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Face brisée

De
150 pages
Aïssata, femme au foyer battue, doit accepter les mauvais traitements d'une coépouse véreuse et l'indifférence, voire l'irresponsabilité, de son mari, incapable de restaurer sa dignité. Elle est également condamnée à accepter désespérement le sort de son fils qui, agité et troublé, a pris le chemin de tounkan, son eldorado, dans l'espoir de richesses à venir.
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Soumaila Sidibe
La face brisée
Ecrire l’Afrique Ecrire l’Afrique
La face brisée
Écrire l’Afrique Collection dirigée par Denis Pryen Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.Dernières parutions Cikuru BATUMIKE,L’homme qui courait devant sa culpabilité, et autres nouvelles, 2014. Mahmoud Bensaïd BAH,Les défis de la démocratie en Guinée, 2014. Georges ROUARD,Nuit noire à Dôko, 2014. O. TITY FAYE,La chute de la Révolution. Les derniers complots. La tourmente, livre III, 2014.O. TITY FAYE,Prêt pour la Révolution ? De l’emprise du parti unique à la marque du fouet rouge : la révolte. La tourmente, livre II, 2014.O. TITY FAYE,la Révolution ! La randonnée de Selon l’étudiant guinéen sous la Révolution. La tourmente, livre I, 2014. Karamoko KOUROUMA,Poste 5 ou l’incroyable aventure de Togba, 2014. Bakonko Maramany CISSÉ,Émigrer à tout prix. L’Amérique, l’Europe ou la mort, 2014. Bakonko Maramany CISSÉ,Tombe interdite. Histoire de l’enfant prodige, 2014. Abdoulaye MAMANI, Lepuits sans fond,2014. Pino CRIVELLARO,Burundi mon amour,2014. EL HADJI DIAGOLA,Un président fou, 2014. J.D PENEL,Idriss Alaoma,Le Caïman noir du Tchad, 2014. Koffi Célestin YAO,Le bateau est plein, je débarque, 2013. Kapashika DIKUYI,Une étrange famille congolaise et son odyssée, 2013. Patrick-Serge BOUTSINDI,Jour des funérailles à Poto-Poto, 2013.
Soumaila Sidibe
LSÉEA FACE BRI
A ma mère, Pour sa docilité, sa souffrance humblement acceptée pendant ces nombreuses années pour l’honneur de l’endurance du foyer et aussi pour le bien-être de ses enfants.
A toutes les femmes du monde entier, Victimes quotidiennement de violences et coups conjugaux.
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-03284-9 EAN : 9782343032849
1 Ce jour-là, Aïssata avait reçu sa raclée comme d’habitude, pour s’être immiscée entre son mari, Brahima, et son fils, Abou. D’où, le torrent de larmes qui inondait ses yeux. Brahima était très autoritaire ; il n’aimait pas du tout la contradiction si bien qu’il disait que ses femmes devaient comparaître aux pieds de sa grandeur, que le radieux futur de ses enfants était entre les mains de ses femmes et qu’il était de son ressort de les dresser afin qu’elles pussent servir de bonnes mères. «Vous n’êtes pas au foyer que pour faire seulement de quoi manger ni procréer, mais d’être aussi des femmes soucieuses de l’avenir de vos enfants», disait-il; tel était le leitmotiv de Brahima. Brahima avait une large concession, constituée de plusieurs cases, au milieu de laquelle, se trouvait un grenier servant de réservoir de subsistance à sa famille au cas où les récoltes ne seraient pas bonnes. Chaque femme disposait d’un grenier dont le contenu provenait de sa récolte. La concession était de forme triangulaire avec, aux extrémités, respectivement un jardin vivrier, un poulailler et un refuge pour les animaux domestiques. Assise devant sa case, avec un air lugubre et un visage mélancolique, Aïssata se souvenait de ce jour, où plusieurs hommes vêtus de boubou blanc s’étaient introduits dans la concession de son père. Ce jour-là, il ne lui était jamais venu à l’esprit qu’il s’agissait de son mariage. Ils avaient parcouru plus de sept kilomètres pour se rendre au village de Mbatou. Ces hommes disaientqu’ils s’étaient mis en route depuis le premier chant du coq pour Mbatou.
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A leur arrivée, ils furent accueillis dans une ambiance euphorique par son père, Djigui et ses amis qui étaient impatients de les recevoir depuis l’annonce de leur arrivée. Une fois dans la concession, dans son vestibule, le père Djigui chargea sa fille Aïssata de donner à boire à ses invités et celle-ci disposa ensuite. Là-bas, l’heure était aux discussions ; ils passèrent plus de deux heures à comparer la saison pluvieuse présente, qui s’annonçait sous de bons augures, et la précédente qui fut compromise par les criquets. -Je ne sais même pas comment nous allons remédier à cette invasion acridienne,disait ainsi l’un d’entre eux. -Tu sais, mon fils, les ancêtres disaient que ces criquets représentaient un symbole pour notre société et que leur apparition pourrait conjurer un imminent danger pour notre peuple, s’exprimait le père Djigui. Après le déjeuner, les hommes habillés en boubou blanc et portant des babouches, prirent congé, laissant la concession dans un véritable silence comparable à celui du cimetière. -Fatoumata !Notre fille Aïssata vient d’avoir un mari. C’est le fils d’Ali, le grand commerçant du village voisin. Je le connais, c’est un garçon brave et courageux. Il saura s’occuper convenablement de notre fille dans le plus grand respect. Tu tâcheras de l’informer, dit-il à sa femme. -Quoi ! Notre fille en mariage ! Aïssata vient juste d’avoir quinze ans. Tu devrais la laisser atteindre l’âge mûr pour le mariage. Je ne suis pas tout à fait partisane de ce mariage précoce, rétorqua aussitôt Fatoumata. -Comment oses-tu me parler sur ce ton ? Tu veux donc pousser ma fille à me désobéir? Je t’ai épousée lorsque tu avais douze ans. Aujourd’hui, tu m’as fait neuf maternités ; tu ne t’es jamais
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plainte de cela. Je fais ce qui est dans l’intérêt de ma fille et pour son bien-être, fulmina Djigui. -Mais, elle n’est pas mature, répondit Fatoumata. -N’importe quoi ! La maturité d’une fille se consolide dans son foyer. D’ailleurs, je ne sais même pas pourquoi je passe mon temps à discuter avec toi. Elle va épouser Brahima une bonne fois pour toutes, que tu le veuilles ou non. C’est moi le chef defamille. Tu me dois obéissance et respect. J’ai payé ta dot, gagnée àla sueur de mon front, pour que tu sois aujourd’hui ma femme. Je ne voudrais pas que tu me contredises dans mes prises de décision, intervint furieusement Djigui. Je leur ai même donné rendez-vous dans une quinzaine de jours. Ali, le père de Brahima, était un grand commerçant connu dans tous les environs. Il était accueillant, jovial et avait l’esprit de partage. Il était tellement riche que certains allaient jusqu’à dire qu’il avait signé un pacte avec un diable lors de son retour à Sabatou, entre le crépuscule et la tombée de la nuit. Il disposait de plusieurs milliers de têtes de bœufs qui faisaient sa fierté à Sabatou. A l’opposé de son père, Brahima était très réservé; il parlait peu. Il était taciturne. Il disait qu’il avait hérité cela de sa mère, qui l’avait quitté prématurément, dès ses dix ans. Le lendemain, dans l’après-midi, pendant qu’Aïssata fendait les bûches de sa mère près de la cuisine, elle fut informée de la nouvelle; du coup, elle laissa tomber la hache comme si on venait de lui annoncer la mort d’un membre de sa famille. Elle resta pendant un long moment sans mot dire. Plongée dans la réflexion, elle donnait l’impression d’être dans les nuages.
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