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Dernier amour

De
264 pages
Cette histoire, il faudrait en somme l'écrire à rebours ; dire ce qui ne fut point accompli. Toutes les idées, sensations, souvenirs à son propos ne sont peut-être que la synthèse de ces heures perdues. Dans quelle mesure cette vie, ces dernières amours ou cette simple histoire approchent-elles au plus près de la réalité ?
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Danièle SASTRE
Roman
Dernier amour
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN :978-2-343-12793-4EAN :9782343127934
Danièle SASTREDernier amour Roman
Le malheur de vivre se transmue peu à peu en joie d’écrire. Cette histoire tragique, ainsi distanciée, en devient une histoire drôle. Serge Doubrovski
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1 – Tête baissée Ne pas écrire quand on a quelque chose à dire. Surtout pas... Mais alors, quand écrire ? Quand on se tient loin de tout, peut-être,observant... Lorsqu'on se trouve absorbé par les choses et par ses propres complications (de ces choses...). Quand on sait - quand on sent - que l'on est passé déjà « de l'autre côté ». Alors, oui, peut-être, il est temps d'écrire... Si je me risque à évoquer (sans plaisir) mes aventures (quelles aventures ?), je me sens en même temps comme quelqu'un qui serait tombé dans une sorte d'exagération et ne pourrait plus s'en sortir. Qui se sent mal à l'aise ensuite, aurait mal à la bouche d'avoir trop parlé avec quelqu'un qui n'en vaut pas la peine. Cela m'est arrivé récemment, en plus... Je sais très bien de quoi ça retourne. Avec cette personne, c'était comme un gros boulet qu’il me fallait inexplicablement traîner, même s'il gardait, bien enfouie sous plusieurs couches, une part de mystère que pas même lui ne soupçonnait. Je restais là, hostile malgré moi, examinant sa main, son cou, son profil pendant qu'il me parlait tout en conduisant. Je n'y étais pas. Mais alors pas du tout. J'attendais que ça vienne. Mais non. Rien. Le détaillant sous toutes ses coutures, le découpant par « pièces », comme on dit chez le boucher, au lieu de le prendre dans son entier, je voyais bien que seule mon observation m'intéressait - pas lui. Un organe-obstacle en quelque sorte, où l'organe prévaut sur l'obstacle, et que l'on n'arrive pas à dépasser.
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Examinant par exemple sa main sur le volant, puis sur ma cuisse, venue se poser de temps en temps, mais (au début) sans intention particulière, et tout en parlant, sa main qui m'attirait, qui me repoussait, dont je tentais d'analyser les possibilités de contact érotiques en quelques secondes (c'est important les mains, dans le domaine...), j'essayais de percevoir si en moi le rejet allait prendre ou non le dessus sur l'attraction, et si cette main j'allais l'accepter (« un jour », pas forcément celui-ci) ou non... Jamais. Toutes ces pensées divagantes m'éloignaient radicalement de lui et de la situation apparemment très particulière quoique par certains côtés banals dans laquelle nous nous trouvions ensemble, et je ne pouvais m'empêcher une fois avoir fait le tour des non-pensées liées à lui (assez rapidement épuisées, il faut dire), de m'en aller dans ma tête en des directions tout opposées au sujet (à « notre » sujet) et où il était plutôt question de mon travail, ma maison, des choses à y faire, une lessive en rentrant, un carnet égaré le matin à retrouver (ah oui, très important, NB), remettre la main dessus, mais bon sang ! où pouvait-il bien être, j'étais sûre de l'avoir mis en un endroit évident - logique -, une émission de télé à regarder le soir... bref, une distraction, légère, mais infernale, s'emparait de moi, m'entraînant loin, bien loin de lui... qui de son côté me parlait d'un truc vague, à propos duquel, si j'essayais un peu de me concentrer, je finissais par comprendre qu'il s'agissait... d'amour. Ah oui, c'est bien ça ! Il veut, je pense, me parler d'amour. Je le vois, ne vois même que ça, à travers la brume de ses regards flous. Cela, oui, était sensible, plus que par ses mots, à ses regards qu'il me lançait par moments, ainsi que par l'attitude de tout son corps où à la fois on eut dit (et il semblait) être « à son affaire », comme agité cependant presque imperceptiblement, et tout en même temps se retenant de l'être. Tout cela, oui, je le voyais nettement. Quand il tournait une seconde vers moi la tête, tout en conduisant, son regard semblait reculer, comme s'il s'était
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brûlé. Ou qu'un grand danger le guettait, contre lequel -c'était déjà trop tard - il ne pouvait plus rien. Qu'y faire ? Que pouvais-je y faire ? Quedevais-je faire ? À quoi s'attendait-on, de ma part, au juste ?... C'est comme si je ne savais plus. J'avais oublié. Je ne savais plus ce qu'il faut faire dans ce genre de situation... Et je ne voyais qu'une seule issue : fuir. Je me dis que j’allais sortir. Respirer l’air frais. Raté. Enfin si, frais il l’était, et même glacial, plusieurs degrés en dessous de zéro… mais une pollution intense, associée. Enfin, je me levai quand même. Rues de la ville, polluées ou pas, il me fallait marcher, voir des gens. Je fis quelques pas jusqu’à la porte. Et me voici sur le trottoir. Tout s’était arrêté. Plus rien. Tout redevenait un mur sale. Des murs sales partout. Le chaos. Est-ce que je n’avais pas minimisé l’ampleur sur moi de cette histoire, jusqu’à son agonie ? Étais-je bien sûre qu’après cet instant presque solennel où les évènements avaient pris leur élan avant de se précipiter, il n’y aurait pas de nouveau un bourdonnement, la reprise de l’essaim, comme une nouvelle inondation mentale, une avalanche qui surgit au cœur de l’hiver (ses mails me faisaient cet effet-là, en effet), une armée de la bêtise en marche ?... Mais non, il y avait bien eu un coup décisif, une poussée dans la direction voulue. J’étais cette fois, semble-t-il, libérée. Aucune déception. Assez peu d'affaissement pour mon être désappointé. Pas la moindre amertume. Bon débarras. Qui peut savoir ce qu’un autre a dans la tête… Voilà ce à quoi je pensais, avec la plus grande force, la plus intime profondeur - mais sans la moindre pensée. Condensation, comme de la buée sur la vitre, flou épais des paroles, ainsi qu'elles le feraient tombant sur une tapisserie sale… ou descendues en dégoulinant, du plafond. Je note des faits. Ceux-ci et non pas d’autres.
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