//img.uscri.be/pth/66a65a41d2ed63717f563ed2c2eecc3a48051d37
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Descente aux enfers (Chroniques célestes – Livre III)

De
198 pages
Forcée d’intégrer l’armée céleste dès son retour au Palais et privée du soutien d’Abrahel, Eleanor commence à se demander si elle sera vraiment capable de vaincre les Abysses.
Il lui faudra descendre au cœur des Enfers pour arracher à la terre la seule faiblesse de Lucifer. Une faiblesse qu’il a pris grand soin d’enfouir au plus profond de sa crypte pour la soustraire aux yeux du monde.
Mais s’il existait un démon plus puissant et plus terrible encore que Lucifer ? Et si ce démon était capable de tout détruire en un claquement de doigts ?
Alors, ils seraient tous perdus.
Après « Les clés du paradis » et « La chute de l’ange », découvrez le troisième tome de la saga « Chroniques célestes ».
Voir plus Voir moins
Descente aux enfers
Chroniques célestesLivre III
Marie-Sophie Kesteman
© Éditions Hélène Jacob, 2017. CollectionFantastique. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-546-1
Je ne comprends pas pourquoi on ferait un travail de deuil : on ne se console pas de la mort de quelquun quon aime. Michel Houellebecq
Prologue
Il faut que je sorte. Chers amis, chères amies, commença Gabriel d’un ton solennel, nous sommes tous réunis ce soir pour rendre un dernier hommage à Abrahel. Il a offert sa vie pour protéger celle qui nous sauvera tous. Par sa mort,c’est notre peupletout entierqu’il a protégé.Gloire, répondit en chœur l’assistance. Les anges de la cour s’étaient rassemblés dans la salle du trône qui avait été agrémentée pour l’occasion de colossales gerbes de fleurs. Les lys et les orchidées exhalaient un parfum lourd. Cette fragrance sirupeuse, Eleanor ne la supportait plus. Elle se retrouvait projetée des cycles solaires plus tôt, dans une église à la nef étriquée, au pied d’un cercueil en chêne blanc qu’elle désirait oublier. On l’abandonnait à nouveau.Mais aujourd’hui, elle était adulte et elle ressentait cette ignominieuse douleur à l’apogée de sa puissance. D’élégants candélabres éclaboussaient le sol d’une lumière tremblotante et projetaient des ombrestristes sur le visage fermé d’Oonel. Eleanorsi fort les poings sur ses genoux serrait que ses jointures étaient livides. La plupart des anges présents avaient répondu à l’invitationlancée par leur roi et leur prince par obligation. Rares étaient ceux venus honorer la mémoire de celuiqu’ils n’avaient jamais apprécié. Abrahel avait un certain mépris pour l’étiquette,se souvintl’archange.Il était l’un des seuls à ne pas m’encenser de ces pompeuses formules destinées à la royauté et à m’exprimer ses désaccords. Et ils étaient nombreux.Il était…surprenant. Il passa un doigt sur le bord du pupitre enchêne et jeta un regard au fronton de l’assistance où attendaient Oonel et Eleanor. Je l’ai admiré pour sa force de caractère et son sang-froid, mais jene l’ai jamais intimement connu.C’est pourquoi je laisserai dès à présent la parole à ses plus proches amis. Saint Pierre quitta son siège à l’extrémité de la première rangée. À la droite du vieil ange, Hisolda et Oonel avaient les yeux baissés. La chamane avait appris la funeste nouvelle de Gabriel en personne, quelques jours auparavant, et elle était arrivée au Palais le matin même de la cérémonie.Eleanor n’avait pas encore eu l’occasion de la saluer et,à dire vrai, elle n’en
4
avait aucune envie. Elle se sentait coupable de la mort de l’angelot et redoutaitdaffronter Hisolda. Le regard nébuleux, la chamane ne prêtait pas la moindre attention à ce qui se passait autour delle ; elle se trouvait à des lieues de la salle du trône. Saint Pierre s’avança sur l’estrade avec raideur.Sa bonne humeur usuelle l’avait quitté à l’instantmême où ses yeux sétaient posés sur Eleanor et Oonel. Il avait cherché Abrahel du regard avant de demander où était son imbécile dassistant. Lorsque le Seigneur lui avait appris linévitable, le vieil ange ne l’avait pas cru. Il avait ri. Puis son visage s’était fermé.Derrière le pupitre, saint Pierreprit la parole d’une voix chargée de chagrin.Il sembla soudain à Eleanorqu’il était trèsâgé et très las. Les rides, dessinées sur sa peau par les éternités, paraissaient plus creusées que jamais. La lueur chancelante des bougies conférait à son discours un voile solennel presque intolérable.Les premiers mots de l’ange surprirenttant Eleanor et Oonelqu’ils redressèrentbrusquement la tête. Abrahel était un apprenti exécrable. Le pire qu’on puisse avoir!Il n’obéissait jamais aux directives, il n’écoutaitpas les conseils, il disparaissait sans un mot et il semblait toujours dans un autre monde. Quand je me fâchais contre lui, il levait les yeux au ciel. Il était taciturne, revanchard, provocateur, manipulateur et nonchalant. Une vraie tête de mule ! Le murmure qui se répandit dans la salle s’agrémenta d’odieux lazzi. Cependant, reprit le vieux saint d’un ton sec, c’était ungarçon entier qui, contrairement aux jeunes anges daujourdhui, accomplissait son devoir avec honneur. Il méprisait ceux qui brisaient leurs promesses et ne rechignait jamais sur les efforts à fournir pour respecter les siennes. Sa disparition creuse une plaie exceptionnellement douloureuse au fond de mon cœur. Abrahel laisse, à mes côtés, un vide qui demeurera éternel (il pointa un doigt accusateur sur lassistance), car aucun de vous ici présent n’aura jamaisl’étoffe pour le remplacer. Et sans ajouter un mot de plus, saint Pierre regagna sa place. Hisolda avait refusé de prononcer un discours.Personne ne s’en était formalisé. Après tout, elle avait considéré Abrahel comme son fils. Sur lestrade, Oonel déplia son parchemin sur le pupitre. Eleanor retint son souffle alors quil fixait son texte dun air absent. Ses yeux vert feuille, dordinaire si lumineux, semblaient presque gris et son sempiternel sourire avait disparu.Lorsque sa voix s’élevaenfin dans la salle, toute lassemblée frémit. Quand j’étais petit, j’étais rejeté par les garçons de mon âge parce que j’étais trop différent. Je passais mon temps, caché derrière les arbres, à les regarder jouer ou alors, je restais avec les angelines. Eleanor percevait la détresse dumaître d’harmonies comme i c’était la sienne.
5
Aujourd’hui, Oonel était plus vulnérable que jamais. Dans la salle, quelqu’un toussa.Quand j’avais quelques dizaines d’années, les sentinellesont ramené un sylvestres gamin, continua-t-il. Je les ai observés traîner ce gosse le long des ponts jusque devant la Sensei.Il s’est débattu comme un sauvagetout le trajet. durant C’était d’ailleurs àça quil ressemblait : à un sauvage. Son visage était noir de crasse, il avait les cheveux poisseux et son short déchiré était couvert de boue. Il était maigre à faire peur. Oonel eut un sourire sans joie. Ce qui m’avait surtout fasciné,à l’époque,était la fermeté du regard qu’il lançait aux sentinelles tandis quelles le traînaient à travers la ville. Il se débattait sans faiblir un instant. J’avais l’impression que ce gamin ne ressentait pas la moindreonce de crainte. Pour moi qui avais toujours été effrayé par tout, cétait sidérant. (Il marqua une pause)Oui… Je pensais qu’il n’avait peur de rien.Mais je m’étais trompétoute la ligne  sur ! Parce que, dès que les sentinelles détournaient les yeux, son regard se métamorphosait et ses yeux brillaient des larmes qu’il se forçait à ravaler. Il était terrorisé. Ce jour-là,j’aidécouvert en lui ce qu’était véritablement le courage. Oonel se tut un moment. Il posa ses mains de part et dautre du pupitre et sy appuya de tout son poids. Ses épaules étaient agitées par des sanglots silencieux. Un murmure désapprobateur se répandit dans la foule. Eleanor se leva et lerejoignit sur l’estrade. Elle prit sa main dans la sienne et la serra. Le sylve inspira avec mesure, puis poursuivit. D’une certaine manière, je trouvais que cet enfant-là me ressemblait. Je pressentais qu’il pouvait devenir mon ami. Alors, quand la Sensei a demandé qui accepteraitde s’occuper de lui, je me suis proposé.On nous a enfermés à double tour dans une hutte pour que je l’aide à se laver et à passer des vêtements propres. Il y avait des gardes postés à lentrée. Le gamin s’était tassé dans un coin de la cabane doù il me lançait des regards farouches. Dès que j’essayais de l’approcher, il brandissait ses poings comme des coutelas.J’ai parlé tout seul pendant une éternité en lui promettant qu’il n’avait rien à craindre de moi, que j’allais l’aider. Je lui ai même parlé de ma vie de solitude, mais ilrestait muet. Si bien que j’avais fini par croire qu’il l’était.Ce n’est quelorsquele soleil a rasé l’horizon ce soir-là qu’il a enfin prononcé ses premiers mots : « Abrahel. Mon nom, cest Abrahel ». Des ricanements s’élevèrent du fond de la salle et l’ange sylvestre y lança un regard réfrigérant. À Sylvius, il n’a pas eu la vie facile.Les sylves s’écartaientsur son chemin en lui jetant descoups d’œilscandalisés. Malgré les cycles solaires, il restait, pour eux,l’angelot orphelin qui avait survécu seul dans la forêt d’Angohrncontre nature »,, le « et il n’avait rien à faire
6
dans leur capitale. Il gardait pourtant un air fieret défiait du regard quiconque osait l’observer de travers. Il était comme moi : différent. Et nous sommes vite devenus inséparables. On dormait, jouait et se moquait des autres, ensemble. Nous étions les deux angelots les plus brillants de notre classe et les deux meilleurs épéistes, ce qui attisait encore un peu plus la jalousie des adolescents de notre âge.Mais nous n’en avions plus rien à faire.Nous n’étions plus seuls. Finalement,Abrahel m’a rapidement surpasséen tout.Nous étions d’un niveautrès différent.Et un jour, on l’a chassé…L’ange sylvestre passa une main tremblante dans ses cheveux blonds. Parce qu’il était devenu trop puissant et que les citoyens en avaient peur, la Senseil’a envoyé ici, au Grand Palais. Vous ne pouvez même pas imaginer la solitude dans laquelle son départm’a plongé. Pendant des dizaines de cycles solaires, je nai plus eu aucune nouvelle de
luiPuis un jour, Eleanor est arrivée à Sylvius pour quérir mon enseignement. Le sylve sortit son mouchoir de sa poche et se dégagea le nez bruyamment. Je sais que la plupart d’entre vous ne l’aimaient pas.Parce qu’il vous faisait peur, parce que vous le jalousiez, ou tout simplement parce qu’il avaitmauvais caractère.Et c’est vrai, il avait un caractère abominable. Il ne semblait se préoccuper que de lui, mais sachez qu’il s’est toujours soucié des autres. À sa manière.Il n’a jamais hésité à risquer l’impossible et à se mettre lui-même en danger pour aider quiconque en aurait eu besoin, serait-ce un parfait inconnu. Abrahel a été le meilleur ami que je puisse avoir. Gloire, murmura la foule,alors que l’ange sylvestre repliait son parchemin. Un certain malaise sétait abattu surl’assemblée. Oonel se tourna vers Eleanor qui se tenait toujours à ses côtés. Il posa la main sur ses cheveux châtains. Pour terminer, je voudrais te remercier. Le sourire du sylve se fana et il serra les mains de sa compagne entre les siennes. La lourde fragrance des fleurs pesait sur l’atmosphère et rendait Eleanor nauséeuse. Il ne te l’a sans doute jamais dit parce que l’effusion de sentiments, tu le sais presque mieux que moi, il détestait ça. Maistu étais très importante pour lui. Eleanor serra les mâchoires et essaya de penser à autre chose, mais, déjà, les larmes roulaient sur ses pommettes.Le visage d’Abrahel se matérialisa devant ses yeux de façon si précise qu’elle tressaillit.La douleur qui lui incendiait le ventre et le cœur était effroyable. Elle avait si mal quelle avait envie de hurler. Sa respiration était haletante. Elle sentait encoreles mains puissantes d’Oonel qui la maintenaient sur cette estrade, mais son âme tout entière tentait de prendre la fuite. À côté de l’estrade, Gabriel avait le regard brillant. Il inspirapar petits à-coups. La douleur de sa
7
protégée lui transperçait également le cœur.Le sylve serra les doigts de son amie encore plus fort. Lui aussi pleurait. Lui aussi ravalait les hurlements qui couvaient dans sa gorge. Lui aussi avait aimé Abrahel plus que tout. Je te remercie de l’avoir tant de fois surpris, reprit-il, au point de lui avoir ôté la parole. Ce qui chez lui était plutôt rare. Je te remercie de l’avoir fait rire.Je te remercie d’avoir su voir au-delà de son masque d’austérité et de lui avoir donné ta confiance et ton amitié sans compter.Je te remercie de ne pas t’être offusquée de ses réactions parfois étranges. Et surtout, je te remercie du plus profond de mon cœur (des larmes tombèrent sur sa chemise) de m’avoir permis de renouer avec lui avant la fin. Oonel serra une nouvelle fois les mainsd’Eleanoravant de l’abandonner sur l’estrade en s’essuyantle visage sur sa manche. La princesse fouilla dans ses poches à la recherche de son propre discours et après quelques instants d’un silence pesant, elle déplia, sur le pupitre, le parchemin dont les bords ne cessaient de se replier. Elle posa un regard surl’assistance. Tous les yeuxétaient braqués sur elle. Dans la foule d’anges, quelqu’un chuchota «C’est elle, la fiancée du monstre? » Elle serra les poings. Elle s’apprêtait à lâcher une remarque cinglante quandelle sentit une main sur son épaule. Gabriel posa deux doigts sur le parchemin qu’elle tentait dedérouler. Ne le fais pas parce que le protocole l’exige, dit-il à son oreille. Fais-le parce que tu en as envie. Eleanor fixa un instant le texte quelle avait rédigé dune écriture tremblotante. Les mots quil contenait auraient fait grimacer Abrahel. La respiration de la jeune fille était pénible et son cœur palpitait dangereusement dans sa poitrine.Abrahel. Abrahel. Abrahel.une Après hésitation, elle regagna sa place. Le seigneur Hüring épilogua un moment sur la première impression excessivement négative qu’il avait eue d’Abrahel à cause de son manque d’enthousiasme. Il raconta à l’assistance commentil avait refusé son travail à cinq reprises et commentl’angelotl’avait invité à se battre contrelui pour qu’il comprenne ce dontil avait besoin. Ah! s’exclama avec satisfaction le vieux nain.Je n’avais jamais vu pareille maîtrise! On aurait cru qu’il dansait tant ses mouvements étaient fluides, naturels, superbes! Croyez-moi si je vous dis que j’eus honte du travail que je lui avais présenté jusqu’alors. Je lui ai donc immédiatement forgé les meilleurs et les plus belles lames queje n’aie jamais forgées ! Sacrebleu! J’y ai passé! Si vous aviez vuun quart de lunaison, presque sans dormir l’expression de surprise qu’a affichée le gamin.Mon cœur a bien failli s’arrêter! Le seigneur nain soliloqua un moment encore sur la manière exemplaire dont Abrahel
8
prenait soin de ses lames, avant de se rasseoir. Larchange Michaël, quEleanor avait appris à apprécier, raconta à lassemblée les nombreuses tentatives de langelot pour séchapper du palais quand il était encore adolescent. Les anges rirent de bon cœur lorsqu’il leur expliqua comment il avait un jour volé les habits de saint Pierre pour se faufiler entre les grilles dargent des jardins avant. Lorsque Métatron eut plaisanté sur le fait quAbrahel exerçait une véritable attraction sur ses séraphins, les rendant parfois incontrôlables, Gabriel clôtura la cérémonie. Il y eut un lâcher de colombes blanches et Eleanor observa longuement les oiseaux qui s’envolaient à tire-d’aile vers le firmament. Le repas qui suivit la commémoration fut particulièrement éprouvant pour elle et Oonel, qui demeurèrent aux côtés du Seigneur, de Gabriel et de Métatron.Autour d’eux, les anges échangeaient des remarques acerbes concernant l’exécrableindividuqu’était Abrahel. Certains s’insurgeaientcontre la tenue dunetelle cérémonie en l’honneur d’un si sombre personnage. Hisolda avait quitté la salle avant le lâcher de colombes. Pour elle, qui pouvait entendre les ignobles pensées des anges présents, la séance devait avoir été un calvaire. La jeune humaine serrait les poings, se refusant à jeter le moindre regard aux sinistres personnages qui parlaient dans son dos. Ils ne méritaient même pas sa considération. Ils n’étaient rien. Gabriel posa une main sur le sommet de son crâne. Ce n’est pas enrestant ici à écouter les complaintes de tous ces imbéciles que vous honorerez la mémoire d’Abrahel. Métatron leur adressa un clin d’œil.Et soyons cohérents : il aurait détesté toutes ces singeries. Eleanorsavait qu’il avait raison.Abrahel. Les syllabes de son nom lui causaient une douleur sourde, comme si chacune des lettres se gravait au fer rouge sur son cœur. Des larmes de rage se perdant dans ses cheveux, elle emmena Oonel hors de la salle du trône. Un silence revigorant régnait dans les couloirs et ils coururent jusqu’à la grille d’argent où ils s’effondrèrent sur l’herbe, leurcœur battant àse rompre les côtes. Je les déteste! s’écria soudain Eleanor,alors qu’elle récupérait son souffle. L’ange sylvestre s’allongea sous les frondaisons, le regard perdu dans les ramures des bouleaux. Au-dessus deux, des oiseaux gazouillaient avec insouciance.Ils n’avaient aucune idée du drame qui hantait les vies des deux jeunes gens qui les écoutaient chanter. Eleanor savait qu’ignorer les anges était la meilleure chose à faire.Mais c’est si difficile!Elle tourna la tête vers le sylve.
9
Je ne savais même pas que tu avais été chargé de lui quand il vivait à Sylvius, dit-elle pour dissiper ses sombres pensées. Je l’aiaidé à prendre son premier bainet il était tellement sale que j’ai dû le frotter avec une brosse à poils de sanglier! Il s’! Tu aurais dû voir sonest débattu comme un zoas expression à ce moment-là: on aurait cru que j’allais le tuer! Eleanor sourit.L’ange sylvestre fourragea parmi les plis de sa tunique de cérémonie et sortit un morceau de papier sur lequel avait été peint le portait d’un petit garçon. La princesse
céleste reconnut, dansles traits poupins de l’enfant,le visage d’Abrahel. C’est vraiment lui? Il était… différent. Oonel acquiesça. À cette époque-là, ilétait encore capable de s’amuser.Ses cheveux noirs, légèrement ondulés, mais beaucoup trop longs, cachaient en partie ses grands yeux azur.Il dévisageait l’artiste avec malice. Un sourire taquin fendait son visage, comme s’ilavait préparé un mauvais coup. Ce qui était sûrement le cas. Il avait déjà une tête de canaille, murmura Eleanor en caressant les pommettes d’Abrahel. Sil y avait une bêtise à faire, cétait toujours lui ! Oonel tapota le portraitd’un air triste. Si Abrahel avait vécu, ton fils aurait sans doute ressemblé à ça. Et tu aurais eu beaucoup de mal à l’élever sereinement, ajouta-t-il avec une esquisse de sourire, crois-moi ! Les épaules de la jeune fille furent secouées d’un sanglot incontrôlable. Elle inspira profondément, serrant la peinture dans sa main. Je…Je sais, termina le sylve. Je sais. Jusqu’au coucher du soleil, ils parlèrent de l’angelot, comme il est coutume de le faire lors des funérailles et leurs souvenirs avaient un goût amer. Le crépuscule s’installa peu à peu et les ténèbres gagnèrent en puissance. Les merles et les grives se turent alors que les chouettes et les hiboux entamaient leurs sérénades. Et son carnet de cuir rouge…,souffla Oonel.Je me demande encore ce qu’il y écrivait. Tu sais, des choses…Et d’autres. Il y eut un moment de silence. Il est temps de rentrer, s’attristaEleanoren observant l’obscurité quis’épaississait. Gabriel va finir pars’alarmer.
10