//img.uscri.be/pth/45a071c94a1a76278828f9331cef87c5288e3253
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Genucia ou la Sappho romaine

De
305 pages
À la fin du Ier siècle av. J.-C., en Gaule narbonnaise, Genucia, fille de la noblesse romaine, laide mais d’une intelligence supérieure, part en quête d’un bonheur qu’elle veut absolu.
La recherche philosophique qu’elle entreprend, la beauté sublime d’une jeune esclave et les hasards de la vie, ou ce que l’on pense être les hasards de la vie, la mèneront à la découverte d’elle-même, singulière et indomptée.
Elle goûtera alors les délices du désir mais aussi les tourments de la jalousie, qui la mèneront à la création poétique et à une métaphysique de la passion amoureuse.
Embarquez à la rencontre de Genucia, une héroïne insoumise et passionnée !
L’auteur est féru d’histoire, de philosophie et de langue française, conscient des périls qui menacent celle-ci. Professeur de lettres modernes, il enseigne sa discipline dans plusieurs villes des Hauts-de-France jusqu’à sa retraite. Amoureux de la Provence, il est vivement intéressé par l’Antiquité méditerranéenne et admirateur des oeuvres de Jean Racine, Émile Zola, Rosny aîné, Pierre Louÿs et Jacques Borel. L’action de Genucia ou la Sappho romaine se déroule principalement en Gaule narbonnaise.
Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

Daniel Demiautte
Genucia ou la Sappho romaine
Roman
Éditions Amalthée
Consultez notre site internet
© Éditions Amalthée, 2017 Pour tout contact: Éditions Amalthée – 2 rue Crucy – 44005 Nantes Cedex 1 www.editions-amalthee.com
AVANT-PROPOS
’on a usé ici du français contemporain mais soutenu , une langue riche en phonèmes Les, aux schémas syllabiquesvocaliques et en variations combinatoires de phonèm harmonieux, aux modes et temps verbaux nuancés. C’est donc dans un français possédant seize voyelle s phonématiques, dont trois peuvent être premier élément de diérèse, qu’a été r édigé ce roman: une telle variété permet une grande diversité d’assonances et d’effet s rythmiques. L’on est convenu de prononcer ici la voyelle e dit muet selon les règle s de la versification classique, ce qui contribue à l’euphonie. Trente-cinq mots ou locutions ont retrouvé ici soit l’emploi, soit le sens fort, propre ou e logique qui était le leur au XVII siècle ou qui le fut jusqu’à une certaine date de c ette 1 période. En voici la liste: amant,-eutre sexe un amour: celui, celle qui ressent pour une personne de l’a partagé, allant, éventuellement, jusqu’aux rapports sexuels. (Au m. pluriel), deux personnes de sexe différent ayant entre elles une r elation affective et, éventuellement, sexuelle. L’idée de relation sexuelle est indiquée par le con texte ou par une expansion de ce n. (entre autres, l’adj.heureux). cependant: pendant ce temps. chaland: client, acheteur. charme: sortilège, puissance magique; au sens figuré, séduction qui semble d’ordre magique; mêmes sens forts dans le v. charmer. décadence: dégradation matérielle, physiologique ou psychiqu e progressive. déjeuner: v. ; prendre le repas du matin; même sème chronologique dans le n. déjeuner. derechef: de nouveau. dîner: v. ; prendre le repas de midi; même sème chronologique dans le n.dîner. durant que: tout le temps que. ébahir: rendre stupéfait,-e; n’est pas du registre familier, tout comme le n. ébahissement. s’éjouir: v. pron.; se réjouir. envisager: v. t. d. ; regarder le visage de. épousée: jeune fille ou femme qui vient de se marier. étonner: frapper d’une émotion violente; même sens fort dans le n.étonnement. formidable: pouvant inspirer une grande crainte.
ne… pointortement » que « ne…: selon Vaugelas, cette loc. adv. « nie bien plus f pas ». Je n’ai point consulté pour vous donner mon âme(Corneille,La Galerie du Palais,II, 1). nonante: quatre-vingt-dix. octante: quatre-vingts. prier (qqn) à: inviter, avec quelque cérémonie. quérir: chercher, avec l’intention de ramener, de rapporter. raceendants d’une famille de: ensemble des membres d’une grande lignée, les asc haute origine. sans doute: assurément, sans aucun doute. septante: soixante-dix. simulacre: idole. superbe: adj.; orgueilleux, -se. tandis que: aussi longtemps que, tout le temps que. Tandis que vous vivrez, le Sort qui toujours change , Ne vous a point promis un bonheur sans mélange(Racine,Iphigénie,I, 1). Tandis que vous n’avez rien à faire, amusez-vous à lire(Furetière,Dictionnaire universel). Cette loc. conj. permet de résoudre l’amphibologie suivante: Il l’aimera tant qu’elle lui pardonnera ses fautes (aussi longtemps que) Il l’aimera tant qu’elle lui pardonnera ses fautes (tellement) tant quee).: de sorte que, si bien que (cf. tant et si bien qu Il se hâtait, son pas sonnant ferré dans le silence , tant qu’il fit même se lever deux hérons(Châteaubriant,Brière, I). L’exemple est contemporain car cela se trouve parfo is encore. Cette loc. conj., toujours précédée d’une pause brè ve marquée par la virgule, se distingue des termes corrélatifstant que, que ne précède aucune pause. Comparez Il l’aimera tant qu’elle lui pardonnera ses fautes (tellement que) et Il l’aimera, tant qu’elle lui pardonnera ses fautes vite: adv. ou adj. Ni les chevaux ne sont vites, ni les hommes ne sont adroits que pour fuir devant le vainqueur(Bossuet,Oraison funèbre d’Anne de Gonzague). L’emploi comme adj. persiste en français littéraire archaïsant: Son parler est de plus en plus vite et indistinct(Gide,Journal, 2 janvier 1923).
vitement: adv.; vite. Monsieur le Chevalier lui manda de redescendre vite ment(Mme de Sévigné, lettre du 2 mars 1689). L’on a usé ici de cet adv. trois fois, pour des rai sons stylistiques. zèle: ardeur religieuse. Cette fiction se déroule dans l’Antiquité romaine. L’on a été amené à donner la plupart des noms d’agg lomérations sous leur forme e latine. En effet, depuis le III siècle, tous les noms de villes, de bourgs et de vi llages ont subi des transformations phonématiques plus ou moin s fortes. Certains sont méconnaissables. AinsiArausiodevenu est-il Orange. Il fallait donc que l’on retrouvât la résonance que les noms d’agglomérations eussent eue pour les personnages. Ils ont donc repris leur forme latine, sauf lorsque l’évolu tion phonématique ne les avait que peu altérés; ainsi l’antique Thessalonica s’appelle-t-elle ici Thessalonique. Voici, en latin et en français, la liste des agglom érations concernées par le retour à l’appellation d’origine: Agatha: Agde Antipolis: Antibes Aquae Sextiae: Aix-en-Provence Arausio: Orange Arelate: Arles Barcino: Barcelone Brundisium: Brindisi Cannae: Cannes (près de l’Ofanto) Cosa: Ansedonia (ici l’on a eu une substitution de nom) Forum Julii: Fréjus Genua: Gênes Leptis Magna: Lebda Lugdunum: Lyon Massilia: Marseille Mediolanum: Milan Narbo Martius: Narbonne Neapolis: Naples Nemausus: Nîmes Nicaia: Nice Pistorium: Pistoia Portus Caeruleus: Porquerolles Sepphoris: Tsippori Telo Martius: Toulon Tibur: Tivoli Tolosa: Toulouse Valentia: Valence (sur le Rhône) Vetera Castrae Xanten]: Le Vieux Camp (en l’occurrence retranché) [près d À cette liste ajoutons un nom qui relève de la fiction: Castra Eburonicans de « en pays: Le Camp (en l’occurrence retranché) éburon (au se éburon »)
Poursignifierau
mieuxlacivilisationromaine,ilafallurecouriràquelques
Pour signifier au mieux la civilisation romaine, il a fallu recourir à quelques néologismes que voici, avec leur définition (dans c ette liste apparaissent de nouvelles abréviations: f., féminin; neu., neutre). amphorée: contenance d’une amphore. camille: n. f. ou m.; jeune fille ou jeune garçon de famille noble, qui aidait dans les sacrifices (des n. latinscamilla,-ae, f., etcamillus, i,m.). cédraté,-e: adj.; qui contient du jus de cédrat. cèneest ici pris au sens: on a ôté à ce terme son acception chrétienne. Il étymologique: repas copieux pris au milieu de l’après-midi et s ’achevant normalement à la nuit tombée (du n. latincena,-ae, f.). citharistrie: joueuse de cithare (du n. latincitharistria,-ae,f.). cypressaie: lieu planté de cyprès (en latincypresetum,-i,neu.). lavandaie: lieu planté de lavandes. lyristrie: joueuse de lyre (du n. latinlyristria,-ae,f.). S(s)ugambre(s): n. ou adj.in de la; au pluriel, peuple germanique établi dans le bass Ruhr; avec l’autorisation de Tibère, qui n’était alors que le commandant de l’armée du Rhin, une partie des Sugambres s’établirent sur la rive gauche du fleuve (du n. latin Sugamber,-bri,m., et de l’adj. correspondantSugamber, -bra, -brum, formes meilleures que celles enS(s)ic,dont est issu le françaisS(s)icambre). tabulinum: n. m.rium et du préau; bureau du maître de maison, à la jonction de l’at donnant sur la cour péristyledeaux (n. latin,; il était séparé de l’un et de l’autre par deux ri tabulinum,-i,neu., dérivé detabula,-ae,f. ; c’est donc une forme meilleure quetablinum,-i,où l’on a eu la syncope d’une voyelle atone). Si l’on n’est pas familier de la civilisation romai ne (on songe, entre autres choses, à la division du temps, aux poids et mesures, à la monna ie, à la métrique et à la mythologie), on pourra consulter le lexique figurant à la fin de cet ouvrage: il comporte les mots suivis d’un astérisque. Aux Lavandourains. Il faisait une chaleur accablante. À perte de vue, la route blanche, embrasée, poudroyait entre les jardins d’oliviers et de petit s chênes, sous un grand soleil d’argent mat qui remplissait tout le ciel. Pas une tache d’o mbre, pas un souffle de vent. Rien que la vibration de l’air chaud et le cri strident des cigales, musique folle, assourdissante, à temps pressés, qui semble la sonorité même de cette immense vibration lumineuse. Alphonse Daudet Les deux auberges inLettres de mon moulin.
PROLOGUE HISTORIQUE
Lectrice, lecteur, L’histoire que voici se déroule à l’aube de l’empir e romain, principalement en Égypte, en Achaïe*, en Italie, en Germanie et, surtout, dan s cette partie de la Gaule narbonnaise qui de nos jours s’appelle la Provence. La région qu’a chantée Alphonse Daudet fut l’une de s premières en France à connaître la civilisation latine. C’est que les Rom ains ne soumirent pas toute la Gaule en une fois: ils s’emparèrent d’abord du Sud de cette contrée car il leur fallait le conquérir. e En effet, au début du II siècle av. J.-C. , la partie occidentale et europée nne du monde romain se composait de deux zones que séparai t la Gaule transalpine: l’Hispanie, à l’exception du nord-ouest, et la cont inuité géographique formée par la Gaule cisalpine, l’Italie et l’Illyrie. Entre ces deux en sembles, les relations terrestres n’étaient guère possibles, tant les populations celtes et lig ures du Sud de la Gaule indépendante étaient hostiles aux Romains. Elles l’étaient aussi à l’encontre des cités que le s Grecs avaient fondées, à partir du e VI siècle av. J.-C. , sur la côte et dans l’arrière-p ays, et dont les plus importantes étaient Massalia (la Massilia romaine), qui prédominerait m ais, menacée par ses voisins, les Salluviens (une confédération celto-ligure), elle s ’allierait aux Romains, Agathè (l’Agatha romaine), Olbia, Antipolis, Nikaia (la Nicaia romai ne), et, près de la diffluence du Petit Rhône et du Grand Rhône, Thélénè (l’Arelate romaine ). Ces cités hellènes étaient unies: Massalia, qui avait créé les autres à titre de comp toirs ou de forteresses, les gardait sous sa dépendance. De 147 à 133 av. J.-C., l’Hispanie se souleva et ne fut reconquise qu’après une âpre résistance. Une continuité territoriale entre cette province et la Gaule cisalpine eût permis aux Romains d’envoyer des renforts autrement que pa r mer: il leur fallait conquérir le Sud de la Gaule transalpine. Or, en 125 av. J.-C., Massalia, assiégée par les Sa lluviens, appela les Romains à son secours. Il allait de soi que ceux-ci interviendrai ent, d’autant plus qu’ils comptaient tirer profit de la situation. Une armée consulaire, sous le commandement de Quint us Fabius Maximus et de Gnaeus Domitius Ahenobarbus, passa les Alpes, contr aignit les Salluviens à lever le siège de Massalia et, en 121, battit à Arausio les Arvernes, qui tentaient de mettre fin à cette ingérence romaine. Puis Fabius soumit les All obroges, ce qui lui valut le surnom personnel d’Allobrogicus. Domitius, lui, étendit en suite la conquête vers le sud-ouest, atteignant Tolosa et les Pyrénées: ainsi l’Hispanie était-elle reliée à la Gaule cis alpine et, par-delà celle-ci, à l’Italie. Ce consul fit tracer une voie reliant le Rhône à l’Hispanie et portant son nom, la voie domitienne. Les villes d’Aquae Sextiae et de Narbo Martius, colonies de vétérans, pour la seconde, port commercial, furent fondées respectivement en 1 22 et 118 av. J.-C.. Ainsi la république romaine était-elle devenue maît resse de tout le pays compris entre le littoral méditerranéen (à l’exception des cités grecques), les Alpes, le lac Léman, les Cévennes et les Pyrénées. À la demande de Domitius, elle en fit, en 120 av. J.-C., la province qu’elle appellerait la Gaule narbonnaise. Territoire d’une route militaire, cette région fut aussi et surtout une position avancée aussi longtemps que l’arrière-pays gaulois resta in dépendant. Elle n’avait donc qu’un développement économique précaire, bien qu’il fût rapide. Mais, lorsque César, en 51 av. J.-C., eut achevé la conquête du reste de la Gaule qui, la même année, deviendrait la province de Gaule tra nsalpine, il en fut différemment. La Gaule narbonnaise devint une zone d’échanges commer ciaux accrus entre d’une part le
monde méditerranéen et d’autre part la Gaule transa lpine, parcourue d’un réseau routier depuis l’époque celtique, la Bretagne* et les régio ns de la mer Baltique. Les villes portuaires intensifièrent leur trafic ma ritime, en particulier avec la Campanie, terroir vinicole, région de villégiature estivale d es riches Romains où affluaient les artistes grecs venus d’Alexandrie, entre autres les orfèvres les plus habiles des pays méditerranéens. Vases, coupes et cyathes*, statues et luminaires, miroirs et bijoux furent importés en Gaule narbonnaise et inspirèrent les ar tisans locaux, pendant que les vins campaniens, mais surtout le falerne, flattaient le palais des gourmets de la province. Inversement, ce fut par la Gaule narbonnaise que tr ansitèrent, venues du Nord, les denrées et les marchandises destinées à l’exportati on, l’étain de Bretagne, les lingots d’or, les fers ouvrés et les charcuteries de la Gau le transalpine, les fourrures et l’ambre jaune de Germanie. À cela la narbonnaise ajoutait l e miel, les céréales, l’huile d’olive et les verreries. La majeure partie de ces échanges commerciaux se fi rent d’abord à Massalia, que César, en 49 av. J.-C., annexa à la république roma ine et dont il fit un municipe*, la rattachant, ainsi que ses dépendances, à la Gaule n arbonnaise, qui dès lors s’enrichit d’une population de langue et de culture grecques. Désormais en voie de développement grâce à la conqu ête de la Gaule transalpine, la narbonnaise était aussi sécurisée par le glacis que formait la nouvelle province. Rome pouvait donc y répandre de nouveaux levains de roma nité, en l’occurrence des villes. César, puis Auguste, aidé de son gendre Marcus Vips anius Agrippa*, fondèrent de nouvelles colonies de vétérans, entre autres Forum Julii, qui abrita un port militaire, Arelate, agrandissement de la Thélénè grecque, qui, grâce à sa position entre le Rhône et la mer, devint la zone de rupture de charge entr e le commerce maritime et le commerce fluvial, Aquae Sextiae, qui jusque-là n’ét ait qu’une ville de garnison, Nemausus, Arausio et Valentia. Ainsi la présence ro maine fut-elle renforcée. Les nouveaux venus développèrent la viticulture. À la mort d’Auguste, en 14, la vigne aurait envahi le pays des Allobroges, c’est-à-dire la vallée du Rhône et les piémonts alpins. Un cépage nouveau apparaîtrait, l’allobrogi que. Prospère, en partie hellénisée, d’un climat peu dif férent de celui de l’Italie, la Gaule narbonnaise devint attractive pour les Romains: beaucoup y émigrèrent.
PROLOGUE ARCHÉOLOGIQUE
n 2012, lors de fouilles menées au Lavandou par une mission de l’archéologie Erouvaient quelques sarcophagespréventive, on découvrit un sépulcre romain où se t et maintes urnes cinéraires. Les inscriptions porté es sur ces vases et ces cercueils font e r supposer que le tombeau fut édifié au plus tard à l a fin du I siècle av. J.-C. et e abandonné à partir du milieu du III siècle. L’un des sarcophages, taillé dans le marbre phrygie n* et dont les parois étaient décorées d’un haut-relief figurant un défilé de la cavalerie légionnaire, contenait les e restes d’une certaine Genucia aînée, née le V jour avant les ides* d’octobre de l’an e DCCXXIX de la fondation de Rome (donc le 11 octobre 25 av. J.-C.), morte le IX jour avant les calendes* d’octobre (donc le 23 septembre ) d’une année dont on ne put lire la date, tant était endommagée l’inscription portée su r la dalle fermant le sarcophage. L’on ouvrit celui-ci. L’on vit alors un cadavre de grande taille qui s’était momifié dans sa longue robe de lin écru. Un linge cachait le cou et le visage: on l’ôta. La chevelure, longue et abondante, était déployée, à l’exception de celle des tempes, qui était tressée savamment. Les mâchoires, quasi décharnées, enserra ient une pièce d’or à l’effigie de l’empereur Claude*. Sous ses bras repliés sur la po itrine, la défunte tenait une cassette d’or et d’onyx; le poignet droit portait un bracelet d’ambre. L’o n retira doucement le coffret, que l’on ouvrit. Il recelait une paire de souliers* rouges de nouveau-né, une bulle d’or, reliquaire d’une canine humaine, une mèche de cheveux châtains, autour de laquelle avait été noué un fil de laine, un collier servile rompu, portant l’inscriptionQ. Veltinio Vopisco Trevirico sum(c’est-à-dire « J’appartiens à Quintus Veltinius Vo piscus Treviricus »), et une feuille de papyrus sur laquel le figurait un texte dont seuls quelques mots étaient encore lisibles:amphora graeca,spes mea« amphore (c’est-à-dire grecque », « mon espérance »). L’on remit ces objets dans la cassette, que l’on re plaça délicatement sous les avant-bras du cadavre desséché. L’on recouvrit le cou et le visage de leur linge et l’on referma le sarcophage. Il fut confié au musée de la ville antique d’Arles, où il est exposé ouvert, mais derrière un vitrage qui l’isole et permet de maintenir des c onditions de température et d’hygrométricité assurant la conservation de la mom ie. C’est là, désormais, que repose Genucia, fascinante dans la mort comme elle fut sin gulière dans la vie.