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Elle a des fringues bizarres ta mère

De
108 pages

Une petite fille découvre le monde par le filtre de la folie de sa mère, cris et fureur, silence et non-dit, les phases se succèdent dans le huis clos effrayant d'une famille où les repères spatio-temporels se brouillent au fil de l'errance maternelle. L'insouciance est-elle encore possible ?

Publié par :
Ajouté le : 01 novembre 2010
Lecture(s) : 14
EAN13 : 9782296710894
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LA DECOUVERTE DU MONDE
  
    



Pâté de lapin



Le tout premier souvenir qui te vient de la perception
de ce que tu pourrais qualifier de fêlure dans la trame
continue des années de ta vie débutante c'est celui de ta
maman qui pour toi constitue à elle seule le monde ou
plutôt l'univers infini.

Tu dois avoir tout juste deux ans, elle te raconte une
histoire de lapin. Tu es lovée, enroulée tout contre elle, au
plus près de sa chaleur, de son amour, sentiment
océanique, retour aux origines du monde.

Quelque chose dans sa voix, ce petit quelque chose qui,
tu le comprendras vite, annoncera toujours le changement,
le renversement vers un univers intérieur, effrayant,
incompréhensible, l'univers de la folie. Ce petit quelque
chose te fait basculer dans une terreur sans nom. Tu
quittes ce qui était, une seconde plus tôt, le cocon
protecteur du corps de ta mère et tu t'enfuis loin d'elle. Tu
te retournes et tu la vois, vêtue de son peignoir de pilou
bleu pâle strié de lignes sombres, tu la sens derrière toi.
Elle a un couteau à la main et court en criant qu'elle va te
couper en morceaux et te mettre dans la terrine et te
transformer en pâté de lapin. Tu te retournes encore une
fois, tu n'y crois pas, dans ta tête de toute petite fille, tu
sais que ce n'est pas possible qu'une maman tue son
enfant, car tu sens déjà qu'il est, là, question de vie ou de
mort, mais ce que tu vois ce sont ses cheveux noirs dressés
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comme des piques et son si joli visage maintenant tordu et
laid à faire hurler et dans ses yeux, de vert mordoré
devenus noirs, c'est la rage et la fureur.

Ce que tu vois c'est le visage terrible de la folie.

Ces mots, tu ne pourras plus jamais les entendre ou les
lire sans ressentir cette peur viscérale, archaïque, cette
peur sans nom, une fraction de seconde, ensuite elle
refluera pour s'endormir, s'oublier jusqu'à la prochaine
rencontre de ces trois petits mots inoffensifs, pâté de lapin.





















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