sur son chalutier au large d'Ouessant. Tout bascule le jour où il trouve dans ses filets au milieu des poissons un jeune homme bien en vie...


Deux très belles nouvelles de Roland C.Wagner dans lesquelles l'Imaginaire se mélange avec la mer...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 1
EAN13 9782366290523
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0011€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

présente Ce qui n'est pas nommé Roland C. Wagner
Ce fichier vous est proposé sans DRM (dispositifs de gestion des droits numériques) c'est-à-dire sans systèmes techniques visant à restreindre l'utilisation de ce livre numérique.
Fragment du livre de la mer
Le chalutier avait lancé ses filets dans les eaux internationales, six cents milles au large de Ouessant. Bien qu’il s’agît d’un de ces nouveaux modèles entièrement automatisés, capables de conduire toute une campagne de pêche sans aide, il emportait un équipage, conformément à la législation selon laquelle aucun ordinateur ou réseau d’ordinateurs ne devait être laissé sans surveillance humaine aux commandes d’un engin motorisé. Pour ce voyage, l’équipage en question se limitait à un seul homme – un dénommé Belkacem Le Louët, à qui l’on avait attribué le grade de capitaine, mais non le salaire correspondant. Néanmoins, cela n’avait aucune importance à ses yeux, car cet emploi constituait une authentique sinécure ; jamais il n’avait gagné sa vie si facilement, pas même au temps du Lagon des Dauphins. Une tristesse diffuse s’empara de lui à l’évocation du parc d’attractions de la côte vendéenne où il avait passé dix années de sa vie. Il avait aimé ce job – à cause des dauphins, dont la présence constante avait quelque chose d’apaisant à ses yeux. Bien sûr, en tant que gardien de nuit, il ne travaillait pas à leur contact, mais ils n’étaient jamais bien loin, et il lui arrivait souvent de modifier sa ronde pour aller leur rendre visite. Ils le fascinaient. Puis les animaux étaient morts, d’une maladie non répertoriée contre laquelle les antibiotiques les plus puissants demeuraient sans effet. Comme il n’était bien entendu pas question de les remplacer, puisque l’espèce était pour ainsi dire éteinte, le Lagon des Dauphins avait fermé définitivement, et Belkacem s’était retrouvé chômeur. Le cliquetis des chaînes bien huilées du treuil, qui venait de commencer à haler le filet, tira le « capitaine » de sa rêverie. Sautant du hamac où il somnolait, il se dirigea vers le pont supérieur, d’où la vue était meilleure. On ne savait jamais. Un dauphin – s’il en restait – pouvait très bien être raflé avec les poissons. Dans ce cas, Belkacem tenait à être là pour intervenir le plus vite possible ; avec un peu de chance, l’animal ne serait pas encore tout à fait noyé, il subsisterait une chance de le ranimer… Le filet déversait déjà ses premières prises dans l’ouverture de la cale ; les thons glissaient en désordre sur le toboggan menant à la véritable usine de conditionnement que recelaient les entrailles du navire. En un geste machinal, Belkacem posa la main sur la commande d’arrêt d’urgence. Lui seul pouvait intervenir s’il se trouvait par malheur un cétacé dans le chalut ; l’ordinateur, lui, ne se préoccupait pas de trier le contenu de l’immense filet. Il subsistait si peu de poisson dans les océans du globe que tout était bon. Y compris les espèces menacées – qui, comme les autres, étaient transmutées en « miettes de thon » tout à fait présentables. Y compris les dauphins. Cette fois, ce fut un détail anormal qui tira Belkacem de sa rêverie. Son regard était passé dessus sans s’y arrêter, mais son esprit l’avait enregistré, d’une manière plus ou moins inconsciente. Troublé, envahi par un sentiment d’étrangeté qu’il n’avait jamais éprouvé auparavant, il tourna lentement la tête, se demandant ce qu’il avait bien pu entr’apercevoir. En tout cas, ce n’était pas un dauphin. Il crut tout d’abord se trouver en présence d’un poisson d’une espèce inconnue, dont la forme évoquait celle d’une main. Puis il vit le poignet, et une partie de l’avant-bras qui y était attaché, et il comprit qu’il ne s’agissait pas d’un poisson. Son pouce écrasa le bouton d’arrêt d’urgence. Le treuil s’immobilisa avec une légère secousse qui projeta en avant le propriétaire de la main, le dégageant en partie du tas de poissons où il était enseveli. Bon sang, mais c’est ungosse !
Belkacem se précipita vers le corps inerte, piétinant sans vergogne les précieux thons. Arrivé près du garçon, il s’accroupit et l’observa un instant, la gorge serrée. À n’en pas douter, il n’y avait plus le moindre espoir. Seul un cadavre pouvait flotter entre deux eaux à une telle distance des côtes. Pourtant, avec sa peau intégralement bronzée de naturiste et ses muscles fermes de sportif, l’adolescent avait l’air tout à fait vivant – et aurait même paru en bonne forme si ses yeux n’avaient été révulsés et son visage imperceptiblement cyanosé. Par acquit de conscience, Belkacem posa la main sur la poitrine couverte de gouttelettes… Une tornade aveuglante de sentiments s’abattit sur lui. Soulagement. Étonnement. Incompréhension. Inquiétude. Joie. Malaises divers et variés. Pluie d’excitation et mise en abîme. Jamais ses émotions ne lui avaient paru si excessives ; il risquait de perdre les pédales s’il se laissait submerger. Mais bon, ce n’était pas le moment. Il prit le garçon dans ses bras et se redressa, grimaçant à cause de l’omniprésente odeur de poisson qui se faisait plus vive, devenait carrément insupportable, même pour un habitué de la mer comme lui. Lorsqu’il serra le corps inerte contre sa poitrine, il perçut une respiration faible mais régulière. Un vrai miracle. À moins que… Des bribes de légendes anciennes remontèrent des profondeurs de sa mémoire, telle une déferlante sur la crête de laquelle surfaient cités englouties, hommes-poissons, sirènes à la voix enchanteresse, dieux atrabilaires armés de tridents et déesses voluptueuses juchées sur des coquillages géants. Bien des cultures postulaient l’existence du Peuple de la Mer, mais ce dernier n’était qu’un mythe. D’ailleurs, l’adolescent ne possédait ni branchies, ni doigts palmés, et il avait bien failli mourir noyé lorsqu’il s’était retrouvé pris dans le filet – ce qui eût été un comble pour un triton ! La solitude avait vraiment de curieux effets. Belkacem était la proie de pensées parasites, qui le détournaient de l’urgence du moment. La solitude – et l’impossible apparition de ce gamin nu comme un ver au beau milieu de l’océan. Était-il tombé du ciel ? Il emporta le garçon toujours inconscient jusqu’à une cabine inoccupée et le borda dans une couchette. Il lui semblait agir mécaniquement, presque par réflexe. Il n’était pas à ce qu’il faisait ; sous son crâne, les idées ne cessaient de tournoyer, sans jamais parvenir à s’agréger en un ensemble cohérent. Il demeura un instant à contempler le jeune visage, constatant avec soulagement qu’il avait perdu sa teinte légèrement bleutée, et que les paupières étaient retombées sur les yeux de l’adolescent, qui arborait désormais l’expression apaisée d’un dormeur en sommeil profond. Puis il remonta sur le pont pour remettre le treuil en route. Lorsque le dernier poisson eut disparu dans la cale, Belkacem retourna auprès du garçon. Celui-ci n’avait toujours pas repris connaissance, mais sa respiration était tout à fait normale. En l’observant avec attention, le capitaine découvrit les nombreuses cicatrices couturant sa peau brunie par le soleil. L’un de ses orteils donnait l’impression d’avoir été jadis écrasé par la pince d’un gros crabe, et l’intérieur de ses mains était couvert de callosités à l’apparence subtilement anormale. En temps normal, la procédure voulait que le capitaine en titre prévînt le port d’une découverte de ce genre, mais Belkacem craignait les réactions que susciterait cette e annonce ; les rares marins duXXI siècle n’avaient pas perdu leur réputation de hâbleurs. Bien au contraire, il semblait que la diminution drastique de leur nombre les poussât à la surenchère, comme s’ils voulaient compenser l’agonie de leur profession par la démesure et l’invraisemblance des histoires qu’ils racontaient en rentrant au port. À les en croire, on n’avait jamais observé autant de krakens, sirènes, calamars géants et serpents de mer. Pour éviter une discussion éprouvante avec des interlocuteurs sceptiques, mieux valait attendre que le gamin fût sur pied, et l’amener devant la caméra du visiophone. Certes, une image vidéo ne constituait en rien une preuve, pas même un commencement de preuve, mais les gens de la capitainerie n’allaient...
  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Livres Livres
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents