Exomonde - Livre I : Perle, le piège du temps

Exomonde - Livre I : Perle, le piège du temps

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243 pages

Description

Année 2323.
Lola est une adolescente comme les autres, qui approche de son dix-septième anniversaire. Elle est aussi l’unique enfant à avoir vu le jour sur Perle, exoplanète identique à la Terre.
Sa mère était membre de l’équipage de l’Explorer I, le tout premier vaisseau habité à s’aventurer hors du système solaire afin d’explorer et étudier ce nouveau monde. Mais à l’approche de leur destination, les astronautes ont été confrontés à une mystérieuse planète dont l’orbite a frôlé celle de Perle. Leur « aplanétage » d’urgence a coûté la vie à la mère de Lola.
Élevée par les survivants, qu’elle surnomme « les grands », la jeune fille n’en est pas moins heureuse et épanouie. Au bord d’un bassin paradisiaque, elle partage son existence entre séances d’étude, bains de mer et construction d’un petit avion qui lui permettra de partir à la découverte de sa planète déserte.
Pourtant, la crise sommeille.
La catastrophe à l’origine du naufrage est sur le point de se reproduire et les adultes sont inquiets : la Terre, qui aurait dû répondre depuis longtemps à leurs messages de détresse, semble les avoir oubliés !
Fait plus troublant encore : Lola recommence à parler avec l’ami imaginaire qu’elle s’est inventé durant son enfance. Mais cette fois, elle prétend qu’il est bien réel et est déterminée à le trouver !

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Ajouté le 16 mai 2018
Nombre de lectures 65
EAN13 9782370115980
Langue Français
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EXOMONDE
Livre IPerle, le piège du temps
Emma Cornellis
© Éditions Hélène Jacob, 2018. CollectionScience-fiction. Tous droits réservés. ISBN : 978-2-37011-599-7
Première partieLes naufragés
1
Kepler IV-138/c Elle regarde autour d’elle, étonnée. C’est bien la colline, leur colline ! Rien ne semble avoir changé. Le préqui monte en pente douce vers le ciel, la forêt qui l’encercle comme une muraille protectriceet les milliers de parfums qui s’échappent de cette nature apaisée. Elle se met à courir vers le sommet; l’herbe grasse parsemée de petites fleurs violettes caresse ses chevilles, tandis qu’une brise fraîche joue avec ses boucles. Cela fait si longtemps qu’elle n’est pas venue ici qu’elle a fini par oublier…Soudain, elle se fige, le cœur serré parl’émotion: si elle est revenue, alors, lui aussi sera peut-être là. Elle reprend sa course, redoutant et espérant ce qu’elle va découvrir. Tout en haut, le pré s’arrondit comme le dos d’un chaton qui s’étire. Là, un chêne solitaire déploie sa magnifique tignasse de verdure, comme un défi au ciel sans nuages. Elle ralentit à quelques pas de l’arbre, les joues en feu, et la respiration haletante. Il est bien là. Allongé dans l’ombre du feuillage, il la regarde s’avancer, un sourire aux lèvres. Si tout ici lui paraît immuable, figé pour l’éternité comme au premier jour de sa venue, lui, en revanche, n’est plus le même. Le petit garçon espiègle s’est transformé en jeune homme. Elle l’observe un
instant, déroutée par la nouvelle apparence de son ami. Son visage à la peau claire, ses yeux rieurs et sa bouche sensuelle lui sont vaguement familiers. PourtantToi aussi, tu as changé, dit-il, amusé. Elle rougit, fâchée d’avoir oublié qu’ici, il n’y a aucune différence entre ce qu’elle pense et ce qu’elle dit. Cette réflexion vient tout juste de l’effleurer qu’il est déjà debout devant elle. Grand, les épaules larges, il semble pouvoir l’envelopper tout entière avec son corps. Il l’attrape doucement par la taille, rapproche son visage du sien comme pour scruter ses pensées les plus profondes. Tu sais bien que je ne me le permettrais jamais !s’exclame-t-il, choqué.Je veux juste être plus près de toi. Cela fait si longtemps ! Elle le repousse avec fureur. Va-t’en! Disparais ! Pourquoi es-tu revenu ? Je vis très bien sans toi, je n’ai plus besoin de ton existence! Tu n’es qu’un rêve! Qu’un rêve!assène-t-elle, comme si ses paroles pouvaient exaucer sa volonté.
Alors, un peu étonnée, elle voit le songe commencer à s’effondrer. La forêt en bordure de son champde vision s’étire dans un lent mouvement de spirale, entraînant peu à peu la colline et le ciel azuré dans un tourbillonnement silencieux de couleurs. Le chêne disparaît aussi, aspiré dans une traînée de verdure flamboyante et lorsque le maelström destructeur s’en prend aux traits trop parfaits de son ami, celui-ci n’a que le temps de crier: Non! Ne t’en va pas, je n’ai pas fini…Lola se réveille en sursaut. Pourquoi est-il revenu? Cela fait des années qu’elle n’a plus parlé avec Zven. Elle se souvient, avec une pointe de nostalgie, des jeux qu’elle inventait avec lui, des conversations qu’elle imaginait et, bien sûr, de leur complicité, qui lui manque encore parfois. Mais elle l’a banni! Elle a réussi à se débarrasser de ce rêve trop encombrant. Alors, pourquoi est-il revenu ? Dangereusement beau et attirantElle a parfaitement conscience que le garçon imaginaire, qui comblait la solitude de ses années d’enfance, s’est métamorphosé en une sorte de prince charmantEt pour combler quoi, cette fois ? Elle connaît très bien la réponse et cela ne lui plaît pas du tout. Le jour se lève, elle n’a pas l’habitude de se réveiller aussi tôt. Maudit rêve! pense-t-elle, en se demandant si elle doit en parler aux autres. Quand elle était petite, les grands l’avaient bien aidée à remettre Zven à sa place, mais, a-t-elle vraiment besoin d’eux, cette foisLes grands !-ci ? Pourquoi fait-elle encore référence à ses compagnons ainsi ! Elle a presque 17 ans et dépasse déjà Elena! Bon, Elena ne mesure qu’un mètre soixante-troisAprès un moment d’hésitation, elle s’extirpe de son lit, bien décidée à profiter de l’heure matinale. Elle jette un coup d’œil au miroir pendu au-dessus de sa commode : une fille au visage ovale, mangé par deux grands yeux noirs, l’observe sans concessions. Elle tourne la tête, étudie ses profils avec une moue désespérée : son nez est trop long, et même pas droit ! Heureusement, sa bouche bien dessinée et les fossettes qui creusent ses joues lorsqu’elle sourit rattrapent un peu l’ensemble. Satisfaite, elle relève en une queue-de-cheval ses boucles brunes, décolorées par la mer et le soleil, avant de se détourner du miroir. Comme il est vraiment trop tôt pour le petit déjeuner, elle décide de descendre jusqu’à la plage. Vêtue d’un simple short en toile écrue et d’un débardeur en coton, elle ouvre doucement la porte de son cabanon et se retrouve sur la petite véranda qui fait parfois office dentrée, de salon et même de chambre lorsque la chaleur de lété devient trop étouffante. Un coup d’œil aux sixautres cabanons qui entourent l’apatam lui indique que ses amis dorment encore. Elle glisse ses pieds dans les sandales de corde qui attendent mollement là où elle les a jetées la veille, prend la serviette de bain qui sèche sur la balustrade et traverse le camping silencieux. Le camping. Un nom déniché par Jonathan pour désigner leur lieu de vie,
mais qui ne veut pas dire grand-chose pour Lola. Elle sait, bien sûr, ce qu’est un camping et comprend pourquoi les autres trouvent ça drôle, mais, pour elle, c’est tout simplement la maison. Sur le sentier qui descend à la plage, le chien se joint à elle en bondissant allégrement. Son corps long aux poils ras couleur de sable se coule contre ses jambes, manquant de la renverser à chaque pas. Lola s’accroupit et prend le museau arrondi entre ses mains. Du calme, le chienJe t’emmène, mais arrête de faire le fou! La bête, tout excitée, la remercie en lui léchant le visage de sa langue râpeuse et étonnamment longue. Elle rit. Bah! Je sais que tu m’aimes, mais c’est dégoûtant! Elle continue sa descente, tandis que le chien la devance, épais, avec son cou aussi large que sa tête et un corps qui se termine par une queue en forme de battoir. Maladroit et lent, il semble se dandiner sur ses grosses pattes courtes. La sente se déroule entre les conifères géants et l’odeur de la sève parfume l’air matinal déjà chaud. L’ombre des arbres et le tapis d’aiguilles mortes faisant office de désherbant naturel, très peu de plantes poussent sur la pente qui descend au bassin. Après cinq minutes de marche, Lola peut entrevoir le bleu des flots en contrebas. Quand elle pose ses sandales sur la plage de sable noir, le chien a déjà plongé. Elle l’aperçoit encore, ondoyant avec grâce et vélocité entre deux eaux, ne refaisant surface que pour respirer, avec, parfois, un poisson frétillant dans sa gueule de carnivore: il n’a plus rien du gentil toutou pataud.La jeune fille prend un moment pour contempler la baie qui s’enfonce dans le continent. La plage du camping n’est que l’une des nombreuses petites criques de la Bahia Rosa. À l’est, elle est presque entièrement fermée par une langue de sable noir, une dune à la crête ronde et sensuelle, qui forme un barrage infranchissable entre l’océan et les eaux plus calmes du bassin. Le soleil, encore bas, y déverse une pluie d’étoiles scintillantes, tandis que la forêt qui entoure la
plage semble dormir, embuée du halo rose de l’aube. Le bassin des Bahamas, c’est ainsi que Jonathan l’a baptisé, en hommage au plus bel endroit de la Terre, selon lui. Mais Lola préfère Bahia Rosa, le nom donné par ElenaOu baie d’Yls, le nom secret qu’elle a trouvé avec Zven…Pourquoi Yls ? avait demandé la petite fille maigrichonne. Parce que les reflets sur l’eau te font penser à des gouttes de soleil…,avait répondu Zven. Tu veux dire à des étoilesÉtoiles, soleil, YlsPour toi,c’est pareil! Le chien la tire de sa rêverie en s’ébrouant juste à ses pieds. Elle pousse un cri de surprise, enlève ses vêtements avant qu’il ne vienne frotter son pelagetrempé contre elle et se jette dans
l’eau en riant, tandis qu’il tente de lui sauter dessus en jappant.Elle nage longtemps, loin. Jusqu’au moment où elle peut enfin voir la plage tout entière: un petit croissant de sable entouré de jungle. Parfois, elle va si loinqu’elle peut apercevoir l’étroit chenal par lequel l’océan entre dans la baie. Un peu essoufflée, elle se retourne sur le dos pour se laisser flotter. Elle n’avait que 12ans la première fois qu’elle avait nagé jusqu’à la dune, avec Jonathan et Vladimir. Elle s’en souvient avec une pointe de fierté. Elle avait menacé les grands d’y aller seule si personne ne voulait l’accompagner et les deux hommes ne s’étaient pas fait prier longtemps avant de céder. Jonathan tirait leur pique-nique sur un minuscule radeau, tandis que Vladimir n’arrêtait pas de répéter qu’elle était une gamine trop gâtée et que s’il l’entendait une seule fois se plaindre, il allait la faire couler sans aucun remords ! Quand ils étaient enfin arrivés, etaprès s’être restaurés,ils avaient escaladé la dune, beaucoup plus haute qu’elle n’en avait l’air de loin. Au sommet, ils avaient admiré le soleil se coucher au fond de la baie, avant de monter un campement de fortune pour passer la nuit. Ils s’étaient endormis en regardant lesétoiles et en se racontant des histoires de monstresC’était un de ses plus beaux souvenirs.Elle se remet vivement à nager vers le rivage, elle a soudain très envie de retrouver les autres. Revoir l’ami imaginaire, qu’elle avait cru perdu avec son enfance, l’a rendue nostalgique. Un sentiment idiot et irrationnel, comment peut-on regretter un rêve ? De retour sur le sable noir, elle se sèche rapidement, enfile ses vêtements et, sans attendre le chien qui n’a pas fini de pêcher, elle remonte le sentier enpressant le pas. Le point névralgique de leur camping, c’est la salle commune, qui occupe la majeure partie de l’apatam. Les grands ont réussi à rendre chaleureuse cette pièce complètement ouverte et meublée très simplement avec les moyens du bord. Avec un coin salle à manger, constitué d’une gigantesque table entourée de quatre bancs, d’un superbe vaisselier sculpté –œuvre de William, et une partie salon, installée plus en avant. Celle-ci est occupée par de vieux fauteuils, recouverts d’un textile synthétique jaune vif, disposés autour d’une souche d’arbre polie par les ans. Un mur de planches grossières sépare cette pièce à vivre de la cuisine et du module douches toilettes, fait de tôles et de matériaux composites. Une toiture en panneaux photovoltaïquesfournit l’électricité à l’ensemble.Elle les voit, de loin, attablés dans un ordre quasi immuable ! Mike et Elena occupent le banc qui lui fait face ; à gauchedevant son vaisselier, William, Jonathan et Alice discutent
âprement, tandis que, de l’autre côté, Vladimir écoute en hochant la tête. Mike l’aperçoit le premier et son visage, aux traits asiatiques, s’éclaire d’un grand sourire. Il est le seul, avec Vladimir, à ne pas avoir de cheveux blancs. William porte un casque court poivre et sel, Jonathan a les tempes argentées, alors que la chevelure africaine d’Alice se parsème de fils blancs et crépus, tirés en un chignon impeccable. Elena, elle, a trouvé le moyen de se teindre !
Je ne suis pas d’accord, dit Alice de sa voix ferme et posée, elle ale droit de savoir ! Mais ce n’est pas une question de droit, Alice! argumente Elena en s’énervant. Nous avons décidé il y a dix-sept ans que c’était la meilleure chose à faire, et, franchement, je ne vois pas pourquoi vous remettez ça sur le tapis à chaque anniversaire. Peut-être parce qu’elle grandit? répond Vladimir calmement. Avez-vous pensé au jour où nous serons enfin secourus de ce paradis? Ce jour arrivera, tôt ou tard, et l’on ne pourra plus lui cacher la véritéEt bien, on avisera ! déclare Jonathan, en passant une main dans sa tignasse en bataille. Je suis d’accord avec Elena: cette vérité-là ne ferait que la perturber ! Et pourquoi ? Nous avons tous lu le dossier, mais qu’est-ce que ça nous dit sur les motivations de Mounia ? (Son regard se tourne vers Vladimir, qui ouvre la bouche pour parler) Non, Vlad ! Toi non plus tu ne peux pas savoirTu es comme nous, tu ne peux que supposer. Alors, supposons le meilleur et laissons Lola tranquille. C’est une adolescente épanouie, curieuse et pleine de vieJe suis entièrement d’accord! Vous parliez de moi? l’interrompt Lola, joyeusement, en enjambant le banc à côté de Vladimir. Il lui sourit gentiment : Debout, habillée et lavée avant 11 heures du matin ? Tu fais des progrès, Lola ! Paslavée. J’ai juste piqué une tête dans la baie…mais pourquoi tu changes de sujet ? Lola, tu sais bien qu’il y a des conversations qui ne sont pas pour toi, commence Elena,
avant de se reprendre avec un soupir en voyant la colère empourprer le visage de la jeune fille. Bon, excuse-moi, c’est vrai que tu n’es plus une enfant, mais il existe quand même des sujets que nous devons discuter sans toiEt moi, je pense qu’il est temps que Lola soit traitée en adulte. Elle a le droit de participer à tous nos débats et à toutes nos décisions. Elle a aussi le droit de savoir, rétorque Alice avec un regard accusateur en direction de Jonathan et Elena. Arrête, Alice! Lola n’a que 16ans! s’écrie Jonathan. Tu ne peux pas lui mettre les mêmes responsabilités que nous sur les épaules(Il se tourne vers Lola et un sourire barre son visage aux traits masculins) Pas facile d’avoir six parents, n’est-ce pas ? Lola acquiesce dans un soupir avant de faire une nouvelle tentative : J’imagine que vous parliez de ma mère…Quand mon anniversaire approche, vous parlez toujours d’elle, poursuit-elle plus sombre. Je sais très bien que si nous sommes là, c’est de sa faute, alors, que voudriez-vous me cacher de pire ? Vous voyez! s’exclame Alice, avec la satisfaction de cellequi a raison. William reprend son rôle de commandant pour mettre un terme au débat :
Bon ! De toute évidence, Lola, on ne peut rien te cacher. Mais que ce soit clair : même si ta mère avait suivi les ordres à la lettre, nous nous serions écrasés dans ce paradis maudit, d’accord? Quant à nous, ajoute-t-il en s’adressant aux autres, nous devons nous concerter au lieu de parler à tort et à travers ! Je sais que vous souhaitez tous le meilleur pour Lola, mais je vous demande de vous en tenir aux règles que nous nous sommes fixéesLola connaît aussi ces règles par cœur: ils allaient se réunir sans elle, argumenter et se disputer jusqu’à trouver un compromis acceptable pour tous…S’ils n’arrivaient pas à s’entendrechose rare, alors William déciderait. Il avait été le commandant de lExplorer Iet, comme le prévoyait la procédure, il restait titulaire de l’autorité après l’accident. Elle pousse un nouveau soupir avant de se servir un bol de lait chaud et une tranche de pain bien moelleuse. En parlant de mon anniversaireOn ne parle pas la bouche pleine ! Elle jette un regard noir à Vladimir : de ses six tuteurs, il est le plus enclin à la traiter comme une petite fille. Peut-être parcequ’étant le plus jeune après elle, ses compagnons ont parfois tendance à le considérer, lui aussi, comme un ado. Son visage sérieux de premier de la classe et ses yeux bleus cerclés de lunettes, maintes fois ressoudées, ne font rien pour arranger les choses. À 38ans, il a encore l’air d’un adolescent attardé et les quelques rides qui apparaissent aux coins de ses yeuxn’y changent rien.Je disais, continue Lola après avoir avalé de manière ostentatoire sa bouchée de pain, que dans un mois j’aurais 17ans, et que, si vos calculs sont bons, ça va être la fête au campingTu peux dire ça ! Je ne pense pas que nous ayons beaucoup de temps pour nous occuper de ton anniversaire, d’ailleurs…, réplique Jonathan. Elena lui coupe la parole avec feu : Que si !17 ans, c’est important! Et je te promets que l’on va fêter ça,Carina! Ainsi que nos dix-sept ans au paradis…, ajoute Mike d’une voix résignée qui ne lui ressemble guère. Elena, assise à ses côtés, lui envoie un coup de coude dans le ventre, qui le fait sursauter. Excuse-moi, se reprend-il à l’adresse de Lola, jene veux pas faire les rabat-joie, maisArrêtez un peu de toujours vouloir me protéger! s’exclame Lola en se levant. Je sais bien ce que signifie mon anniversaire pour vous ! Je ne vais pas me mettre à bouder parce que vous avez autre chose en tête qu’un stupide anniversaire ! Je ne suis plus un bébéJ’espérais juste que vous me parleriez de Petit f! Je me fiche pas mal d’avoir 16 ou 17ans, je veux simplement savoir ce qui va se passer quand cette planète reviendra ! Je vais me doucher, ajoute-t-elle de mauvaise humeur, en quittant la table.
Je crois que je vieillis ! conclut Jonathan. Je vous propose de reparler de tout ça ce soir, dit William. De toute manière, nous devons sérieusement discuter de l’arrivée dePetit f et de ce que cela implique pour nousJe vais travailler au lab ce matin, annonce Alice en se levant. Tu viens avec moi, Vlad ? On en profitera pour étudier les relevés de cette nuitSi vous pouviez aussi retrouver le protocole que nous avions commencé à mettre au point il y a dix-sept ans, ajoute William. Ça pourrait nous servir comme base de travail. Le protocole de survie, établi par six naufragés qui n’avaient aucune idée de ce qui leur tombait sur la tête ? Jonathan ne peut contenir l’accent moqueur qui transperce sa remarque. Si tu as mieux à proposer, je t’écoute…Non, mon capitaine! Sur ce, moi, je vais travailler sur l’hydravion…Il s’en va avec un petit salut militaire qui a le don d’agacer William.Jonathan et lui sont les seuls du groupe à avoir été dans l’armée, et, légalement, ils sont toujours officiers des Nations Unies. Mais, sur Kepler IV-138/cou Perle, comme l’ont surnommée les Terriens, éblouis par les premières images envoyées par la sonde OPERA, tout cela paraît tellement dérisoire. William resteun moment seul à siroter son café. Derrière l’unique paroi de la salle à manger, il peut entendre l’eau de la douche couler, et Lola qui fredonne un air qu’elle a dû trouver en surfant dans cequ’ils ont pu sauver de la mémoire centrale de l’ordinateur debord. Il étire son corps massif, sculpté par des années d’entraînement dans les Marines des États-Unis d’Amériquedu Nord, avant de rejoindre la Force des Nations Unies. Néau Canada, d’une mère originaire d’un minuscule pays de la riche Afrique de l’Ouest et d’un père cubain, il a hérité du caractère optimiste, jusqu’à la nonchalance, de sa famille paternelle. Pourtant, ce matin, le poids de ses 50 ans lui paraît bien lourd. Dix-sept ans, déjà,qu’ils ont échoué dans cet enfer paradisiaque et toujours aucun signal de la Terre. Ils sont les premiers. La toute première mission spatiale habitée, envoyée hors du système solaire! Les premiers, dans toute l’histoire de l’humanité, à avoir posé un pied sur un monde nouveau ! Se pourrait-il vraiment qu’on les aitabandonnés ?