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Dans la mémoire de l'autre

De
256 pages
Des jeunes femmes sont retrouvées étranglées à Saint-Tropez. Hubert Wax, policier et amateur de jolies femmes, identifie dans ces victimes de récentes conquêtes. Mieux : ces jeunes femmes ont été assassinées le soir-même où Wax leur tenait compagnie. Lui seul est au courant de ces coïncidences mais ne se souvient de rien. Est-il le tueur, criminel amnésique ? Est-il victime d'un manipulateur ? La dernière victime est la fille du ministre de l'Intérieur. Le commissaire Théo Payardelle est dépêché sur place...
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JeanMichel Lecocq Dans la mémoire de l’autre Polar
Dans la mémoire de l’autre
18/01/15 6:11:32
Dans la mémoire de l’autre
Jean-Michel Lecocq Dans la mémoire de l’autre Polar
Du même auteur aux éditions L’Harmattan
Le secret des Toscans, 2009. Le Christ jaune, 2010. 24, 2012. Portrait-robot, 2013. Rejoins la meute, 2014.
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05483-4 EAN : 9782343054834
À mes fidèles lecteurs et à ceux qui les rallieront…
Environs de Draguignan, le 16 juin 2010,  PREVENTION DES RISQUES MAJEURS, ainsi s’intitulait le dossier dont était chargé le capitaine Mollier, officier de liaison auprès de la sous-préfecture de Draguignan. Une mission vaste avec, en arrière-plan, de lourdes responsabilités, mais dont l’officier détaché du service départemental d’incendie et de secours du Var s’acquittait avec un plaisir qu’il n’aurait rétrocédé à personne tant la tâche était exaltante et valorisante. Il passait le plus clair de son temps à piloter les actions de prévention et de formation supposées permettre aux services de secours de faire face avec succès à tous les périls majeurs susceptibles de menacer la population de la Dracénie. Cela allait du risque industriel au tremblement de terre, en passant par les feux de forêt qui constituaient traditionnellement le fléau principal d’une région parmi les plus boisées de France. En cas de catastrophe, c’est lui qui devait assurer la lourde tâche de coordonner, en liaison avec la sous-préfète, l’organisation des secours.  A l’approche d’un été qu’on annonçait caniculaire, Bertrand Mollier se sentait serein. Il sortait de plusieurs mois d’un travail acharné, fait de réunions, de formations et d’exercices d’alerte en tous genres. Tout avait été planifié, prévu et testé. Rien ne pouvait se produire qui n’appelât une réponse adaptée, immédiate et opérationnelle. Tous les risques avaient été répertoriés, depuis l’explosion de l’entrepôt de carburant de Sainte-Roseline jusqu’à un séisme surgi au cœur de l’Estérel, en passant par le traditionnel incendie embrasant le massif des Maures, sous les rafales d’un violent Mistral. Tout avait été prévu. Tout, sauf une seule chose qui survint le 15 juin, en fin de journée.  Des pluies diluviennes s’étaient abattues sur la région depuis la veille. La visibilité était réduite à son strict minimum et les cours d’eau avaient vu leur débit s’accroître dans des proportions inquiétantes. Rien que de très normal en cette saison où les orages pouvaient revêtir une extrême violence. Rien qui puisse véritablement inquiéter une population habituée à ce genre de phénomène. Les rivières se gonfleraient, des caves seraient inondées et il faudrait venir en aide à quelques sinistrés comme cela avait été le cas de loin en loin au fil des années passées. Rien qui soit de nature à mobiliser des
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moyens exceptionnels et à décréter l’état d’alerte, sinon prévenir les populations, faire évacuer les établissements scolaires les plus exposés et mettre en place un dispositif d’assistance dans les endroits stratégiques. Le Var était fréquemment sujet aux fortes pluies et aux inondations. Il suffisait de se tenir sur ses gardes et d’attendre que les cours d’eau se dégonflent aussi vite qu’ils avaient enflé.  Bertrand Mollier avait rejoint la cellule de commandement au sein de la sous-préfecture. Il se préparait à coordonner les services de secours auxquels il avait ordonné de prendre position aux endroits connus comme les plus sensibles en cas de montée des eaux. C’était l’affaire de quelques heures et le capitaine Mollier se sentait prêt à affronter sereinement cet épisode semblable à bien d’autres qu’il avait déjà traversés dans son passé de responsable des sapeurs-pompiers du Var. Sa cellule de commandement se composait de sous-officiers rompus à ce type de situation et capables, au prix de quelques échanges téléphoniques, de déclencher les procédures prévues. Le calme régnait dans la petite salle où chacun restait rivé aux écrans de contrôle, les écouteurs sur les oreilles et le téléphone satellitaire à portée de main.  Tout le monde pensait être prêt jusqu’à l’instant où la nouvelle était tombée : un verrou artificiel, formé sur la rivière Nartuby, avait cédé, libérant sur l’amont des millions de tonnes d’eau. Soudain, la cellule de veille s’était transformée en cellule de crise. La sous-préfète, appelée en urgence, avait regagné la salle où officiait Mollier et dans laquelle la fébrilité avait pris le pas sur le calme qui y régnait quelques instants auparavant. La progression de la vague géante était suivie, minute par minute. Elle dévalait de la montagne, comparable à un tsunami, et menaçait la ville de Draguignan.  Il n’avait fallu qu’une poignée de secondes et quelques explications des équipes postées dans les gorges de Châteaudouble pour faire prendre conscience au capitaine Mollier de l’ampleur du désastre qui se préparait. Personne ne pouvait plus rien contre ce cataclysme imprévu et imparable, ni la compétence des hommes postés sur le terrain, ni le matériel mobilisé aux quatre coins de la Dracénie. La destruction et la mort étaient en route. En quelques instants, la lame gigantesque avait tout ravagé sur son passage, inondant les villes situées sur son chemin, dévastant les immeubles, soulevant comme des fétus de paille les voitures et les camions, promenant dans les artères de la ville des arbres arrachés et des objets divers, détruisant les ouvrages d’art, anéantissant les cultures, creusant par endroit un
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nouveau lit à la Nartuby, broyant les vies comme les objets et ne laissant derrière elle qu’un champ de ruines et de morts.  Bertrand Mollier n’avait pas dormi de toute la nuit, survolant le secteur au milieu d’une nuée d’hélicoptères qui hélitreuillaient les survivants réfugiés sur le toit de leur maison ou sur tout édifice encore émergé. Dans la fureur de la tempête qui couvrait le vacarme des moteurs, se jouait un curieux ballet dont Mollier était, bien malgré lui, le chorégraphe, au milieu des éclairs qui zébraient la nuit, sous les rafales de vent et de pluie. Puis, sur le matin, alors que le jour naissant dissipait la noirceur de la nuit et que la tempête se calmait enfin, le capitaine Mollier avait entrepris un nouveau survol de la région, pour constater le spectacle de désolation qui s’offrait aux regards. En ce lendemain de drame, l’heure n’était plus à la prévention mais à la réparation des dégâts causés par ce drame sans précédent. Tout n’était que ruines. L’urgence était de porter assistance aux milliers de sinistrés et de se lancer à la recherche des dizaines de disparus. Alors qu’il posait le pied au sol, son mobile sonna. C’était le major Müller du peloton de gendarmerie de Draguignan qui l’appelait.  - Je crois que vous devriez venir, capitaine. Nous avons fait une découverte macabre et particulièrement dramatique.  - Où êtes-vous ?  - Entre Trans-en-Provence et La Motte. Le secteur est sécurisé. Mes hommes vous guideront. Ils vous attendront à la sortie de Trans sur la RD 47.  Quand Mollier parvint à la sortie du village, il aperçut leRenault Traficla gendarmerie qui barrait la route. Deux motards de l’accompagnaient. Un brigadier le salua et lui proposa de le suivre sur quelques dizaines de mètres qu’ils parcoururent à pied. Müller l’attendait en bas du talus.  - Je vous préviens, ça n’est pas beau à voir !  Un amas de débris de toutes sortes était venu s’agglutiner sur la berge, dans un fatras de branchages arrachés aux arbres sur le passage de la vague en furie. Au milieu de cet amoncellement d’objets dévastés, Mollier crut identifier des planches qui ressemblaient à s’y méprendre à des morceaux de cercueils. Müller lisait l’effarement sur le visage du pompier.  - Vous ne vous trompez pas. Ce sont bien des cercueils et, si vous regardez d’un peu plus près, vous allez apercevoir des ossements et même des cadavres qui ont dû être inhumés, les uns depuis longtemps et certains depuis peu.
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