Dragon Love, tome 2

-

Livres
175 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Les humains menacent toujours la sécurité des semi-immortels et sèment la mort sur leur passage.


Aubrey, le Dragon au tempérament de feu, va devoir enquêter pour découvrir qui se cache derrière ces crimes. Cependant, une jeune femme va avoir raison de son cœur.


Kress est flamboyante, fascinante, mais elle lui cache également un terrible secret.
L'ombre qui plane sur elle pourrait les éloigner et surtout, la mettre en danger.


Le Dragon parviendra-t-il à protéger les semi-immortels et à secourir la belle Élémentaire à temps ? L’incertitude le dévore et sa patience se fissure au fil des secondes.


Chaque ennemi sur son passage risque à présent sa vie...

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 6
EAN13 9782379600449
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0037 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Lil Evans
Tome 2 : Rouge Sang
©Lil EvansetLivresque éditions pour la présente édition – 2019 ©Thibault Benett,pour la couverture ©Aymeric Fernandez,pour la correction ©Jonathan Laroppe, Suivi éditorial & Mise en page ISBN : 978-2-379600-4-49 Tous droits réservés pour tous pays Conformément au Code de la Propriété Intellectuelle, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, et ce, par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation préalable de l’éditeur et de l’auteur.
Chapitre 1
L e sang coulait le long du mur comme de la peinture sur une toile. Épais et riche. Il y en avait tellement que l’odeur était écœurante. Malheureusement, c’était son sang. Enfin, ce n’était rien comparé aux relents de vieux et de sale de cette maison abandonnée dont les planches de bois grinçaient sous son poids. Quand il était entré par la porte arrière à moitié défoncée, Aubrey s’était attendu à mettre les pieds dans une poubelle géante, pleine d’humains ivres morts, tenant à peine debout. C’était le cas. Il avait cependant été loin, très loin d’imaginer que cette poubelle contiendrait en plus assez d’armes pour équiper tout le continent nord-américain. Petits calibres, mitraillettes, lance-grenades, lance-flammes… Jamais il n’avait vu un tel arsenal mis entre les mains d’hommes qui auraient été incapables de viser un immeuble juste face à eux. Qu’est-ce qu’il faisait dans cette galère, franchement ? Ses chaussures aux bouts renforcés de métal ne méritaient pas de traîner dans tant de saletés, c’était honteux ! Mais bon, il avait un travail à faire. Quelques jours plus tôt, Teren, son Nemedyn, avait été libéré d’une cave sordide où un Docteur fou – le frère de sa compagne – l’avait enfermé pour faire des expériences. Des expériences cruelles visantà éliminer les pouvoirs des semi-immortels, ces êtres dotés d’une magie pure provenant de la terre, l’air, l’eau, le feu. Ou l’ensemble des quatre, pour les Dragons. Et ce scientifique avait réussi ! Même si cet homme et Manee, sa maîtresse, avaient été mis hors d’état de nuire, les catastrophes ne faisaient que s’enchaîner, ces derniers temps. Suite à un tuyau anonyme, les Dragons avaient découvert la planque de Manee et avaient enfin réussià mettre la main sur les formules chimiques et les toutes dernières fioles du Sérum. Les minuscules gouttes de liquide, si inoffensif à première vue, allaient causer la perte des Élémentaires. Et tout leur avait été volé sous le nez, quelques heures plus tôt, par des professionnels qui les avaient assommés à coups de stupides fumigènes. Aubrey était dans une colère noire. Bons Dieux ! Son sang, brûlant dans ses veines, le faisait trembler des pieds à la tête comme s’il était parcouru de véritables flammes. Il se sentait un peu responsable, un peu coupable de cette débâcle. Et pour cause ! Lorsqu’ils étaient chez Manee en compagnie de leur petite troupe, Salem, la compagne du Nemedyn, avait fait part au groupe de son mauvais pressentiment et avait insisté pour qu’ils emportent tous les documents ainsi que le Sérum au Penthouse. Jouant les machos, les gros bras, les Dragons avaient tous refusé, prétextant pouvoir se défendre en cas de danger. Le problème était le suivant : ce n’est pas eux qu’ils auraient dû protéger. C’était l’ensemble des semi-immortels de cette planète et pour ce faire, ils auraient dû mettre le Sérum à l’abri immédiatement. Imbéciles de Dragons. Pas étonnant que leur race soit sur le point de s’éteindre, ils étaient bêtes comme… comme des humains, tiens ! Ce qu’Aubrey avait découvert dans cette maison délabrée, en plus, rajoutait une couche supplémentaire d’ennuis sur la montagne de problèmes qu’il y avait déjà avec cette histoire. En effet, le Dragon avait étéà des années-lumière de penser que les hommes derrière le vol du produit mortel étaient des paramilitaires. Forts. Entraînés. Et équipés. Des professionnels payés dans le but de faire un boulot précis, sans s’occuper du reste. Des blessés, des morts, de la souffrance qu’ils laisseraient dans leur sillage. Pas de chance pour Aubrey. Pensant que la mission proposée par Teren serait facile, il avait décidé de venir seul. Après tout, son unique but avait été de débouler dans cette maison, d’assommer les propriétaires et de récupérer tout ce qu’ils avaient volé. Problème numéro un : les propriétaires avaient été armés jusqu’aux dents. Et ils lui avaient tiré dessus sans même un bonjour avant, ces rustres. Il avait à peine eu le temps de
défoncer la porte qu’il se faisait canarder de tous côtés ! D’autant qu’ils l’avaient touché de nombreuses fois, enfin bon, ce n’était qu’un détail. Les Dragons guérissaient vite et les blessures par balle étaient en général minimes. En revanche, l’humeur d’Aubrey n’était pas au beau fixe parce que ces lâches l’agaçaient prodigieusement. Problème numéro deux : ses chaussures étaient désormais sales. Et Aubrey adorait ses rangers ! Problème numéro trois : un Dragon énervé était comme une grenade dégoupillée. Quand il perdait son sang-froid, ça explosait et cela se terminait toujours par des murs couverts de sang. Et des morceaux d’humains éparpillés çà et là. Oui, Aubrey avait peu de patience, encore moins de retenue et son caractère était digne du Kilauea, ce volcan hawaïen le plus actif du monde. Boum ! En quelques coups, sans même que son pouls accélère, il avait assommé ses adversaires – peut-être un peu trop violemment ? Naaaan – et récupéré leurs joujoux pour leur tirer dans les genoux. Il fallait bien qu’ils survivent un peu pour raconter leur vie, non ? Et puis il ne pouvait pas les interroger pour le moment. Les hommes qui se trouvaient près de lui étaient ivres. Ils avaient fêté leur victoire dignement, sans se douter que les Dragons les retrouveraient si rapidement. Pas de chance pour les paramilitaires, Aubrey avait le rendez-vous le plus important de toute sa vie dans quelques heures et il n’avait pas l’intention d’arriver en retard de la moindre petite seconde. Il lui fallait donc cogner avant de parler. Cela ne le dérangeait pas franchement. C’était même préférable, en fait, parce qu’à part des insultes et des menaces de mort, il n’aurait pas trop su quoi dire. Ouais, il n’était pas vraiment un pro des interrogatoires. Le Dragon secoua la tête, faisant tomber ses boucles blondes et foncées sur son front. Il lui restaità présent à visiter le reste de ce logement insalubre. Il n’en était qu’à la cuisine. Satisfait de voir que ces hommes vivaient comme les porcs qu’ils étaient, il sourit. Leur patron n’avait pas souhaité leur payer le luxe d’une demeure bien située et avec un peu de chance, ils avaient tous attrapé des morpions dans la literie miteuse qui se trouvait probablement à l’étage. Le Dragon parcourut le salon et la salle à manger où les objets entreposés sur les meubles anciens, tout comme les cadres, semblaient dater. Les clichés montraient une famille heureuse. Les vases affreusement colorés de rose, avec des fleurs en plastique poussiéreuses fichées dedans, manquaient cruellement de goût. Pourtant, de voir tout cela lui remua les entrailles. Cette maison n’avait pas été allouée aux mercenaires. Ils se l’étaient accaparée. Aubrey espérait, tout au fond de lui, que la famille qui vivait dans cette demeure était simplement partie en vacances, parce que les paramilitaires auraient été du genre à les égorger, pour envahir l’espace… Les nerfs de plus en plus tendus, il fouilla tous les tiroirs, tous les placards à la recherche des affaires de Manee sans rien trouver. Il lui fallait absolument remettre la main sur le Sérum et les formules chimiques avant que de trop nombreuses personnes n’aient pu les étudier ou dupliquer le précieux liquide. Le sort du monde était encore une fois entre les mains des Dragons. Aussi, il se dirigea vers les escaliers de bois qu’il monta lentement, à l’affût du moindre bruit suspect. Son audition parfaite lui apprit bien vite qu’un guet-apens l’attendait. Il entendait distinctement la respiration de plusieurs hommes, mais ce qui le fit rire, ce fut leurs pensées si stupides, si optimistes. Ils étaient persuadés de pouvoir l’abattre. Ils allaient souffrir… Aubrey, comme tous les Dragons, était capable de lire dans l’esprit de tous les gens qu’il croisait. Ce secret bien gardé faisait d’eux des leaders émérites, capables de distinguer les menaces avant même qu’elles ne se produisent. C’était ce qui allait se passer dans quelques instants. Il banda ses muscles en arrivant sur le palier de l’étage et tenta de masquer ce sourire qui ne le quittait plus. Il résultait de deux petites choses qu’il aimait : 1) la bagarre qui allait bientôt se déclarer et 2) son rendez-vous qui approchait à grands pas. D’accord, ce fameux rendez-vous comptait pour beaucoup dans son sourire actuel, mais de pouvoir soulager ses muscles tendus et ses nerfs sur le point d’éclater le laissait dans un état proche du nirvana. Aubrey avait toujours été un cogneur. Et il n’y avait rien de plus jouissif que de tabasser des abrutis sans
aucun respect pour la vie des autres. Enfin si, il y avait bien le sexe, mais il était à la diète depuis… Il soupira… Depuis qu’une petite rousse flamboyante l’avait frappé avec une cuillère en bois, lui donnant envie de la retourner entre ses bras et de lui faire toutes ces choses scandaleuses qu’il avait en tête. Comme de s’agenouiller derrière elle pour la déshabiller, afin de lécher… Allez, Dragon, viens vers nous… Viens goûter au plaisir de te faire planter la panse… Merde, les petites pensées stupides des paramilitaires venaient de gâcher son fantasme ! Quelle honte ! Il était temps d’en finir ! Aubrey entra dans la première pièce face à la montée d’escaliers. Elle avait été vidée de ses meubles, ne laissant que le parquet abîmé sous ses pieds, quelques cadres fades aux murs et ses adversaires qui l’encerclèrent dès qu’il franchit le seuil. Ils étaient sept, pourtant il avait un avantage sur eux. Toutes les armes à feu de la maison se trouvaient au salon et il n’allait pas leur laisser l’occasion de s’y précipiter pour les récupérer. Aubrey les avait apparemment surpris en débarquant à l’improviste – évidemment, il n’allait pas crier à ses ennemis qu’il arrivait… – et cela avait été une chance pour lui. Enfin le vent tournait un peu dans sa direction ! Le Dragon avait pu se débarrasser de deux paramilitaires sans problème, à la cuisine, et de trois autresà coups de poing dans le nez quand il était arrivé dans ce taudis. Il espérait vraiment qu’après avoir mis ces quelques minables au tapis, il serait finalement tranquille. Cette maison était trop petite pour autant de testostérone. Problème numéro quatre : les mercenaires avaient tout de même des poignards en main. Et pas ces petits couteaux suisses qu’il aurait pu émietter dans son poing serré, non. On parlait ici de couteaux Bowie dont les lames approchaient les trente centimètres. Pour les plus petits… Aubrey n’aimait pas tuer. Il avait vu bien trop de massacres dans sa longue vie pour encore apprécier le goût du sang sur ses mains, mais son instinct lui disait que ces hommes, juste face à lui, étaient sans pitié. Contrairement aux humains qui s’étaient trouvés au rez-de-chaussée, en première ligne, il ne sentait ni l’alcool dans leur sang ni la fatigue imprégner leurs âmes. Ils étaient prêts pour lui. La férocité de leurs regards, leur façon de bouger tels des prédateurs témoignaient de leurs vies d’assassins et il ne pouvait pas risquer que l’un d’eux s’échappe de cet Enfer pour prévenir leur patron. Le fait qu’ils aient récupéré le Sérum en faisait des ennemis. Passesennemis, non. Les ennemis de tout un peuple, de millions de semi-immortels que l’on voulait détruire. Alors, malgré sa répulsion face à la mort, malgré ce cœur de pierre qui tentait de continuer à battre dans sa poitrine depuis des millénaires, Aubrey n’avait qu’un seul choix. Faire tout ce qu’il fallait pour sauver son peuple. Trois humains se jetèrent sur lui en même temps. Il attrapa l’un d’eux par le cou qu’il brisa net avant de lui usurper son poignard cranté et de le planter dans l’estomac d’un autre. Le sang chaud coula dans la seconde et rendit la prise sur son arme incertaine. Il l’essuya sur son pantalon beige. Merde, il avait fallu qu’il mette ce fichu froc clair ! Il était carrément foutu, désormais. Au moins, il avait laissé sa veste en cuir sur une chaise, à la table ronde de la cuisine. Pas question que l’on abîme cette beauté ! Elle avait échappé aux balles, c’était déjà un miracle. Quand les deux corps tombèrent au sol à ses pieds, le troisième homme recula, mais Aubrey l’attrapa par le col d’un geste rapide et expert, l’approcha de lui et lui trancha la gorge. Nouvelle effusion de sang. Son estomac se révulsa tandis que son Jīva se tordait sur son bras et que les souvenirs affluaient dans sa mémoire. Il trembla. Inspira profondément. Expira bruyamment. Inspira profondément. Expira douloureusement. Le Jīva était une sorte de tatouage noir et rouge à même sa peau, représentant un Dragon majestueux qui était une mémoire vive de ses nombreuses années vécues sur Terre. De voir ce liquide cramoisi sur ses doigts lui rappelait tant d’atrocités que cela le laissa figé un instant. Sa famille. Sa mère et sa sœur… elles avaient été massacrées devant ses yeux, leur sang récupéré par des médecins pour fabriquer des potions magiques complètement inutiles, puisque le sang de Dragon ne pouvait soigner que des semi-immortels. Tant de gâchis. Tant de souffrances qu’il avait accueillies en lui sans pouvoir s’en séparer. Mais ce n’était pas le moment de se laisser aller à ces réminiscences asphyxiantes. Elles lui noircissaient les pensées assez souvent comme cela, de toute façon.
Aubrey chassa les souvenirs de sa mémoire et regarda les quatre hommes restants. La peur avait remplacé le vice dans leurs yeux, mais aucun d’eux n’abandonnerait, car ils étaient conditionnés pour se battre, pour tuer. Le Dragon commençait à en avoir plus que marre de ces abrutis et de ce putain de Sérum. Tempérament volcanique, n’est-ce pas… Il décida de se transformer pour s’occuper de ces crétins. De toute façon, aucun d’eux ne saurait où frapper pour le tuer sous sa forme de Dragon et l’animal vibrait sous sa peau, désireux d’apparaître. De se déchaîner. De se défouler. Aubrey se mit à grogner si fort que les vitres de toute la chambre commencèrent à vibrer. Les hommes se retournèrent en sursaut, se demandant ce qu’il pouvait bien se passer. Il se baissa alors, lentement, comme pour s’apprêter à bondir vers ses proies. Les paramilitaires reculèrent jusqu’à ce que leurs dos se heurtent aux murs derrière eux. Ils sentaient le danger se diriger droit vers eux. La menace mortifiante qu’il représentait. Et quand ils levèrent leurs propres poignards pour tenter de se protéger, il était trop tard. Aubrey se concentra sur son Jīva et hurla si fort que les visages rougis face à lui devinrent blafards. Sa peau se mit à se tendre tandis que ses os se dessoudaient, se déformaient. Peu à peu, les pointes osseuses tout le long de sa colonne vertébrale transpercèrent sa chair jusqu’à jaillir à travers l’étoffe de ses vêtements qui se décomposèrent sous l’effet de la magie. Le Dragon profita du moment de doute de ses adversaires pour laisser le changement s’opérer complètement. Ses muscles durs comme la pierre se gonflèrent, ses crocs pointèrent alors que son corps entier prenait de l’ampleur. Aubrey était capable de maîtriser la taille de son animal. Il choisit sa forme la plus petite pour réapparaître, mais ce ne fut pas sans quelques dommages infligés à la maison. Le mur du fond explosa quand sa longue queue, terminée par des os enflammés, le transperça violemment. Le plafond, quant à lui, s’écroula si bien que deux autres paramilitaires perdirent la vie, écrasés par des blocs de béton d’une taille impressionnante. Aubrey se sentait bien, sous cette forme splendide. Il avait envie de s’envoler et de tournoyer dans les airs, tant il était à l’étroit, ici. Il s’ébroua. Presque tout l’étage de la maison s’était effondré. Et quand il libéra le cri haineux qui vibrait dans le fond de sa gorge, une gerbe de flammes rougeâtres voluta dans le ciel d’un bleu lumineux. Les hommes restants près de lui paniquaient devant l’immensité de la créature vermillon et argenté qui se dressait devant eux. Aubrey savait que même son plus petit Dragon était impressionnant. Pourtant, ce qui avait toujours saisi ses adversaires, c’était l’immensité de ses yeux enflammés et les nombreux pics qui se hérissaient sur sa peau comme une carapace aiguisée. Des petites aiguilles au-dessus de son museau, d’énormes lames le long de sa colonne vertébrale et des dagues mortelles qui terminaient sa queue. Son Dragon était une armure dont il s’était servi pour se protéger du monde si souvent qu’il avait un jour cru ne jamais pouvoir fouler la terre de ses pieds d’homme à nouveau. Ce qu’il avait vécu, il y a si longtemps, faisait partie d’un passé brutal qui bourdonnait toujours en lui. Brutal et incontrôlable. D’un coup de griffes, Aubrey éviscéra un homme qui fonçait vers lui dans un cri de terreur, avant de l’écraser sous son énorme patte, sans cesser de dévisager l’autre humain. Le dernier. Ses yeux terrifiés lui renvoyaient l’image du fils, du frère qu’il avait un jour été lui-même, et qui avait dû voir sa famille mourir. Il ne pouvait pas infliger de torture plus longue à ce mercenaire, quand bien même il l’aurait mérité. Aubrey tourna son énorme gueule vers l’humain qui évita prestement un coup de crocs, tandis qu’il cherchait à fuir. Comment aurait-il pu ? Comment pouvait-il ne serait-ce que penser une seconde qu’il bernerait un Dragon ? Ceux de son espèce étaient peut-être massifs, mais ils se mouvaient en silence et avec grâce. Il rattrapa le paramilitaire, puis le planta au sol en lui écrasant le ventre. Son cri d’humain déchira l’après-midi claire et chaude et Aubrey profita de la douleur et de l’étourdissement de l’homme pour reprendre forme humaine. Ses vêtements se reformèrent à même son corps, mais rien ne pourrait ôter les taches de sang qui ponctuaient son tee-shirt blanc et moulant. Le logo tribal de son groupe de Métal préféré en était couvert.
Il grogna. C’était un maillot collector qu’il avait acheté lors de la tournée d’adieu des musiciens. On allait le lui payer cher ! L’heure d’avoir des réponses avait sonné. Aubrey ignora le fait qu’il se retrouvait à la vue de tous les voisins et s’agenouilla près de l’homme aux yeux marron écarquillés. Ses cheveux étaient rasés de près et sa mâchoire sévère assombrissait davantage son regard sans vie. L’humain sourit, comme s’il savait qu’il allait mourir en emportant tous ses secrets dans la tombe, mais ce qui l’attendait était tellement pire… Personne ne pouvait cacher quoi que ce soit aux semi-immortels. Ils avaient dans leurs rangs des hommes, des femmes capables d’extirper les secrets les plus sombres, les plus profondément enfouis de tout un chacun. Des Infernos. Mais bon, avant d’en venir à de telles extrémités, Aubrey allait tenter lui-même d’en découvrir un maximum. Son temps était compté, après tout. Il attrapa l’humain à la gorge et enfonça l’index dans sa pomme d’Adam. — Comment t’appelles-tu ? s’enquit le Dragon. — Mike. Aubrey, de sa main libre, attrapa le portefeuille de l’homme dans sa poche de pantalon treillis et confirma ses dires. — As-tu déjà commis un quelconque crime, Mike ? — Non, ricana-t-il. Cet imbécile était tombé dans son piège. Les doigts enfoncés dans sa chair moite, Aubrey connaissaità présent le rythme du pouls de son prisonnier lorsqu’il disait la vérité et lorsqu’il mentait. — Les gens qui vivaient dans cette maison sont-ils morts ? gronda-t-il, enragé en pensant à ces photos de parents et de leurs enfants en bas âge. — Non, Dragon, ils sont en vacances, c’est pour cela que nous avons investi les lieux. La vérité… C’était un soulagement. Aubrey prit le temps de calmer sa respiration, tandis que le rire de sa petite sœur résonnait dans son esprit. Puis ses pleurs. Et enfin ses cris. Les humains étaient si cruels… — Où est le Sérum ? râla-t-il en entrant enfin dans le vif du sujet. L’humain, salement amoché par sa chute à ses pieds, cracha un filet de sang qui éclaboussa le tee-shirt d’Aubrey. Encore ! Il était vraiment maudit, ce n’était pas possible autrement ! Le Dragon arracha le pull noir du paramilitaire et s’en servit pour s’essuyer rapidement, avant de le serrer d’une main. Il fallait qu’il se déleste de sa colère avant de faire une bêtise. Sa patience était à bout. — Où est le Sérum ? répéta-t-il. — Va te faire foutre, Dragon. Il est déjà trop tard de toute façon. Il n’est plus ici et vous allez tous crever. Rien ni personne ne pourra vous sauver ! Nos employeurs sont à vos trousses. Ils… Cela ne servait à rien de discuter. Aubrey se releva, écrasa son pied sur la trachée de l’humain qui mourut étouffé. Il tenta de ne pas être perturbé par cette brutalité qui bourdonnait sous sa peau. Par ses émotions violentées et éraillées. C’était peine perdue. Trop tard... L’humain avait dit que c’était trop tard pour récupérer tout ce qui avait été volé chez Manee, mais… c’était faux et il le savait. Il lefallait. Pourtant, un mauvais pressentiment lui nouait les entrailles. Aubrey était certain, tout au fond de lui, que la galère dans laquelle les semi-immortels s’empêtraient finirait par les ensevelir et les étouffer comme une coulée de boue dévastatrice. Les ennuis n’arrivaient jamais seuls. Ils étaient toujours accompagnés d’une cohorte de problèmes et de tracas qui n’avaient pas toujours de solution. Mase, le frère de Salem, qui avait été longuement interrogé par des Élémentaires chevronnés dans l’extraction de données, avait fini par certifier que le Sérum n’était pas réplicable, donc, au pire, il n’y avait que quatre doses existantes qui se trouvaient dans la nature. Problème numéro cinq : avec les formules chimiques volées par un inconnu total et mises à disposition de l’ennemi, le soluté était plutôt facile à recréer. Même si les données étaient codées. Et même si recréer le Sérum prenait des mois. Tout était possible, tant que chaque humain impliqué dans ce vol restait en vie.
Il y avait quelque chose qui clochait dans cette histoire, en fin de compte, et cela ne faisait qu’angoisser Aubrey. Comment les paramilitaires étaient-ils au courant de l’existence de ce que Mase et Manee avaient créé, par exemple ? Qui se cachait derrière ce groupe de vauriens pour tirer les ficelles en cachette ? Et est-ce que cette personne avait déjà récupéré le butin du larcin ou les objets volés se trouvaient-ils avec un autre groupe de paramilitaires ? C’était la question que tout le monde se posait, mais qui restait sans réponse. Pas même la moindre petite ombre d’une preuve ne désignait un suspect potentiel. Tous les employés du Doc avaient été tués ou emprisonnés... Toutes ses recherches détruites ou volées. Bordel, il était de son devoir ainsi que de celui de Teren de retrouver toutes les expérimentations du savant fou et de sa créature diabolique avant que quelqu’un n’extermine la population ! La vie de milliers d’innocents dépendait d’eux et c’était un fardeau bien lourd à porter. Teren avait découvert ces paramilitaires avec facilité, pourtant. Dans l’heure suivant le vol, il avait mis la main sur le poste de police le plus proche, fait évacuer tout le monde pour ne garder auprès de lui que ses Sentinelles et il avait fait rechercher la fourgonnette blanche qu’il avait aperçue quand les hommes avaient envahi la maison de Manee. Une fois la plaque d’immatriculation relevée, il avait utilisé un dispositif de reconnaissance pour traquer le van sur plusieurs rues de Pittsburgh jusqu’à retrouver le véhicule garé dans l’allée de cette maison. Le souci, c’était que deux heures s’étaient écoulées entre le moment où le vol avait été commis et le moment où la première Sentinelle avait été placée en planque devant cette habitation. Teren avait espéré que les humains le conduiraient directement à leur leader, mais vingt-quatre heures s’étaient écoulées sans qu’aucun d’eux bouge, comme s’ils étaient à présent limogés. C’était là qu’Aubrey était intervenu. Et à présent, il se retrouvait à nouveau face à un mur. Haut, épais et impossible à franchir. Il n’avait plus d’indice pour le mener sur le chemin suivant. Enfin, il restait toujours quelques humains en vie… Teren allait se faire un plaisir de les interroger de la manière forte. Très forte. Avant de les confier aux « suceurs de cerveaux » du Conseil des Élémentaires, ces êtres capables de vous faire avouer tout ce que vous avez un jour commis dans votre vie. Le Conseil était un groupuscule de semi-immortels puissants qui prenaient les décisions ayant un rapport avec la Justice ; le Nemedyn ne pouvant avoir tous les pouvoirs au sein de leur race. Et ces justiciers avaient plusieurs Infernos dans leurs rangs. Aubrey se releva et tourna sur lui-même en soupirant. La vue du carnage lui pinça le cœur. Des hommes morts au sol, une maison détruite. Il avait beau se dire qu’il n’avait pas eu le choix, cela n’empêchait pas sa conscience de hurler à en perdre le nord. Tout ce sang, toute cette pagaille. À nouveau, son Jīva se tordit sur son bras, son épaule, son dos, où sa gueule s’ouvrait en un cri silencieux, mais il bloqua les images des massacres passés, commis ou subis. Ce n’était pas le moment de penser à tous ces décès qu’il y avait eu sur son chemin. Pour l’heure, il avait une planète à sauver. Rien que cela… Aubrey descendit les escaliers, encore debout et recouverts de décombres tranchants, puis il récupéra sa veste en cuir sur le dos de la chaise. Il l’enfila. Épousseta ses épaules recouvertes de poussière de béton. C’est alors qu’une odeur particulière attira son attention. Il fronça les sourcils. Le mot « danger » sembla s’imprimer en lettres brûlantes à même sa chair. Avec les murs de la maison à moitié écroulés, fissurés, il sentit distinctement la présence d’un autre Élémentaire quelque part dans une pièce qu’il n’avait pas visitée. Les sens en alertes, le Dragon suivit l’odeur âcre de la peur, de l’urine et du sang jusqu’à une porte toute simple, en bois foncé, à l’arrière de la maison. Il l’ouvrit, n’apercevant que le noir dans les entrailles de cet endroit enfermé. Les poings serrés, il dévala quelques marches en pierres, défoncées, qui le conduisirentà une cave dans un piteux état. Une unique lampe, suspendue au plafond couvert de toiles d’araignées, éclairait un cachot insalubre, froid et humide. Aubrey fut pris d’une quinte de toux tant l’odeur âcre et plui donnait la nausée, mais ce qui le terrifia le plus fut de trouver, juste devant lui, ce que lesestilentielle