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Exils

De
158 pages
C'est l'histoire d'Hamid l'Afghan, Sergueï le Russe, Amadou le Mauritanien, Massoud le Kurde, Alpha le Guinéen, Alasha la Nigériane, Andrée la haïtienne... En quelques jours, ces personnes tombent dans le piège de la guerre, du racisme, des groupes mafieux. Elles doivent fuir leur pays et demandent l'asile politique en France. Des soupçons pèsent sur ces personnes depuis la disparition brutale d'un juge chargé de décider de leur sort en France. Et si l'un de ces requérants, souvent confrontés à la violence, avait eu recours à un enlèvement ? Ce livre est un ouvrage de docu-fiction par les faits rapportés (il s'inspire de cas réels).
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EXILS
AU BOUT DE LA NUIT
DU MEME AUTEUR
L’or de la santé et l’argent de la médecine (Editions ENSP), 1992
YANNICK GUIHÉNEUF
EXILS
AU BOUT DE LA NUIT
A tous ceux qui sont loin de chez eux
© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanado.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-07799-7 EAN : 9782296077997
Montreuil, France Un juge enlevé ?
Novembre 2005 : je sors du métro de la Porte de Montreuil et, de suite, je prends conscience du changement. J’entre dans un univers totalement nouveau pour moi. Finies les longues enquêtes dans les hôpitaux. J’ouvre la porte sur un ailleurs, un monde plus vaste, plus coloré, plus cruel aussi. Mon objectif est simple : rencontrer des hommes et des femmes venus de tous les continents et leur faire raconter leur chemin vers l’exil, leur lente et périlleuse pérégrination vers leur Eldorado à eux, le nord de l’Europe. Je sais ce qu’il leur en coûte, en argent, en sacrifices, en souffrances. Je pense notamment à ces jeunes gens qui se cachent dans les replis des trains d’atterrissage des avions et meurent de froid, à ces autres jeunes gens qui montent à trente ou quarante dans de frêles embarcations pour débarquer transis de froid sur les rives des îles Canaries. A mes yeux, il n’y a rien de plus pathétique. Et je m’imagine déjà marchant auprès d’eux avec empressement, curiosité, que ce soit sur des plages
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marocaines ou dans le froid hivernal des plaines d’Ukraine à la recherche d’un passeur. Journaliste, ce qui m’intéresse c’est la vraie vie, le combat des être humains pour leur survie, les motivations de ces jeunes gens ou de ces jeunes filles prêts à tout pour fuir, fuir absolument comme pourchassés par les flammes de l’enfer. Recueillies par mes soins, la densité de leur peur, la fermeté de leurs sentiments ou la force de leurs espérances devraient à elles seules convaincre une société de production d’images de me confier un reportage sur ce phénomène : l’irrésistible attraction du Nord. Sur le chemin, je découvre les métamorphoses de ce quartier de la banlieue-est de Paris, dans le bas Montreuil. Les bâtiments tout neufs montent vite grâce à une main d’œuvre étrangère. Ceci m’interpelle toujours : comment transmettre des ordres à des personnes qui ne possèdent pas bien notre langue dans un domaine où les conditions de sécurité sont aussi sensibles. Pour moi, il y a là un mystère. Ces bâtiments remplacent les bistrots crasseux et les garages de réparation automobile qui me rappelaient tant ma province. En passant, on y entendait le bruit de la clé à molette qui tombe sur le ciment huileux, les vrombissements des moteurs mis en essai et, de loin, on apercevait les hommes en bleu de travail qui surgissent des dessous des voitures, alors qu’ils étaient couchés sur de drôles de plateaux à roulettes. Cet univers familier contraste avec la nouvelle vocation du quartier : des immeubles de bureaux ordinaires.
Je déambule entre ces immeubles et j’arrive rue Rol-Tanguy, dont un panneau me rappelle qu’il fut un héros de la résistance francilienne. Faut-il y voir un clin d’œil de l’histoire ? C’est là que siège la Commission de Recours des Réfugiés.
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