Emma Morison en Ecosse

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Emma Morison n’est pas une psychiatre ordinaire. Elle mène de dangereuses enquêtes policières. Elle vit et possède un cabinet de psychiatre dans la ville d’Olympia dans l’État de Washington d’Amérique. Ses amies les plus fidèles sont Angela, Kathy et Jessica. Dans les Alpes suisses, Emma Morison a investigué sur des personnes disparues. En Toscane, elle a résolu une énigme spéciale. Au Japon, elle a découvert une secte éco-terroriste. En Ecosse, invitée à un mariage qui tourne à la tragédie, elle vivra dans un château hanté. Dans cette nouvelle aventure, elle s’attaque à des crimes sanglants, à des décapitations.

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Date de parution 18 octobre 2018
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EAN13 9782312055794
Langue Français

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Emma Morison
en Ecosse
Noëlle Ribordy
Emma Morison en Ecosse
LES ÉDITIONS DU NET
126, rue du Landy 93400 St Ouen
© Les Éditions du Net, 2017
ISBN : 978-2-312-05579-4
Mes sincères remerciements vont :
À ma fille Eléonore, professeure, ma première lectrice et conseillère.
À Jean-Jacques Michelet, journaliste pour ses précieux conseils.
Au pays de sa Majesté, l’air était aussi maussade que le visage renfrogné de la reine
qui déambulait sur la pelouse parfaitement entretenue de son château en Ecosse. L’image
d’Epinal relayée par les journaux et TV du monde entier était bien ancrée dans les
croyances populaires.
Et pourtant contrairement à l’adage très spécial et incompréhensible pour toute
personne étrangère à l’Angleterre : « il pleut des chats et des chiens », le ciel du
Royaume-Uni, en ce jour de septembre était d’un bleu royal.
Après être descendues de l’avion à l’aéroport d’Edimbourg, en provenance des
États-Unis, Emma Morison, accompagnée de Kathy, se dirigea vers la voiture de location
garée sur le grand parking situé à proximité du tarmac.
Kathy, avec sa coupe de cheveux à la garçonne qui lui seyait si bien, regardait
autour d’elle et découvrait ce nouveau continent, avec des lacunes géographiques
évidentes, comme toute Américaine qui se respecte. Elle avait répondu à une invitation
qui ne se refusait pas, car elle aimait les châteaux et les légendes. Le Royaume-Uni lui
offrait des châteaux plus qu’il n’en fallait et surtout une icône, la princesse Lady Di.
Kathy avait proposé aux inséparables amies d’Olympia, Angela, avocate à la cour,
Jessica, chirurgienne à l’hôpital régional et bien sûr Emma Morison de l’accompagner
dans ce voyage. Seule la psychiatre Emma répondit présent sans connaître exactement le
but de cette pérégrination. La célébration d’un mariage aurait lieu en Ecosse fut la
réponse laconique de Kathy.
En route pour Edimbourg, à vive allure, cheveux au vent, Kathy pilotait la voiture
décapotable avec une inconscience qui donnait des sueurs froides à Emma. La conduite
à gauche au Royaume-Uni pour les sujets de sa majesté restait une banalité qui pouvait
devenir un vrai danger pour tout étranger peu habitué à ces coutumes.
Kathy ne se souciait pas de cette bizarrerie. Elle fonçait avec l’audace d’une
conductrice chevronnée certes, mais avec beaucoup de culot et risquait l’accident à
chaque instant. Et en plus, bavarde comme une pie, elle racontait et déroulait le fil de sa
vie n’omettant aucun détail du plus banal au plus piquant. Emma Morison l’écoutait
avec attention, tout en disciplinant ses longs cheveux décoiffés par l’air vivifiant du
pays. Puis une image s’interposa entre elle et le paysage qui défilait. Un serrement au
cœur la saisit à l’évocation des moments passés avec Hiro Mistubishi, son amant du Pays
du Soleil levant. L’éloignement ne contribua pas à l’apaisement de ses sentiments. Ils
étaient aussi vifs et intenses que lors de leur séparation à Tokyo. La mission qu’elle avait
menée au Japon avait laissé des traces et elle se demandait si Kathy, qui avait eu une
relation amoureuse avec Hiro, ressentait la même émotion qu’elle. Sa réflexion fut
interrompue par l’interpellation de Kathy :
– Emma, j’ai besoin d’une consultation.
Surprise, la psychiatre tourna la tête vers Kathy. Son air sérieux tranchait avec la
mine espiègle et souvent ironique qu’elle présentait habituellement. Et, tout de go, Kathy
lui annonça :
– Je suis attirée par les filles, Docteure.
Emma resta figée un instant sur son siège. Était-ce de la provocation ?
– Je ne plaisante pas.Le trouble d’Emma s’estompa et laissa la place à son professionnalisme, mais elle
se demanda si le lieu, en l’occurrence une autoroute, était propice à entamer une
discussion sur un sujet aussi personnel. Kathy s’aperçut de son embarras et la rassura :
– Ne crains rien, j’ai de bonnes aptitudes de pilote automobile. Le GPS est installé,
je conduis les yeux fermés.
Kathy éclata de rire sur son trait d’humour.
Emma Morison se demanda comment elle allait aborder cette analyse avec son amie
qu’elle connaissait depuis l’enfance, qu’elle semblait bien connaître avant cette
déclaration. Les patients qui se sont présentés à son cabinet pour être traités sur le sujet
de l’homosexualité avaient reçu de sa part des conseils avisés et il n’en saurait être
autrement pour Kathy. Même si des liens d’amitié très forts les unissaient, son approche
d’analyste devait être rigoureuse en tous les cas.
– Ne me fais pas la morale, Emma. Sur ce point-là j’ai donné. Avant de t’avouer
mon penchant pour les femmes, j’en ai parlé à mon confesseur, le Père Petterson. Il m’a
fait le discours éculé des religieux outrés sur les déviances sexuelles. Sa mise en garde
contre ces amitiés particulières a été menaçante à un tel point que je fais des cauchemars.
Je le cite : « Ma fille, la colère de Dieu s’abattra sur toi, pauvre pécheresse, tu conduis
l’humanité à sa perte »,
– Tu parles du même Père Petterson qui nous confessait lorsque nous étions
enfants et adolescentes ? Tu aurais pu choisir quelqu’un d’autre. Le Père Petterson nous
connaît bien, car il nous donnait des cours de religion. Il était d’un abord froid et austère
avec les paroissiens qui fréquentaient son église et les tançait vertement. Nos amies
Jessica, Angela et nous-mêmes allions régulièrement lui raconter nos péchés. Tu t’en
souviens, précisa Emma à Kathy. Avant d’entrer dans le confessionnal, nous mettions au
point la liste de nos péchés.
– Oui, oui, même un jour il était furibond à l’énoncé de mes fautes. J’ai dû
dépasser les bornes. Le Père Petterson m’a réprimandée : « Tu racontes des sornettes.
Tu blasphèmes, Kathy, fous-le camp d’ici et que je ne t’y reprenne plus ». Et, encore
aujourd’hui, même si mes amitiés ne sont pas très catholiques, j’ai passé l’âge des
sermons, n’est-ce pas, Emma ?
– Tu t’es adressée à la mauvaise personne. Le Père Petterson n’est pas l’homme
d’église le plus ouvert. Comme nous faisions partie de la communauté minoritaire
catholique, la tradition était de participer aux messes et à l’enseignement religieux
dispensé par le Père Petterson. Ses idées étaient très strictes. Avec l’âge, il ne s’est pas
amélioré, selon les dires de certains de ses paroissiens. Il raillait la nouvelle orientation
de l’Eglise et avait un profond mépris pour les initiateurs du Concile du Vatican.
Kathy regarda Emma d’un œil interrogateur.
– Où veux-tu en venir ?, lui dit-elle tout en étant plus attentive à la circulation assez
fluide de cette matinée.
– Grâce au Concile du Vatican les progressistes furent satisfaits de l’élan de
modernisme que l’Eglise prenait tandis que les traditionalistes tels que le Père Petterson
enrageaient. La nouvelle doctrine en lieu et place de condamner sévèrement les mœurs
de la société penche plutôt pour la miséricorde. Sa colère s’amplifiait à l’encontre des
traîtres de l’Eglise de St-Pierre. Il a eu une petite satisfaction, car l’Eglise rejetait la
sexualité hors mariage et considérait la liberté sexuelle dangereuse. Pour l’Eglise, le
plaisir charnel est malsain. La relation physique entre un homme et une femme doit sefaire pour la conception d’un enfant et non pour le plaisir sexuel de chacun. Et toi
Kathy, tu révèles au Père Petterson ton homosexualité.
– Avec tes explications, la lumière commence à jaillir, répondit Kathy mi-figue,
miraisin. Je commets donc un grave péché, le péché de la chair.
– Cela ne fait aucun doute pour le Père Petterson. Tu aurais dû t’adresser
directement à moi.
Un air de gravité s’afficha sur le visage de Kathy :
– À toi, mon amie, ma sœur de cœur à qui je confiais mes aventures, mes histoires
d’amour d’ici et d’ailleurs.
– Tu veux parler de Hiro Mistubishi. Emma trouva le courage de citer le nom de
son amant, l’ex de Kathy.
– Tout cela me semble si loin et le souvenir de ces liaisons ont le goût sucré du fruit
défendu que j’ai croqué à pleines dents, consciente du plaisir que cela me procurait.
Peut-on me qualifier de fille légère, de femme inconstante ?
– Je ne suis pas le Père Petterson. Il a soi-disant pour mission de sauver les âmes
mais il ne manque pas l’occasion d’enfoncer le clou de la culpabilité pour détenir la
destinée des pécheurs entre ses mains.
Débarrassée du remords qui la tourmentait au sujet de sa relation avec Hiro, le
sismologue réputé du Japon, Emma était heureuse de constater que les anciennes
relations amoureuses de Kathy n’étaient qu’une joyeuse parenthèse dans sa vie. Ainsi,
elle recevrait avec toute l’attention voulue ses confidences.
– As-tu le sentiment de faire quelque chose de mal ?
Emma Morison testa d’abord le ressenti de Kathy.
– Es-tu désemparée ?
Le tempérament impétueux de son amie, son caractère libre étaient des éléments à
prendre en compte pour une analyse pointue.
Confiante, Kathy se livra :
– La culpabilité m’a envahie suite aux injonctions du Père Petterson. Avant ma
confession, j’étais plus déstabilisée que désemparée. Je me demandais tout de même si
j’étais normale. Dois-je m’inquiéter, Docteure ?
– Fantasmais-tu sur des relations lesbiennes et, dans tes rêves, imaginais-tu deux
corps de femmes enlacés ?
– Tu veux parler de songes érotiques ? Certainement, mais si ces relations n’avaient
été qu’imaginaires, je n’aurais pas fait appel à ton jugement. Il me semble que j’assume
cette différence sexuelle mais c’est le regard de l’autre et ses remarques assassines qui
me chagrinent.
Kathy poursuivait sa pensée sans que la psychiatre l’interrompe, jugeant nécessaire
qu’elle exprime ses sentiments.
– Le qu’en-dira-t-on, les allusions humiliantes, est-ce que je suis capable de
supporter cette violence ? Jusqu’à quel point puis-je subir un harcèlement avant que ma
capacité de résistance soit altérée ?
Sur l’autoroute menant à la ville d’Edimbourg, Kathy, le visage grave devant les
écueils de la vie, conduisait sans trop de vigilance.
Emma la rassura :
– À tes doutes existentiels, je peux apporter des réponses. De nombreuses
personnes confrontées à ces problèmes d’homosexualité sont dans le même schéma dequestionnement. Une fois l’analyse terminée, mes patients retrouvent leur joie de vivre
et l’envie de faire des projets.
Puis, pour détendre l’atmosphère, la psychiatre fit une allusion à ses talents de
conductrice.
– À ce moment-ci, ta conduite est téméraire, je veux parler de ta conduite
automobile et elle me semble plus dangereuse que tes amitiés particulières.
Kathy lui sourit :
– Aie confiance, et pour ce qui est de ma conduite personnelle, suis-je donc
normale, Docteure ? Selon le Père Petterson : « Dieu a créé un homme et une femme
avec les attributs nécessaires à chacun pour perpétuer l’espèce. Quiconque déroge à cette
règle mérite les flammes de l’enfer ».
Emma Morison lui toucha le bras dans un geste d’apaisement :
– C’est l’aspect moral et les religieux traditionalistes s’en tiennent à cette version
des faits. Ils sont obtus et veulent ignorer l’avancée des recherches scientifiques dans ce
domaine. Ils sont si imbus d’eux-mêmes qu’ils ferment les yeux sur la détresse des
homosexuels en quête de vérité. L’orgueil les aveugle. Ils ne révisent pas leurs
hypothèses de base et ils campent sur leurs positions. En plus de se comporter en
dogmatiques, je dirais en idiots, c’est mon opinion personnelle, les religieux qui osent se
prétendre être des hommes de bien refusent de tendre la main aux personnes en
difficulté. La compassion est une règle élémentaire pour l’épanouissement de l’individu
et le mieux-vivre en société. Le regard méprisant que certains religieux posent sur les
homosexuels aggrave leur sentiment d’exclusion. Il peut être un déclencheur de risque
de suicide.
– Je ne leur donnerai pas cette satisfaction, répondit Kathy, le poing levé en signe
de défi. Et toi dit-elle malicieuse, tu me fais penser à quelqu’un…
Kathy d’un air entendu ajouta :
– À mère Teresa.
Alors que la voiture filait sur l’autoroute à une vitesse raisonnable, Kathy avait levé
le pied pour être à l’écoute de la psychiatre.
– Je suis une thérapeute et mon objectif est de comprendre les états d’âme de mes
patients tout en les soignant, sous un aspect scientifique, bien loin de la mission de mère
Teresa. Je ne suis pas la sainte que tu penses. Les thèses scientifiques sont un appui plus
sûr pour réconforter l’individu dans son développement psychique. Ces théories
écarteraient la déviance sexuelle et, selon les chercheurs on naîtrait homosexuel, car une
partie des facteurs de l’homosexualité serait génétique. Il y aurait une « partie
immunologique, une réaction immunitaire développée par la mère contre l’embryon du
sexe mâle qui affecterait les préférences sexuelles ». Cette nouvelle apporte du baume au
cœur aux homosexuels qui ont été si longtemps montrés du doigt, bannis de la société,
torturés et mis à mort dans certains pays. L’Eglise doit faire son mea culpa et écarter
l’idée qu’il s’agisse-là d’une maladie, d’une perversion. Cette théorie est apaisante,
Kathy, puisqu’elle ôte le sentiment d’anormalité.
– J’ai donc la chance d’être née aujourd’hui dans une société plus tolérante qui
tente de désamorcer les idéologies et de faire la nique aux phobies, soupira Kathy,
soulagée.
– En effet, c’est un grand pas pour envisager l’avenir avec sérénité.
L’homosexualité devient une « variante de la norme ».
– Personnellement, j’assume cette orientation sexuelle. Lorsque j’ai des relationsavec une femme, aucun doute ne me ronge. Par contre, j’ai peur que les gens que j’aime
me tournent le dos.
– Ne prête pas attention au qu’en dira-t-on. Tu reconnaîtras tes vrais amis à leur
fidélité.
– Encore une question qui me tarabuste, Emma, suis-je lesbienne ou suis-je bi ?
– Bien souvent les femmes remarquent sur le tard leur nouvelle orientation
sexuelle, après avoir aimé les hommes. Suis ton chemin avec confiance et tu
t’apercevras que les problèmes se résoudront d’eux-mêmes.
– Et toi, Emma, tes amours pantouflardes avec Harold sont bien loin des miennes
genre montagnes russes ?
Emma ne releva pas la méchante allusion, consciente que l’état psychologique de
son amie était bouleversé. Kathy lançait des piques parfois caustiques mais jamais
mesquines.
– Je vais te décevoir en bien, comme on dit en Suisse, et tu vas être agréablement
surprise. Harold et moi, nous faisons une pause. Nous réfléchissons sur notre avenir.
– J’en étais sûre, s’exprima Kathy, avec enthousiasme. Je disais à nos amies, Jessica
et Angela : il y a de l’eau dans le gaz. Emma nous cache quelque chose ! En t’attendant,
dans notre bar préféré d’Olympia, nous discutions de tes amours et nous pensions que
sous tes airs de vierge effarouchée, tu cachais bien ton jeu. Lors de tes voyages aux
quatre coins du monde, des opportunités se sont offertes à toi, des amants en veux-tu en
voilà et tu n’as rien laissé filtrer. Ce n’est pas sympa !
– Vous vous mêlez de ce qui ne vous regarde pas.
– Ne te vexe pas, ma choupinette.
Kathy regarda Emma d’un air tendre et ambigu :
– Et surtout ne te méprends pas sur mes sentiments envers toi. Je te sens tendue. Et
voilà, s’exclama-t-elle, c’est ce que je pressentais. J’annonce que je suis lesbienne et
chaque femme pense que je la drague.
Emma s’abstint de répondre à la provocation de son amie. Peut-être un jour lui
parlerait-elle de la passion qu’elle avait pour Hiro Mistubishi ? Elle ne pourrait pas
cacher indéfiniment son aventure amoureuse d’autant plus qu’un retour imminent de
Hiro dans sa ville d’Olympia était prévu.
Tout en consultant son GPS, Kathy précisa :
– La distance entre l’aéroport et l’entrée de la ville d’Edimbourg est courte, mais je
pense avoir le temps de poursuivre mon analyse. Je sollicite ton attention, Emma, sur
l’événement le plus marquant de ma vie.
– Je t’écoute, n’est-ce pas là la fonction d’une psychiatre, lui répondit-elle avec
amusement ?
– Mes amours tumultueuses n’ont de secret pour personne jusqu’au jour où j’ai
rencontré Maggy, Maggy Anderson. Je suis tombée follement amoureuse d’elle et j’ai
caché mes amours saphiques. Nous nous sommes vues à l’université d’Olympia où nous
fréquentions les mêmes cours. Nos échanges s’arrêtaient aux civilités d’usage entre
étudiantes. Puis, elle m’interpella et me demanda si j’étais intéressée à travailler avec elle
pour le doctorat. D’emblée, j’acceptai sa proposition qui allait alléger la charge de travail
qui pesait sur nos épaules. Pendant plus de deux mois, nous avons tenté d’enregistrer la
matière de nos cours pour l’obtention du doctorat. Nous avons établi un programme que
nous avons tenu avec rigueur et nous avons étudié jour et nuit avec beaucoup de
concentration. Sûres d’avoir mis tous les atouts de notre côté, nous avons relâché nosefforts et nos fous rires nous jetaient dans les bras l’une de l’autre. Nous nous sommes
rapprochées lors de mes visites régulières. Nous avons échangé des confidences, nos
conversations devenaient de plus en plus intimes et dévoilaient notre personnalité. Je
mets mon cœur à nu, dit Kathy d’une voix anxieuse à Emma qui l’encouragea à
poursuivre.
« Nous avions besoin de décompresser. Nous nous évadions du quotidien en
organisant des sorties festives dans les bars de la ville. Je ne sais pas quand exactement
s’est développé ce sentiment trouble à son égard. Les baisers sur la joue devenaient plus
tendres, plus sensuels, sa peau douce et parfumée enivrait mes sens jusqu’à ces
picotements au bas du dos qui me procuraient un délicieux agacement. Un soir, l’étreinte
entre Maggy et moi ne s’est pas desserrée et le baiser qu’elle a posé sur mes lèvres m’a
fait chavirer. Cette nuit-là, Maggy m’a révélé son penchant pour les femmes et son
homosexualité assurée ».
– Emma, je te fais découvrir des choses que j’ai cachées.
Tout en donnant un coup d’œil au GPS, Kathy changea d’attitude. Elle devint
rêveuse et se souvenait.
Dans le spacieux studio, le blanc et le beige, les couleurs préférées de la maîtresse
de maison se mariaient harmonieusement et créaient une atmosphère cosy. Sur les murs
d’un blanc immaculé étaient suspendues de grandes fresques modernes ramenées de
voyages autour du monde. Peu de meubles, deux poteries chinoises étaient les seuls
joyaux de décoration. Ce style épuré seyait à Maggy. Grande sportive, elle adoptait des
tenues vestimentaires naturelles, conformes à ses goûts simples. Ce soir-là, Maggy
poussa doucement Kathy sur le lit tout en l’embrassant sur les yeux, dans le cou. Sa
langue pénétra sa bouche qui ne se déroba pas. Les mains expertes de son amie
caressèrent ses seins et descendirent jusqu’à son entrejambe qu’elle écarta avec autorité.
Kathy ne résista pas à son amie, femme libérée, vive et enjouée ; celle-ci assumait ses
choix sexuels et lui dévoilait une autre facette de l’amour. Kathy se lança à corps perdu
dans cette aventure ne sachant si elle allait se brûler les ailes. Ce fut un premier envol
vers l’inconnu qu’elle choisit en se débarrassant de ses angoisses. Elle s’autopersuada
que les conséquences de ses actes ne la déshonoreraient pas, car elle ne trichait pas avec
ses sentiments.
Emma Morison se garda d’interrompre Kathy dans ses réflexions. Alors que la
voiture s’engageait sur l’artère principale Princes Street, la psychiatre regardait le
paysage. Edimbourg présentait deux visages : la nouvelle ville avec ses maisons à
l’architecture élégante géorgienne contrastait avec les anciennes bâtisses austères de
l’époque. La foule jeune et animée qui se déversait dans ces rues chargées d’histoires
tourmentées apportait un souffle nouveau.
La diversité des types humains dans le Nord du Royaume-Uni était déconcertante et
attrayante. L’Ecossais roux côtoyait l’Asiatique aux yeux bridés et personne ne se
focalisait sur leur différence. La bonne entente régnait dans ce milieu cosmopolite car
l’échange verbal favorisait les contacts humains grâce à la langue universelle, l’anglais.
La ville d’Edimbourg fourmille d’activités pour les jeunes du monde entier venus en
grand nombre étudier dans les Universités de renommée internationale.
Emma Morison, plongée dans la contemplation de la ville et du château
d’Edimbourg, une forteresse imposante surplombant la cité, abritant les vestiges des
fiers guerriers écossais face aux Anglais, fut tirée de sa rêverie par la voix de Kathy :
– Vraiment, le GPS est indispensable pour trouver la juste direction, on ne
remerciera jamais assez son génial inventeur ! Emma, ajouta-t-elle, nous approchons denotre destination. Devant ta moue dubitative et ton regard réprobateur, je te donne enfin
les précisions que tu attendais au sujet de ce voyage imprévu. Un instant, dit-elle, je dois
me concentrer sur la lecture du GPS. Ah ! voilà, George Square, s’exclama-t-elle,
l’endroit de l’université d’Edimbourg. Voilà la première étape ! Neil et Stuart doivent
nous attendre sur le parking destiné aux étudiants. Emma, regarde si tu les vois, dit
Kathy en retirant de sa poche une photo représentant deux jeunes hommes.
Le mystère s’épaississait, pensa la psychiatre.
– J’ai rendez-vous ici avec ces deux universitaires, signifia Kathy à son amie, tout
en garant sa voiture. Elle venait de couper le contact lorsque deux silhouettes
s’approchèrent de la voiture avec circonspection.
Grands et plutôt séduisants, les jeunes se ressemblaient. À n’en pas douter, ils
étaient frères. Avant d’ouvrir la portière, Kathy, légèrement déstabilisée par cette venue
si soudaine, s’adressa à Emma avec un ton péremptoire.
– Pour que tu ne mettes pas les pieds dans le plat, je te donne une information.
Dans un débit de paroles accéléré, elle raconta : il s’agit des deux fils de la professeure
Doreen Grant, celle qui me donnait les cours de droit international à l’université
d’Olympia et aussi à mon amoureuse, Maggy. Le mariage auquel nous sommes invitées
unira les destinées de Maggy et de Doreen, termina Kathy, soulagée qu’elle ait pu placer
l’essentiel des nouvelles que la psychiatre devait entendre.
Après s’être présentés brièvement devant l’ensemble des bâtiments à l’architecture
prestigieuse de l’université d’Edimbourg dont la renommée est tout aussi célèbre, Stuart
et Neil montèrent à l’arrière de la voiture.
Kathy prit les choses en main. Elle aimait conduire les voitures mais aussi prendre
la direction des événements inédits. Alors qu’elle s’en retournait sur la rue South Bridge,
elle consulta son GPS et annonça à haute voix :
– Notre prochaine étape, le château de Chillingham !
Emma n’eut pas le temps de rassembler ses idées, juste une piqûre de rappel, se
ditelle, pour intervenir à bon escient. Elle avait bien enregistré que Maggy Anderson,
l’amie lesbienne de Kathy allait convoler en justes noces avec Doreen Grant.
Dans l’habitacle de la voiture depuis peu recouverte du toit escamotable, les fils de
Doreen Grant, Stuart et Neil, peu causeurs, espéraient que le silence de plomb qui s’était
abattu se brise. Emma eut un pincement au cœur de ne plus pouvoir circuler à ciel
ouvert, car elle avait pu découvrir avec un plaisir non égalé la beauté et les spécificités
de la ville d’Edimbourg. Quant à Kathy, fidèle à elle-même, elle s’empressa de nouer le
contact et de faire plus ample connaissance avec les nouveaux venus :
– Enfin, dit Kathy enjouée, j’ai la joie de vous rencontrer, mais dites-moi qui est
Stuart, qui est Neil ? Votre ressemblance est frappante :
Le premier à répondre leva son index :
– Je suis Stuart.
La barbe tendance de trois jours que portaient l’un et l’autre accentuait leur côté
viril et négligé.
– Oui, dit Kathy sceptique, mais donnez-moi une autre caractéristique que je puisse
vous différencier.
– Il a les yeux foncés, répliqua Neil et en plus quelques cheveux gris, ajouta-t-il
amusé. C’est à cause de moi, son plus jeune frère, je lui donne du fil à retordre.La mine volontairement outrée de Stuart le fit éclater de rire.
– Et vous, vous avez les yeux clairs remarqua Emma.
– Vous êtes une bonne observatrice, dit Neil moqueur.
– Une bonne observatrice du corps et du cœur rajouta Kathy. Voici Emma Morison,
elle a le coup d’œil, il s’agit de ma psychiatre préférée, et moi, appelez-moi Kathy, en
toute simplicité.
Avec sa logorrhée habituelle, elle ne laissa ni le temps ni le loisir aux occupants de
la voiture de développer un quelconque sujet autre que celui imposé par elle-même. Et
celui-ci se portait exclusivement sur la célébration du mariage de Doreen et Maggy.
Emma Morison sentit une crispation chez les frères, spécialement chez Stuart qui se
ferma comme une huître à l’évocation de cette union. La psychiatre sentit un malaise
croissant lorsque le nom de Maggy était prononcé. Lors de la conversation, Kathy était
une femme peu habituée à attendre les désirs de l’autre tandis que la psychiatre se
montrait prudente car il suffisait d’une parole malencontreuse pour que l’entretien
courtois se termine en échanges désagréables.
– Pardon, dit Stuart, mais qui êtes-vous au juste ? Notre mère, n’est-ce pas Neil, ne
nous a jamais parlé de vous !
Décontenancée par ce ton tranchant, Kathy ne sut que répondre alors que la
psychiatre avait prévu cette réaction vive et hostile. Le mariage de leur mère Doreen
avec une autre femme, même si les relations homosexuelles étaient entrées dans les
mœurs, était une situation à laquelle les deux frères devaient faire face.
L’arrogance avec laquelle Stuart apostropha Kathy reflétait un sentiment de
déstabilisation. Il n’avait pas envie de discuter des affaires familiales avec quiconque.
Quant à Neil, plus flegmatique, il essayait de sauver la face tout en esquivant les
questions poliment :
– Notre mère Doreen ne nous a rien dit de spécial, simplement que deux
Américaines viendraient nous chercher sur le campus de l’université. J’espère que vous
ne nous en voudrez pas. Nous n’avons pas l’habitude de nous ouvrir à des inconnues.
La mort de notre père, il y a plus d’une année et maintenant le remariage de notre mère
avec une jeune femme de votre nationalité nous déstabilisent.
Emma Morison et Kathy inclinèrent la tête en signe d’acquiescement.
– Tout cela nous bouleverse et modifie notre mode de vie d’une façon que nous
n’aurions pas imaginée. De toute façon, il n’y a pas d’informations majeures à se mettre
sous la dent. Par contre au château de Chillingham où nous nous rendons, il s’est passé
des événements historiques dramatiques et encore aujourd’hui, les gémissements des
torturés parviennent aux oreilles des hôtes qui ont l’insigne honneur de dormir dans les
chambres de cette forteresse.
– Une histoire à dormir debout. Kathy osa l’humour, après la prise à partie avec
Stuart, le fils aîné qui était resté silencieux depuis l’altercation.
Emma Morison avait vu le film sur William Wallace, Braveheart et se réjouissait de
découvrir les lieux où il avait combattu. Cet homme était le symbole de la liberté des
Ecossais. Et les terres autour du château de Chillingham furent le théâtre des combats
sanglants entre Ecossais et Anglais. Il n’est pas étonnant qu’il y ait dans cette forteresse
comme dans toutes les autres forteresses du Royaume-Uni des manifestations hantées.
Ainsi les fantômes de ces preux chevaliers alimentaient les discussions et les légendes ne
mouraient jamais.***
Majestueux pour certains, « horrible verrue architecturale » pour d’autres, le
château de Chillingham n’en demeurait pas moins une attraction. Son architecture
austère, ses hauts murs gris contrastaient avec un environnement bucolique. Des prairies
verdoyantes et des forêts à perte de vue offraient aux visiteurs un panorama idyllique.
Dans cette forteresse à l’aspect inquiétant, des fantômes erraient dans les couloirs,
des plaintes se faisaient entendre à travers les murs. Les curieux convaincus ou non de
ces apparitions étaient attirés par ces phénomènes extraordinaires.
Kathy laissa les clés de la voiture au portier tandis que la psychiatre, suivie de
Stuart et de Neil, se dirigea vers l’entrée. Ce château fort recevait dans son enceinte les
hôtes d’un ou plusieurs soirs pour des vacances ou pour des manifestations comme la
célébration d’un mariage.
Le petit groupe fut accueilli par le Seigneur des lieux en personne. Un homme
plutôt âgé, habillé d’une veste en tweed à carreaux et d’un pantalon en velours style
british afficha un sourire à leur endroit. Ses manières courtoises, son sens de
l’hospitalité étaient une deuxième nature chez ce châtelain, Lord Bennet, qui avait à cœur
de raconter la grande histoire du Royaume-Uni. Propriétaire de ce domaine, il mesurait
la responsabilité qui pesait sur ses épaules et il s’était senti investi d’une mission :
sauvegarder son patrimoine et honorer la mémoire des ancêtres de la nation.
Les frères Stuart et Neil Grant pénétrèrent dans la cour du château plutôt
indifférents à ce décor alors que Kathy qui les avait rejoints s’extasiait haut et fort.
Emma embrassa le paysage et se demanda où pouvait bien se trouver la frontière
entre l’Ecosse et l’Angleterre. Le château de Chillingham se situait à la limite des deux
territoires où des combats sanglants avaient eu lieu. Puis le groupe se sépara. Les frères
Grant se dirigèrent vers leurs chambres tandis que Kathy et Emma rejoignirent la leur.
Une grande pièce éclairée par deux fenêtres qui donnaient sur un magnifique jardin leur
était destinée. Elles furent étonnées de trouver un tel confort dans un château médiéval.
Emma commença à ressentir des frissons. Elle les attribua à la fatigue du voyage.
Tout d’abord fascinée par le décor prestigieux des lieux, Kathy, à la vue des armures,
des armes impressionnantes, des couloirs en labyrinthe, des escaliers sombres, perdit sa
contenance. Soudainement, elle se sentit mal à l’aise, un sentiment de peur l’envahit. La
lecture de la brochure mise en évidence sur la table de chevet n’arrangea pas les choses :
– Le château est hanté, s’exclama-t-elle.
– Toi qui rêvais de dépaysement, d’originalité dans ta vie, tu ne vas pas être déçue,
lui répondit Emma, ironique.
– Le fantôme des lieux a un nom, Blue Boy. Il se manifeste dès les douze coups de
minuit sonnés.
– En plus des personnes avec qui nous devons faire connaissance ce soir lors du
repas donné par Doreen et Maggy, nous avons rendez-vous avec, comment dis-tu ? Blue
Boy, termina Emma dans un grand éclat de rire.***
D’abord, il y eut l’envoi de la carte d’invitation pour le repas du vendredi 13 à 20 h
et ensuite le faire-part de mariage pour le samedi 14 à 10 h 30. Tous les deux étaient
imprimés sur du beau papier et adressés à Kathy par Doreen Grant et Maggy Anderson.
La mise en page était épurée dans le style d’inspiration anglo-saxonne. Il était mentionné
dans le texte que la tenue vestimentaire, robe longue pour les femmes et costume
sombre pour les hommes était la règle.
Ce soir-là, Emma Morison portait une jupe longue noire et une blouse blanche en
soie et reçut les commentaires de Kathy qui s’était parée d’une robe rouge moulante
avec un décolleté plus que suggestif :
– Emma, nous n’allons pas à un enterrement. Taquine, elle tourna autour de la
psychiatre et lui lança. Elle te fait un joli petit cul. Ainsi, tu peux m’accompagner,
ajoutat-elle, enjouée.
Elles pénétrèrent dans la salle à manger, pour l’instant encore vide de ses invités et
examinèrent la pièce qui ressemblait à un musée. Au fond de la salle, se dressait une
statue d’un chevalier avec sa monture. Revêtu de son armure, le guerrier était là pour
rappeler les époques troubles d’un pays dévasté par la guerre.
Sur les murs, des armes de guerre étaient exposées. Certaines étaient alignées sur un
présentoir pour être à la portée des visiteurs et elles ne laissaient planer aucun doute sur
leur efficacité à tuer l’ennemi. Des hallebardes, des épées de différentes sortes, certaines
avec des pointes, d’autres en forme de hache pour trancher les chairs, étaient de
redoutables armes d’époque.
Les frères Grant firent irruption dans la salle à manger. Stuart semblait mécontent.
Son air morose laissait craindre qu’il fasse un scandale, mais Neil veillait au grain. En
cas d’éclat, il était prêt à réagir. Ce n’était pas la première fois qu’il s’employait à
maîtriser le caractère impulsif de Stuart. Les relations qu’entretenait son frère étaient
souvent tumultueuses avec des écarts de langage qui plombaient l’ambiance.
Des bruits de voix se firent entendre. L’arrivée d’un groupe de personnes rieuses et
de bonne humeur rendit plus chaleureuse cette triste salle. Kathy glissa à l’oreille
d’Emma :
– Voilà Doreen Grant en smoking noir et Maggy Anderson à ses côtés. Ce sont les
seules que je connais. Je suppose que les gens qui les entourent font partie de leur
famille respective. On attend les présentations pour en savoir plus.
Le brouhaha continu des discussions remplit la salle à manger d’une animation
bienvenue. Maggy Anderson balaya du regard la pièce et aperçut Kathy, son
examoureuse. Elle lui fit un petit signe et, après avoir prononcé quelques mots en direction
de Doreen Grant, toutes deux se dirigèrent vers Emma et Kathy.
Frêle et élégante dans son smoking noir, Doreen s’avança vers elles avec un large
sourire. Un visage fin sous de blonds cheveux lui donnait un air juvénile. Emma fit un
petit calcul dans sa tête. Comme toute femme qui rencontre une nouvelle femme, elle
évaluait son âge. Selon elle, les fils de Doreen, Stuart et Neil avaient entre 23 et 25 ans.
– Elle les a eus très jeune, ses enfants murmura-t-elle à Kathy.
Son amie devait suivre le même raisonnement, car elle répondit légèrement irritée :
– Ne te laisse pas impressionner. Doreen a quarante-neuf ans. Je ne comprends pas
ce que Maggy lui trouve. Il ne me viendrait jamais à l’idée d’épouser quelqu’un de plus
âgé, termina-t-elle avec un large sourire et s’exclama :Quelle joie de faire votre connaissance.
Emma comprit son revirement, car les deux femmes arrivaient à leur hauteur et
Kathy faisait contre mauvaise fortune bon cœur. Les présentations déclinées, Emma se
joignit à Kathy pour adresser leurs vœux aux futures mariées :
– Nous avons hâte d’être à demain, répondit Maggy avec un tendre sourire à
Doreen.
Maggy Anderson, fidèle à la description que lui avait donnée Kathy, serra la main à
Emma avec force et la regarda droit dans les yeux. C’était une personne, à n’en pas
douter, très à l’aise dans le rapport avec les autres. Beaucoup de maturité se dégageait
d’elle, pensa Emma qui estima que la différence d’âge n’était pas aussi flagrante,
contrairement aux dires de Kathy, malheureuse d’avoir été évincée par Doreen.
Heureuses, les futures mariées levèrent leur coupe de champagne, boisson
incontournable pour une réception, en l’honneur de leurs amies d’outre-Atlantique.
Après avoir saisi les flûtes de champagne installées sur la table où étaient déposés de
nombreux plats en libre-service, Emma et Kathy en firent de même.
Maggy prit les devants et, en parfaite hôtesse, les invita à se servir. Avec un clin
d’œil malicieux adressé à ses compatriotes, elle précisa :
– Des échos sont parvenus jusqu’en Amérique concernant la cuisine anglaise, alors
j’ai proposé à Doreen de programmer un buffet pour contenter tous les convives.
Doreen Grant ne releva pas la pique. La conversation risquait de prendre une
tournure polémique également sur la qualité de la cuisine américaine. Avec sa voix
douce, elle expliqua :
– Les rivières d’Angleterre sont nombreuses et offrent du poisson frais de qualité,
comme la mer qui nous entoure.
Elle fut interrompue par ses fils, Stuart et Neil, accompagnés de Lord Bennet :
– Ne leur as-tu pas encore dit ? Demain, après la célébration du mariage, au repas,
nous avons du Haggis.
Etonnée, Kathy leva le sourcil en signe d’interrogation.
– Je précise, continua Neil. Il s’agit de la panse de brebis farcie avec un hachis de
cœur, de tripes et de foie d’agneau. Mais, ce plat est un détail en comparaison de ce qui
nous attend cette nuit, n’est-ce pas Lord Bennet ?
– Vos fils sont très curieux, Mme Grant, dit-il avec respect. Ils m’ont bombardé de
questions. Je comprends leur intérêt. Stuart, vous permettez que je vous appelle par
votre prénom, vous êtes étudiant à l’université d’Edimbourg dans la section histoire et
histoire des religions.
– Ces sujets dramatiques dont mon frère est friand, je les lui laisse volontiers.
Quant à moi, j’ai choisi pour ma carrière, les affaires. Mon université se trouve à deux
pas de celle de mon frère.
Stuart haussa les épaules :
– Dérisoire, tu vas mener une vie sans passion !
Avec son savoir-vivre, Lord Bennet ne s’interposa pas. Cette querelle verbale entre
deux frères n’était pas grave.
– La conversation que j’ai eue avec Lord Bennet présente un intérêt majeur,
continua Stuart.