Exil

-

Livres
362 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description


La société de consommation a terminé d’épuiser l’humanité. Désormais la guerre civile fait rage à travers la planète. Pendant que les gouvernements tentent de préserver les infrastructures, seuls les plus riches tirent leur épingle du jeu : des dizaines d’années plus tôt, des précurseurs s’étaient lancés dans l’édification de gigantesques villes flottantes bâties pour fuir la misère et s’isoler au large. Les plus folles rumeurs circulent à leur sujet : technologie d’avant-garde, richesse totale, soins poussés à l’extrême, le tout dans un luxe et un confort absolus. On raconte également que leurs habitants sont éternellement jeunes.


Mais si ces forteresses pharaoniques sont réellement étrangères au malheur qui frappe la Terre, pourquoi a-t-on vu l’une d’entre elles mettre le cap sur l’Alaska ?


Surgie des brumes qui nimbent Resurrection Bay, une éco-cité jette l’ancre face à Seward. Cette arrivée inattendue attise les passions et réveille les convoitises : certains trouvent la proie bien trop tentante. L’occasion est unique.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de visites sur la page 9
EAN13 9782374536248
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0075 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
PRÉSENTATION
La société de consommation a terminé d’épuiser l’hu manité. Désormais la guerre civile fait rage à travers la planète. Pendant que les gouvernements tentent de préserver les infrastructures, seuls les plus riche s tirent leur épingle du jeu : des dizaines d’années plus tôt, des précurseurs s’étaie nt lancés dans l’édification de gigantesques villes flottantes bâties pour fuir la misère et s’isoler au large. Les plus folles rumeurs circulent à leur sujet : technologie d’avant-garde, richesse totale, soins poussés à l’extrême, le tout dans un luxe et un confort absolus. On raconte également que leurs habitants sont éternellement je unes. Mais si ces forteresses pharaoniques sont réellemen t étrangères au malheur qui frappe la Terre, pourquoi a-t-on vu l’une d’entre e lles mettre le cap sur l’Alaska? Surgie des brumes qui nimbentResurrection Bay, une éco-cité jette l’ancre face à Seward. Cette arrivée inattendue attise les passion s et réveille les convoitises : certains trouvent la proie bien trop tentante. L’oc casion est unique. Stéphane Desienneest établi sur les bords de la Loire, le dernier f leuve sauvage d’Europe, dit-on. Il est féru de science-fiction de puis son plus jeune âge, influencé par le côté obscur des technologies, l’exobiologie, les thèmes liés à la survie. Puisque dans le futur, tout peut arriver, ce n’est pas le pire qui provoque la terreur, mais son anticipation. Site Web de l'auteur Bibliographie : Romans ToxicSaison 1, Gephyre Editions 2018 (1ere Edition Walrus Books, 2014). Anneaux, Mirabelles et Macchabées, Nutty Sheep Editions, 2018. Nouvelles En immersion avec Bella Rush: août 2014, auto-édition numérique, dans le cadre du Ray Bradbury’s day. Monaztèrefévrier 2014, bonus pour : Toxic& épisode 6, chez Walrus l’intégrale Books. Hérésie Minéralks.e : décembre 2013, collection Micro chez Walrus Boo Faces Cachées: mars 2013, AOC n° 28 chez Présence d’esprit. Dealer d’icebergoctobre 2012. 2e place au concours ENSTA Paris T ech 2012, : chez Presses de l’ENSTA.
EXIL
INTÉGRALE Saison 1
Stéphane DESIENNE
ROMAN SF
COLLECTION DU FOU
UN NOUVEAU DÉPART
1
Des tempêtes homériques battaient régulièrement le Golfe d’Alaska, et la profonde entaille sur la côte portait bien son nom :Resurrection Bay. Car après avoir frôlé la mort de si près, ce havre était comme une sorte de renaissance : les naufragés redécouvraient la lumière, le calme. Ils revenaient à la vie. James Dokes mâchonnait son bout de cigare, l’œil ri vé sur la poupe duMolly Pen. Il avait connu son comptant de frayeurs, tutoyé la grande faucheuse au cours de l’une de ces colères dont l’océan avait le secret. Le chaudron glacé du Diable, racontait-il parfois, pour effrayer les recrues. Son équipage remontait les casiers en acier, avec m aîtrise et célérité. En dépit du froid mordant, les gestes demeuraient précis et par faitement coordonnés. Les prises s’accumulaient sur la plage arrière et finissaient, après triage, dans une cuve de rétention où elles patientaient jusqu’à la vente. A vec les crises qui avaient laminé l’économie mondiale, la pêche au crabe rapportait b eaucoup moins. L’industrie périclitait faute de capitaux, de bateaux, mais éga lement de clients, de négociants et de consommateurs devenus aussi rares que certaines espèces de poissons. Dokes parvenait tout juste à payer le mazout – hors de pr ix en ces temps de pénurie généralisée – et ses hommes, en maintenant vaille q ue vaille son entreprise à flot. Il se battait, contre le sort, la bise hurlante, le martèlement des vagues qui frappaient la coque; il luttait au péril de sa vie pour conserver son travail, sa dignité. Penché sur le microphone, le marin annonça le chang ement de cap. Il restait encore un bord à tirer face au vent, et à lever plusieurs dizaines de ces casiers de huit cents livres que ses employés négociaient sur un pont aus si glissant qu’une patinoire. Les nuages de brume rôdaient autour du navire qui g îta sur tribord pour enfiler sa dernière passe. La zone recelait des chausse-trappe s, comme des rochers à fleur d’eau. Dokes connaissait tous les pièges de la baie . Il naviguait sans radar, en panne depuis des années. La faute à des pièces déta chées trop chères. Il doutait même de leur disponibilité voire de l’existence du fabricant. — Miketoi le cul, bordel! hurla-t-il par la fenêtre de la timonerie, magne- ! On est dans le jus! Le maître leva un pouce pour signifier qu’il avait bien reçu le message de son patron. Ils avaient dû remplacer l’une des bobines de la ligne de pont, ce qui avait entraîné un retard. Les hommes reprirent leur trava il de bagnard, relevant les pots, libérant les crabes – certains spécimens dépassaien t le mètre d’envergure –, tirant sur les câbles, sans relâche. Malgré l’effort, les visages souriaient : ils savaient que ce soir, ils dormiraient au chaud, dans leurs foyers auprès de leurs femmes. Le métier avait changé, pensa Dokes. Les modestes n avires encore en exploitation ne permettaient que des sorties de que lques jours et la pêche se pratiquait tout au long de l’année dans des conditi ons plus difficiles qu’à la grande
époque où un matelot pouvait empocher cinquante mil le dollars pour trois mois de campagne. Un temps béni, un temps de légende. Le capitaine ralluma son cigare. Il ne perdit de vu e qu’un instant les strates fumantes, ces rideaux blancs tirés en travers de la baie, qui stagnaient au ras des flots, pour attraper le cendrier. Lorsqu’il se rele va, ses yeux s’écarquillèrent : — Putain! Le violent coup de barre surprit les pêcheurs. L’un d’eux tomba, déséquilibré par l’inclinaison soudaine du pont, manquant de passer par-dessus bord. Dans une eau à quelques degrés à peine au-dessus de zéro, les ch ances de survie se mesuraient en minutes. Son harnais le sauva. Le lien se tendit brutalement, le plaqua sur le sol. La forme sombre, que Dokes devina gigantesque, se p résenta par le travers. Elle avait surgi entre deux bancs de brume, et il se dem anda comment il allait éviter la collision avec une montagne qui glissait sur une me r étale. En position sur arrière toute, les moteurs rugirent à pleine puissance pour freiner la course de son frêle esquif. Il serra les dents, sectionnant presque le cigare qui pendait de ses lèvres. La coque du Léviathan défilait à quelques dizaines de mètres, son équipage indifférent au drame sur le point de se produire. S a masse colossale écartait le brouillard à l’image d’un chasse-neige géant en tra in de repousser la poudreuse sur le bas-côté. Les pêcheurs réalisèrent la dangerosit é de la situation et hurlèrent dans l’espoir d’avertir quelqu’un à bord de cette monstruosité. Un effort voué à l’échec. Dokes se cramponna à la barre. Il ordonna à tous de se préparer au choc, les yeux aimantés par la muraille de métal vers laquell e il fonçait. Des années de labeur, une vie entière sur le point de se fracasser contre un roc que rien ne semblait en mesure d’arrêter. Il se sentit dans la peau d’un in secte en train de percuter une voiture lancée à vive allure. Une tache insignifian te éclatée sur un pare-brise géant. Le patron duMolly Penserra les poings. Le choc attendu ne survint pas. L’embarcation lilliputienne redressa soudain sa cou rse, comme poussée, écartée par un miracle ou une force invisible. Dokes aurait pu toucher ce titan des mers tellement il s’en trouvait proche. Durant un moment , ils voguèrent de conserve. Un silence de cathédrale s’installa à bord duMolly Pen. Pas longtemps. Le capitaine retrouva ses esprits et éloigna son navire non sans proférer une bordée de jurons à l’attention de ces malotrus. Il s’empara des jumell es. Entre deux volutes blanches, il l’aperçut. La coque haute de dix étages au moins était parcour ue de passerelles et de plateformes métalliques. Il arrêta son balayage. Su r l’une d’elles, une femme regardait dans sa direction. Sa chevelure amazone o ndoyait à la manière d’une oriflamme claquant au vent; elle lui adressa un signe de la main. Dokes clign a des yeux : lui avait-elle souri également? L’instant d’après, elle avait disparu. Il crut à un mirage. — Bon Dieu! Qu’est-ce que c’est que ça? marmonna-t-il. Une fois en sécurité, l’équipage prit la mesure de la taille du vaisseau, qui lui, ne relevait pas de l’hallucination. Il était réel, imm ense, bien plus qu’un de ces pétroliers géants du passé. Chacun réalisa alors ce qu’il deva it à la chance. Sauf Dokes. Il avait le sentiment que la bonne fortune n’avait rien à voir dans ce miracle. La femme sur la passerelle en revanche… Il revit son s ourire : comment avait-elle fait
pour les sauver?
2
An all american roadnaguère,, une destination en elle-même. C’était ainsi que, l’on présentait aux touristes la route qui reliait Anchorage à Seward, un cordon ombilical fragile et tout juste praticable en hiver . Emily Redwild ne l’avait pas empruntée depuis des lustres et si les réflexes rev enaient très vite, la prudence restait de mise. Même en été. Les animaux improvisa ient leurs traversées sans crier gare, provoquant parfois des accidents mortels. Ell e abaissa la vitre. Le sifflement discret de la turbine mue par la pile à combustible lui parvint comme un murmure à peine couvert par le son des pneumatiq ues sur le revêtement craquelé. L’asphalte souffrait du manque d’entretie n. L’accumulation des nids-de-poule nécessitait une conduite alerte. Elle croisait de rares stations-service à l’abandon , quelques bourgades vidées de leurs habitants, des maisons délabrées devant lesqu elles rouillaient des carcasses de véhicules, en s’enfonçant au cœur d’une région v ictime de l’exode, d’une récession qui avait déprimé la planète. Heureusemen t, se dit-elle, le paysage demeurait à peu près fidèle à ses souvenirs, même s i de nombreux stigmates signalaient les effets du changement climatique. Le s glaciers avaient reculé, les chapeaux de neige autrefois généreux avaient à prés ent des allures de kippa. La forêt s’étendait de part et d’autre du ruban de bit ume, majestueuse et grandiose, en pleine croissance; stimulée sans doute par le radoucissement global. Il faisait presque chaud d’ailleurs. Emily mit en route la climatisation. Dn air frais e mplit l’habitacle tandis que le SDV filait vers le terminus : Seward. Les bouffées glis sant entre ses boucles rousses prodiguaient l’équivalent d’une caresse continue. S a chevelure lui avait valu le surnom de Red, qu’elle n’aimait guère. e sa ville natale, elle gardait une dernière image brumeuse, celle que son esprit avait capturée le jour de son départ. Le climat arctique engourdissait les passions, entamait les a rdeurs de ses habitants, parfois jusqu’à les éteindre. Les souvenirs froids remontèrent, ceux de la colère, des paroles glaciales prononcées un soir d’hiver, avant de tourner le dos et de s’enfuir. Loin. SonGrand Tourrochait, elle laavait congelé sa rancœur et à mesure qu’elle s’app sentait qui se réchauffait dans ses tripes, comme u ne vieille amie qui, au fond, ne l’avait jamais quittée. Son estomac se noua lorsqu’ elle sortit du dernier virage. Elle ralentit le véhicule à deux miles de l’agglomératio n. La cité occupait une bande littorale à l’extrémité d’un fjord creusé par les glaciers de jadis.Resurrection baytelées. étalait sa langue bleutée entre deux murailles den Elle devina les mâts qui s’élevaient du port de pêc he et de la marina voisine. Ils semblaient moins nombreux. La voiture dépassa une i ntersection puis soudain, elle appuya sur le frein, passa la marche arrière. Elle remonta sur une cinquantaine de mètres. Ce chemin de terre, elle se rappela pour qu elle raison elle l’avait emprunté, plus d’une fois. Emily sourit :Red est de retour. Elle se laissa tenter par un crochet. Nash Road lon geait la rivière qui se dispersait en un réseau de veines courant à travers le tapis v égétal. Plus loin, l’aéroport paraissait désaffecté, comme un nid trop longtemps délaissé par les oiseaux de
métal. Les deux pistes étaient envahies par les hau tes herbes. Elle poursuivit jusqu’au pied du mont Alice où elle se gara sur une aire de repos. Le panorama offrait une vue superbe sur la chaîne de montagnes et la trouée dans le paysage, une lucarne en direction de la ville qu’on aurait d it posée sur l’eau. Le vieux tronc sur lequel elle s’asseyait, adolesce nte, existait toujours. Sa main glissa sur l’écorce, suivit les crevasses chargées de souvenirs, de flirts… Son premier baiser. Elle se demanda ce qu’il était deve nu, s’il avait quitté Seward à son tour. Elle retourna à son véhicule après quelques m inutes. Il était désormais temps d’affronter les retrouvail les avec son père.
3
L’ancienBakery Café, qui s’appelait désormaisLes Trois Ours, s’était adapté à la perte de la clientèle touristique, évoluant, bon gr é, mal gré, en un magasin général où l’on trouvait à peu près tout. De l’expresso à p eine buvable servi au comptoir, à la perceuse électrique. L’emplacement, à l’entrée de l a ville, demeurait prisé et constituait une halte quotidienne pour de nombreux locaux. William «Bill» Redwild ouvrait tôt pour les quelques pêcheurs qu’il tenait à garder parmi les habitués. L’établissement jouissait d’une large vue sur les d ocks et la marina. Quand il gara son pick-up hybride, Bill jeta un regard en directi on des quais sous le feu des projecteurs. La coque rouillée duMolly Pense découpait dans la lumière jaune. Autrefois, Seward comptait parmi les dix ports de p êche les plus profitables des États-Unis d’Amérique. Ces temps anciens, personne ne les évoquait, tant que les rares bateaux en activité rentraient sains et saufs de leurs campagnes. Au final, c’était tout ce qui importait. L’océan avait suffis amment pris de vies. LeMolly Pen venait sûrement d’accoster ce qui signifiait que le s marins s’accorderaient une halte pour une tasse de café chaud voire pour certains, u ne boisson plus forte pour entamer la journée ou bien fêter leur retour à terre. Le propriétaire desTrois Ours tourna la clef dans le verrou et poussa la porte. Il enchaîna aussitôt avec sa routine, son quotidien de puis des années. Mettre en route la machine à café, tirer les stores, jeter un coup d’œil dans les rayons au cas où un carton manquerait ou bien se serait déplacé pendant la nuit. Le rituel s’achevait par la rapide inspection de l’arrière-boutique suivie d u retour à son poste, derrière son comptoir où, enfin, il se servait une tasse qu’il b uvait seul en lorgnant vers les vitres donnant sur le parking et au-delà, vers la baie. Ensuite, il enfourna quelques viennoiseries, prépar a des toasts. Il sortit le bacon du réfrigérateur tout en guettant l’arrivée des pre miers clients, lesquels ne tardèrent pas à pousser la porte. Les habitués retrouvèrent l eur chaise ou leur banquette. Il les salua d’un hochement de tête. Les mots viend raient après les premières gorgées. Les marins et les travailleurs du port com mencèrent à bavarder, à échanger des informations sur l’état de la mer, les directives de la capitainerie et les prévisions météo. Ce matin-là, William ne vit aucun des membres duMolly Pen. Il ne posa pas de question, se contentant d’attendre l’ap parition du shérif Green et d’arpenter les allées avec sa cafetière à la main. Lorsque le représentant de l’ordre débarqua, il ava it une bonne heure de retard par rapport à son habitude. Il s’installa sur un ta bouret haut et se découvrit, libérant sa masse de cheveux grisonnants. À sa mine, le tena ncier comprit tout de suite qu’il s’était produit quelque chose. Tous les bateaux éta nt rentrés, il s’agissait peut-être d’un accident de la circulation. — Tout va bien, chef? s’enquit-il. Gregory Green, alias GG, se gratta le front. — J’en sais rien Bill. William lui apporta un mug à moitié plein et un pic het de lait. Il saisit la sucrière pour la reposer devant le policier. Seward comptait un shérif et deux adjoints – renforcés occasionnellement par quelques auxiliaire s bénévoles – pour un peu
moins de mille six cents habitants. GG leva le nez de sa tasse : — Tu crois que Dokes pourrait dérailler en mer? demanda-t-il. Qu’est-ce qu’il entendait par là? Bill ne connaissait pas meilleur marin que ce vieux briscard. — Il s’est produit un drame sur leolly Pen? — Non, non… Dokes a vu un truc. — Un truc? — Ouais. Il relevait ses casiers à l’entrée de la b aie, à deux milles de Rugged Island quand il a croisé la route avec, je cite : «un putain de vaisseau géant de la taille d’un iceberg». Le tenancier absorba l’information, sans savoir que l crédit lui accorder. Ce n’était pas la première histoire abracadabrante qu’il enten dait. — Il affirme qu’ils auraient dû mourir. Tous ceux q ui étaient à bord, poursuivit le shérif. Selon lui, la collision était inévitable. C e que m’a confirmé Mike Finegan, le maître d’équipage. — Je le connais, il passe toujours prendre un café avant son service. Un type fiable. Les témoignages convergents ne permettaient pas de remettre en question la version du capitaine. — Comment il s’est sorti de là? s’enquit le patron. — Barre à tribord, machine arrière et un peu de cha nce, il semble. Jason a failli basculer par-dessus bord. Le gamin était bien secou é quand je l’ai interrogé. Heureusement qu’il portait son harnais et que ce de rnier était fixé à la rambarde. Une des pratiques – déraisonnable, mais courante – pendant les manœuvres consistait à déclipser le filin de sécurité pour ga gner du temps. Au péril de sa vie. Le shérif but une gorgée de sa tasse. Cela avait l’ air d’un drame évité de justesse. Bill soupira. Le policier posa son mug : — Dokes était bizarre, blanc comme un linge. On aur ait dit qu’il avait croisé un fantôme. Au même moment, un 4x4 de couleur claire entra sur le parking. Il attira tout de suite son attention, car c’était la première fois q u’il le voyait à Seward. Lorsque la conductrice en descendit, William reconnut la cheve lure rousse à nulle autre pareille. Il ouvrit la bouche. Puis la ressemblance le frappa : le portrait craché de sa mère. — Un fantôme… murmura-t-il.