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Cerebrum 23

De
500 pages

Terriens et Orbitiens veulent associer Drick à leur union. Leur but: réadapter l'homme aux conditions de vie sur Terre. Mais certaines personnes, à la vision sexiste et partisane, ne voient pas d'un très bon œil cette alliance contre nature. Elles ont de toutes autres vues célestes. Manipulatrices et sournoises, elles vont s'imposer insidieusement en se jouant des vices et de la vertu. Une conspiration qui va provoquer de terribles ravages et bouleverser les lois de la nature; une chienlit dont l'humanité, telle qu'on la connaît, aura peu de chance de se relever... Force est de constater que le sexe faible est l'avenir de l'homme !


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-77592-4

 

© Edilivre, 2014

Autopsie

– On va le perdre…

– On augmente les flux ?

– Non, au contraire ! Baissez un peu tous les paramètres d’accompagnement, et laissez-lui un minimum d’espace vital.

– Sa conscience risque d’en prendre un coup, si par malheur les choses ne se remettent pas dans le bon ordre.

– Mais non… Qu’est-ce que vous racontez… Vous voyez bien que le cerveau est en parfait état. Du moins pour ce genre de métabolisme.

– D’accord, j’enclenche le process de libéralisation virtuelle.

– Incrémentation du signal de douleur physique ! J’envoie les contre-mesures.

– Bien. Et les virus ?

– Stabilisés.

– Psychiquement, ça va ?

– Si l’on peut dire…

– C’est normal. On corrigera ça plus tard. On a le temps.

L’écho de mots incompréhensibles s’entrechoquaient dans mon esprit au bord de la crise de nerfs, et l’horrible sensation d’un corps totalement paralysé m’emmenait droit en mode panique.

J’abandonnai toute volonté de reprendre le contrôle, incapable de lutter contre les insoutenables pulsions d’une âme en manque de connexions physiques.

J’étais dans le couloir de la mort. Une mort lente, oppressante, mais paradoxalement exempte de souffrance. Je m’en remettais alors au bon vouloir d’un esprit supérieur, ou peut-être tout simplement différent, qui se jouait de moi avec une intolérable promiscuité. C’est peut-être ce qui m’énervait le plus, moi qui n’avait jamais supporté de perdre le contrôle des événements. Et c’est paradoxalement ce à quoi je m’accrochai, ce qui me laissait penser que je n’étais pas tout à fait mort.

Un petit ressort se détendit alors quelque part, faisant soudainement surgir une terrible envie de vivre, survivre, contrer ce mauvais sort qui s’acharnait à m’emporter au-delà d’un monde dont je n’avais malheureusement plus aucun souvenir. Je stimulai tout ce qui était à la portée de mon imaginaire pour tenter de créer quelque matériau, du concret auquel me raccrocher. En vain.

Puis je sentis que l’espace se modifiait enfin, et je commençai à réintégrer, sans le moindre plaisir, un corps qui m’était étranger. J’étais écartelé entre l’envie de rester dans la troublante commodité d’une mer d’huile, et l’excitation d’une rivière sanguine que je sentais déjà couler en moi.

Une chaleur interne me submergea tandis qu’un vent frissonnant me caressait sans cesse. Mes sens s’aiguisèrent et me rappelèrent alors que mon cerveau n’était plus seul, qu’il lui revenait de gérer une situation incongrue, donner des ordres, prendre le dessus, assumer.

– Je crois qu’on le tient !

– C’est pas trop tôt… C’était même un peu juste, on peut l’avouer à présent.

– Certes. Mais gardons-nous de crier victoire… Il faut le ramener en douceur maintenant.

– On le connecte en cervovision ?

– Oui, mais tout doucement alors, et progressivement.

– Le programme de base, comme prévu ?

– Hum… Oui, mais restez auprès de lui et appelez-moi au moindre souci. A tout à l’heure.

La Terre, ces saloperies de végétaux, les animaux, les végétanimaux, les populations éparses, la guerre, les guerres… et la téléportation… tout me revint par bribes, des petits fragments que j’assemblai au fur et à mesure qu’ils s’incrivaient insidieusement dans mon esprit au bord des larmes… Edile, Zaag… ceux que j’aimais et ceux qui avaient un goût de fiel.

La nausée s’effaça aussi rapidement qu’elle était survenue, le mal-être fit place à une sorte de béatitude, et mon âme s’accorda sereinement de ce dont elle disposait comme matériau humain.

Je compris l’inutilité de lutter contre cette volonté qui m’était sans nul doute imposée, et la curiosité l’emportant, je me concentrai alors sur un monde extérieur que je sentais à proximité.

– Et voilà !… Il est avec nous, il s’est connecté.

– Bilan ?

– Correct, sans plus. Mais je pense qu’il va se réactiver sous peu… Je l’extrais de la zone d’isolation sensorielle et je le prépare pour Orb ?

– Bien sûr. Où en est-on de la cervovision ?

– Transmission effectuée… Reste à savoir comment il va l’intégrer.

– Ça, on le verra plus tard. Bon, terminez les préparatifs et appelez-moi quand ce sera fait. Pour ma part je vais organiser la petite réception.

Seule l’ouïe manquait au palmarès. Du moins était-elle approximative en ce sens où j’avais l’impression d’être un boomer asservi à la dictature sonore d’un DJ sous amphètes. Je m’en tenais donc difficilement à des silhouettes bleutées, rondes et ondoyantes, qui s’affairaient au ralenti autour de moi. Je prenais conscience d’habiter un corps qui devait sans doute m’appartenir, puisque j’arrivai enfin à modéliser mes doigts de pieds situés à une bonne dizaine de mètres. Mes mains pianotaient encore plus loin, là où en toute logique j’aurais pu attraper au passage l’une de ces fantasques créatures. Mais las de ces faux contacts, je crois que je me rendormis.

– Doucement… Oui, comme ça, voilà… C’est bien… Doucement, répéta la voix perchée au dessus de moi.

J’ouvris les yeux avec la plus extrême lenteur, craignant l’irruption soudaine d’une migraine ophtalmique digne des grandes occasions. Le mal-être avait supplanté le mal de tête, et je ne me sentais pas très disposé à effectuer autre chose qu’une léthargique observation de mon environnement immédiat.

Cotonneux, vaporeux, je distinguai enfin des sihouettes grossières, légèrement bleutées par la lumière ambiante. Tout en gardant une distance respectable, elles procédaient à des manipulations dont j’ignorai totalement la nature, d’autant qu’aucun instrument n’était apparent. Je ne ressentai aucun contact direct, mais curieusement mon état semblait s’améliorer. Mes sens s’exacerbaient mais ils restaient confinés en mon for intérieur, comme irréels.

– Est-ce que vous m’entendez ? me demanda une voix lointaine, penchée sur mon visage.

– Mmmm, lui renvoyai-je dans un grognement.

– Bien, bien… Je voulais vous informer que tout va bien… Vous êtes en bonne santé et entre de bonnes mains. Vous n’avez rien à craindre, nous nous sommes bien occupés de vous.

– Mmmm, grommelai-je à nouveau, pas vraiment convaincu.

Un large sourire transforma son visage, ce qui me rassura quant à ses aptitudes à réagir avec empathie. Puis, sans prévenir, la panique s’empara de moi. Je me sentis soudainement enfermé, comme statufié, cerné par une intolérable claustrophobie. Je me sentais revivre, mais inapte à tout expression corporelle.

– Du calme. Je vais vous expliquer la situation et ce qu’on attend de vous.

Cette autre voix, similaire en tous points à la précédente, me fit brusquement tourner la tête. Cette singularité me fit prendre conscience de la duplication des personnes qui m’entouraient. On aurait dit des sosies, des jumeaux, des clones. Plutôt effrayant. Et pas très rassurant.

– Où suis-je, parvins-je à articuler faiblement.

– Dans votre cocon protecteur.

Ce n’était pas vraiment le sens de ma question, mais je m’en contentai.

– Celui-ci vous a apporté tous les soins et le réconfort dont vous aviez besoin, et il convient à présent de vous en séparer afin de vous joindre à nous.

La douceur et la sérénité de cette voix au genre inqualifiable calma toutefois mon angoisse. Je pris le parti d’écouter et d’assimiler au mieux ses conseils.

– Ce cocon, ou cette coquille virtuelle si vous préférez, a rétabli toutes vos fonctionnalités physiques et psychiques. Elle a également permis que l’intégralité du milieu microbien dans lequel vous avez évolué, et en particulier les virus dont vous étiez porteur, soient éradiqués. A présent, vous êtes parfait !… C’est plutôt une bonne nouvelle, non ?

J’acquiesçai d’un léger hochement de tête, très limité par les contours de cet étrange élément protecteur, puis je portai un regard interrogateur autour de moi dans l’attente d’une information complémentaire.

– Vous allez devoir faire un tout petit effort, car l’acte de libération n’est pas anodin. Plus vous aurez à cœur de franchir vous-même le seuil de cette enveloppe, plus votre être en gardera l’empreinte. C’est une forme de signature qui fera de vous une personnalité positive et active… à moins que nous ne préfériez rester un assisté toute votre vie, conclut-il d’un ton protecteur.

Impatient de me dégager, au bord de l’asphyxie mentale, je me mis alors à bouger dans tous les sens, sans succès.

– Attendez ! Ne soyez pas si pressé ! Ah, mais c’est pas vrai ces… Bon, écoutez-moi : pensez à bouger, mais sans le faire. Faites travailler d’abord votre tête. C’est l’esprit qui compte, c’est lui qui commande. Quand vous vous sentirez prêt, alors allez-y, et bougez comme il vous plaît ; la nature et la force de vos mouvements n’a aucune importance. Cette coquille est purement virtuelle et elle disparaîtra comme par enchantement… ok ?… alors on y va !

C’est l’image d’une île déserte qui s’imposa à moi, sans raison apparente. Il y faisait incontestablement bon vivre et sa population, exclusivement féminine et plus qu’attrayante, semblait n’attendre que moi. La grande pudeur de ce fantasme n’altéra pas mes forces, et dans un orgasme incontrôlé mon cocon s’évapora au cri de ma délivrance… j’étais né.

Isolement

Je ne saurais dire combien de sourires m’accueillirent, mais outre leur nombre impressionnant et le flou artistique dans lequel ils baignaient, c’est à nouveau leur analogie qui me mit quelque peu mal à l’aise.

Ce copier-coller associé à une méthodologie médicale énigmatique renforçait la théorie d’un monde parallèle que j’étais en train d’échafauder dans mon petit esprit de nouveau né.

J’adoptai avec succès la position assise, les jambes pendantes le long de l’étonnant brancard flottant, mais je ne pus envisager de suite une attitude plus fière et plus respectueuse vis-à-vis de mes hôtes. La station debout était pour l’instant inenvisageable, d’autant qu’un fort tournis m’emmenait lentement mais incidieusement aux frontières de la nausée.

Mes hôtes durent s’en apercevoir puisque l’un d’entre eux s’approcha de moi, toujours avec cette étrange nonchalance. Il stoppa à proximité et me tendit du bout des doigts une gélule qu’en toute logique je ne pouvais recevoir qu’en lui présentant une main bien à plat. Visiblement, il n’avait pas envie d’établir le contact physique, ce qu’au fond de moi, je comprenais et partageai… je n’arrivai pas à intégrer ces formes singulières et cette inexplicable nature à la limite du repoussant.

La gélule ayant immédiatement fait son effet, on m’apporta un fauteuil roulant équipé d’un voile virtuel dans lequel je pris laborieusement place. Puis on me poussa au travers de cette foule de curieux que je pus alors examiner avec un peu plus d’acuité.

Environ un mètre quatre vingt dix, flasques et enrobés, sans masse osseuse apparente, des yeux noirs en amande en grande partie masquée par des paupières très resserrées, absence totale de chevelure, la peau gris claire, voire un peu trop blanche, et une tête globalement assez grosse sans qu’elle paraisse déformée.

En comparaison des cervovisions que j’avais reçues et dans lesquelles j’avais pu juger de l’évolution humaine, je les trouvai inclassables et ne pus m’empêcher de rêver à une éventuelle rencontre extra-terrestre. Ce qui me surprit le plus était leur façon de se déplacer, de se mouvoir avec lenteur et une stabilité approximative, une gestuelle si surprenante qu’on aurait dit qu’ils étaient dépourvus de la moindre musculature.

Leurs vêtements étaient à leur image : une combinaison uniforme qui leur collait à la peau, dans les teintes bleu noir, et l’étrange impression d’une armée de sosies était nettement renforcée par l’absence d’appartenance à un sexe plutôt qu’à un autre. Il m’était impossible de distinguer, si tenté qu’il en existât, les mâles des femelles.

La différence qui se dégageait entre eux et moi était à présent flagrante… je me sentais physiquement supérieur à leur évidente fragilité, mais écrasé par un énorme complexe d’infériorité intellectuelle.

L’ensemble aurait pu être finalement repoussant, mais au fond tout cela attisa férocement ma curiosité, et j’en oublai alors toute inquiétude quant à mon sort.

Je tentai donc d’établir le contact avec celui – ou celle – qui poussait mon fauteuil.

– Où m’emmenez-vous ?

– Heureux de voir que vous vous sentez mieux, monsieur Drick, me répondit-il d’une voix suave et unisexe. Je vous emmène en salle d’isolement, le temps très court d’une petite séance qui doit nous confirmer que vous ne représentez plus aucun danger pour nous.

– Je suis si parasité que ça ?

– Et bien, à vrai dire : oui, émit-il avec un ridicule petit rire.

Je me laissai donc guider en silence dans un long couloir aveugle, d’un gris bleu monotone, sphérique et froid. Je notai de nombreuses portes de part et d’autre, une lumière très tamisée, l’absence de bruits. Ma nausée avait disparu, mon moral était plutôt positif, et je retrouvai petit à petit ma personnalité, un caractère qui je l’espérai allait s’affirmer.

– Et voilà, on y est ! Lança-t-il avec fierté et une touche de soulagement.

La pièce n’était pas plus grande qu’une petite salle de bains, et du sol au plafond les cloisons étaient percées de centaines de milliers de petits trous.

– N’ayez aucun inquiétude, c’est totalement indolore. On va simplement vous bombarder d’ondes, dont l’unique fonction est l’asepsie de certaines molécules que nous n’aurions pu atteindre sans risquer de nuire à votre équilibre micromacrobien. Vous allez ressortir d’ici, pur comme un nouveau-né.

– Oui, mais de quelle planète ?

Encore ce petit rire sympathique et un peu dérisoire, qui se voulait une réponse à mes interrogations.

Il ouvrit un petit clapet situé sur le bras gauche de mon fauteuil, et celui-ci dégagea un petit bouton rouge vif.

– Voyez-vous ce petit bouton rouge ?

– Evidemment.

Me prenait-il pour un idiot ?

– En l’actionnant vous ferez disparaître ce voile virtuel de protection qui doit commencer à vous peser, d’autant que d’après ce que je sais vous auriez une certaine tendance à la claustrophobie, n’est-ce pas ?

– C’est exact, on ne peut rien vous cacher.

– Non, rien… Bon, vous serez bien aimable d’attendre que je sois sorti et que j’aie refermé la porte avant de l’actionner.

– No problemo.

– Parfait. Je reviens vous chercher d’ici une dizaine de minutes. Détendez-vous, cela n’en sera que meilleur.

Il en avait de bonnes… me détendre, alors que mille questions m’assaillaient. Mais bon, contre mauvaise fortune j’appuyai de bon cœur sur le bouton.

Le noir total se fit, et je tombai brusquement dans un sommeil profond. Une sorte de narcose qui provoqua en moi un total détachement vis-à-vis de toute question existentialiste. En hypnose, je devins insensible à tout, errant sans but ni désirs au travers de mondes parallèles, étranger sans famille, sans racines… sans racines…

– Ahhhhhh… Au secours… A l’aide ! Me mis-je à hurler comme un dément, alors que la lumière se fit crescendo pour m’aider à reprendre mes esprits.

Orb

Afin d’effacer l’image de racines végétales à l’assaut de mon subconscient, pour doper mon activité cérébrale et attiser mes sens, je me frictionnai les yeux pour faire lentement connaissance avec mon environnement.

Excepté le grand canapé dans lequel j’étais à présent affalé, et une petite table basse sur laquelle trônait une coupelle remplie de gélules, l’endroit était absolument vide de tout mobilier. Dans la pénombre d’un arc de cette étrange pièce sphérique, il me sembla distinguer une grande vitre qui donnait sur l’extérieur, lequel n’avait guère d’intérêt compte tenu du peu de lumière qu’il procurait.

Je tentai un rétablissement, mais le tournis qui en résulta me fit instinctivement tendre la main vers les gélules dont je ne doutai pas un instant de l’utilité. J’en avalai deux d’un coup, me raisonnai afin de calmer mon angoisse, et posai avec prudence mes deux pieds au sol. La sensation que je ressentis à cet instant était très troublante. Autant je me croyais dans une forme olympique, certainement suite aux soins que l’on m’avait procurés, autant je ne retrouvai pas la mémoire de mon corps. Celui-ci me paraissait beaucoup plus léger, sans véritable point d’équilibre.

Un peu déstabilisé, j’effectuai prudemment quelques pas en direction de l’immense hublot, seul point d’intérêt dans ce lieu aussi désolé que désolant. Soudainement, sortant d’une zone d’ombre que je n’avais pas remarquée, apparut une silhouette. Sa mobilité, faite d’une fascinante ondulation et oscillation à la limite d’une instabilité toujours maîtrisée, me subjuguait. Je ne pouvais m’empêcher de suivre du regard cette créature qui n’avait de semblable à l’être humain que le fait d’avoir une constitution tronc tête bras et jambes. Mais la peau était d’un gris presque morbide, les yeux quasi invisibles, et le sexe toujours totalement indéfinissable.

Etrangement, je n’avais pas peur. La mémoire me revenait et je me rappellai à quel point j’avais déjà frôlé la mort sur Terre. J’en parlai en mon for intérieur comme d’une vie révolue, persuadé d’être aux mains d’extra-terrestres, et donc in fine plutôt satisfait d’avoir un petit peu de rab.

La curiosité l’emportait et, séduit par l’idée de profiter au maximum d’un supplément inédit, j’ouvrai sans manières ce que j’espérai être un entretien de qualité.

– Salut.

– Bonjour, me répondit-il calmement, tout en se positionnant dans une source un peu plus lumineuse afin que je puisse l’observer au mieux. J’imagine que vous êtes pour le moins surpris ?

– Il y a de quoi, et mille questions m’assaillent !

– Vous aurez, chaque chose en son temps, réponse à toutes vos interrogations, cher monsieur Drick… Par quoi voulez-vous commencer ?

– Et bien… Je ne voudrais pas paraître égoïste, trop égocentrique, mais comment se fait-il que vous me connaissiez, et comment suis-je arrivé ici ?

Je crus déceler un léger sourire dans ce visage charnu et informe, et il comme s’avançait doucement vers moi, j’eus d’instinct un mouvement de recul.

– N’ayez pas peur…

– Je n’ai pas peur… C’est un réflexe idiot. Pardonnez-moi, mais…

– Nous sommes si différents, c’est cela ?

– Oui, avouai-je honteusement.

– Raciste ?

– Non ! M’écriai-je. Certainement pas. Cette notion n’existe plus sur Terre, depuis la race unique, et…

J’allai m’empêtrer dans un raisonnement à la limite du grotesque, et il me le fit comprendre rien qu’à la posture qu’il adopta.

– Aucune importance pour l’instant… Cela dit, sachez que c’est moi qui refuserai tout contact. Je vous demanderai d’ailleurs d’y veiller avec le plus grand soin, par respect pour notre santé.

– J’aimerais comprendre…

– Bien que nous ayons procédé à l’élimination de tout ce qui peut nous être néfaste venant de vous, nous ne sommes pas pour autant à l’abri d’une contamination. Et dans cet espace clos où le moindre microbe multiplierait, les conséquences en seraient dramatiques. J’insiste donc bien là-dessus : ne vous approchez pas de nous à moins d’un mètre. Aucun contact, avec qui que ce soit !

– Mais pourtant, il y a de nombreuses maladies qui peuvent se transmettre ne serait-ce que par la voie orale ou autre, et qui…

– Non, trancha-t-il sèchement. Dans le cas présent, seul le contact de la peau représente un danger ! Me suis-je bien fait comprendre ? annonça-t-il vivement, mais toutefois sans agressivité.

– Parfaitement. C’est intégré, abdiquai-je, convaincu et résolu à appliquer les consignes de mon sauveur.

– Bien, je vous en remercie. Alors, pour répondre à vos deux questions, primo nous vous connaissons parce que nous avons suivi de très près votre vie, votre parcours sur Terre, depuis le début. Secundo, nous vous avons récupéré alors que la mort s’apprêtait à vous saisir… Vous rappelez-vous de vos derniers instants, de votre tentative de suicide ?

– De suicide ? éberluai-je. Non, je ne me vois pas effectuer ce genre de geste, ce n’est pas dans ma nature.

– Vous vous laissiez aller… Vous aviez déconnecté, psychiquement. Le froid vous engourdissait, et vous n’aviez aucune réaction, aucun stimuli de défense… Baisser les bras à ce point là, c’est ce que j’appelle du suicide.

– C’est pas faux, me rappelai-je. Etre le dernier homme sur Terre ne favorise pas l’envie d’en découdre avec la mort…

– La preuve que si ! Vous n’êtes pas heureux d’en profiter à l’heure qu’il est ?

– Si je n’avais pas été à l’article de la mort, m’auriez-vous récupéré ?

– Peut-être…

– Comprends pas… Quel avenir pouvais-je espérer ?

– Vous auriez pu rencontrer d’autres humains, d’autres survivants…

– Oh, vous semblez en savoir bien plus que moi à ce sujet !

– Fort heureusement, oui.

– Alors, cela signifie que je n’étais pas seul ? Qu’il y avait, ou qu’il y a, d’autres survivants sur Terre ? m’emportai-je, plein d’espoir.

– C’est possible, en effet, minauda-t-il.

– Comment ça, c’est possible ?… Vous… Ne me faites pas croire que vous n’êtes pas en mesure de le savoir !

– Si on vous a récupéré, c’est parce que l’on pensait avoir affaire au dernier exemplaire digne d’intérêt, laissa-t-il tomber comme un couperet.

– Qu’est-ce que vous entendez exactement par « digne d’intérêt » ? m’étonnai-je.

Visiblement gêné mais pas embarrassé, il se détourna de moi pour se diriger vers le hublot.

– Drick, il se trouve que votre chance ne vous a jamais quitté, et aujourd’hui encore c’est elle qui vous a porté jusqu’à nous.

– J’ai compris, percutai-je. Je suis digne d’intérêt car je suis le porteur sain de tous les maux de la Terre et de l’humanité réunies ! C’est à cause ou grâce à cela que tout le monde m’a couru après, et c’est encore le cas aujourd’hui… C’est bien ça ?

– Correct, ponctua-t-il sobrement.

– Avez-vous trouvé ce qu’il vous faut au moins, durant ces examens ?

– Il ne nous manque rien. Merci.

– Vous m’en voyez ravi, maugréai-je en allant me rasseoir pour reprendre deux autres gélules.

– Ne forcez-pas trop la dose tout de même, ce ne sont pas des bonbons.

Je ne répondis pas. Je faisais la gueule en attendant la suite, qui se faisait désirer.

L’extra-terrestre était face à l’immense hublot noir, muet, les mains dans le dos.

– Je m’appelle Orb, et je suis à la tête d’un peuple d’un millier d’âmes environ, dont le seul but est la reconquête de cette planète que… Venez donc voir ! m’invita-t-il cérémonieusement.

Tandis que je me rendais paresseusement à ses côtés en prenant soin de conserver au moins deux mètres de distance, le hublot s’ouvrit plus grand, tel que le feraient d’immenses paupières, sur une large vision d’un univers surréaliste.

Le claustrophobe que j’étais reçut un véritable coup de poing en plein ventre de se savoir si haut perché dans sa bulle, et c’est estomaqué que je fis connaissance avec une magnifique planète bleue torturée de masses noires en survol de ses imposantes tâches verdâtres.

– La Terre, chuchotai-je, abasourdi.

– Et oui. Elle est belle n’est-ce pas, vue d’ici.

– Et pourtant…

– Effectivement, de près, c’est une autre affaire.

Je n’arrivai pas à détacher mon regard de cette matrice de la vie, qui devait faire bien des envieux, à commencer par mon voisin le plus proche. Me revint alors une de ses paroles.

– Dites-moi, tout à l’heure vous avez bien dit « reconquérir » ?… Est-ce à dire que l’aviez déjà conquise ?

Orb se détourna de cette vision panoramique pour aller faire quelques pas au centre de la pièce, là où venait d’apparaître comme par magie une petite table garnie de nourritures terrestres.

Mon cœur avait beau s’attacher à la vision planétaire, c’est mon ventre qui l’emporta. Je pris place en face de lui, et c’est la bouche pleine d’un quartier de pomme que je bus ses paroles.

– Votre race, la race humaine, c’est la mienne aussi. Nous avons vécu longtemps sur cette Terre, jusqu’à ce que cela ne soit plus tenable. Alors, il y a des milliers d’années nous en sommes partis et nous l’avons quittée pour nous réfugier dans l’espace. Nous avons changé, muté à cause des conditions particulières de survie en orbite, mais nous sommes restés terriens dans l’âme. Et en attendant, on vous a surveillés, épiés, et il faut l’avouer… Un peu orientés.

Traitement de choc

J’observai cet étrange personnage durant de longues secondes, tentant de lui donner le genre humain, sans succès. Les différences étaient flagrantes, et il tenait plus de l’extra-terrestre tel qu’on l’avait envisagé dans les romans de science-fiction, que de l’être humain génétiquement modifié.

En toute logique, je doutai donc de ses paroles qui se voulaient rassurantes, et c’est vraisemblablement pourquoi il tint à dissiper mes craintes. D’un doigt il fit apparaître dans l’espace un écran sur lequel apparut une modélisation chronologique de leurs modifications.

– Comme vous le voyez, le processus a été lent mais constant, ce qui nous a permis une adaptation sans douleur physique ou psychologique.

Puis s’incrivit le plan général de la station orbitale dans laquelle nous nous trouvions.

– Voilà notre vaisseau. Nous tournons autour de la Terre en orbite géostationnaire, que bien entendu nous sommes contraints de réajuster régulièrement, et nous pouvons suivre ainsi chacune de vos évolutions. Nous…

– Pardonnez-moi de vous couper, Orb… Mais si vous êtes vraiment ce que vous prétendez être, pourquoi ne pas avoir pris la décision de revenir plus tôt sur Terre ? Il y a tout de même certains endroits qui sont viables, non ?

– Ah… Bonne question. En effet, nous aurions pu prendre cette décision car la Terre recèle certains sites protégés. Le problème, ce sont certains virus véhiculés par des organismes – entre autre les végétaux – qui n’ont pu être totalement éradiqués.

– Le soudain revirement de la nature, c’était vous ?

– Oui, enfin presque. Nous n’avons fait qu’accélérer les choses. Quand on a vu que la nature reprenait ses droits, et qu’enfin elle tendait à se rééquilibrer, nous n’avons eu qu’à donner le petit coup de pouce nécessaire.

– Et pour les animaux ?

– Idem. Facile pour nous d’orienter ces processus. D’ailleurs, la planète commence nettement à se repeupler à ce niveau là.

– Je me disais aussi… Et en ce qui concerne les virus propagés par les humains, je suppose donc qu’il en est de même ?

– Bah non… Là, on est plutôt impuissants.

– Et pourquoi donc ?

– Parce que beaucoup d’entre vous – je devrais dire « d’entre nous » – sont encore cachés, terrés à des endroits inaccessibles. Si profondément que nos techniques de désinfection ne peuvent les atteindre. En fait, les plus inaccessibles sont ceux qui sont immergés profondément.

J’ouvrai des yeux grands comme la pomme que j’avais du mal à finir, tant ses paroles m’atteignaient en plein cœur. Il y avait des survivants sous l’eau. Et à ma connaissance, une seule fratrie avait tenté l’expérience : la bande à Zarkof, Edile y compris.

– Vous êtes sûr de vous ?… Où sont-ils, combien sont-ils ? m’emballai-je, légèrement survolté.

Orb paru s’amuser de mon excitation et ses yeux se firent un peu plus grands.

– Sur les trois mille cinq cents personnes qui firent partie de ce voyage sous-marin, le seul connu et recensé, environ un tiers a survécu grâce un astucieux et rigoureux compartimentage qui les a sauvés d’une infection.

– Alors ils y sont encore, d’après ce que vous me dites ?

– En effet. Et tant qu’ils n’en sortiront pas, nous ne pourrons prendre le risque d’être un jour à leur proximité. Nous pourrions perdre la vie en quelques heures seulement. Je sais de quoi je parle car on a tenté l’expérience il y a quelques mois, lorsqu’on vous a récupéré…

– Quoi ?… Mais alors, vous m’avez gardé combien de temps sous traitement ?

– Quatre mois. Mais ça n’était pas strictement nécessaire. C’est uniquement parce que vous tenions à vous faire revenir à la vie dans des conditions optima, vous préparer à vivre autant que faire se peut avec nous, et surtout recueillir tous les ingrédients contenus dans votre sacrée carcasse.

Tiens, il ironisait à présent… nos relations prenaient une bonne tournure.

– Normalement, combien de temps dure une « mise à jour » ?

– Ça peut aller de quelques minutes à une heure maxi, suivant l’individu.

– Et pourquoi ne pas procéder à l’inverse ? Pourquoi ne serait-ce pas à vous d’effectuer une mise à jour ?

– La réponse est dans votre question, cher ami. Une mise à jour procède par incrémentation, et non par régression. De plus, excepté cette silhouette qui vous surprend, et qui peut-être vous dégoûte…

– Non non, ça va. Je m’y fais.

– Merci. Et bien hormis cet aspect, cela comporte beaucoup d’avantages… Mais nous aurons le temps d’en reparler.

– Dites… Vous n’avez tout de même pas l’intention de me garder ici pendant longtemps ? m’inquiétai-je.

– Non. Car nous avons besoin de votre aide.

– Pour aller chercher ces survivants aquatiques, je suppose.

– Exactement. Mais pas uniquement eux.

– Qui d’autre ?

– Comme je vous le disais, il y a quelques mois, lorsqu’on vous a récupéré, nous en avons profité pour rapatrier à temps une de nos camarades qui s’était portée volontaire pour une expérience de survie et d’acclimatation à votre environnement… malheureusement son enfant n’a pas survécu.

– Je vois de qui vous parlez. Mais elle semblait bien différente de vous… Elle avait des cheveux, des vêtements plutôt à taille humaine… Euh, je voulais dire à la taille des humains terrestres…

– Oui, c’est juste. C’était une tentative, avortée si j’ose dire, de réinsertion et de mixité. Rien ne peut marcher tant qu’on n’a pas réussi préalablement la mise à jour, je vous l’assure !

Je marquai un temps de pose pour partager une tristesse qui peut-être l’habitait, et souligner mon désarroi. Puis, n’y tenant plus, je lui posai la question qui me brûlait les lèvres.

– Avez-vous des nouvelles d’Edile ?

– Aucune, me répondit-il brutalement, comme s’il pouvait ignorer l’importance que cela revêtait pour moi.

– C’est-à-dire que ignorez si elle est morte ou vivante ?

– Désolé, mais nos avancées technologiques ont leurs limites… Nous savons rendre notre vaisseau indétectable, nous maîtrisons à merveille la téléportation, la médecine et bien d’autres sciences, mais nous ne sommes pas devins. Et comme je l’ai précisé, nulle technologie, même la plus avancée, ne saurait distinguer quoi que ce soit dans les grands fonds, là où certaines lois de la physique nous restent étrangères.

Je devais avoir l’air dépité car Orb me tendit un verre de vin à la robe tentatrice. Je ne fis pas honneur à son offrande car je l’avalai cul sec, sans même prendre le temps d’un simulacre de dégustation. L’alcool me monta toutefois rapidement à la tête, et c’est avec un soupçon d’irritation mal contenue que je m’adressai à lui, le regard plongé dans les fines entailles de ses paupières.

– Pourquoi avoir laissé faire ? Pourquoi avoir joué à l’apprenti sorcier ?… Vous vous prenez pour…

– Pour Dieu ?… C’est ce que vous voulez dire ?

– Bah oui, laissai-je tomber, désarmé par tant de naïveté sortant de ma bouche.

Orb, qui n’avait rien avalé jusque là, prit une grappe de raisins qu’il égrena au rythme d’un visible désappointement. Je regrettai aussitôt de m’être adressé à lui de cette façon, avec si peu de reconnaissance. J’avais beaucoup de mal à percer les humeurs de ce personnage qui, en sus d’un physique assez inexpressif, ne laissait paraître que peu de sentiments au travers de sa voix monocorde et plutôt monotone. Mais j’étais intimement convaincu d’avoir affaire à quelqu’un de bien.

Lassé de son jeu de fruits qu’il laissa retomber dans la coupelle, il fit l’effort de ne pas me considérer comme un sale gosse et me mit face à mes contradictions.

– C’est l’éternelle question, Drick. L’Homme mérite-t-il d’être émancipé, ou doit-on le guider, quitte à exercer sur lui une forme de dictat ? Vous savez, notre civilisation orbitale ne date pas d’hier, et je ne suis pas le premier à avoir guidé les pas de ceux qui ont fait ce que vous êtes devenus. Il y a eu des erreurs, humaines après tout, et des réussites. Mais il y a toutes les chances pour que je sois le dernier dirigeant. Enfin, je l’espère. Cela signifierait que nous avons réussi à sauver l’humanité.

– La sauver d’elle-même ?

– Oui et non, vous le savez bien. Vous l’aviez compris par vous-même au travers des cervovisions… Les révoltes de la Terre n’auraient jamais eu de telles conséquences si l’Homme avait pris soin de ne pas poser des bombes à retardement un petit peu partout !

– Effectivement, je ne peux qu’adhérer… Mais cela ne répond pas à ma question, sans vouloir vous vexer.

– Sans vouloir vous vexer moi non plus, je vous propose de reporter à plus tard ce sujet, car comment dire… C’est très complexe. Voyez-vous, on sait qu’à partir d’un certain degré inférieur, l’Homme n’est pas en mesure de qualifier précisément la notion d’intelligence. Celle-ci ne peut être perçue que lorsqu’elle se situe au niveau de compétence dont on dispose pour juger. Il en est donc de même pour l’appréciation d’une intelligence dite supérieure. Or, pour pouvoir vous amener à comprendre et démêler l’ensemble des raisonnements complexes qui nous ont conduits à agir pour le bien-être de l’humanité, nous devons procéder par étapes. Même une de nos cervovisions, aussi élaborée soit-elle, ne saurait remplir cette fonction. Faites-moi donc confiance. Nous aurons le temps d’en reparler… En attendant, je vous propose de visiter notre petite cité orbitale et faire plus ample connaissance.

Tandis que je contemplai ma belle planète bleue en train de sortir du cadre du hublot, Orb fit disparaître la table de restauration aussi étrangement qu’elle était apparue, puis il remit l’éclairage en mode tamisé, et de la main m’invita à le suivre.

– Et rappelez-vous bien : distance d’un mètre minimum !

Contacts

Avec une lenteur un tantinet insupportable pour un terrien comme moi, Orb se dirigeait vers l’une des cloisons lorsqu’il s’arrêta net, tel un chien d’arrêt.

Au terme de quelques secondes de réflexion ou d’hésitation, il se retourna vers moi, les yeux étonnamment luisants d’un sincère embarras.

– Je suis désolé, mais figurez-vous que j’ai oublié où se trouve exactement la porte, et comment on l’ouvre… C’est idiot, hein !

J’en restai plutôt circonspect et lui retransmis en direct live un visage incrédule.

– Que je vous explique… On limite nos déplacements car cela nous est très pénible, éreintant. Nous avons pris l’habitude d’effectuer la moindre allée et venue à l’aide de la téléportation. Il faut dire qu’on l’a tellement améliorée que c’en est devenu presque un toc ! m’annonça-t-il avec une petite touche d’amande honorable dans les yeux.

Je lui renvoyai un sourire complice, plutôt curieux d’en savoir plus sur l’évolution de cette nouvelle technologie, ce qu’il devina sans peine.

– Avez vous une bonne mémoire, monsieur Drick ?

– Pas franchement, non. En fait, cela dépend, je pense qu’elle est sélective.

– Alors j’espère que cette sélection s’abstiendra de mettre de côté la téléportation, car vous allez en avoir un besoin vital !

– Là, vous excitez ma curiosité ! Vous pouvez m’en dire un petit peu plus avant la visite ?

– Avec plaisir, d’autant plus que je vais en avoir besoin, cette satanée porte restant bien cachée dans mon esprit… Bien… C’est très simple, comme toutes les bonnes idées : la téléportation fonctionne à la commande vocale, laquelle n’a qu’à exprimer un code spécifique. Là où la mémoire remplit sa fonction, c’est dans l’apprentissage des nombreux codes à retenir, une faute pouvant être dramatique, voire mortelle.

– Parce que le site d’arrivée peut être de nature hostile, complétai-je.

– Ou inexistant, ou virtuel…

– C’est-à-dire cimetière, lançai-je en écho.

– C’est cela.

– Ça n’a guère évolué dites donc !… Ça signifie que même avec ce nouveau système de téléportation, on ne peut toujours pas bénéficier d’infos en feed-back, de mise à jour ?

– Si, bien sûr. Mais comme il y a des milliards de codes possibles, il est inconcevable de pouvoir tous les retenir. La limite est donc celle de votre capacité mémoire.

– Bon, je comprends. Mais alors quels sont les principaux avantages de cette méthode ?

– La distance, qui est quasi illimitée sur Terre, mais toutefois restreinte dans l’espace et sous l’eau. La limite de l’espace, c’est le vide, le néant qui vous aspire, vous absorbe et vous tue. Et la limite des profondeurs, c’est un mur infranchissable qui condamne purement et simplement toute mise en œuvre de téléportation. Puis il y a la vitesse de téléportation, qui est de l’ordre de la nano-seconde. Ce n’est pas négligeable en cas d’urgence. Et enfin l’absence d’équipement, ou presque : une simple oreillette suffit. Ah, j’allais oublier : rémission massive des effets secondaires… Ça doit vous plaire, ça !

– Oh que oui ! Des inconvénients ?

– Oui, la charge télétransportable. Elle est quasiment nulle. Elle se réduit à ce que vous pouvez physiquement porter avec ou sur vous. Mais compte tenu des avantages, cela n’est pas une gêne.

J’acquiesçai, ravi de ces bonnes nouvelles, mais à la fois un peu contrarié et angoissé à l’idée d’avoir à faire travailler une matière grise qui ne devait pas être à leur niveau. Au pire, me dis-je, je pourrais prendre des notes…

– Bon, je vais m’absenter un instant...