Cornik Consulting, épisode 1

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Vascan est la preuve que l’on peut tout rater dans sa vie... y compris sa mort. Paresseux, alcoolique, obsédé, cynique et suicidaire, il est pourtant recruté par un étrange personnage dans une entreprise dynamique qui en veut. Il n’y a pas besoin d’être damné pour travailler à Cornik Consulting, mais ça aide !

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EAN13 9791034202829
Langue Français

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Guillaume Sauvage Cornik Consulting Épisode 1
Table des matières Épisode 1 L’auteur Mentions légales
Épisode 1 La gare RER d’Auber venait tout juste d’ouvrir ses portes. Je passai par-dessus le tourniquet, tel le clochard que j’étais, et m’engag eai d’un pas mal assuré dans les boyaux tortueux qui menaient aux trains. Était-ce l e motif de faïence des murs ? Était-ce l’odeur ? J’avais l’impression de déambuler dans une immense chiotte, ce qui convenait parfaitement à mon état d’esprit.
Ma vie ne se résumait plus qu’à un énorme sandwich à la merde et ne me paraissait plus supportable que vue au travers d’une bouteille de bière vide. Je n’avais pas de père, pas de mère. Je mesurais un mètre soixante-de ux, je n’étais pas beau, je n’étais plus tout jeune et je n’étais pas spécialement inte lligent ni doué pour quoi que ce soit. Mes seuls talents reconnus étaient ceux de vivre au x dépens de la société et de broyer du noir.
Je voulais qu’on m’oublie. Je voulais oublier que j e voulais qu’on m’oublie. L’idée m’avait tourné en continu dans la tête toute la sem aine, sans me laisser jamais de répit.
J’allais directement me positionner en bout de quai . La station était quasiment déserte ; trois types basanés parlaient leur propre langage e n poireautant debout un peu plus loin ; un clodo hirsute aux allures de prophète mar mottait tout seul dans sa barbe, à demi allongé sur un banc. Déjà, j’entendais le gron dement lointain du premier train de banlieue de la journée. Il arriverait à ma hauteur à un peu moins de trente kilomètres/heure, mais sa monstrueuse énergie cinét ique allait réduire votre serviteur en pâtée pour chiens, sans coup férir. Cette pensée me réconfortait quelque peu, tandis que je guettais l’arrivée de la rame.
Le suicide. Une fois le cap de la décision passé, e t d’un point de vue strictement pratique, il faut encore faire face à quelques diff icultés ; heureusement, si j’ose dire, ce sont des difficultés passagères. Quand j’avais soul evé la question, la veille, le mec assis à côté de moi au bistro était d’ailleurs tomb é d’accord.
Elles se répartissent en trois catégories : a) Comment procéder pour se tuer ? b) Est-ce que ça va faire mal ? c) À qui envoyer le message d’adieu déchirant ?
Vaut-il mieux se pendre ? Il paraît que, si l’on s’ y prend bien, le col se rompt d’un coup et qu’on ne sent rien. Tout ce qu’il faut, c’est un e corde, un tabouret, et une situation suffisamment élevée. Mais voilà, j’avais sur moi to ut juste de quoi m’acheter un paquet de clopes. Je ne savais pas faire les nœuds. Si je me ratais, je risquais de mourir lentement étranglé, voire de survivre, au fond d’un fauteuil roulant... J’écartai
rapidement cette possibilité.
Se jeter à la Seine ? Voilà une solution à pas cher et difficile à rater. Mais me noyer, j’avais déjà expérimenté le concept par le passé, l ors d’un mémorable cours de natation. Je n’avais aucune envie de revivre ce mom ent pénible. Bon, l’hydrocution vous tue le suicidant plus sûrement que la noyade p araît-il, mais ça veut dire quoi exactement, mourir hydrocuté ? Ça sonne un peu trop comme électrocuté, une sensation désagréable, quand on y réfléchit bien.
Pourquoi ne pas essayer le poison alors ? Hum. En d ehors de l’alcool et du tabac, qui prennent beaucoup de temps et d’argent, je n’y conn aissais rien.
J’optai finalement pour un expédient bien plus simp le et surtout totalement impossible à rater. Des centaines de dépressifs l’avaient homolo gué chaque année : le RER. Le train arrive, on saute, et paf ! On meurt, avec en plus l a satisfaction d’avoir emmerdé un maximum de personnes au passage. Très parisien, dan s la forme comme dans l’esprit.
Au loin dans le tunnel, les feux de la machine se r approchaient à vive allure, accompagnés d’un vacarme métallique étourdissant. L e moment était presque venu. Ce serait le dernier de ma vie. Je pris une inspira tion, me ramassai pour sauter…
— Ne fais pas ça petit ! interpella une voix derriè re moi. — Ta gueule, répondis-je dans un souffle. Jamais mot d’adieu n’avait été plus concis. Je ne p ouvais plus rater ce train. Lui non plus. Je bondis.
Je m’attendais plus ou moins à ce que mon esprit ex plose en un million de particules déprimées en...