150 pages
Français

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Dentelle et Ruban d'argent, Tome 2

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Description

Hanna se réveille dans un corps vide, ne contenant plus que le coeur de Wendy, et apprend à vivre avec ce nouvel organe qui semble vouloir lui jouer quelques tours...


La guerre éclate. William n’a d’autre choix que de s’engager et quitter son havre de paix. Il laisse derrière lui sa sœur retrouvée, le cœur à nouveau déchiré entre son devoir et son amour.



Embarquant à bord du mystérieux train de For Willbrook, Hanna est confrontée à un monde étrange, absurde et pourtant magique. Ce monde s'imposera à elle, mais les choix qu'elle devra y faire lui seront bénéfiques et la prépareront à affronter les événements futurs et son tragique destin...

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Nombre de lectures 10
EAN13 9791096960200
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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© Les Éditions Livresque, pour la présente édition – 2018 © Thibault Benett, Designer graphiste pour la couverture © Jonathan Laroppe, Suivi éditorial ISBN : 979-10-96960-20-0 Tous droits réservés pour tous pays Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur. »
Nous gardons toujours quelques précieux souvenirs de notre enfance. Aussi insignifiants puissent-ils paraître sur l’instant, ils finissent avec les années par se changer en de merveilleuses caresses, effleurant délicatement notre âme quand elle en a le plus besoin. Alors, au sein des jours de sombre désespoir, pousse dans le terreau de notre cœur la minuscule graine de l’espérance. Hanna n’a jamais oublié que, lorsqu’elle perdait une dent, il lui suffisait de la cacher sous son oreiller puis de formuler un vœu…et au petit matin, comme par enchantement, la quenotte avait disparu. À la place du petit éclat d’ivoire, elle trouvait immanquablement une jolie pièce de monnaie. Une nuit cependant, portée par la curiosité qu’entretient tout enfant de rencontrer la fée des dents, Hanna avait surpris William qui s’emparait de son trésor. Son désarroi avait été immense. Pourtant elle ne cessa de croire, et bien plus que la plupar t de ses semblables, que chaque vœu pouvait se réaliser. Elle transmit cette étonnante façon de penser à son aîné. Ainsi, à travers tant d’espoir et de volonté provo qués bien malgré lui par le magicien, Hanna Alison Turner devint, des années plus tard, ce fruit inesp éré que produit l’arbre mourant, le miracle improbable qui naît et croît sur une terre aride et primitive. À l’abri des jardins printaniers de For Willbrook poussait désormais l’essence la plus divine : celle de la vie. Le désir de William pour Hanna avait réveillé l’inattendu. Et c’est avec ell e, en ce jour de renaissance, que s’éveillait majestueusement sur les rails de Stand Guard le Grand View Express. Il revint à la vie au rythme chantant que lui procurait un cœur. Un cœur qui battait à nouveau, comme si c’était la première fois… À l’abri des regards, derrière les lourds rideaux pourpres, le destin observait la magie de For Willbrook éclore en dépit de ses efforts pour l’anéantir. Guidée par la ferveur d’un élan passionnel, la petite ville brisa son dôme de glace. Sa chape, blanche et veloutée, s’enflamma, faisant disparaître l’enchantement jusqu’aux derniers sommets enneigés. Sous le ciel de la citadelle, une étoile était née pour la seconde fois. Désormais, Hanna portait en elle la promesse d’un cœur éternel, scellée par un ruban d’argent que retenait une fragile dentelle immaculée.
Entre parfum printanier, ombre d’ébène et soleil d ’or, se nichait au pied des montagnes de For Willbrook un terrible secret…désormais orné d’une d iscrète dentelle et d’un précieux ruban d’argent. L’aurore d’une saison chaude posait son regard lumineux sur la renaissance du printemps. De ses doigts étincelants, le renouveau aux divines couleu rs caressa l’hiver infini, l’exilant peu à peu. Les fenêtres s’entrebâillèrent, les portes grincèrent et tous, curieux, purent contempler le spectacle, éblouis par tant d’éclat. Le froid avait retenu si longtemps prisonniers la merveilleuse citadelle de For Willbrook et ses habitants… À présent, chacun s emblait revivre, à l’instar d’un cœur qui s’éveillait en secret. À travers toutes les ouvertures de la ville se rép andit la luxuriance du printemps, avant d’aller illuminer de sa splendeur le cercueil de verre où gisait une princesse endormie, et d’en détourner le regard de William. Alors que la chaleur faisait fondre les dernières neiges éternelles, l’écrin se craque la subitement puis s’effrita… jusqu’à se changer en une poudre cristalline qui aussitôt s’éleva autour d’Hanna en un gracile rideau d’argent. La tisseuse de rêve aux paupières toujours closes reposait là, sans encore dévoiler au monde la moindre altération. En un battement de cils, le voile de cristaux infimes s’envola avec élégance et traversa le plafo nd, espérant se perdre dans l’immensité de l’univers. Une chaude brise le guida vers la nue, o ù les particules scintillantes virevoltèrent un instant avant de se fixer, telle une chevelure incandescente, dans l’astre naissant. Aux yeux de tous, la voûte céleste apparut alors dans toute sa magnifice nce, parsemée en plein jour d’une myriade d’étoiles filantes. Et, tandis que partout dans la petite ville on s’émerveillait du retour de la magie, le cœur qu’Hanna portait en elle s’anima d’un premier battement sourd, miraculeuse pulsation qui réchauffa son doux visage de cire jusqu’à illuminer enfin son regard. Au même instant, sans laisser aux hôtes de la citadelle le loisir de s’étonner davantage de la féerie astrale, une lune d’argent s’interposa devant l’astre de feu et plongea For Willbrook dans la nuit d’une mystérieuse éclipse. Chaque âme innocente que l’hiver avait endormie depuis si longtemps se changea en un diamant pur et, comme ornée d’une inégalable parure, la cité tout entière brilla de mille feux dans son écrin d’obscurité. Chatoyante, elle semblait sertie d’une multitude de pierres précieuses. Sous la chair soyeuse de la belle éveillée, l’inestimable bijou recelant deux amours insensés fut peu à peu animé de soubresauts réguliers… lentement tou t d’abord, pour ne surprendre qu’elle, puis s’accélérant de la manière la plus naturelle qui so it. De son vivant, la douce Hanna aurait pu sans peine reconnaître chaque battement désordonné et br uyant que son cœur émettait. Aussi, en cet instant d’éveil et malgré son si long sommeil, ress entit-elle avec une intense acuité que les palpitations de son bel instrument étaient différentes, dorénavant plus rythmées et immuables que le balancier d’une horloge. Chacun de ces nouveaux battements semblait mesurer le fils du temps d’une façon bien étrange… Ce son harmonieux fit alors danser follement ses paupières d’albâtre. Et en une fraction de seconde, elle comprit qu’elle n’avait jamais rien espéré plus fort que de revenir à la vie. Bien que l’existence d’Hanna n’ait pas toujours été jalonnée d’instants merveilleux, la mort venait de lui faire bien malgré elle un don extraordinaire : celui de la lumière. Elle offrait à sa destinée un sens porteur d’espoir, qui jamais ne pourrait être anéanti.
Sertis dans l’écrin de satin et de soie d’un visage angélique, deux yeux clos à jamais s’étaient ouverts brusquement sur un regard troublé. Disparues, la terrifiante chape de plomb et la nuit d’encre… Envolé, le sombre désespoir ! Hanna Alison Turner, l’enfant chérie de For Willbrook, contemplait désormais avec effarement le plafond immaculé de sa chambre. Tout n’était que lu mière et couleurs autour d’elle. Vives. Exquises. Elle ne discernait toutefois pas encore c haque détail de la pièce, éblouie par cette étonnante clarté. À l’extérieur, la furtive lune d’argent avait plongé sous l’horizon dès le tout premier clignement des paupières miraculeuses, laissant le soleil renaître dans toute sa splendeur. Haut dans les cieux insondables de For Willbrook, le glorieux astre de feu, retenant toujours en une merveilleuse chevelure les cristaux du cercueil, scintillait plu s fort que toutes les comètes de l’univers réunies. Les filaments irisés de mille couleurs de sa traîne arc-en-ciel se reflétèrent durant quelques secondes dans la chambre d’Hanna, tentés d’y revenir tels d’infimes aimants irrémédiablement attirés par leur champ magnétique. Tout d’abord enveloppés d’une brume diaphane, les contours et les formes se dessinèrent lentement sous les yeux de la jeune femme avec plus de finesse encore qu’auparavant, comme renaissant à leur tour dans son univers proche. Seule la tulipe orgueilleuse qui avait veillé sur son sommeil de mort, la douce auréole de ses pétales abandonnée autour d’elle, ne s’était point réveillée. Se détournant du spectacle qui s’invitait dans le ciel de For Willbrook, le regard du tendre magicien vint se poser sur le cercueil de son aimée. Sous le choc, William recula précipitamment vers la fenêtre grande ouverte en découvrant le coffre de verre envolé et sa jeune sœur éveillée. Très pâle, il contempla avec anxiété la miraculée qui n’avait pas encore discerné sa présence. Quelques secondes… puis l’ouïe lui revint elle aussi. Hanna fut à nouveau capable de percevoir les sons environnants et capta alors celui de pas hésitants qui approchaient de sa couche. Dans un léger courant d’air, l’effluve de William lui parvint brusquement. De ses fines mains de porcelaine gantées d’argent, elle agita tout d’abord une phalange… avant de tourner son doux visage vers l’ombre qui grandissait. Et soudain, tout ralentit. Les bruits cessèrent. L es mille couleurs s’estompèrent. Les odeurs s’évaporèrent… Il était là, et plus rien d’autre ne comptait ! Hanna ne voyait plus que William qui avançait lentement vers sa couche. Chacune de ses foulées semblait durer une éternité, marquée parfois d’interminables temps d’arrêt. Elle refusait de le quitter des yeux afin de chasser toute trace de peur de son esprit renaissant, se focalisant sur son regard chargé d’adoration. Il reflétait cette étonnante lu mière qui, depuis toujours, gravitait autour d’eux. Celle d’un amour pur et unique. Hanna se redressa doucement sur les draps de satin. Elle porta une main délicate à son cœur ; et s’étendit sur ses lèvres un tendre sourire. William ne pouvait y croire… Désormais, comme une valse enivrante, les battements qui virevoltaient dans la poitrine de sa sœur lui parvenaient avec force. En observant la grâce de chacun de ses gestes, William James Turner sembla découvrir pour la première fois celle qui emplissait, et emplirait à jamais, son univers d’un soleil éternel. — Hanna ? L’intonation du jeune homme était douce, et chacun de ses mots était modulé avec la plus grande tendresse. Hanna, sans cesser de le dévisager, s’était levée. Elle n’arrivait pas à lui répondre tant elle était subjuguée par les accents veloutés de sa voix et submergée par le bonheur irrationnel de le retrouver. Il lui avait tellement manqué dans l’abîme de douleur et de désespoir qu’elle venait de traverser. — Hanna… De son côté, William, émerveillé par l’impensable miracle qu’était le réveil de son âme, en tomba à genoux et, de ses bras tremblants, enserra ses hanches frêles en pleurant. La raison du magicien se consumait. Dans un incont rôlable incendie, l’euphorie dévastait sa poitrine. Libéré de la glace implacable qui, la veille encore, retenait son cœur prisonnier, il sentait peu à peu tout son être se réchauffer, jusqu’à le faire trembler d’une fièvre ardente. À l’unisson de
celle d’Hanna, la vie à nouveau frémissait en lui. La tendre jeune femme, inquiète de l’entendre sangloter, s’agenouilla à son tour et effleura d’une main d’albâtre la joue brûlante de son bien-aimé. E lle déposa un long baiser sur ses lèvres mi-closes. William ferma alors ses paupières, sous lesquelles ne cessaient d’éclore les larmes d’un amour déchirant. Hanna récolta de ses doigts fins chaque perle salée en une infime caresse. Ce geste, pourtant si doux, lui fut une bien étrange torture. Il n’en éprouva d’abord aucun bien-être ; avait-il peur de s’abandonner tout à fait à son bonheur ? Il pensa soudaineté en proie à un merveilleux song e dont il s’interdisait de connaître la fin. Cependant, de la paume délicate que lui offrait sa cadette émanait une chaleur qui n’avait rien d’irréel. Assez intense pour que cette tendre effervescence fasse enfin céder le barrage de sa raison. Durant un instant, l’étonnement envahit le regard du jeune magicien avant que toute la portée de ce miracle ne le frappe brutalement. Il ne s’aperçut qu’à cette seconde que sa délicieuse Hanna venait de glisser une main dans la sienne et qu’une douce pression – bien concrète – s’exerçait autour de ses doigts. Il réagit avec ferveur à ce contact étrange mais exquis et comprit alors qu’il ne s’agissait pas d’un rêve. Hanna était de retour… Et elle serait désormais tout ce qui lui importerait. — Hanna ? Mon âme ? Oh, me pardonnerez-vous un jou r… J’ai commis tant de fautes, et mon impétuosité vous a menée dans la tombe. Sa cadette fronça les sourcils… En effet, son espr it pouvait remonter aussi loin qu’elle le lui demandait et nulle raison ne lui semblait justifier le désespoir de son aîné. Ses souvenirs étaient restés intacts jusqu’à sa plus tendre enfance. Seul celui de sa mort s’estompait rapidement, lui donnant l’impression qu’un épais voile anthracite, plus sombre encore que la tristesse qu’elle avait endurée, recouvrait sa mémoire. — Ne vous chagrinez plus, mon bien-aimé, murmura-t -elle en frôlant ses larmes brûlantes. J’ai aujourd’hui l’intime conviction que vous et moi avo ns gagné, par tant de souffrances, le droit de vivre de nouveau, comme une seconde chance… Nous av ons éprouvé bien trop de sentiments interdits et succombé à un amour défendu…Pour cela, vous et moi avons été sévèrement punis. Oh ! William, si nous pouvons tous deux oublier cette passion déraisonnable et l’éloigner de nous à tout jamais, notre vie sera si belle ! Le jeune homme ouvrit brusquement les yeux. Il en négligea même les sages paroles qu’il avait exprimées quelques jours plus tôt, dévasté par bien trop de regrets. — Ce que vous me demandez là m’est impossible, mon âme ! Il n’existe qu’une seule et unique raison à votre présence auprès de moi ! Et elle est l’expression de ma plus grande folie… Nous appartenons l’un à l’autre. Vous êtes la preuve irr éfutable que l’amour qui nous unit est pur et indestructible. Un amour plus fort que tout puisqu’il a défié la Mort pour vous ramener à moi. Et vous, vous me suppliez de l’ignorer à tout jamais ? s’insurgea-t-il avec véhémence. Eh bien, sachez qu’il me reste encore assez de courage pour supporter les plus douloureux sacrifices, mais vous ne pourrez m’obliger à faire taire mon cœur. Si tel est votre désir, je garderai cet amour en moi pour nous deux… Pourtant, vous avez là une façon bien cr uelle d’accueillir ce que vous nommez une seconde chance et celui qui l’initia… car voilà que vous le rejetez loin de vous ! — Comment osez-vous donc me parler ainsi, alors qu e je reviens tout juste à la vie ? Si vous m’aimiez avec tant d’ardeur, vous ne verriez aucun inconvénient à accéder à ma requête. Imposez le silence à votre flamme, et en retour, je saurai contenir la mienne pour que jamais plus nous n’ayons à souffrir de la sorte. L’obstination peu délicate av ec laquelle vous me rendez responsable d’un sentiment que je ne veux désormais plus écouter me blesse terriblement… Votre conduite est inacceptable, et c’est bien plus que je n’en peux endurer en cet instant ! Aussi, ayez la complaisance de vous éloigner de moi, mon frère. Sur ces tragiques paroles, Hanna congédia William sans la moindre douceur, cachant au plus profond de son âme l’infinie tristesse d’un cœur brisé. Le magicien en fut tout d’abord irrité, agacé, et sa colère se reporta sur le vase de la petite ta ble de chevet qui se fracassa au contact du sol lorsqu’il l’y projeta avec violence. Cognant ensuite de son poing de fer sur la porte, il quitta la pièce dans un état de pure furie. Ainsi ne remarqua-t-il pas le visage de sa tisseuse de rêve qui se couvrait de douloureuses larmes de givre. Consciente de son erreur et des risques encourus s’il les apercevait, elle se releva très vite et s’approcha du miroir pour les faire disparaître dans la soie de son mouchoir. Elle vit alors étinceler dans la glace les rayons d u soleil ardent, qui semblaient l’orner d’une incroyable parure de diamants. Cette vision irréelle chassa aussitôt sa profonde détresse et rendit à la