Drôle de mort

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Je m’appelle Roger Fournier et je suis mort depuis soixante ans. Assassiné. Ne soyez pas désolé, j’ai eu le temps de m’y habituer.


Les plus beaux moments de ma mort ? L’enquête menée par l’inspecteur Tovelle pour découvrir mon meurtrier. Inutile de vous préciser que j’étais aux premières loges !


J’ai découvert le véritable visage de mes proches et appris à mes dépens que toute vérité n’est pas bonne à entendre... Depuis, j’ai su rebondir et me construire une nouvelle vie dans la mort. Un jour, si nous avons le temps, je vous en parlerai davantage. Mais d’abord, laissez-moi vous raconter comment j’ai été assassiné.

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EAN13 9782374535586
Langue Français

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Présentation
Je m’appelle Roger Fournier et je suis mort depuis soixante ans. Assassiné. Ne soyez pas désolé, j’ai eu le temps de m’y habituer. Les plus beaux moments de ma mort ? L’enquête menée par l’inspecteur Tovelle pour découvrir mon meurtrier. Inutile de vous préciser que j’étais aux premières loges ! J’ai découvert le véritable visage de mes proches et appris à mes dépens que toute vérité n’est pas bonne à entendre… Depuis, j’ai su rebondir et me construire une nouvelle vie dans la mort. Un jour, si nous avons le temps, je vous en parlerai davantage. Mais d’abord, laissez-moi vous raconter comment j’ai été assassiné. ***
Sophie Moulaynée un beau jour de... nous tairons l'année et  est nous contenterons de mentionner qu'elle a découvert les livres de la Bibliothèque verte au milieu des années 80. À ce moment-là, il était trop tard pour espérer la guérir du virus de la lecture ; elle s'y est donc adonnée avec bonheur. Plus tard, elle découvre les équations et les racines carrées et va même jusqu'à les enseigner au collège. Elle a commencé à écrire en 2007, mais c'est en 200 9 qu'elle imagine le personnage d'Almus, en s'appuyant sur l'expérience acquise au contact des adolescents. *** AUTRES TITRES : L'Élu de Milnor, saga fantasy en version Intégrale ou en 5 tomes
Traque, d'un homme à l'autre, novella de Science-fiction Inhumaine, Retour aux sources, roman de science-fiction
DRÔLE DE MORT
ENQUÊTES D'OUTRE-TOMBE #1
Sophie Moulay
38 RUE DU POLAR
Chapitre 1
Tôt ce matin, je suis mort. — Monsieur, monsieur ! Il est six heures et quart ! — Mmh… — Monsieur ? Un cri strident me réveille en sursaut. Le fracas d e porcelaine qui s’ensuit passe presque inaperçu. Surpris, je m’assois dans mon lit. Les rideaux sont ouverts et la lumière qui se déverse dans ma chambre m’éblouit un instant. Une silhouette se découpe à contre-jour devant la fenêtre. Thérèse, la soubrette. Je finis par la reconnaître malgré la terreur qui déforme son minois de souris. Elle se tient le visage entre les mains et continue de hurler. — Mais enfin, Thérèse ! m’écrié-je. Allez-vous vous taire ? Mon ordre reste sans effet. M’a-t-elle seulement entendu ? Avec le raffut qu’elle fait ! — Thérèse ! Agacé, je me lève et découvre l’ampleur des dégâts. Le guéridon gît sur le tapis et… je gémis. Mon beau service de porcelaine de Limoges. En miett es. Quelle gourde, cette Thérèse ! Je retiendrai une partie de sa valeur sur ses gages. A-t-on idée d’être aussi maladroite ? Et bruyante ! Bien décidé à la secouer comme un prunier jusqu’à ce que j’obtienne le silence, je m’approche d’elle, l’empoigne par les épaules et… passe à travers. Nous hurlons de concert. Je recule, m’écroule sur mon lit. Allons, il faut que je me reprenne, il y a forcément un truc. Je me couvre de ridicule. Pu isant dans ma formidable force de caractère, je parviens à me ressaisir. La voix de Thérèse déraille. Elle reprend son souffle. L’espoir me gagne. Hélas, elle repart de plus belle. Elle s’enfuit soudain en courant. Je l’entends dévaler les escaliers. Ses cris s’arrêtent net ; Mme Lenoir sait comment gérer les crises d’hystérie. Je savoure cette délicieuse accalmie. Quel bonheur pour les oreilles ! L’état de grâce dure cinq secondes. Jusqu’à ce que je me retourne et me retrouve face à mon cadavre. Je tairai la panique qui s’est emparée de moi. Les bonds de cabri qui m’ont emporté à l’autre bout de la pièce ne me rendent pas justice. Ni le timbre suraigu que ma voix a adopté. Quelques minutes plus tard, je commence à admettre la macabre réalité : je suis un fantôme ! J’ai toujours été très réactif, l’une de mes nombre uses qualités. Des dizaines de questions tourbillonnent dans mon esprit. Pourquoi puis-je m’asseoir et non attraper des objets ? Combien de temps l’affaire va-t-elle durer ? Pas po ur l’éternité, j’espère ! Je ne vais pas regarder les autres continuer à vivre, attendre que l’un d’eux me rejoigne. Je ne compte pas errer et m’abandonner au désœuvrement. Puis-je communiquer avec les vivants ? Thérèse ne m’a pas entendu. C’est ennuyeux. Je songe à ma famille. Sans moi, ils vont tourner en rond, agir en dépit de tout bon sens. Ils ont besoin de mes conseils ! La porte s’ouvre de nouveau, sur Lenoir cette fois. Le majordome vient probablement vérifier les dires de Thérèse. D’ordinaire impassible, son visage affiche une franche incrédulité. — Alors, c’est vrai ? demande Mme Lenoir depuis le couloir. Thérèse a dit qu’il était froid comme un frigidaire. À grandes enjambées, Lenoir s’approche de mon lit. Il prend mon pouls. Je frémis de le voir
toucher mon cadavre. — On dirait, conclut-il. Redescends à l’office et appelle le médecin, qu’il vienne le plus vite possible. Je vais fermer la porte à clé. Pas questi on que tout le monde se rince l’œil et fouine partout ! Je dois aussi prévenir M. Cyril. Le masque neutre est réapparu. Il est rassurant de constater qu’on peut se reposer sur Lenoir en toutes circonstances. Un vrai roc. — C’était quand même un beau fumier ! lâche-t-il soudain. Comment ose-t-il ? Le couple Lenoir parti, je fais les cent pas dans la chambre. Je suis le pilier de la maison, le moyeu autour duquel elle tourne. Q uasiment aucune décision ne peut se prendre sans que je sois consulté. Toute ma vie d’adulte, je me suis sacrifié pour le bien-être des miens ! À la réflexion, j’ai sûrement mal compris. Lenoir ne se permettrait jamais de dire du mal des morts, il est trop stylé. C’est réglé : il n’a pas fait cette odieuse remarque. Il semblerait que les oreilles astrales ne soient guère fiables. Je jette un œil à la pendule. Bientôt sept heures. Il serait temps que je sorte de cette pièce. Je dois faire le tour de la maison, vérifier qu’il n’y a pas de crise de panique et que mon fils Cyril appelle les pompes funèbres Lefebvre et non les Coquen. Des voleurs, ceux-là ! Je l’ai constaté lors du décès de Cynthia. Oh, j’espère aussi qu’il pensera à avertir Maître Poirier pour le testament ! Quand je songe que j’ai légué mon entreprise à cet incapable de Cyril. Toujours à choisir la mauvaise solution ! Il va me couler l’affaire en un ou deux ans. J’enrage ! Le discours de Maître Poirier résonne dans mes souvenirs : « Votre fils n’a que vingt-quatre ans, il manque d’expérience. Vous êtes encore jeune, vous avez largement le temps de le former. » Il a perdu là une occasion de se taire. Encore jeune, mais mort. Il manque d’expérience ? Tu parles, il manque d’intelligence, de cran, de dynamisme ! Il est… Tiens, le voilà justement avec Charles Pasquier, le médecin. Mon fils marche comme ces petits vieux, le corps en zigzag. Redresse-toi ! Rentre le ventre ! Il m’exaspère. Voir le médecin pratiquer mon examen post-mortem ne me tente guère. Je préfère sortir. J’inspire à fond, prends mon courage à deux mains e t traverse la porte. Je ne ressens rien. Direction l’étage inférieur. Plus d’une heure que je suis réveillé et c’est seulement maintenant que je pense à Clarisse, ma femme. Pardon, ma veuve ! J e la trouve effondrée dans le petit sofa jaune de sa chambre. Bien qu’un peu rougis, ses grands yeux gris éclairent son joli visage et s’accordent à merveille avec ses cheveux cendrés. Inutile de pr éciser que je ne l’ai pas épousée pour son intelligence ! Clarisse gémit et se tamponne les paupières de son mouchoir en dentelle. Tante Agathe, le dos bien raide comme toujours, lui tapote la main presque affectueusement. — Voyons, ma chère… Ça doit lui écorcher la langue. Elles n’ont jamais pu se supporter. — Soyez forte ! Vous vous devez d’affronter cette épreuve avec dignité et tenue. Thomas aura besoin de pouvoir compter sur vous. Vous devez lui offrir une épaule solide pour qu’il épanche son chagrin, une épaule à laquelle il s’accrochera, qui lui permettra de continuer à avancer sans son père… Quelles banalités affligeantes ! Voilà presque vingt ans que Tante Agathe nous serine à longueur de journée que l’épaule solide, dans cette maison, c’est elle. Les sanglots de Clarisse montent d’un cran. — Une bonne tasse de thé relevée d’une goutte de ce cognac que Roger appréciait tant, voilà ce qu’il vous faut ! Les sanglots se transforment en beuglements. Je m’éclipse, vaincu par le bruit.
Tante Agathe est en fait la tante de ma défunte épouse Cynthia. Elle a débarqué ici en 1932 avec sa valise pour l’enterrement de ma première femme. Vieille fille, le teint jaune, le cheveu jadis noir et raide, aujourd’hui gris fer, le nez en bec d’aigle, elle a décrété que sa mission était d’élever les enfants de sa nièce. Ainsi, après les funérailles, elle est restée. Je ne l’entendais pas de cette oreille, bien sûr. C’est là l’une des rares bataill es que j’ai perdues. Tante Agathe est plus têtue qu’un mulet. Après quelques éclats au début, je lui ai rapidement laissé les rênes de l’éducation de mes enfants. Éducation rigide, ponctuée de valeurs morales fortes, le tout parsemé de messes bihebdomadaires. Comme il se doit, les enfants sont allés dans des écoles privées coûteuses et revenaient de pension trois fois l’an. Il y a dix ans, profitant que Cyril et Jeanne étaient au pensionnat pour les trois mois à venir, Tante Agathe s’est autorisée des vacances. Elle a ressorti sa valise poussiéreuse du placard où elle l’avait entreposée lors des obsèques de Cynthia, l’a remplie de jupes de tweed, de chandails et de tout l’attirail de la vieille fille et est partie au fin fond de la Creuse, à Monteil-au-Vicomte. Tante Agathe n’aime pas être désœuvrée. Il ne faut donc pas s’étonner si au bout de deux jours de vacances, elle a pris en main le catéchisme et l’entretien du presbytère. Il paraît que le pauvre curé ne s’en est jamais remis et a postulé comme mission naire en Côte d’Ivoire. Au retour de la mégère, deux mois plus tard, je m’étais remarié avec Clarisse, ma secrétaire. Après avoir manqué s’étrangler de fureur, Tante Agathe a jeté sa valise, jurant qu’on ne l’y reprendrait plus. J’en ai ri pendant des semaines. Tout de suite, les relations entre les deux femmes ont été tendues. Clarisse trouvait ma tante trop envahissante et a manœuvré une année entière afin de la contraindre à déménager. En vain ! Tante Agathe, de son côté, jugeait ma femme désespérément idiote et estimait qu’elle m’avait épousé par pur intérêt. Les tensions se sont aggravées à la naissance de Thomas, il y a bientôt huit ans. Tante Agathe a tout naturellement voulu s’occu per de l’éducation du petit. Échec là aussi ! Match nul. Depuis, elle mange dans sa chambre, prétextant que son genou la fait trop souffrir pour descendre les escaliers trois fois par jour. Lorsqu e, par malchance, Clarisse et Tante Agathe se croisent, elles déploient un assaut d’amabilités qui n’en trompe aucune. Je remonte rapidement. J’aimerais quand même savoir de quoi je suis mort. Il n’y a pas de problèmes cardiaques dans la famille. Personne dans la chambre. Zut, je les ai ratés. En me dépêchant, je parviendrai peut-être à les rattraper sur le perron. J’arrive au moment où Cyril et le docteur Pasquier se serrent la main. — Je vais faire le nécessaire pour l’enlèvement du corps. Je vous communiquerai les résultats de l’autopsie demain jeudi au plus tard, dit le médecin avant de monter dans sa voiture. Autopsie ? Ils vont me découper ? Quelle barbarie ! Je suis mon fils aîné alors qu’il rentre dans la maison. Il se dirige vers le grand salon. — Cyril ! Attends ! Jeanne l’appelle depuis le palier du premier étage. Elle dévale l’escalier et nous rejoint, un peu essoufflée. — Alors ? De quoi le vieux est-il mort ? — Pasquier l’ignore. Peut-être d’une crise cardiaqu e. Seule l’autopsie pourra le confirmer. Pasquier semblait un peu surpris. Papa n’était passivieux que ça ! Ma fille a le bon goût de s’empourprer légèrement. À voir mes deux enfants côte à côte, on ne peut douter qu’ils soient frère et sœur. Les cheveux noirs et soyeux, hérités de leur mère, tranchent sur leur carnation pâle et encadrent les mêmes traits fins. Pourtant, ils sont très dissemblables de caractère. La mollesse et l’extrême prudence de Cyril se transforment en dynamisme et impulsivité
chez Jeanne. Comme moi à son âge. Ah, si seulement elle avait été un garçon ! L’expérience et mes conseils en auraient fait un redoutable homme d’affaires. Hélas, au lieu d’un glorieux avenir, seule la ruine attend ma fabrique de textile maintenant que Cyril est à sa tête. — As-tu prévenu Maître Poirier ? interroge Jeanne. — Pas encore. Le cadavre de notre père est encore c haud et toi, tu t’inquiètes de son testament ? — Évidemment ! Tu ne me feras pas avaler, à moi, que ce n’est pas la première chose à laquelle tu as pensé lorsque tu as appris sa mort. — Eh bien, désolé de te contredire, ma chère sœur, mais quand Lenoir est venu me trouver, j’ai éprouvé du chagrin, rétorque Cyril avec une pointe d’acidité. Avant d’ajouter : — J’aimais Papa, malgré sa rudesse et ses mots durs. — Tu me surprends, Cyril ! Moi, je crois que je m’en remettrai assez vite et je ne serai pas la seule. — Jeanne ! Je viens de te dire que le décès de Papa m’affecte beaucoup. Ma fille éclate de rire. — Je ne parle pas de toi, idiot ! Je te parie que l a poule de luxe ne restera pas veuve bien longtemps. J’ai même dans l’idée que le futur époux n’est pas très loin. — Jeanne, arrête ! Attends au moins que l’enterrement ait eu lieu avant de médire. — Quand est-ce qu’on mange ? répond Jeanne d’un air angélique.
Chapitre2
Jeles laisse s’éloigner. Cyril disparaît dans l’office et Jeanne entre dans la salle à manger. Je ne sais trop que penser de cette conversation. Si la réaction de Cyril est conforme à son caractère, celle de Jeanne, par contre… Qu’espérait-elle tirer de son frère en feignant de ne pas se soucier de mon trépas ? Et cette remarque sur Clarisse, que signifiait-elle ? Je pénètre dans l’office à mon tour. Cyril est assi s à la grande table, les mains autour d’une tasse de café fumant. Mme Lenoir dépose devant lui une assiette de biscuits juste sortis du four. — Tenez ! Vous les aimiez tant quand vous étiez enfant. Cyril la remercie. Son regard se perd dans les volu tes qui s’échappent de sa tasse. Il s’empare d’un gâteau et joue distraitement avec au lieu de l ’amener à sa bouche. Tant de faiblesse m’écœure. Je préfère suivre Lenoir. Nous empruntons l’escalier de service. Il frappe doucement à la porte de Clarisse. Assise à sa coiffeuse, ma femme promène lentement sa brosse parmi ses belles boucles. Elle est seule. Finalement, Tante Agathe n’aura pas tenu longtemps avant d’avoir son content d’hypocrisie. À moins que Clarisse ne l’ait mise à la porte ! Je la dévisage. Cette histoire de futur époux me taraude. Toute trace de larme a déserté ses yeux. Sa bouche avait-elle ce pli dur, avant ? — Madame, M. Cyril vous fait dire qu’il souhaiterait que la famille se réunisse pour le petit-déjeuner… — Je n’ai pas faim, le coupe-t-elle. — Il désire discuter avec vous des dispositions à prendre en vue des funérailles, ainsi que pour la lecture du testament, continue Lenoir, imperturbable. — Si cela concerne ce pauvre Roger, c’est différent . Dites-lui que je descends dans cinq minutes. — Bien, Madame. Il se retire, sans doute pour transmettre le même message aux autres. Ai-je manqué quelque chose dans la cuisine ? Cyril a semble-t-il pris une décision intelligente. Ce matin, je vais de surprise en surprise. Clarisse met un temps infini à se pomponner. Qu’est-ce que cela m’exaspérait, de mon vivant ! Ma veuve se lève, s’autorise un dernier regard en direction du miroir. Oui, toujours aussi belle et soignée. Sa robe noire souligne la délicatesse de sa taille et tombe de façon exquise sur ses jambes fines. Le deuil lui va à ravir ! Puis, nous descendons tous les deux dans la salle à manger, donnant l’apparence d’un couple uni. À ceci près qu’elle ne me voit pas… Nous arrivons les derniers. Tous les autres, Tante Agathe, Cyril, Jeanne, mon cousin Stéphane et mon vieil ami Henri sont déjà attablés. Seuls le petit Thomas et sa gouvernante Lydie sont absents. Clarisse s’assoit. D’un signe de la tête, elle invite Thérèse à servir le café et les viennoiseries. Pendant quelques minutes, on n’entend que le bruit des cuillers qui tournent dans les tasses, le tintement des couteaux sur les pots de beurre et de confiture. Un petit-déjeuner silencieux, comme une veillée funèbre. Je mets ces instants à profit pour les détailler. Tante Agathe se tient bien droite, les lèvres pincées, égale à elle-même. Cyril, très nerveux, ne cesse de faire tomber son morceau de marmelade de sa cuiller. L’envie de lui tartiner sa tranche de pain grillé me démang e. Si seulement j’en étais capable ! Je ris brièvement en imaginant son air ahuri devant une tartine en lévitation au-dessus de son assiette. Jeanne est avachie sur son siège ; elle tient sa tasse d’un geste négligent. Cependant, dès que