De l'autre côté du mur, 2

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131 pages
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Description


Isaac est physicien, Azra auteur. Ils ont toujours formé un front uni contre l’adversité, mais une terrible nouvelle s’abat sur leur couple et brise leur rêve d’un avenir heureux. Isaac est persuadé de résoudre le problème avec sa création ; Azra, en pleine fuite de la réalité, se cache derrière ses mots. Inévitablement, leurs chemins se séparent peu à peu.
Jusqu’au jour où Isaac comprend que leur tragédie n’est que le reflet de celle qui déchire la société entière, partagée entre artistes et scientifiques depuis la découverte de deux énergies à la puissance incroyable. Fermement décidé à sauver tous ceux qui ont encore une chance, il place tous ses espoirs dans le chantier d’un nouveau monde : une institution où une poignée d’hommes et de femmes pourront, main dans la main, apprivoiser et maîtriser ces énergies avant de revenir vers les autres pour transmettre leur enseignement.
Voilà l’immense projet d’un homme qui consigne ses notes pour un monde meilleur pour les générations à venir. Pour sa descendance, qu’il n’aura peut-être jamais...



Découvrez la suite attendue de "De l'autre côté du mur" qui dévoile les origines du monde de Sibel et Aslan.


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EAN13 9791090627918
Langue Français

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Agnès Marot
De l’autre côté du Mur Les Origines Editions du Chat Noir
À tous les sourires, les instants de partage, et à toutes les mains tendues
2202janvier. Cette fois, c’est mon tour. Je dois abandonner ce journal et m’en aller. Je laisse aux générations futures cette société con struite pour la paix qui n’a pas su s’adapter àes,la nature humaine. Nous avons réprimé trop de chos nous avons trop voulu aller contre la marche du monde. Nous avons tout gâché. Art et Science ne peuvent pa s vivre séparés. Hommes et femmes ont besoin de contacts pour se con struire et être heureux. Les parents doivent savoir qui sont leurs enfants p our connaître la félicité de la postérité. En supprimant la violence et la peine, nous avons a ussi tue´ la tendresse, l’amour et les joies simples de la liberté. Si quelqu’un tombe sur ce journal, je lui souhaite d’être de ceux qui vont sortir, si jamais ce but est atteint un jour. Si ce n’est pas le cas, je lui offre un petit cadeau d’adieu. Au-delà̀des murs, la vie n’est pas si terrible.
Première partie
L’Étoile a pleuré rose
1
Retour vers le futur 2189 – avril Azra avait raison : je ne pourrai jamais me rendre dans le futur. La technologie dont je dispose n’est pas assez évoluée , les paradoxes temporels sont insolvables. Mes rêves de vieilles DeLorean et de voitures volantes demeureront rêves à jamais. Mais je ne renonce pas pour autant. Je veux savoir ce que l’avenir nous réserve, et je le saurai. Je n’ai pas besoin d’être sur place pour jouer les observateurs : il me suffit de regarder de loin, sans modifier le futur. Mes doigts restent suspendus au-dessus du clavier t andis que mes pensées dérivent vers de nouvelles théories, oublia nt de les noter pour la postérité. Écrire n’a jamais été mon truc, mais c’e st important de laisser une trace aux générations futures. Ce journal sera peut-être le seul témoin de mes avancées. Peut-être que dans cent ans, dans mille a ns, quelqu’un tombera sur ce fichier et découvrira que je l’ai observé à son insu. Du moins, si j’arrive à faire fonctionner cette fou tue machine. Je laisse échapper un soupir de frustration avant de reprendre : Les théories de l’intrication quantique nous permettent déjà de faire bouger simultanément des particules distinctes éloignées d ans l’espace ; il ne me reste plus qu’à trouver un moyen de les éloigner dans le temps. Si je peux envoyer une projection de mon esprit à une date donnée, il reproduira exactement, et simultanément, ce que je ferai dans le présent ; je pourrai donc observer à ma guise, tout en restant invisible pour les êtres hum ains du futur. Il faudrait un réceptacle pour… Une main se pose sur mon épaule, me fait sursauter. La voix douce d’Azra murmure à mon oreille : « Le repas est prêt. Tu viens manger ? J’ai presque fini. Dépêche-toi. Le risotto froid, c’est un vrai gâchis ! » J’acquiesce distraitement, la laisse repartir penda nt que je réfléchis. Comment écrire simplement l’avancée de mes recherch es sans perdre trop de temps sur mon travail ? Je ne suis pas un de ces sa vants qui rêvent à un projet fou, mais ne font rien pour le réaliser : je veux des résultats, du concret. « Mon chéri ? » Je soupire. Azra est toujours si impatiente. Elle n e comprend pas l’importance que ces découvertes ont pour moi, pour nous. Pour elle, c’est facile : elle passe son temps à écrire des livres de fiction, il lui suffit d’inventer ce qu’elle veut pour en faire sa réalité. Ses personna ges sont ses enfants, et elle s’en contente tant bien que mal. Pas moi.
Moi, j’ai besoin de savoir si nous finirons par avo ir de vrais enfants malgré ce qu’ont dit les médecins. J’ai besoin de voir le monde dans lequel ils vivront pour leur préparer le meilleur avenir possible, un avenir où le chaos et les doutes ne seraient plus que des vieilles notions disparues depuis longtemps. Je veux savoir si les souffrances que nous traversons finiront par apporter une paix durable, si les hommes vivront enfin en harmon ie quand nous aurons réglé les problèmes qui nous déchirent. Le dîner peut bien attendre quand on construit un monde meilleur, non ? Il faudrait un réceptacle pour que mon esprit puiss e enregistrer les pensées et… « Ça refroidit ! » Sérieusement. Comment avancer dans ces conditions ? Agacé, j’éteins mon écran et rejoins la salle à manger d’un pas vif, dé terminé à retourner travailler au plus vite. Azra a presque fini son assiette, ell e fronce les sourcils en percevant ma colère. « Ça va, je finissais juste… » Ma voix meurt entre mes lèvres quand je pose les ye ux sur la table. Azra a sorti nos plus beaux couverts, ceux de notre mariag e. Il y a des verres à pied remplis de vin blanc, des petits napperons en dente lle et deux chandelles qui complètent l’éclairage tamisé de l’halogène. Les assiettes sont remplies d’une belle part de ris otto au poulet, mon plat préféré, accompagné d’une salade fraîche et d’un fe uilleté au chèvre. Ma colère fond instantanément, remplacée par un sourire doux. « Quand as-tu trouvé le temps de faire tout ça ? Tu ne devais pas finir ton roman ? L’éditrice attendra. Tu me manques. Et rien de tel qu’un bon repas pour soudoyer ton mari, hein ? » Elle sourit de cet air taquin qui me fait toujours craquer, et je l’embrasse avec tendresse avant de m’asseoir. Elle me connaît si bien. « Tu travailles beaucoup, ces temps-ci », dit-elle avec douceur. Derrière son air compréhensif, j’entends les reproc hes qu’elle garde pour elle.Ça ne sert à rien de travailler autant si on passe à côté de sa vie. Parfois, j’ai l’impression que ton invention compte plus que moi. Je soupire intérieurement, me force à oublier les équations qui s’assemblent en permanence dans mes pensées. Elle n’a pas tort. Mes recherches tournent parfois à l’obsession au point que j’en oublie ce qui compte réellement. Et quand je lève les yeux sur son visage aux traits délicats , son nez un peu trop petit moucheté de minuscules taches de rousseur, ses joue s aux pommettes rebondies éclairées par la chaude lueur des bougies , j’en suis plus convaincu que jamais : c’est pour elle que je fais tout ça. Pour nous. « Excuse-moi, ma douce. » J’utilise rarement ce surnom : il est un peu mièvre, mais c’est le premier que je lui ai donné quand nous venions de nous rencontr er, alors que nous étions encore des ados. Chaque fois qu’elle l’entend, elle se souvient de ce qu’il
représente, elle comprend que je la regarde vraimen t. « Je vais essayer de passer plus de temps avec toi. Ce soir ? » Je grimace. « Je dois préparer la réunion de demain… Tant pis, soupire-t-elle. Je finirai mon chapitre. Mais demain soir, tu seras rien qu’à moi ! » Elle lève le menton bien haut avec des yeux pétilla nts, comme toujours quand elle me fait comprendre que je n’ai pas mon m ot à dire. Je ris, charmé par ce petit bout de femme qui ne se laisse pas mar cher sur les pieds. Ma femme. Je finis mon risotto en écoutant distraitement son babil incessant, émerveillé de voir ses yeux briller quand elle raconte les hor reurs qu’elle a fait subir à ses personnages. Mais, au fond de son regard, je perçoi s une pointe d’amertume. Cette tristesse qui grandit en elle depuis que les médecins ont déclaré qu’elle n’aurait peut-être pas d’autre chance d’être mère. Elle essaie de le cacher, veut se convaincre que tout va bien tant que nous sommes ensemble. Bien sûr, je la connais trop pour me laisser duper. Mes pensées dérivent vers la machine qui m’attend à l’atelier, la seule à pouvoir nous apporter des réponses. Je fronce les s ourcils, m’efforce de me concentrer sur son sourire tendre, mais elle aussi est distraite. Inconsciemment, ses bras se crispent autour de son ventre. Mon cœur se serre de la voir si démunie, elle qui s’est toujour s battue comme une lionne quand un problème survenait. Elle tremble un peu, incapable de faire semblant plus longtemps, tandis que son regard absent brille de larmes contenues. Effaçant mes derniers remords, je remets mes recher ches à demain et je la prends dans mes bras, enfouissant mon visage dans s es cheveux au parfum fruité. Je la serre longuement contre moi, sans un mot, jusqu’à ce que ses tremblements diminuent et qu’elle trouve la force d e plonger son regard dans le mien. Le sourire que nous partageons est plus sincère que jamais.
2
Impressions soleil levant Leïla s’effondra. Cette fois, elle ne pourrait pas se relever. Un long sanglot déchira sa gorge quand elle comprit qu’elle ne rejoindrait jamais l’homme qu’elle aimait. Les bras et les jambes en sang d’avoir cour u à travers les ronces, les vêtements déchirés, elle se mit sur le dos en hurlant. Impuissante. Je prends une profonde inspiration pour calmer les battements affolés de mon cœur, incapable de poursuivre mon récit. Les mo ts résonnent dans mon esprit, se répondent, s’entrechoquent pour former d es phrases vides de sens. Impuissante. Voilà ce que je lis dans le regard d’Isaac quand il pose les yeux sur moi. Voilà comment je me sens chaque fois qu’il s’enferm e dans son atelier, persuadé de pouvoir résoudre nos problèmes tandis q ue je me contente de le regarder faire. Comme Leïla, je me bats pour avance r, je cherche un passage jusqu’à lui ; mais il s’éloigne, encore et toujours , file entre mes doigts comme le sable s’échappe du sablier.Impuissante. J’aimerais réussir à profiter de nos moments de ten dresse sans me sentir coupable d’avoir tout gâché, j’aimerais que sa prés ence suffise à me combler comme elle l’a fait pendant si longtemps, jusqu’à c e jour fatidique où l’enfant que je n’avais jamais eu est soudain devenu indispensable à mon bonheur. Mais je ne peux pas. Ce récit, ce roman, c’est tout ce qu’il me reste pour qu’on se souvienne de moi, pour qu’une part de ma v ie subsiste après ma mort. Tout ce qu’il me reste pour lutter. Isaac est persu adé que je m’en sers pour échapper à la réalité. Il ne peut pas comprendre à quel point l’écriture est parfois exigeante ; à quel point je dois puiser dans ma sou ffrance pour décrire celle de Leïla.Impuissante. Épuisée, je referme l’écran de mon ordinateur porta ble et m’affale sur le canapé du salon. Une pointe de culpabilité me trans perce à la vue de la porte de l’atelier, où Isaac travaille d’arrache-pied, mais je la chasse aussitôt. S’il veut se noyer dans ses recherches pour fuir le présent, grand bien lui fasse. Moi, j’ai besoin de vivre pour nourrir mes romans. J’ai besoin de survivre. J’allume la télévision et laisse mon esprit vagabonder tandis que les images défilent devant mes yeux. Je n’écoute pas : je me c ontente de m’immerger dans cette explosion de couleurs, de placer mes personna ges dans une forêt sombre aperçue au détour d’un zapping, d’absorber la débau che d’énergie qui m’agresse depuis l’écran accroché au mur. Je reste bloquée un long moment sur un jeu télévisé au concept assez similaire au Scrabble, que mes arrière-grands-paren ts aimaient tant même si c’était déjà vieux jeu à leur époque ; ce sont eux qui m’ont donné le goût des choses du passé, ces souvenirs anodins qui nous tra nsportent dans un autre temps. Quand le Scrabble a été inventé, par exemple , les ordinateurs existaient