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En route pour Crusadée

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Description

Quatre aviateurs de la guerre du Vietnam sont emmenés malgré eux jusqu’à la planète Crusadée par des extraterrestres rencontrés dans une grotte. Après un long voyage à travers différents univers, et un report d’existence, ils atteignent enfin Crusadée où, en compagnie de leurs hôtes, ils mèneront une vie très différente de leur première période sur Terre. (livre imprimé : 290 pages — ebook : 572 pages)
XI Leur première visite fut pour le musée intersidéral. Ils auraient pu y finir, un jour, naturalisés… Ils virent enfin ces étranges créatures trouvées et prélevées sur la Terre, il y avait bien des années. Elles étaient similaires, en effet, mais en beaucoup, beaucoup plus grand. Des tailles gigantesques ! Certes, ils avaient eu ouï-dire de la découverte sur Terre, au cours des âges, de fort imposants squelettes de forme humaine ; des ossatures de géants, probablement identiques à celles des individus qu’ils avaient à présent sous les yeux. À côté, ils ressemblaient à des lilliputiens, des sortes de tom-pouce, des nabots. Mais cela ne faisait aucun doute, c’étaient bien des terriens devant eux, des compatriotes ayant assurément vécu sur Imohé-8, il y avait des lustres… On s’apercevait que tout était bien terrestre, dans ces représentations d’un autre temps : la forme de la tête, la peau, le regard, la nature des vêtements, les parures… De quelle ère géologique, donc, provenaient ces créatures terrestres, hors normes d’aujourd’hui ? Attendu que, et vraisemblablement, à cette époque devaient être légion ces colossaux homo sapiens… Étant donné que l’on voyait mal comment de précédentes missions auraient pu embarquer des géants s’ils avaient eu de plus petits êtres, forcément plus maniables, à proximité et à disposition !Michael était ébahi : dire qu’il aurait pu être comme cela, aussi grand ! Chaque fois que ces Américains devaient faire face à des réminiscences de leur Terre, leur mémoire terrestre était en partie réinitialisée, ce qui leur permettait d’avoir de singulières sensations, celles d’avoir appartenu à un univers distinct, puis d’être capable de ressenti en présence de représentations imohéennes, sans pour autant en concevoir totalement l’affiliation. Ici, ils étaient crusadéins, comme n’importe lequel habitant de cette planète, en dépit de quelque malformation qui eut pu paraitre pour génétique. Au reste, nul n’y avait fait attention durant leur visite du musée galactique. Sur Crusadée, et particulièrement en public, l’on était…, tout simplement… ; et jamais différent des autres, car crusadéin en premier lieu… Et même si dans les différents médias l’on avait déjà parlé de ces créatures importées d’ailleurs – eux-mêmes en l’occurrence –, bien des crusadéins d’origine, bien des autochtones, n’auraient jamais pensé les croiser un beau matin… Ce fut donc avec beaucoup de sérénité que Michael, David, Jeff et John purent arpenter les nombreuses salles du musée galactique. Or, si les ci-présents gigantesques terriens, comme on le leur avait annoncé au cours du long périple vers Crusadée, étaient empaillés, ce n’était pas toujours le cas d’êtres arrivés d’autres corps célestes. Il y avait ici un authentique dragon, crachant du feu, provenant de la planète Cylocinthus. Comme il puisait son énergie également du cosmos, l’expédition qui l’avait trouvé avait tenté d’emmener un petit. Lequel grandit alors sur Crusadée, en captivité, dans l’enclos qu’on lui avait réservé à l’intérieur du musée galactique. Les flammes aujourd’hui rejetées par la bête permettaient d’ailleurs de chauffer nombre de salles du musée, et c’était déjà autant de gagné ! Il va sans dire que l’on avait toujours pensé que cette créature était légendaire, mythologique. En réalité, elle existait bel et bien sur la planète Cylocinthus, comme, en d’autres temps, de gigantesques animaux avaient peuplé la Terre, tels qu’argentinosaures, platéosaures, diplodocus, allosaures, stégosaures, tyrannosaures, giganotosaures, tricératops, et autres ptérosaures et ichtyosaures… Tous ces derniers étaient également représentés ici, mais sous forme de squelettes, ou de reconstitutions robotisées.Les quatre ex-Américains étaient émerveillés par tout ce qu’ils découvraient au fil des salles. Dans l’une d’elles trônait le « Grand livre de la connaissance universelle », dont une copie ou une partie avait été embarquée dans leur vaisseau. Certaines pages étaient accessibles au plus grand nombre à travers des écrans, d’autres ne l’étaient point, car réservées aux chercheurs et à l’élite. Tandis que, à proximité, un crusadéin consultait quelques feuillets ayant trait à Imohé-8, un étrange sentiment s’était emparé de leur être. Ils ne se sentaient soudain plus pleinement crusadéins mais comme intégrés, incorporés à un autre monde, ou évoluant au sein d’un rêve, ne se sachant ni tout à fait éveillés ni tout à fait endormis. Leur Terre était bien représentée sur l’écran, avec tous ses continents, et les différentes espèces intelligentes dont ils faisaient dernièrement partie. Alors qu’apparaissaient maintenant des vues de leur précédent pays, des détails, cependant, leur échappaient. Ils ne se souvenaient plus de tel ou tel aspect. Et pour cause ! Car certains détails étaient postérieurs à leur départ de leur astre, et survenus entretemps ; pour eux, le temps d’arriver sur Crusadée en ayant, par artifice, économisé leur gradient de vie.Le macène en question (un homme, donc) quitta le visionnage d’Imohé-8 pour une autre planète. Conséquemment et instantanément disparurent leurs réminiscences terrestres. Ils semblèrent comme sortir d’un rêve, se ralliant aussitôt à la réalité du moment. Ils se dirigèrent vers une nouvelle salle, gigantesque, où étaient réunies des maquettes de la conquête spatiale des crusadéins. Cette dernière datait d’époques où l’homme, sur la Terre, logeait encore dans des cavernes ; du reste, conquête attestée par les photos de quelques engins spatiaux remontant à la nuit des temps ainsi que ceux d’autres civilisations cosmiques. Les quatre aviateurs, quelque mémoire antérieure leur revenant tout à coup à ces vues d’un ailleurs, se rendaient alors compte que ce n’était pas demain la veille que des terriens pourraient mettre pied sur Crusadée ou sur diverses planètes aussi lointaines. Il leur faudrait encore des millénaires pour cela, à condition que leur astre ne fût pas même, dans l’intervalle, détruit par un cataclysme, voire la folie meurtrière de ses peuplades.Ils ne purent quitter le musée sans repasser par leurs géants ancêtres, car tel était le parcours prévu par les organisateurs. Leur revinrent de nouveau quelques bribes de leur odyssée terrestre, puis galactique. Leur destin serait-il de figurer un jour parmi eux, empaillés comme de communes bêtes ? se demandèrent-ils… Puis, alors qu’ils étaient emportés par le flot de visiteurs, disparurent à tout jamais leurs souvenirs dès qu’ils se furent éloignés des êtres humains terrestres naturalisés.Durant leur visite, personne n’avait fait attention à leurs différences morphologiques, à leur crâne atrophié et leur doigt manquant. Ravis de leur journée, ils quittèrent bientôt le musée. Ils y avaient passé un bon moment, comme tout crusadéin qu’ils étaient à présent. Ils n’avaient d’autres évocations de leur planète mère que celles qui apparaissaient par intermittence ; comme, sur Terre, lorsque de très rarissimes personnes ont souvenance d’avoir résidé dans tel lieu, des siècles auparavant, et y décrivent des environnements disparus, dont la véracité est quelquefois apportée par d’anciens écrits dont ils n’ont jamais eu connaissance. Telle était à présent leur condition d’être humain sur Crusadée. Ils devraient maintenant mener à bonne fin leur existence sur cet astre comme, sur Terre, ils seraient allés vivre le restant de leurs jours dans un pays inconnu. Les premiers temps, ce serait bien évidemment difficile, car nombre de leurs repères se seront envolés… Et il leur faudrait dès lors faire siennes de nouvelles coutumes, et découvrir un nouveau cadre de vie et s’y faire de nouvelles relations. Retrouver ici, pourquoi pas, des êtres à aimer, et, peut-être aussi, d’autres à détester, si l’environnement crusadéin le permettait. À partir de ce moment, leur existence allait prendre une tout autre tournure. Et ce sont quelques-uns de ces instants privilégiés qui vont vous être à présent contés… * Quand Michael, David, Jeff et John regagnèrent l’appartement d’Onéris, dans le « champignon » d’une partie des Maousou, celle-ci était en discussion avec Mégalion. Mégalion les salua déjà comme de vieux amis ayant eu en commun tant de choses à partager. Il leur donna une poignée de main, une coutume crusadéenne (comme on le faisait au reste sur la Terre dans certains pays). Certes, le fait d’avoir un doigt de moins ne rendait pas la même sensation, mais l’on s’y faisait vite. Il s’excusa pour le traitement qu’on leur avait fait subir, dès leur arrivée. En effet, leur expédition n’était pas du tout attendue, puisqu’on était persuadé qu’elle avait disparu à tout jamais… D’ailleurs, il avait été ravi que fût rapidement retirée du musée galactique la plaque commémorative les concernant. À l’évidence, revenir sur sa planète trente-cinq siècles plus tard avait de quoi faire frémir beaucoup de monde, et même les plus férus de fantastique…Mégalion leur demanda si leur avait plu la visite du musée intersidéral, encore appelé le musée galactique. Ils lui contèrent leur enchantement d’abord, puis leur émotion devant ces terriens naturalisés, certes des géants qui leur avaient fait bel effet, mais dont ils n’auraient jamais soupçonné l’existence sur la Terre. Il est vrai que le cosmos était si grand qu’il devait renfermer tant de trésors inattendus… Ils avaient été étonnés encore par ce dragon crachant du feu, qu’ils pensaient forcément être une mythologique créature. Tandis qu’ils devisaient en crusadéin, les envahit une étrange sensation, comme s’ils étaient à la fois d’ici et d’ailleurs, mais un ailleurs qu’ils ne pouvaient, dans les faits, bien cerner. Puisque s’était en majeure partie effacée leur mémoire terrestre, même si, par moments, elle se réinitialisait un peu, elle ne leur lâchait plus que des bribes de souvenirs évanescents et diffus. Ainsi avaient-ils manifestement l’impression d’arriver d’un autre endroit du cosmos, mais ils ne savaient guère lequel… Dépaysés assurément, désorientés, inquiets, préoccupés, à l’instar de tout explorateur dans une région inhospitalière, mais qui sans conteste faisait partie intégrante de sa planète… ; comme aurait pu l’être tout ordinaire voyageur, si différent en fait des aborigènes d’un lieu…Ils confirmèrent encore à Onéris et Mégalion qu’ils n’aimeraient pas finir leur vie comme leurs semblables, être présentés ainsi, dans le futur, à la curiosité des crusadéins, et mis de la sorte en exergue ! Onéris ne put toutefois leur démentir cette plausible destinée, qu’elle espérait, pour eux, la plus lointaine possible, car la décision en émanerait alors du seul Préducteur général. Mais, dans le fond, qu’est-ce que cela pourrait bien leur faire, puisqu’ils se seraient à tout jamais éteints ! Pour les quatre ex-Américains, ça restait cependant une question de principe…L’heure avançait. Ailleurs, sur leur Terre, l’on aurait déjà songé au repas du soir. Mais, ici, que de travail en moins, et de détente en plus !… Ils continuèrent dès lors à bavarder, à échanger des impressions, des ressentis, tels d’insouciants vacanciers… Puis vint le moment des nouvelles importantes de la journée, diffusées par les médias à travers ce vaste monde partageant une seule langue universelle. Hormis les programmes télévisuels, dits locaux, leur était suggéré un autre choix selon leur propre curiosité et leurs affinités analysées au fur et à mesure. Il suffisait de confortablement s’installer, puis de se laisser guider ; ou bien encore, d’accepter, ou mieux, de ne point refuser ce que l’on vous proposait à voir et à entendre. En général, l’on n’était que peu souvent déçu…Ce fut ainsi que, petit à petit, les ex-terriens rentrèrent dans la peau de véritables crusadéins et prirent connaissance, au fil des jours, de quelques premières composantes de cette planète inconnue. Et chaque fois qu’un élément visuel ou auditif leur rappelait leur propre astre, s’entrouvrait un instant leur mémoire terrestre ; ce qui leur permettait quelques rapprochements entre, pour eux, de fabuleuses découvertes sur place, confrontées à d’antécédents acquis, qui leur revenaient de temps à autre… Ainsi montagnes, volcans, mers, lacs leur étaient-ils déjà familiers sous bien des aspects, quoique différents de ce qu’ils avaient précédemment appréhendé… Mais où avaient-ils bien pu voir, parfois, de tels éléments comparables ? se demandaient-ils ; probablement, sur une autre planète, pensaient-ils, ou bien lors de leur vol sidéral, sans doute, mais ils ne se souvenaient guère de l’astre… Et même si c’était la planète dont ils étaient originaires ?… Mais peu leur importait, après tout… Car le cosmos était si varié !… Et c’était au reste une donnée générale de n’importe quel voyageur interplanétaire, celle de la perte de mémoire d’un univers à l’autre. D’ailleurs, peut-être n’était-ce qu’une question de survie ?… ; attendu que, dans la plupart des cas, l’ampleur de votre érudition était limitée par la taille de votre cortex cérébral, lequel ne pouvait d’ailleurs tenir que dans un réceptacle circonscrit par l’harmonie d’un corps, et la puissance qui s’en dégageait, en matière de sympathie, de séduction, de confiance et de respectabilité…Onéris proposa à Mégalion de partager leur soirée. Celui-ci accepta, personne ne l’attendait. Car, également, en ce qui le concernait, les accointances de son époque avaient, forcément, et depuis belle lurette, aussi disparu. Il lui faudrait pareillement quelque temps pour se reconstituer un patrimoine de relations sincères et généreuses. En ce moment, ses seuls et uniques camarades étaient ses équipiers de l’odyssée galactique… Ils s’offrirent donc tous le luxe du verre de l’amitié, ici essentiellement virtuel. Mais cela rapprochait quand même les cœurs, et, qui sait ?, les futures destinées… Ils se laissèrent ensuite guider par une foison d’images qui leur étaient, comme chaque soir, imposées par de simples analyses et déductions logiques, voire mathématiques, à l’issue de sophistiqués algorithmes. Après quoi vint l’heure de se coucher. Ils gagnèrent par le fait leurs chambres respectives.

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Date de parution 05 septembre 2020
Nombre de lectures 0
EAN13 9782379792243
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0020€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

En route pour Crusadée
Julien Gabriels
© Iggybook 2020
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com
Du même auteur
Avant-propos
Table des matières
Première partie :Le départ
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
Seconde partie :La découverte
XI
XII
XIII
XIV
XV
XVI
XVII
XVIII
XIX
Julien Gabriels
Du même auteur
Terre de raison Éditions Le Manuscrit, 2005 Le califat d’Hélios Éditions Le Manuscrit, 2006 Stratagème hors la loi Éditions Le Manuscrit, 2007 Isotop 400, la rebelle Éditions Le Manuscrit, 2007 Stratagème pour une énigme Iggybook, 2016 Acilie et la révoltion Iggybook, 2016 Poupée de marbre Iggybook, 2017 Destination Parallèle A Iggybook, 2017 © Septembre 2020 Julien Gabriels http://julien-gabriels.iggybook.com
Avant-propos
L’orthographe de ce roman respecte les « rectifications orthographiques » du 19 juin 1990, telles qu’elles sont aujourd’hui conseillées dans les récents dictionnaires de la langue française.
Première partie
Le départ