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Hamouro

De
219 pages
Après un cyclone et contraints par un politicien aux ordres d'un homme d'affaires véreux, les habitants de Hamouro, village côtier du Rocher Hippocampe, abandonnent cases et terres pour s'installer à M'piyani-Ville-Nouvelle. Seule kanamagno-l'Edentée, une vieille folle, résiste et croit encore en la résurrection des lieux. Avec l'arrivée de Bubu, un enfant muet mystérieusement venu des eaux, la vie reprend... Mais Hamouro restera-t-il longtemps ce havre de paix où se sont réfugiés les damnés d'une indépendance inachevée?
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Hamouro

site: www.librairiehannattan.con1 diffusion.harmattan@wanadoo.Er e.mail: harmattan1@wanadoo.fr «d L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9817-9 EAN : 9782747598170

Salitn Hatubali

Hamouro

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
L'Harmattan Hongrie

Espace L'Harmattan

Kinshasa

L'Harmattan

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L'Harmattan

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Konyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac..des Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI Université de Kinshasa

Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALIE

1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

1053 Budapest

- RDC

Lettres de l'océan indien Collection dirigée par Maguy Albet
Déjà parus
ROUKHADZE Tchita, Le retour du mort, 2005. CALLY J. William, Kapali.La légende du Chien des cannes et autres nouvelles fantastiques créoles, 2005. ARIA Jacqueline, L'île de Zaïmouna, 2004. TURGIS Patrick, Tanahéli - chroniques mahoraises, 2003. TURGIS Patrick, Maoré, 2001. FOURRIER Janine et Jean-Claude, Un M'zoungou à Mamoudzou,2001. HATUBOU Salim, L'odeur du béton, 1999. BALCOU Maryvette, Entrée libre, 1999. FIDJI Nadine, Case en tôle, 1999. COMTE Jean-Maurice, Les rizières du bon Dieu, 1998. DEVI Ananda, L'Arbre-fouet, 1997. DAMBREVILLE Danielle, L 'llette-Solitude, 1997. MUSSARD Firmin, De lave et d'écume, 1997. TALL Marie-Andrée, La vie en loques, 1996. BECKETT Carole, Anthologie d'introduction à la poésie comorienne d'expression française, 1995. DAMBREVILLE Danielle, L'écho du silence, 1995. BLANCHARD-GLASS Pascale, Correspondance du Nouveau Monde, 1995. SOll.,HABOUD Hamza, Un coin de voile sur les Comores, 1994. GUENEAU Agnès, Le chant des Kayanms, 1993. RAFENOMANJATO CharI otte-Arri soa, Le Cinquième Sceau, 1993. AGENOR Monique, L'aïeule de l'isle Bourbon, 1993.

BOYER Monique, Métisse, 1992.

DU MÊME AUTEUR

Aux mêmes éditions:

Hassanati, de Mayotte à Marseille, roman, 2005 Les matins de P'tite Lô, roman, 2005 Chifchif et la reine des diables, conte bilingue, 2004 Sur le chemin de Milépvani, je m'en allais."", contes, 2001 L'odem du béton, roman, 1998 Le sang de l'obéissance, roman, 1996 Contes de ma grand-mère, contes, 1994

A Wissam et Laurence A Isabelle et Ahmed Mohamed A Mohamed Ahmed-Chamanga A la mémoire de maman Au nom de tous les miens qui laissent leur vie entre les îles sœurs.

Voiles à l'horizon, on n'a jamais su quel genre d'oiseaux passaient sans saluer ceux qui moururent sans même nous demander une civière. Voiles à l'horizon qui multiplient les témoignages, ossification de derniers poissons visités, victorieuse idée de sauver un corps. Frères retors qui fuyez votre ombre, je n'ai pas vos noms. Sur les barques que les pêcheurs disent reconnaître à leur allure de tempête, la brume a mangé vos "visages. Et l'anonjïTIe lTIOrt gra11dit, isolée dal1s l'Ü1visible et dans les pleines lunes calcaires sans le vrai silence. Pourquoi plantez-vous vos épines sur mon pauvre dos? Ô frères allotropes' Pourquoi répandre le sang pourri de vos souvenirs? Ah ! algues végétant avec difficultés. . . Nord-Sud, Est-Ouest parcours sans avoir trouvé ceux qui manquent, adolescents de la dernière traversée.

Saindoune Ben Ali In Testaments de transhumance, Ed. IZomEdit

Il sera utilisé contre nous, pour nous forcer à renoncer à notre unité nationale, l'arme absolue: l'arme économique et fmancière. Ali Soilihi
Président des C01TIOreS 1975-1978

Calmement, le soleil se brise derrière les collines de mon iris. Les murmures de mes proches m'attristent et les chants de mes ancêtres, assis en cercle sur l'autre rive, me bercent, m'acclament et me réclament. Les miens d'ici disent: «1/ nous quitte très tôt .~).Les miens de là-bas rétorquent: «Il nous rf!Joint enfin b>.Mais je ne suis ni avec les uns ni avec les autres. Je reste à Milango Miyili, l'Entre-Deux-Portes, et attends un éventuel périple dans les limbes. D'un côté, la naissance des pleurs pour un homme qui s'éteint, de l'autre le commencement des joies pour un enfant qui arrive au pays des Aïeuls.

La voix de mon ancêtre Mindu Mine, grand devinguérisseur, me parvient et dit :
- Moi, Mindu Mine l'unijambiste, je vous fais offrande de quelques consignes divinatoires. Faites un talisman pour Faiseur de Paroles. Pour cela, coupez trois cheveux d'un enfant né un vendredi, dites à un orphelin de parcourir un pays rouge et de revenir avec le sang d'un zébu blanc, faites venir neuf descendants du prophète et ils liront neuf versets d'un coran dont il doit manquer neuf pages, capturez à reculons un coq rouge et noir. Ramenez-moi le tout, mais attention, sur le chemin, ne regardez ni à gauche ni à droite, ni le ciel ni la terre. Fixez l'horizon. De mes doigts crochus, moi Mindu Mine l'unijambiste, je guérirai Faiseur de Paroles. Cette voix-là me fait rire et mon corps frissonne. Halakalmawuti, Faucheur d'Ames, s'impatiente et trépigne. Il dit qu'il faudrait supprimer i\1ilango Miyili, l'Entre-Deux-Portes, invisible zone d'attente. - C'est insupportable, se plaint-il, on m'ordonne d'aller les prendre et leurs dossiers ne sont pas prêts! C'est toujours la même chose, il faudrait un peu d'organisation par ici! Je le laisse dans sa colère et pense aux miens qui font les cents pas dans les longs et silencieux couloirs. Sèche tes 9

larmes, mon petit prince, car notre sang bouillonne encore dans mes veines comme les cascades d'eau de mon archipel natal! Ne pleure pas, ma douce, et approche pour entendre mon souffle soulever encore mon corps d'ébène! Peu importe la porte qui s'ouvrira, je continuerai à mettre bout à bout des mots pour en faire les plus belles rhapsodies.
Halakalmawuti, sur moi et s'écrie: Faucheur d'Ames, flXe son triste regard

- Ah, tu es là, Faiseur de Paroles! histoire pour caresser le temps!

Raconte-moi

une

- Est-ce le lieu et le moment pour raconter des histoires? - Chaque instant est un début d'histoire, chaque heu une outre de mots, alors pourquoi ne raconterait-on pas une histoire à chaque instant et en tout lieu, hein? Je suis venu te chercher, Faiseur de Paroles, je dois te transporter jusqu'aux mains de Munkar et Nam, les Interrogateurs. Ensuite, ton corps deviendra poussière et le jour du Jugement Dernier, ton Dieu te ressuscitera à partir de ton os résiduel du coccyx, et assemblera la poussière de ton être pour te redonner vie! Et tu seras jugé. Mais avant tout cela, Faiseur de Paroles, souviens-toi de ta promesse selon laquelle tu dirais toujours des histoires, même au cours de la Grande Traversée. Voici venu le temps de dire. Alors, dis et j'écoute! rIu sais, Halakalmawuti, J'ai tellement raconté de légendes et parcouru de contrées où j'ai semé le Verbe de la mère de ma mère qu'aujourd'hui ma besace est tarie. Je soulève chaque galet de ma mémoire, fouille et cherche mais ne trouve rien. En vérité, Faucheur commencer. d'Ames, je ne sais pas par quel mot

Sur mon archipel de quatre rochers, sache que dès que l'on met le tabac entre la gencive et la lèvre inférieure, dès que l'on se tient debout pour ouvrir la bouche, dès que l'on dit «Je vais dire. . .», il faut savoir maîtriser chaque mot, chaque 10

souffle, chaque articulation et faire de la Parole un tam-tam de noces. Je viens d'un peuple dont la fierté et l'orgueil dépassent l'immensité de Dieu. Nous pensons qu'au-delà de nos quatre ridicules rochers, rien d'autre ne fut créé. Nous nous nourrissons de gloire et de paraître. Tu as dû t'en apercevoir toi-même, Halakalmawuti. Quand tu iras chercher l'un des nôtres, il te regardera avec mépris et te dira après avoir sifflé entre ses dents: «Ce n'est pas toi qui viens me prendre, Je ne fais que suivre l'appel de M 'gu DJalalu, le Roi Suprême et Miséricordieux .~).Et il te précédera, comme s'il était maître des invisibles chemins. Sur le trajet, il te parlera de ses quatre rochers aux quatre formes différentes: Hippocampe, Le-Pas, Pointeur-de-Sagaie et Vache-Couchée. Et il discourra sur ses rochers, ses rochers, ses rochers et encore ses rochers. Il te confiera que la reine de Sabah et le roi Salomon se réfugièrent jadis dans son insignifiant archipel pour s'aimer, comme si la terre n'était pas si vaste. Et il partira d'un long rire en te révélant que la souveraine y cacha sa bague et le roi son trône! Mais bien sûr! Il te dira qu'il est le fils de toutes les civilisations. Il évoquera ses pères guerriers en bombant le torse. Et il pleurera ses terres qui, jadis, formaient un pays bien avant les jougs de Fundi M'zungu, le maître blanc. Tel un griot fatigué, il te racontera:
«A l'aurore des indépendances, au pqys des quatre rochers lunaires, appelés ainsi parce qu'ils sont beaux comme la lune, le dominateur demanda aux Nègres dominés: «(~/ouieZ-vOUJ elre aJjranchis ?)). Et ies Nègres des quatre rochers répondirent: «Nous voulons être des hommes iibres b). Et le dominateur jût surpns. Ii répliqua : (~insi donc, après 1JOUS a1Joir cÙJilisés, 1Jotre dessein est de nous J'eter à la mer? Quels ingrats! Nègres Comptons des les voix de chaque rocher b). Et il compta. us lJointeur-de-Sagaie, ù-1Jas, -Vache-Couchée re;etaient toute rochers

voulaient être libres et les Nègres du rocher Hippocampe

.forme de liberté car, disaient-ils, ils ne pou1Jaient être libres que sous les chaînes. Ce fut ainsi que le pays des quatre rochers devint bancal et borgne. A l'aurore des indépendances, au pqys des quatre rochers, pour préseroer son rocher Hippocampe, le dominateur réussit la huitième des meroeilles : un mur qu'il appela ViJa et qui sépara à Jamais les frères

Il

unis par le même sangy la même langue, la même religion. . .11 est (;onnu que quand la pintade arrive au milieu des poules, elle cherche tOUjours à les chasser, oubliant qu'elles étaient là les premières. Ensuite, un ?Jote pour savoir à qui appartient la basse-cour!». elle exige

Vois-tu, Halakalmawuti, Faucheur ci'Ames, malgré nos airs de fiers coqs, nous ne sommes finalement que des êtres éternellement humiliés et rendus pierres errantes. Laisse mes larmes couler et emporter mes souffrances, car un matin, sur le rocher Hippocampe, à Hamouro, je m'assis sur une vieille pirogue et observai la désolation d'un matin d'apocalypse. Et je pleurai comme un enfant. Le vent prit les cendres, les mélangea au sable de cette terre mienne et érigea un palais dans mes entrailles.

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Tu exiges que je dise. Alors, je dis. . .

Les pieds enfouis dans la poussière, Hamouro, village côtier d'un archipel de quatre rochers, regardait l'horizon. Ses vieilles cases en paille et torchis écoutaient religieusement les chants de la mer. Ses quelques habitants, rentrés tôt de la pêche pour cette réunion de très haute importance, se retrouvèrent sous l'arbre centenaire. Ils s'interrogeaient sur la venue de Nadi Mfanayi, surnommé Petit Chef Nègre, qui, en dehors des périodes de campagnes électorales, ne s'aventurait jamais à salir ses brillantes semelles sur la terre boueuse des villages qu'il administrait. Homme foncièrement noir de peau, mesurant environ un f11ètre cU1qual1te, accol11pagné de ses deux adjoints, Petit Chef Nègre se leva et entama son discours: - Gens de HalTIOUrO, en tant qu'élu ayant pour mission de diriger les villages qui forment la commune de Drandrala, je vous ai convoqués ici pour vous annoncer la meilleure nouvelle de votre vie. Depuis quelque temps, gens de Hamouro, vous voyez des maisons en béton, comme celles des Blancs, qui se construisent non loin d'ici. Une ville appelée M'piyani-Ville-Nouvelle est en train de pousser comme vos plantes. Eh bien, j'ai le plaisir de vous annoncer que ces maisons sont désormais les vôtres. En effet, la MèrePatrie, toujours généreuse et soucieuse de votre bien-être, s'efforce de vous extraire de votre misère! Aussi souhaite-telle vous offrir des habitations dignes de ce nom! Les villageois se regardèrent. Ils avaient bien entendu: il leur fallait abandonner Hamouro, leur terre, pour s'installer ailleurs. Ils étaien t partagés en tre l'envie de rire et celle de cracher. L'une ou l'autre serait, de toute manière, une envie accouchée par un profond mépris. Le vieux Bako lZatsufa se leva brusquement, ajusta son pagne maintes fois rapiécé, expulsa un crachat noir, pointa un doigt accusateur vers Petit Chef Nègre et s'écria: - Dis-moi, fils de Shetan, ta mère ne t'a-t-elle pas accouché sous un cocotier? Je soupçonne qu'une blessure

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empêche ton cerveau de raisonner et pareille blessure peut être que le fruit d'un choc par noix de coco! Les villageois comprirent l'insulte et rirent bruyamment, ce qui fit entrer Petit Chef Nègre dans une colère noire.

ne

- Sais-tu à qui tu parles? hurla-t-il. - Oui, fit le vieillard. Je m'adresse à un imbécile, celui-là même qui croit que les gens de Hamouro abandonneront leur terre, l'endroit où reposent leurs ancêtres, pour se réfugier dans des maisons en béton. Tu n'es rien d'autre que la [matité d'une semence de diable!
Petit Chef Nègre jeta au vieillard un regard narquois et circulaire et, d'une voix vibrante, s'adressa aux autres villageois. Ses propos étaient enrobés de sagesse et d'hypocrisie: - Mes frères et sœurs, vous qui êtes plus raisonnables que cet idiot de vieillard, réfléchissez bien avant de me donner une réponse. N'oubliez surtout pas qu'à M'piyani-VilleNouvelle, nous mettrons à votre disposition des maisons en dur avec électricité, eau et tout le confort imaginable. Nous ne vous les vendrons pas. Même pas contre un petit poisson ou un coq. Non. Nous vous les donnerons, car, le Grand Président Toubab, suprême chef de la Mère-Patrie, s'est juré de réduire ce qu'il a lui-même appelé la facture sociale. . . - Fracture sociale, lui murmura son premier adjoint. - De toute façon, ils ne comprennent rien, ces cons! chuchota le second adjoint. - Des hommes et des femmes ont d'ors et déjà accepté ce don, continua Petit Chef Nègre, et ont tourné le dos à leur pauvreté pour s'installer à la nouvelle ville. Aujourd'hui, nous pouvons remercier la Mère-Patrie et tous ceux qui ont lutté contre l'indépendance, car grâce à notre choix, nous vivons convenablement! Le petit homme [ltent pas entendre. espérait des applaudissements qui ne se Il oublia volontairement de préciser que 16

tous les villages abandonnés étaient, comme par hasard, en bord de mer. Il fit également fi des bulldozers qui terrassaient ces lieux en déchéance. A la place, un grand complexe hôtelier baptisé Lagon Beach sortait de terre, comme des brindilles de manioc abondamment arrosées par l'urine de Dieu. Tout son discours était en langue locale truffée de mots et d'expressions issus de celle de la puissante Mère-Patrie. Il caressa son ventre proéminent et, avec la manche de sa chemise blanche, épongea son front couleur charbon duquel suintait une sueur nauséabonde. Il attendait une réponse qu'il ne tarda pas à recevoir par une vieille femme, la folle du village, appelée IZanamagno-l'Edentée, qui bondit de l'arbre derrière lequel elle était restée cachée, se déshabilla, se pencha et, le derrière collé au visage de Petit Chef Nègre, lança:
- Sens! Sens mes excréments et leur odeur insupportable, toi qui veux vendre l'âlTIe de HalTIOUrO ! Si cela ne te suffit pas, va brouter les poils pubiens de ta mère jusqu'à ce que tu sois repu, souche d'un arbre maudit! Insulte suprême! Humilié, Petit Chef Nègre se leva et s'en alla, escorté de ses adjoints. Les villageois le huèrent et lui jetèrent des pierres. - Vous verrez que nous obtiendrons cette terre! Nous l'obtiendrons comme nous avons obtenu les autres villages! menaça-t-il avant de déguerpir comme une mangouste prise en flagrant délit par des éleveurs de poules.

*
M'piyani-Ville-Nouvelle s'étendait fièrement avec ses maisons multicolores sans âmes, alignées en file indienne; son marché de bric-à-brac, antre des mouches universelles; sa banque et ses distributeurs de billets; sa poste; ses cabines téléphoniques; son café, lieu de rendez-vous des fonctionnaires, des politiciens et des hommes d'affaires; son centre commercial aux prix exorbitants; son ghetto appelé 17

Gazebo où des familles, venues des autres rochers, s'entassaient sous des cases faites de tout et de rien: morceaux de tôles ondulées, torchis, paille, sacs de jute... M'piyani-Ville-Nouvelle était devenue la deuxièlne capitale du rocher Hippocampe. I<.analnagno-l'Edentée bave noire dégoulinant, sortit de son long sornmeil et, une déclara:

- Je suis fille d'un pays mort avant sa naissance, dont le sexe regorge d'ovules maudits. Ici, le soleil s'en va toujours de travers et les nuages traversent le ciel a\Tecmaladresse. Je suis fille d'un pays divisé par la mer et les hommes ont pour entrailles haine et rancœur!
Un homme s'écria: la menaça en lui lançant des cailloux et

- Vieille folle, tais-toi avant qu'on ne te brûle! l<.anamagno-l'Edentée ne prêta pas oreille à ces menaces. Elle s'assit sous un arbre ombreux. Les mouches ne tardèrent pas à s'agglutiner autour des plaies béantes qui couvraient sa .jambe droite. - Mangez, mangez, répéta-t-elle. Faites de ma chair votre festin et n'oubliez pas de sucer la moelle du tibia quand vous l'aurez atteinte. Nous sommes tous des mouches et ce pays n'est qu'un tas d'excréments sur lequel nous nous entretuons !

La nuit commençait à couvrir la ville. Quatre jeunes gens vinrent s'asseoir auprès de I<.anamagno-l'Edentée. Ils portaient et arboraient fièrement des surnoms issus de l'Histoire sombre de l'Humanité: Hitler, Mussolini, Pol Pot, Bokassa. - Hé, I<.anamagno-l'Edentée, ordonna Mussolini.
I<.anamagno-l'Edentée

tu pues!

Dégage

d'ici!

cracha trois fois et répliqua: 18

- Je soulève ma robe et j'urine dans ta bouche, fils de putain! Que peux-tu me faire de plus que ce que les chiens de ton espèce ne m'ont déjà fait! Ce que vous faites subir aux autres, ma chair le ressent douloureusement car ils sont mol. l<.anamagno-l'Edentée atnls : se tut. Pol Pot demanda à ses

- Vous vowez qu'on se la. . . - Tais-toi! Elle n'est plus fraîche et elle sent mauvalS, répliqua Hitler. Les quatre compères mirent une musique particulièrement prisée par la jeunesse de ce rocher-là. Ils commencèrent à danser comme des damnés. I<.anamagnol'Edentée se leva en hurlant: - Fils de chiens galeux! Pourquoi ne respectez-vous pas les anciens? L'Etranger a divisé notre pays et vous a dit que nous étions différents les uns des autres. Et pourtant, malgré la mer qui sépare nos rochers, nous parlons la même langue, prions le même Dieu et adorons les mêmes totems! Et vous, enfants de ce rocher, vous avez entendu et accepté les paroles de l'Etranger. Les quatre amis IZanamagno-l'Edentée prirent leur poursuivit: radio et s'en allèrent.

- Je ne suis pas ivre du vin des Blancs, mais ivre de colère. Ce que ma bouche vomit est ce que mes yeux ont vu, sans excréments collés contre les paupières. Menacez-moi avec un fusil, je répéterai inlassablement les mêmes mots. Ils sont entrés dans nos lieux saints avec leurs bottes crottées. Ils ont piétiné les tapis d'Allah. Hier, nous avions une maison de quatre pièces et nous pouvions passer de l'une à l'autre, car nous sommes les descendants du même père et de la même mère. Après avoir égorgé IZombo Sidi, ils ont pris possession de notre maison de quatre pièces et volé la 19