Damenndyn

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Description

S'enfonçant toujours plus profondément dans les sombres couloirs du château, les chevaliers poursuivent leur quête des pierres magiques, enfermés malgré eux dans un monde ténébreux des plus inquiétants.


De son côté, Damenndyn se sent de plus en plus épiée par une présence mystérieuse, dont l'effrayante voix s'insinue dans son esprit, à mesure qu'elle poursuit la lecture du grimoire confié par la prêtresse mère.


Aux prises d'une obscurité oppressante et inexplicable, le royaume de Lythuste se relève péniblement d'une attaque féroce, victime de créatures maléfiques qui se multiplient à vive allure et qui ne laissent derrière elles que sang et terreur.


Qu'adviendra-t-il du Grand Monde... et de Damenndyn? Les chevaliers trouveront-ils le moyen de se sortir du cauchemar dans lequel ils tentent de survivre?
Tant de désordres inscrits depuis toujours dans les étoiles, que seuls quelques élus peuvent déchiffrer...

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EAN13 9782924664148
Langue Français

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Rose Berryl

« La révélation »
Tome IIJe dédie ce second tome à mes parents,

qui m'ont aidée et soutenue depuis le début

de cette grande aventure.

Rose Berryl
CKR Éditions

CP 4634

Rawdon, QC, J0K 1S0

CANADA

Téléphone : 514-900-3399

www.ckr-editions.com

Directrice littéraire et éditoriale : Delphine Splingard

II est illégal de reproduire une partie quelconque de ce livre sans l’autorisation
de la maison d’édition. La reproduction de cette publication, par quelque procédé que
ce soit, sera considérée comme une violation du droit

d’auteur.

Dépôt légal — 2e trimestre 2019

Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Bibliothèque nationale du Canada

Copyright © CKR Éditions

Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du

Québec et Bibliothèque et Archives Canada

Berryl, Rose, 1982-, auteur

Damenndyn / Rose Berryl.

Sommaire : 2. La révélation.

Public cible : Pour les jeunes de 12 ans et plus.Publié en formats imprimé(s) et électronique (s).

ISBN 978-2-924664-15-5 (couverture souple : vol. 2)

ISBN 978-2-924664-14-8 (EPUB : vol. 2)

I. Berryl, Rose, 1982- . Révélation. II. Titre.

PZ23.B4785D35 2017

j843'.92
C2017-9 42038-0
C2017-942039-9

Imprimé aux États-UnisC a r t o g r a p h i e P r o l o g u eVois-tu, créature, c'est ainsi que toute cette histoire a commencé.
Un matin de 1368, dans un orphelinat du royaume
de Lythuste, lorsque Damenndyn ─ une jeune fille de
dixhuit ans à peine, peu respectueuse des savoirs
ancestraux et des choses telles qu'elles sont depuis les premiers âges ─ s'est vue confier
le grimoire de ce vieux fou d'Esklaroth. Parmi ses vieilles pages
magiques défraîchies, elle put découvrir la sombre
histoire de chevaliers envoyés porter secours à l'occupant
d'un vieux château maudit, dont le sort avait ébranlé
les cinq royaumes jusque dans leurs plus profonds re- tranchements.
Parmi nos rangs, nul ne comprit pourquoi Melena, notre reine
bienaimée, avait jeté son dévolu sur elle mais, si telle était sa volonté... nous ne pouvions
qu'adhérer à ses desseins. Pour l'aider, nous avons mené de nombreux
assauts sur Bludargonth et ses environs, semant la terreur sur notre passage,
accompagnés d'une sorcière élémentaire en quête de pouvoir absolu.
C'est à peu près là que nous en étions arrivés et,
malheureusement pour les peuples du Grand Monde,
les choses sont loin de s'être améliorées par la suite...Chapitre I
L'observatoire« Que le grand sablier du Temps nous préserve

De ces Chimères1 sombres,

Qui des entrailles de la terre renaîtront.

Que les bonnes grâces de notre Mère Nature

Nous accompagnent

En ces moments de douleurs qui s’annoncent.

Ô grande déesse du monde,

Je t’implore de protéger tes fidèles serviteurs.

Eux qui de leur sang jadis se rallièrent à ta cause,

Bravant la fougue de l'ennemi pour préserver

La nature et la grâce dont tu as pourvu les

Royaumes.

Guide nos pas sur le chemin de ta sagesse,

Ouvre nos esprits et nos cœurs à cette pureté

Dont toi seule a le secret,

Celle qui jaillit de toute chose

Et emplit l'âme des justes de son breuvage divin.

Que les louanges te soient rendues,

Ô toi, Mère des mères,

Déesse des peuples et des animaux. Que ton nom soit glorifié par tous. »
Agenouillé devant la statue de la déesse Torgani,

représentée sous les traits d'un angelot vêtu d’une

robe ancienne et d'un ample capuchon, un vieillard à

l’apparence bon enfant et aux traits marqués priait, les
mains jointes. Une large gavroche pendait sur le côté
gauche de sa tête, aplatissant inélégamment ses longs
cheveux grisonnants. Derrière lui s'étendait l’observatoire,
immense dôme multicolore ouvert sur les astres.
Il se releva lentement en s’aidant de son bâton et
descendit une série de marches de marbre blanc sur sa
gauche. En contrebas, une jeune femme lui sourit, les mains posées sur les hanches.

- Votre prière sera entendue, Maître Esklaroth. J’en suis persuadée.

- On ne peut décidément rien te cacher, Meryem.

- Je m'interroge, cependant.

- À quel propos ?

- Quand cesserez-vous de vous en faire pour les

royaumes ? Voilà maintenant des jours que vous implorez la déesse Torgani.

- Je n’ai guère le choix, ma pauvre enfant.

Sa peau verdâtre, ses longs cheveux parsemés de

feuilles de lierre et de branchages donnaient au visage

de la jeune Dryade la dureté d’un tronc d’arbre.

De ses mains sèches et rugueuses, elle s'empara de

la lourde besace que le sorcier venait de décrocher de
son cou, avant de faire volte-face.

Trois énormes dômes se profilaient devant eux :

un jaune au bout du sentier de terre sur lequel ils ve-

naient de s'engager, un orange et un rouge.

- Maître Esklaroth, tenta timidement Meryem,

cela fait quelques années maintenant que je suis ici et

pourtant, j’ignore toujours à quoi servent ces dômes et

pourquoi ils sont interdits. Enfin, je veux dire…

- Tu es si jeune, s'attendrit le vieil homme.

Quatre cent trente-six ans... Autant dire que tu es à

peine sortie de l’écorce. Et déjà si curieuse.

- Pourriez-vous m’expliquer tout ceci ? demanda

la Dryade en plongeant son regard jaunâtre dans les

yeux gris de son mentor.

- Pour se faire, il faut que nous retournions à la

bibliothèque du premier âge. Je te dirai tout ce que tu

veux savoir à cet endroit.

D'un pas lent, ils remontèrent le sentier, fran-

chirent par un pont de bois le couloir d’eau qui traver-

sait le domaine de part en part et revinrent près du dôme jaune. Esklaroth se tourna vers elle et leva l'in-

dex entre eux.

- Une seule formule magique. Un simple mot

suffit à celui ou celle qui veut commencer son appren-

tissage en ce lieu sacré.

- Quel est-il ?

- Courage.

- Courage ? répéta-t-elle en fronçant les sourcils.

- Comme tu as déjà peut-être pu le constater, ce

lieu est hautement symbolique. Cette première sphère

est celle de l’
enfance
, période durant laquelle celui qui

veut s’éveiller aux forces de la Nature va développer

ses sens. Pour ce faire, il sera protégé par une haie de

loniceras de couleur or, fleurs que l'on retrouve bro-

dées sur les uniformes des premières armées angé-

liques.

- Les Anges ?

- Exactement. Ils vivaient autrefois sur Lythuste
et étaient alors les seuls à habiter ce Monde.

- Sont-ils nés ici ? Ne sont-ils pas originaires du

royaume Céleste ?

- La déesse Torgani, dans sa grande sagesse, fu-

sionna la pure rosée à la douceur d’une plume de Phé-

nix. La quatrième nuit d’hiver du premier Cycle
2
du

Monde, une minuscule perle de cristal jaillit des eaux.

Celle-ci grandit, protégée par une coquille translucide,

renfermant un Ange aux ailes rouges comme le feu.

- Est-ce donc là l’origine du Monde ?

- Exactement, acquiesça le vieil homme. Torgani

fit ainsi naître les Anges, l'un après l'autre. Rapide-

ment, ils formèrent un peuple unifié, s’organisèrent et

décidèrent de protéger les terres de toute menace,

pour rendre grâce à celle qui leur avait ouvert les

portes de son royaume.

2 Un Cycle équivaut à une année de cinq cent quatre jours.

Ils contournèrent le premier dôme par la gauche.
La seconde sphère, légèrement plus haute et plus colo-

rée, apparut alors sur leur droite.

- Et ensuite, Maître Esklaroth ? poursuivit la

Dryade, curieuse.

- Il y eut le second âge des Anges.

Une jeune fée, vêtue d’une jupe plissée orangée,

ainsi que d’un corset rouge et blanc dont les fins ru-

bans retombaient le long de ses hanches, s’approcha

d’eux à grands coups d’ailes, avant de se poser avec

délicatesse. Elle secoua sa longue chevelure blonde à

reflets dorés et replaça d’un geste la mèche qui dissi-

mulait son regard jaunâtre, étincelant. Elle portait

deux gantelets et des bagues de couleurs chaudes aux

doigts. Un diadème serti d’un grenat et un pendentif

en forme de goutte d’eau rougeoyante rehaussaient sa

tenue.

- Feola ! accueillit Esklaroth en tendant le bras

vers elle pour l'inviter à les rejoindre. Approche, mon

enfant. Je voudrais te présenter Meryem, qui nous

vient de Pitherygand. - Ravie de pouvoir enfin rencontrer une véri-

table Dryade, salua la fée d'un signe de tête poli. Il est

plutôt rare de vous trouver dans cette région.

- Mon arbre vient d’arriver pour orner la partie

ouest de l’observatoire, expliqua la jeune élève. À pré-

sent, il ne me reste plus qu’à m'adapter aux coutumes

de ce lieu sacré.

- Eh bien, bonne initiation parmi nous ! Maître

Esklaroth, puis-je poursuivre avec vous ?

- Bien entendu, s'enchanta ce dernier. Tu pour-

ras me seconder. J’en ai grand besoin… souffla Eskla-

roth en se laissant tomber sur un banc de pierre.

- Cela ne va pas, Maître ?

- Un petit malaise, mais rien de bien grave. Ne

t’inquiète pas. Pourrais-tu, s'il te plaît, expliquer à Me-

ryem le rôle de la deuxième sphère ?

- Avec grand plaisir.

Les longues ailes d’or et de feu de Feola, sem-

blables à celles des plus beaux papillons de la région

des Cratères de Jade, sur le royaume Souverain, re- tombèrent le long de son corps en scintillant.

- La deuxième sphère est celle de l’
adolescence
,

orangée comme le sol de certaines zones de la Mer de

Sable, où naquirent les premiers Anges qui s’intéres-

sèrent à des choses sacrées dont l'existence et les pro-

priétés n'étaient pas enseignées par la déesse. La cu-

riosité les poussa à délaisser Bludargonth et à migrer

vers l’est, à la recherche de ce qu’ils considéraient

comme le berceau de la connaissance.

- Je comprends mal, coupa la Dryade en fron-

çant les sourcils. Pourquoi une zone désertique, terre

aride, sans vie, sans grande… qualité naturelle ?

- Détrompe-toi, Meryem. À cette époque, la Mer

de Sable était couverte d’arbres, et l’automne y régnait

en maître absolu.

- Circa existait déjà ?

- Et comment ! Les quatre saisons ont toujours

dirigé le Monde, sourit Feola en se dirigeant vers la
sphère, qu’elle observa longuement.

- Vous vous sentez bien ? s'inquiéta Meryem.

- Oui. C’est juste que j’ai de très bons souvenirs

de cette sphère. Car c’est ici que j’ai obtenu mes ailes

d’adulte.

- …

- Vois-tu, chaque sphère renferme son propre

enseignement, conservé dans des fioles colorées, qui

telles des bougies illuminent l’intérieur du dôme d’une

délicate lueur nacrée. La première est libre d’accès,

mais pas les suivantes.

- Pour quelle raison ?

- Car elles exigent un mot de passe, qui ne s’ob-

tient qu’après un long apprentissage. À chaque âge

correspond sa dose de savoir, et brûler les étapes n’est

pas une bonne chose lorsque l’on veut faire corps avec

la Nature, avec ceux-là même qui nous offrirent ce

monde merveilleux.

- Je vois… Mais comment savoir si nous sommes

prêts à passer à la sphère suivante ? - Chaque chose arrive au moment voulu. Cepen-

dant, il est aisé de savoir que l'heure est venue de

continuer, car de petites étincelles se mettent à luire

autour de toi, et ton corps tout entier frémi d'une

énergie nouvelle.

- Est-ce pareil pour chaque étape ?

- Non, mais je te laisse le soin de découvrir ce

que renferment les trois autres.

- Trois ? Mais je n’en vois que deux après le pre-

mier âge…

- J’y viens, sourit Feola.

- Au fait, pourquoi avoir choisi le lonicera ? Il y a

d’autres plantes beaucoup plus colorées sur le Grand

Monde.

- Car cette plante est symbolique. La rosée qui a

servi à créer les premiers Anges a été récoltée sur un

lonicera qui poussait sur les rives du Fleuve du

Pentacle, juste devant la Tour de l’Arme ultime.

- L’Arme ultime ?

- Les personnes chargées de surveiller cette arme ne peuvent révéler ce qu’elle contient. Ce secret

est bien gardé, et ce même par les plus anciennes lé-

gendes.

- Je comprends… Mais, ces dômes ?

- Eh bien, tu as déjà vu le premier et le

deuxième. Je vais à présent t’expliquer ce qu’il en est

des deux derniers. Le troisième, que tu vois là-bas,

juste devant nous, aussi rouge que le feu, est celui de

l’âge
adulte
, la période la plus sombres de l’histoire

des Anges.

- Pour quelle raison ?

- Durant le deuxième âge, quelques-uns d’entre

eux décidèrent de s’éloigner du reste du groupe, mé-

prisant sans doute la bonne entente et la droiture qui

régnaient alors à Bludargonth, nommée Belnigera à

l'époque, ou
tête de flèche,
en langage actuel, en raison

de la forme de sa muraille. - Original, sourit Meryem à cette évocation.

- Ils partirent donc en quête d’un savoir diffé-

rent, fait d'une magie sombre et lugubre, concentrée

exclusivement dans les profondeurs de la terre. Grâce

à elle, ils mirent au point un nouvel échantillonnage

d’Angelots, plus ténébreux et sanguinaire que jamais…

- Que sont-ils devenus ?

- Ils ont grandi et donné naissance à un démon

redoutable prénommé Melena. De leur côté, les Anges

restés à Belnigera et au cœur de la Mer de Sable pour-

suivaient la transcription de toutes les merveilles

qu’ils mettaient au jour, et voyaient les scribes se mul-

tiplier à vive allure. Tous y allaient de leur plume pour

narrer la splendeur du Monde, dans la paix et l’har-

monie. Mais un jour, les Anges du nord et de l’est re-

vinrent pour semer le trouble et la discorde, criant à

qui voulait l’entendre qu’ils deviendraient les seuls et

uniques maîtres du Grand Monde. Nombreux furent

ceux qui périrent dans cette guerre. Certains sur le

champ de bataille, mais d’autres, apeurés ou envieux du pouvoir offert par les Ténèbres, se rallièrent aux

troupes de Melena.

- C’est affreux !

- Attends, laisse-moi te raconter la suite…

Esklaroth s’était lentement rapproché d’elles, at-

tentif aux évocations de Feola.

- Es-tu certaine, Feola, que notre jeune amie soit

à même d’en écouter davantage ?

- Elle est en droit de savoir ce à quoi mènera son

apprentissage.

- Que voulez-vous dire, Maître Esklaroth ?

- Il m’est pénible d’entendre une nouvelle fois

ces choses, rien de plus. La dernière sphère est celle de

la
connaissance
et de la
sagesse
. Elle est aussi la plus

complexe de toutes, car elle oppose la Lumière aux Té-

nèbres, entre lesquels chaque Ange a dû choisir lors de

la bataille ultime. - Dites-m’en plus, Maître Esklaroth. S’il vous

plaît.

- Lors de notre première rencontre, Melena

avait à peine seize ans et, naïf que j’étais à l’époque, je

me suis mis en tête de pouvoir la faire changer.

- Maître Esklaroth, je…

- Un instant, Feola. Je tiens à le lui dire moi-

même. J’ai donc entamé un long dialogue qui se solda

par un accord entre elle et moi : je l’initiais à la magie

qu’elle cherchait tant à contrôler, afin de lui en dévoi-

ler les bons côtés, mais également les bonnes applica-

tions. Ce que j’ignorais, c’est qu’elle travaillait secrète-

ment les mauvaises formules et basait ses réflexions

sur ce que la magie noire pourrait lui apporter, une

fois qu’elle aurait conquis le Grand Monde. Attentive,

elle écoutait le moindre de mes mots, buvant mes ex-

plications avec avidité à chacun de nos déplacements.

Mais les choses évoluèrent rapidement. Trop rapide-

ment. Au bout d'environ trois cycles vint le jour où, au

sommet des falaises des Terres du Non-Retour, je la surpris en train de rire d'une façon étrange, à glacer le

sang. Étonné de sa réaction, je m'approchais, pour dé-

couvrir que devant elle se balançait le corps sans vie

d’une jeune scribe, pieds et poings liés, pendue à la

plus haute branche d’un arbre centenaire.

- Qui était-ce ?

- Je n'en ai pas la moindre idée.

Esklaroth baissa les yeux, attristé, visiblement tou-

ché par la remémoration de cet événement doulou-

reux.

Devant son mutisme soudain, Feola prit la relève.

La Dryade prit place à même l’herbe tendre. Le sorcier

et la fée, quant à eux, occupèrent un banc de bois

blanc, sculpté de divers motifs anciens.

- Melena avait à ses pieds un carnet ouvert, dont

les pages s’envolaient sous les rafales, et dans la main

droite un bout de parchemin aussi sombre que la nuit.

- Que contenait-il ?

- Toute la vérité sur ses intentions, et sur ses

derniers méfaits. - Maître ! Maître ! Venez vite ! les interrompit

un jeune homme essoufflé qui accourait.

- Que se passe-t-il, Xarnodis ?

- Les étoiles… Elles, elles sont mauvaises !

- J’arrive ! Veuillez m’excuser.

- Quelque chose de grave, Maître?

- Ne t’inquiète pas, Meryem. Tout se passera

bien, répondit-il avec gravité, avant de se précipiter

vers l’observatoire, à la suite de l'apprenti.

- Que s’est-il passé ensuite, Feola ?

- D'après ce que nous savons, Maître Esklaroth a

livré bataille et est parvenu à enfermer Melena à l’inté-

rieur du rubis qui ornait sa couronne.

- Et qu’est-il devenu ?

- Esklaroth l’a remis à une personne de grande

confiance, avec le morceau de parchemin que Melena

tenait fermement. Par prudence, l'identité de ce mes-

sager est demeurée secrète. Depuis, il refuse d’en par-

ler.

- Et les Anges ? Que sont-ils devenus après l’em- prisonnement de Melena ?

- Les quelques vieux grimoires qui ont pu être

sauvés des divers désastres qui s'en sont suivis ra-

content que lors du combat ultime, un immense feu

jailli des entrailles de la terre s’abattit sur le Grand

Monde. Les Anges sous l'emprise des Ténèbres furent

épargnés...

- Et pour les autres ?

- Tandis que la bataille faisait rage sur les

plaines de Lythuste et que bon nombre d'entre eux

luttaient pour la survie de leur espèce, des colonnes de

lave s'élevèrent jusqu'au ciel, obscurci par de sombres

nuages, avant de retomber sur eux, parmi les roches

brûlantes et les nuages de soufre. Tant que possible,

ils se protégèrent de leurs ailes, qui se décomposèrent

partiellement en une fraction de secondes, les rendant

aussi noires que le charbon, et aussi frêles et cassantes

que de la terre désertique.

- C'est terrible.

- Oui, et malgré la succession des saisons depuis lors, leurs ailes conservent la trace de ce châtiment.

- Encore maintenant ? s'étonna Meryem.

- Hélas, oui. Les Anges aux ailes blanches que tu

croiseras sur le Grand Monde sont les descendants de

ceux qui ont jadis trahi les convictions de leur peuple.

- Mais leurs enfants n’y peuvent rien ! Ils ne de-

vraient pas avoir à porter un tel fardeau !

- C’est pourquoi il existe un rituel qui consiste à

asperger les ailes d’un liquide sacré, lors d'une céré-

monie qui se déroule au fond du cratère de Gasner-

gonth. Cependant, cela reste difficile à mettre en

place, car de nombreuses anciennes coutumes restent

bien ancrées, refusant toute modification de leur es-

sence.

- Pour quelle raison ?

- Beaucoup de scribes furent pourchassés et

massacrés par l'armée de Melena. Les Anges refusent

que ce souvenir, aussi douloureux soit-il, tombe dans

l'oubli. D'autant plus qu'il reste très peu de manuscrits

de l'époque, détruits lors des importants incendies qui ont ravagé les royaumes à l'époque. Pour tenter de

perpétuer la mémoire de ceux tombés au combat, ils

entreprirent la constructions de statues, telles que

celles que tu peux voir devant toi, dressées de part et

d’autre de l’ultime sphère.

- Mais… pour ce qui est de cet endroit ? S’agit-il

uniquement d'un observatoire ? Il n’occupe pourtant

qu’une partie du lieu. À quoi se destine le reste de l'es-

pace protégé par cette muraille ?

- On appelle cette terre sacrée « l’arbre aux

fioles magiques », car elle reprend l'essence même des

quatre éléments : l’
Eau
, représentée par ces cascades

et ce chemin liquide qui encercle l’observatoire ; la

Terre
, avec les sentiers sur lesquels nous progressons ;

l’
Air
, qui entoure les deux temples, avec les statues de

l’ange et du démon ; et enfin le Feu
, qui suit le par-

cours des dômes. Évidemment, chaque élément pos-

sède sa ou ses couleurs symboliques : le bleu pour

l’
Eau
, le brun pour la
Terre
, le vert pour l’
Air
et, pour

ce qui est du
Feu
, le jaune, l’orange et le rouge.

- Pourquoi trois couleurs pour le
Feu
et non une

seule ?

- Car celui-ci s’intensifie au fond de chacun de

nous. Sa couleur évolue avec le temps et devient plus

vive, plus flamboyante. Il finit par devenir blanc. À ce

stade, nous ne parlons plus du feu de la vie, mais bien

du feu sacré, ce qui explique également la forme étoi- lée d’une partie de la dernière sphère.

- Pourquoi une étoile ?

- Car elle est pareille au soleil. La Lumière, dans

toute sa splendeur, est entourée d’une lune d’eau qui

s’écoule des murailles en un ruisseau coulant le long

de la falaise, pour aller se jeter directement dans la

mer.

Feola et Meryem (subjuguée par le savoir qui lui

était transmis par sa guide) poursuivirent leur visite,

entrecoupée de nombreux arrêts durant lesquels la

jeune fée raconta les légendes qui avaient fait avancer

le Grand Monde. Autour d’elles, la vie se poursuivait

sans fausses notes. Les établis, dressés le long du sen-

tier principal, exhibaient leurs plus belles marchan-

dises sur des présentoirs en marbre et en pierre d’une

blancheur de neige. Quelques Lutins, sourire aux

lèvres, observaient avec plénitude les fleurs qui s’en-

roulaient autour de la colonnade entourant la cour

principale et les dômes fleuris.

Près de la lourde porte semi-sphérique de la mu- raille de pierre claire, ornée de deux Anges sculptés

brandissant une coupe, quatre joueuses de flûte en-

tonnaient un hymne mélancolique, d’une splendeur

divine. Meryem leva les yeux et vit une multitude d’oi-

seaux blancs s’envoler en piaillant.

Le jour commençait à décliner sur le Grand

Monde, et déjà quelques bougies s’allumaient à l’inté-

rieur des dômes et le long des sentiers. Meryem savait

qu'il lui restait beaucoup à apprendre mais, à cet ins-

tant, elle sut que cela en vaudrait la peine.
Chapitre II
Quartiers des prêtressesCette nuit-là, les rêves de Damenndyn furent aussi

sombres que les plus obscurs recoins de la Forêt Mau-

dite. Dans son esprit, la petite voix s’était de nouveau

mise à résonner, telle une mélodie indéfinie, mysté-

rieuse et qui sans cesse la rappelait à de lointains hori-

zons.

« Concentre-toi sur ma voix. Le temps est venu. Tu

dois retrouver la pierre pour le sacrifice… »

La jeune fille se réveilla en sursaut, le cœur battant

à tout rompre. La gorge totalement sèche, elle saisit le

verre d’eau à demi rempli posé sur la table de nuit et le

but d’une traite.

Le jour s’était levé. Avec lui, les nuages et la pluie

n'avaient cessé de croître. Elle glissa les jambes hors

de la couverture, souleva le bout de ses cheveux trem-

pés de sueur, et se dirigea machinalement vers la coif-

feuse surmontée d’un miroir terminé en son sommet

par un triangle vert qui occupait la partie droite de sa

modeste chambre. À moitié endormie, elle se laissa

choir sur le banc disposé juste devant, s’empara d’une brosse ronde et – sans même y prêter attention – se

mit à démêler sa chevelure d’une main lasse. Perdue

dans ses pensées, elle fixait son reflet, lorsqu’on frap-

pa discrètement et que Lawrens entrebâilla la porte.

- Damenndyn?

- Oui ? ajouta cette dernière sans grande conviction.

- Déjà réveillée ? Il est à peine sept heures. Ça ne

va pas ? s’inquiéta-t-elle en rejoignant son amie.

- Si, si, tout va bien. J’ai juste fait un drôle de

rêve. Rien de plus.

- Si tu le dis… Tu viens avec moi ?

- Où ça ?

- Nous laver, quelle question ! Il paraît que les

prêtresses ont reçu de nouveaux parfums et des soins

du corps, ce matin. En provenance directe du royaume

Souverain, s'émoustilla la jeune fille en sautillant sur

place.

- Et alors ?

- Attends. Regarde ce que je t’amène.

Sans attendre, elle se faufila dans le couloir et re- vint avec un coffret de bois sous le bras.

- Qu’est-ce que c’est ?

- À ton avis ? Du parfum et des soins ! Quelle

bête question.

- Tu leur as volé ? Mais, tu es malade ? chuchota

Damenndyn en ouvrant de grands yeux.

- Que veux-tu... Nous sommes des jeunes filles à

la peau délicate. Il est important que nous prenions

soin de nous, ironisa Lawrens.

Damenndyn sourit, tandis que la jeune fille lui ten-

dait un pot rempli d’une crème rose très odorante.

- Tu en veux ?

- Non merci, déclina-t-elle en faisant la moue,

rebutée par la senteur de cette dernière, bien trop pré-

sente à son goût.

La jeune fille se détourna et continua à se coiffer.

Lawrens lui posa alors délicatement les mains sur les

épaules, par derrière.

« Ne sois pas gênée devant moi. Après tout, nous

sommes pareilles, toutes les deux... » Damenndyn fronça les sourcils et se dégagea, sur-

prise par l’attitude de son amie d’enfance.

- Te sens-tu bien, Lawrens?

- Parfaitement bien… Pourquoi me poses-tu

cette question ?

- Je ne sais pas. Probablement parce que j'igno-

rais ton intérêt pour les filles.

- Pourquoi passer à côté de nouvelles expé-

riences ?

Lawrens s’approcha de Damenndyn, le regard sub-

mergé d’envie. La jeune femme recula, apeurée.

- Je ne peux pas t’aider pour ce genre de choses,

Lawrens. Je suis désolée.

- Il ne faut pas l'être, Damenndyn. Je tenais

seulement à être sincère avec toi. Rien de plus.

- C’est très... généreux de ta part, balbutia Da-

menndyn, très mal à l'aise.

- Je ne sais pas si j'ai déjà eu l'occasion de te le

dire, mais il m’arrive souvent de rêver de nous la nuit.

Lawrens se caressa délicatement les cheveux puis, lentement, fit glisser ses doigts de la commissure de

ses lèvres jusqu'à sa poitrine, tandis que son regard

langoureux ne cessait de parcourir Damenndyn de la

tête aux pieds.

45

- Lawrens, tu n’es pas dans ton état normal. Tu

me fais peur.

- Je t’assure que je vais bien. Je me sens même

beaucoup mieux depuis quelques jours. Un peu

comme si je voyais la vie différemment. Avec un re-

gard plus sombre, certes, mais avec un plus grand dé-

sir d’expériences. Comprends-tu ce que je veux dire ?

Devant l'instance de son amie, Damenndyn courut

prendre une statuette de terre cuite entreposée dans le

fond de sa garde-robe. Lawrens approchait en titu-

bant, comme envoûtée. Une fois à proximité et avec

violence inouïe, elle saisit Damenndyn par les cheveux

pour l’attirer à elle. La jeune femme se retourna alors

et l’assomma d'un franc coup sur le côté de la tête.

« Je suis vraiment désolée, Lawrens. Tu ne m’as pas laissé le choix. »

Avec précaution, elle l'attrapa sous les aisselles et

la fit glisser pour la coucher sur le lit, avant d'observer

sur sa joue droite l'hématome violacé laissé sur sa

joue. La peau gonflée laissait apparaître les veines, qui

ressortaient étonnamment fort.

Après quelques secondes, Damenndyn se dirigea

vers le coin de sa chambre pour tremper un linge dans

un peu d’eau fraîche, avant de venir le placer sur le

front de Lawrens, qui reprit peu à peu conscience.

- Damenndyn ? C’est toi ?

- Oui.

- Qu’est-ce que je fais ici ?

- Tu ne te souviens de rien ?

- Vaguement. J’ai tellement honte de ce que j’ai

fait. Je m'excuse, Damenndyn.

- Ne t'inquiète pas pour ça. Je voudrais juste

comprendre ce qui t’a poussé à agir de la sorte.

- Je suis vraiment désolée, répéta la jeune fille,

larmoyante. - N’en parlons plus, veux-tu ? Allons plutôt nous

préparer.

Il était à peine sept heures vingt et dans le couloir,

seuls quelques élèves se baladaient. Les deux amies

regardèrent alentour, examinant – comme à leur habi-

tude – les arbres qui bordaient les hautes fenêtres lu-

mineuses, ainsi que les colonnes du cloître, massives

et sculptées de multiples représentations d’oiseaux, de

sirènes et de monstres divers. Pieds nus et perdue

dans ses pensées, Damenndyn ne prêtait aucune at-

tention à ce qui se passait devant elle, jusqu'à aperce-

voir une prêtresse presser le pas dans leur direction.

- Mesdemoiselles, que faites-vous ici ? les inter-

pella-t-elle méchamment.

- Nous allons nous laver, prêtresse. Comme

chaque matin, rétorqua Lawrens, fébrile.

De son côté, Damenndyn demeura sans voix.

Contrairement à son habitude, la prêtresse Yolande

portait une capuche largement avancée sur le front.

Ses lèvres, quant à elles, étaient couvertes d’une ombre violacée, aussi marquée que si elle venait de

manger une importante quantité de baies.

Pour couper court à cette rencontre insolite, les

jeunes filles la saluèrent et entreprirent de poursuivre

leur chemin. Malheureusement, si Lawrens ne tarda

pas à disparaître à toute allure, la prêtresse Yolande

retint Damenndyn d'une main ferme sur le poignet.

- Un instant, jeune fille. Quel est votre prénom ?

- Damenndyn, prêtresse, répondit-elle calme-

ment en inclinant la tête en signe de respect.

La prêtresse la toisa de la tête aux pieds, en fron-

çant légèrement les sourcils.

- Damenndyn, dis-tu ?

- Oui, prêtresse.

- Puis-je savoir pourquoi vous ne tenez pas

compte des changements instaurés dans l’organisation

de cet orphelinat ?

- Pouvez-vous m’en dire davantage, s’il vous

plaît ? Il va de soi que je ne voudrais pas enfreindre le

règlement de notre bel établissement, mentit-elle aus- sitôt. Mais j'avoue que ma mémoire me joue des tours

depuis quelques temps.

- Ne jouez pas à ce jeu avec moi, Mademoiselle !

s'emporta la responsable. Cela pourrait vous coûter

cher !

- …

- Pour ce qui est du règlement…, poursuivit-elle

avec froideur, retenez surtout que le lever se fera dé-

sormais à dix-neuf heures.

- Dix-neuf heures ?

Damenndyn écarquilla les yeux, abasourdie par ce

qu’elle venait d’entendre. Mais, prêtresse... la nuit est

tombée à cette heure !

- Ne m’interrompez pas ! gronda la prêtresse.

- Veuillez m’excuser, concéda la jeune fille en

baissant la tête.

Le règlement interne de l’orphelinat stipulait que

les pensionnaires ne devaient jamais interrompre une

prêtresse, quelle qu’elle soit ou quoi qu’elle ait pu dire,

car ces dernières avaient jadis été bénies dans les eaux du Palais de Cristal et étaient devenues – dès ce jour

heureux et jusqu’au dernier jour de leur existence –

les dignes représentantes des prêtresses ayant apporté

harmonie et bonheur aux peuples du Grand Monde.

Lorsque la vague meurtrière de Melena avait frappé

les terres, ces dernières avaient levé une armée sacrée,

constituée en grande partie de magiciennes chastes et

pures vivant recluses dans les temples ancestraux,

mais également de quelques Amazones venues en pè-

lerinage à Lythuste. Aidées de guerriers et menées

d'une main de maître par un magicien doté d'une

puissance extraordinaire, elles avaient affronté l’un

des plus puissants bataillon de Melena et lui avaient

fait poser genou à terre.

Cependant, dépourvue de toute la noblesse de ces

origines quasi célestes, la prêtresse Yolande demeurait

austère, froide et hautaine envers Damenndyn, qui

n’osait la regarder dans les yeux.

- Vers vingt heures, poursuivit-elle, une pre-

mière célébration aura lieu, suivie des premières heures d’instruction divine. À minuit, un second ras-

semblement sera organisé dans le verger. Vous devrez

porter la robe que l’on vous attribuera et garder le si-

lence le plus complet.

- Mais…

- Que vous ai-je dit à l’instant ? S'offusqua Yo-

lande en haussant le ton. Vous poursuivrez ensuite par

quelques heures de méditation et de recueillement et

achèverez la journée par une dernière cérémonie, dans

la salle de prières.

- Mais, qu'en est-il des cours ?

- Ils ont été supprimés. La prêtresse mère a jugé

qu’il était temps de vous initier à autre chose. De

beaucoup plus intéressant, cela va de soi.

Ses yeux luisaient dans l’obscurité, tandis qu’elle

se frottait les mains l’une contre l’autre. Dans son dos,

une petite fiole se balançait à une cordelette attachée à

l'extrémité de sa capuche et semblait contenir un li-

quide noirâtre, indéfinissable. L’œil rivé sur la petite

bouteille, qu'elle apercevait de temps à autre, Da- menndyn recula d’un pas, méfiante.

- À présent, retournez dans votre chambre. Il est

interdit de se promener dans les couloirs à cette

heure. Tous les élèves surpris en plein jour hors de

leur dortoir encourront de lourdes sanctions.

- Qu'il soit fait selon vos désirs, prêtresse.

Damenndyn fit la révérence et courut vers sa

chambre, avec la sensation désagréable d’être obser-

vée à la dérobée.

« Que leur arrive-t-il ? Sont-ils tous devenus fous ?

Et cette obscurité qui n’en finit plus… La neige et

l’orage durent depuis plusieurs jours et n'ont de cesse

de s'intensifier. Comment est-ce possible à cette pé-

riode de l'année ? Quelque chose ne tourne pas rond

ici. Je ne sais pas encore quoi, mais je trouverai. »

Durant de longues heures, assise sur le bord de son

lit, elle tenta de trouver une quelconque explication à

ces questions, les morceaux de la statuette de terre

cuite jonchant toujours le sol à ses pieds.

Finalement, elle se leva, décidée. « Je ne resterai pas les bras croisés en attendant

que la situation se dégrade davantage. Il faut que je

découvre ce qui cloche chez les prêtresses. »

Après s’être emparée du grimoire, elle sortit de la

chambre sur la pointe des pieds. Aucun élève ne circu-

lait dans les couloirs. Refermant précautionneuse-

ment la porte derrière elle, Damenndyn repensa à la

discussion échangée avec la prêtresse Yolande, tout en

se dirigeant vers le rez-de-chaussée.

« Je me demande si c’était vraiment sérieux, cette

histoire de changement de règlement ? »

Une fois parvenue dans le hall d'entrée, elle se diri-

gea vers la droite et poussa la lourde porte menant au

verger, où une explosion de couleurs la ravit. De part

et d'autre d'un sentier de terre tendre, des fruits mûrs

agrémentaient de leurs chaudes teintes les arbres, tan-

dis qu'une eau limpide se déversait dans les vasques

d'une dizaine de fontaines disposées ça et là devant

elle. Damenndyn se fraya un chemin parmi les bran-

chages couverts d’une fine pellicule de neige, les écar- tant de temps à autre du revers de la main pour se fau-

filer jusqu’à une parcelle de terre visiblement plus

sèche.

Soudain, surgissant de derrière un oranger, un

murmure lui parvint.

- Damenndyn, je suis ici !

- Daïron ?

- Viens. Ici, aucun risque de se faire repérer.

La jeune femme s'approcha lentement, avant de

s'introduire dans une sorte de niche creusée dans le

sol.

- Comment as-tu découvert cet endroit, Daïron ?

Honnêtement, si tu ne m’avais pas appelée, je ne t’au-

rais jamais trouvé.

- C’est une longue histoire.

- Et qu’est-ce que tu fais ici ?

- Je viens ici pour éviter les rassemblements di-

vins. Pourquoi cette question ?

- Parce que je connaissais également cet endroit,

mais je ne t’y ai jamais vu auparavant. Au fait... es-tu au courant pour le nouveau règlement ?

La jeune fille acquiesça.

- Je ne comprends juste pas pourquoi nous faire

vivre la nuit.

- Sincèrement, Damenndyn, vois-tu une réelle

différence entre le jour et la nuit pour le moment ? De-

puis quelques jours, l’obscurité est omniprésente.

- Je suis bien d'accord sur ce point, soupira-t-

elle finalement.

Daïron se releva et passa la tête par-dessus la butte

qui les cachait.

- Que fais-tu ? Tu vas nous faire repérer.

- Que tu crois ! J’ai vu la vieille Firine tout à

l’heure. Elle ne m’a même pas aperçu, alors que je suis

passé à quelques pas d’elle.

- Tu as de la chance !

- Pourquoi ?

- Je me suis faite coincer par Yolande, qui m’a

renvoyée dans ma chambre comme si je m'étais ren-

due coupable d'un vol. - Elle a toujours été étrange et fait preuve d’un

caractère de Troll capricieux. Tu as pu sortir de ta

chambre, toi au moins ! Moi, j’ai dû passer par la fe-

nêtre pour venir jusqu’ici. Les prêtresses sont venues

très tôt ce matin pour fermer nos portes à clef.

- Tu veux rire ? Mais pour quelle raison ?

- Aucune idée. Et c'est pareil pour les nouveaux

horaires nocturnes...

- Je n’ai pas encore d'explication, Daïron, mais

j’ai bien l’intention de trouver ce qui se trame ici.

- Très bien. Comment veux-tu que l’on s’y

prenne ?

- On ?

- Exactement, Damenndyn. Je ne vais pas te

laisser te débrouiller seule dans une situation pareille.

Cela serait de la pure folie.

- Aurais-tu peur qu'il m'arrive quelque chose,

Daïron ? sourit-elle en inclinant la tête sur le côté.

- Très bien, allons-y ! coupa court le jeune

homme en rougissant, avant de sortir de la cachette. Damenndyn le suivit, tenant le bord de sa longue jupe

entre les doigts de sa main gauche.

- Au fait, Daïron. En sais-tu plus au sujet des

élèves disparus ?

- Malheureusement, non. Et cela devient très in-

quiétant.

- Et la prêtresse Julia ? Cela fait un moment que

je ne la vois plus.

- Lors de notre traversée de la forêt vers le

Fleuve de la Tolérance, nous nous sommes échappés

et sommes revenus ici aussi rapidement que possible.

Elle est restée avec une grande partie du groupe. Elle

avait un agissement vraiment étrange, limite ef-

frayant.

- Étrange, en effet... songea la jeune fille, le re-

gard perdu dans le vide devant elle.

- Bon. Par où commençons-nous ?

- J'aimerais aller faire un tour du côté de la salle

de prières, voir un peu ce qui s’y passe.

- Je te suis.