//img.uscri.be/pth/d3db200b6860e1dd66ea13709589431a61977c62
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Diké

De
157 pages
Après un échec scolaire qui lui ferme les portes du baccalauréat, Kolooh, un jeune camerounais de vingt ans décide d'aller tenter sa chance en France.
Alors que rien ne l'y prédisposait, il s'engage alors dans un parcours périlleux et plein d'enseignements passant par la Guinée Equatoriale et l'Espagne. Le voyage éprouvant de Kolooh nous propose une réflexion sur les motivations et les circonstances qui conduisent souvent les jeunes africains à quitter leurs pays, pour se lancer dans une aventure périlleuse vers l'Europe, continent de tous les rêves...
Voir plus Voir moins

,

DIKE

@

L'HARMATTAN,

2006

5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris
L'HARMATTAN, ITALIA s.r.1.

Via Degl i Artisti 15 ; 10124 Torino Konyvesbolt L'HARMA TTAN HONGRIE ; Kossuth L. u. 14-16 ; 1053 Budapest

L'HARMA TTAN BURKINA FASO 1200 logements villa 96 ; 12B2260 ; Ouagadougou 12 ESPACE L'HARMATTAN KINSHASA Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives BP243, KIN XI ; Université de Kinshasa - RDC

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan @wanadoo.fr harmattan 1 @ wanadoo. fI'

ISBN: 2..296-00882-8 EAN : 9782296008823

Jacques SOM

,

DIKE
Préface de Richard de MEDEIROS, Agrégé de l'Université

L'Harmattan

Encres Noires Collection dirigée par Maguy Albet

N°278, Marie Ange EVINDISSI, Les exilés de Douma, 2006. N°277, Assitou NDINGA, Les marchands du développement durable, 2006. N°276, Dominique M'FOUILOU, Le mythe d'Ange, 2006. N°275, Guy V. AMOU, L 'hyène et l'orfraie, 2006. N°274, Bona MANGANGU, Kinshasa. Carnets nomades, 2006. N°273, Eric Joël BEKALE, Le cheminement de Ngniamoto, 2006. N°272, Justin Kpakpo AKUE, Les canons de Siku Mimondjan, 2006. N°271, N'DO CISSE, Boomerang pour les exorcistes, 2006. N°270, François BIKIINDOU, Des rires sur une larme, 2005. N°269, Bali De Yeimbérein, le « Baya », 2005. N°268, Benoît KONGBO, Sous les tropiquesdupays bafoué, 2005. N°267, Frédéric FENKAM, Safari au paradis noir, 2005. N°266, Frieda EKOTTO, Chuchotepas trop, 2005. N°265, Eric Joël BEKALE, Le mystèrede Nguema. Nouvelles, 2005. N°264, Bathie Ngoye TIllAM, Nouvellesfantastiquessénégalaises,2005. N°263, Marcel KEMADJOU NJANKE, La chambre de Crayonne,2005. N°262, Bathie NGOYE TIllAM, Le parricide, 2005. N°261, Guy V. AMOU, Murmures du Mono, 2005. N° 260, Alexis ALLAH, L'oeil du Marigot, 2005. N° 259, SylvestreSimon SAMB, Dièse à la clef,2005. N° 258 SemaanKFOURY, L'Egyptien blanc, 2004. N° 257 Ennnanuel MATATEYOU, Dans les couloirsdu labyrinthe,2004. N° 256 Yacoub Ould Mohamed KHATARI, Les résignés, 2004. N°255 Dakoumi SIANGOU, La République des chiens. Roman, 2004. N°254 Adama Coumba CISSE, La grande mutation. Roman, 2004. N° 253 Armand Joseph KABORE, Le pari de la nuit, 2004. N° 252 Babba NOUHOU, Les trois cousines, 2004. N° 251 CalixteBANIAFOUNA,Matalena ou La colombe endiablée, 2004. N° 250 Samba DIOP, À Bandowé, les lueurs de l'aube, 2004. N° 249 Auguy MAKEY, Brazza, capitale de la Force libre, 2004. N° 248 Christian MAMBOU, La gazelle et les exciseuses, 2004. N° 247 Régine NGUINI DANG, L'envers du décor, 2004. N° 246 Gideon PRINSLER OMOLU, Deux Gorée, une île, 2004. N° 245 Abdoulaye Garmbo TAPO, L 'héritage empoisonné, 2003. N° 244 Justine MINTSA, Un seul tournant Makôsu, 2003. N° 243 Jean ELOKA, [ny, 2003. N° 242 Césaire GBAGUIDI, Le rhume de la moralisation, 2003.

Diké : la marche ou le voyage selon le contexte, en bassa de yabassi, U11 es dialectes du Nkam, département du sudd ouest du Ca.meroun .

Je rends hommage à mes parents, à mes frères et sœurs, à mon épouse, à mes enfants, à ma belle-famille, à mes amis, et à tous ceux qui m'ont permis d'être ce que je suis devenu.

J'exprime toute ma gratitude à mon beau-frère, Djènè Dihom, un homme d'une générosité extraordinaire qui a su me donner, ainsi qu'à tili1t d'autres, tout ce qui permet à un adolescent de grandir et de devenir un « Homme».

Préface
Comment va-t-on de Bonabéri à Antony? Les peuples rêvent de grandes découvertes, les hommes rêvent d'eldorados. Il y en eut quelques exemples célèbres dans 1'histoire, les Conquistadors de Cortès, les pionniers du Far West américain, les fondateurs de l'Australie moderne, les Boërs de Krüger en Afrique du Sud et, plus près de nous peut-être les créateurs de l'éphémère Mandchoukouo en Asie, etc. De nombreuses œuvres d'art ont exalté et continuent de chanter ces migrations longtemps présentées comme des épopées exemplaires. Que de livres remplis des exploits de ces hommes et de ces femmes héroïques qui méritaient qu'à leur souvenir la foule vienne et prie. Le cinéma abonde de modèles du genre, avec «Naissance d'une nation» ou « Intolérance », de D.W. Griffith et le bon peuple a vibré pour des westerns flamboyants dont le temps a révélé sans fard le sens latent. Ah, «Il était une fois dans l'Ouest» ... Ou encore, en musique, comment ne pas s'envoler avec le lyrique arc-en-ciel de la «Symphonie du Nouveau Monde» de Dvorak? Sur l'autre versant pourtant il y a tous les humbles et la vaste foule des anonymes, dont d'autres œuvres, à hauteur d'homme, rappellent le dur cheminement, comme ces immigrés d'Elia Kazan qui pleurent en apercevant pour la première fois la Statue de la Liberté dans les brumes du matin: « America America. . .! ». Sans parler des victimes, qui n'ont généralement eu le temps de rien voir ni de rien comprendre de ce qui leur arrivait. Mais ici, c'est d'Afrique qu'il s'agit, et d'Europe. Les migrations du Nord vers le Sud, .avec les grands

explorateurs et les grands fondateurs de colonies, sont largement connues: elles emplissent des pages entières de nos manuels, avec des images diverses, des symboles divers, des interprétations diverses. Les yeux comme les cœurs ne voient pas les mêmes réalités quand ils lisent l'histoire des hommes du Nord vers le Sud ou du Sud vers le Nord, ni même selon les époques. Ibn Battuta, René Caillé, Stanley et Livingstone, Djouder, Brazza, Dodds, Binger et pourquoi pas Voulet et Chanoine, mais aussi le Révérend Père Aupiais, le Dr Schweitzer sont connus: tous ces regards vont du Nord vers le Sud. Mais du Sud vers le Nord, qui connaît qui? Ceux qui ont combattu les conquérants sont le plus souvent morts sur leur terre natale (Chaka, Samory), les rescapés, déportés, ont connu les pays du Nord dans le confmement, la prison ou la mort (Toussaint Louverture, Béhanzin). Alors, du Sud vers le Nord, euh... il y a peu de héros-découvreurs-et-fondateurs à chanter, et en tout cas ils n'ont rien écrit, ou guère. Tout le monde vous citera immédiatement Senghor et Aimé Césaire, ainsi que peutêtre, pour les lettrés, d'autres noms qui gravitent plus ou moins autour de ces deux phares. Honneur et respect sont dus à ces premières voix pathétiques et archéologiques: «en ce temps-là» elles ont révélé la présence des Africains, ombres invisibles dans les soutes de la triomphante Europe. Ce qui a donné une littérature essentiellement élégiaque jusque dans ses envolées les plus furieuses, une littérature de plaidoyer qui sollicite existence pour soi-même et reconnaissance de l'autre. Sous cet angle «Je vous remercie Mon Dieu de m'avoir créé Noir» de Bernard Dadié est peut-être le poème le plus emblématique du mouvement de la Négritude. Littérature du regard extérieur à soi-même, littérature de crainte et tremblement sublimés, littérature de la conscience malheureuse? 14

Afrique, Europe, Eldorado, comment pouvait-il en être autrement? Le monde colonial vivait dans un merveilleux et parfois sincèrement naïf manichéisme où tout était, justement, blanc et noir: là-bas en métropole étaient la richesse, le confort, la beauté, le bonheur, la civilisation. La vie. En un mot, tout. Ici, dans les colonies, évidemment, tout le contraire de ce tout. Bref, le croupissement. L'école répandait à l'envi ce message qui a imprégné des générations entières. On ne peut s'empêcher d'évoquer, mutatis mutandis, «la chanson du décervelage » d'Alfred Jarry. Qui jurerait que cette mythologie n'est pas celle qui a cours aujourd'hui encore? Elève du Lycée Polyvalent de Bonabéri au Cameroun, le jeune Kolooh donc, nous raconte Jacques SOM dans son roman «Dikè », va sortir brusquement d'une insouciante adolescence. Son père meurt subitement. Il est recueilli au Quartier Yabassi de Douala par sa sœur et son beau-frère, mais le destin s'acharne: il échoue à son « probatoire », la 1èrepartie du baccalauréat. Dans le désarroi qui l'étreint, il entend des rumeurs alléchantes sur des jeunes gens qui sont partis du Pays pour édifier de resplendissantes réussites à Paris, en Europe, en Amérique même qui sait ?..., «là-bas », alors qu'ici le quotidien n'est qu'un soleil de plomb, dans le désespoir et la barbarie. C'est du moins le cliché que lui ont insidieusement transmis ses aînés, heureux lettrés des années de l'Indépendance qui avaient été eux-mêmes façonnés par les paroles qu'ils chantaient dans la première version de leur hymne national: o Cameroun, berceau de nos ancêtres Autrefois, tu vécus dans la barbarie. Comme un soleil qui commence à paraître Peu à peu tu sors de ta sauvagerie. Que tous tes enfants du nord au sud, 15

De l'est à l'ouest soient tout amour Te servir que ce soit leur seul but Pour remplir leurs devoirs toujours. Chère patrie, terre chérie Tu es notre seul et vrai bonheur. Notre vie, notre joie A toi l'amour et le grand honneur. etc. .. Le rêve prométhéen de notre jeune héros dès lors coulait de source: partir au loin pour échapper à cette barbarie, à cette sauvagerie, partir là-bas pour conquérir la lumière et la civilisation et les ramener au village, partir enfin pour revenir ici participer à l'aube nouvelle de ce pays où il est né, oui, partir pour ramener un merci sonnant et trébuchant aux siens qui l'ont nourri et soutenu,

revenir « au village» avec de grands diplômes à la hauteur
des grandes espérances mises en lui, attraper un poste de cadre dirigeant, voire de dirigeant politique, rouler carrosse, être quelqu'un. Ce rêve fut celui de tous les candidats à l'exil, de tous les immigrants, dont l'ingratitude des anciennes métropoles n'avait pas encore fait des «immigrés» pourchassés, parqués, honnis ou, dans le meilleur des cas, tolérés. Malabo, Madrid, Barcelone, Irun, Perpignan, chambre de bonne, « clando » en résidence universitaire, à pied, en taxi-brousse, en avion ou en train, etc., l'odyssée de Kolooh est un dur voyage initiatique où il rencontrera des faux frères et des mauvais compagnons, des allersretours patiemment recommencés, l' enfermement, la solitude et le doute, les passeurs et les tuteurs, les lignes de crête et la marche à tâtons dans l'obscurité, la coupe d'amertume des amours naissantes disparues à peine entrevues, et la parole, la parole qui donne sens et réconfort, la parole toujours porteuse d'espoir et de cohérence. .. Pour qui connaît Jacques SOM, il était 16

évident que Kolooh, qui lui ressemble comme un frère jumeau, devait atteindre le but qu'il s'était fixé.. Mais surtout, cette chronique porte une marque inattendue: sa douceur, la douceur de l'eau qui désaltère, la fraîcheur et la grâce d'une âme toujours confiante et claire. Chez Kolooh pas de colère, pas de rancœur, d'agressivité ni de désespoir, nous sommes loin de «la haine» des jeunes immigrés d'aujourd'hui et des banlieues en feu. Loin aussi des mortels barbelés érigés récemment par quelques pays sur leurs côtes pour sauvegarder les chances de leurs propres émigrants vers l'Europe par l'élimination des intrus qui fuient le Sud du Sud. Non, « Diké » est une œuvre forte et vivifiante, âpre quelquefois, mais ses moments d'âpreté saisissent à la manière d'un tonique: à travers les heures les plus sombres et les parcours les plus périlleux, Kolooh reste en permanence un héros positif, conscient de son passé et maître du destin qu'il a choisi de se construire. Question d'époque peut-être: ce roman de formation est celui d'un jeune adulte des années 1970, où des idéaux, certes contradictoires, structuraient encore « les lendemains qui chantent », où les batailles avaient pour enjeux l'avenir des hommes ou des Etats, et non les cours de la Bourse ou les stratégies de holdings multinationales sans foi ni loi. Or «Diké » de Jacques SOM est précisément une œuvre de foi: elle dit que l'eldorado est en chacun de nous. La route qui va de Bonabéri banlieue de Douala à Antony banlieue de Paris et plus loin encore, est un beau parcours d'homme. Le courage et la persévérance de Kolooh sont dignes d'être offerts à la méditation de tous les lecteurs d'aujourd'hui comme la longue marche d'un homme vers l'étoile de son espérance. Richard de MEDEIROS, Agrégé de l'Université 17