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Huit vers Orguz

De
426 pages

Un homme recherche son frère disparu, dix ans auparavant. Sa quête va l'amener à rencontrer huit aventuriers marins, qui l’aideront, mais aussi, le propulseront vers les étoiles.
Ensemble, ils vivront des aventures, hors du commun, loin des contingences Terriennes, en symbiose avec des vies très évoluées, méconnues, et pourtant présentes...
Une expérience qui mêlent la fraternité et la connaissance d’ici et d’ailleurs, sans violence avec un peu d’humour et de magie.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-62746-9

 

© Edilivre, 2014

C’était un temps gris ; il ne pleuvait pas, heureusement, mais des embruns venaient, par moments balayer les rues de St Jean de Monts. Il faisait froid et dans le ciel des mouettes volaient, en criant, parfois rabattues par le vent rageur, frôlant les rares promeneurs. Cette situation était normale, en ce mois de janvier.

La coquette station balnéaire, n’offrait plus le spectacle coloré de l’été, la foule s’en était retournée dans ses villes continentales ; désormais, seul un noyau de résidents arpentait les avenues désertées, où se côtoyaient jadis, badauds et magasins saisonniers.

Mickael n’était pas venu pour se bronzer, ainsi qu’il avait coutume de le faire, à la belle saison, mais pour s’oxygéner. Cela le changeait du salon de coiffure grand standing, où il régnait sur un petit peuple d’employés.

Sa vie pouvait être considérée comme une réussite : profession, maison confortable, épouse et enfants, en nombre suffisant, milieu bourgeois et relations attenantes… Matériellement, il avait tout ce qu’il avait souhaité, dans sa jeunesse joyeuse et même dissipée, avec une bande de chenapans sympathiques et turbulents.

Désormais, il était le numéro un d’un établissement de qualité, pour le compte d’un dirigeant lointain, alors qu’il eut aimé des contacts chaleureux plus fréquents ; au moins cela lui laissait-il une liberté conséquente, qu’il appréciait !

A ses côtés, sa digne épouse gardait le silence, n’appréciant que modérément la mer en hiver, et il est vrai que seuls les amateurs d’éléments déchaînés, pouvaient aimer le bord de la côte. Elle se consolait en pensant, qu’ils avaient rendez-vous chez ses parents, pour dix-sept heures ; à cette fin, elle lui avait demandé de stopper devant une pâtisserie, dans l’avenue de la plage, pour acquérir un gâteau. Ainsi cela terminerait agréablement, une journée peu chaleureuse !

La voiture arrêtée, Mickael, resté seul, alluma une cigarette ; sa légitime n’aimait pas les odeurs de tabac, aussi se donnait-il un peu de bon temps, lorsqu’il était seul…

Il en profita pour réfléchir, car il y avait du monde, dans la boutique. C’était une habitude qui lui permettait de gérer ses affaires, comme sa vie et en ce domaine, il pouvait être considéré, au sens propre comme au sens figuré ! En dépit de quoi, il ressentait comme une insatisfaction dans sa vie, un manque qu’il ne parvenait pas à analyser.

Il n’était pourtant pas un rêveur, au contraire de son frère, Maurice, une sorte de philosophe qui avait passé sa jeunesse, dans une recherche d’absolu, avant de disparaître, un jour voici dix ans, sans laisser autre chose qu’une lettre, dans laquelle il annonçait son désir de partir. Il prédisait, toutefois, qu’il reviendrait un jour, sans préciser la date.

Une belle révolution dans la famille ! Et aucune nouvelle depuis, le néant complet, pas une missive !

Souvent, il s’était demandé si son frère avait trouvé ce qu’il cherchait et s’il était enfin heureux, ce qui n’était pas le cas, dans son enfance ! Lui en tout cas, caractère positif dans le matérialisme artistique, il avait obtenu ce qu’il voulait, mais il y avait, cependant, cette question qui le tourmentait, doucement mais insidieusement depuis quelque temps : était-ce cela la vie ? Il n’en était plus tellement certain, désormais et cela l’irritait et l’amusait :

– « Tu vieillis, mon pauvre » se plaisantait-il et ce n’était sur sa bourgeoise d’épouse, qu’il pouvait compter pour résoudre son problème ; parfaitement à l’aise, dans son rôle de dame de la bonne société, avec ses amies, elle était satisfaite dans tous ses désirs (hormis un projet de chalet pour les vacances de neige, mais Mickael tiquait sur le prix…)

Au fond, il réalisait qu’il ne la connaissait que peu, l’ayant épousée par une sorte de relation commerciale, sans qu’il y eut un véritable amour entre eux, mais ils s’entendaient bien, par contre.

S’il y avait un lien affectif, en revanche elle ne se préoccupait que fort peu de son travail, si ce n’est pour toucher les dividendes, dont elle savait fort bien faire usage ; car de ce côté, les affaires marchaient bien, il était efficace !

Une voiture était apparue, à l’autre bout de l’avenue, venant de la plage. En homme, habitué à tout noter, ce qui était un réflexe de gérant, il releva une marque Anglaise, une Vauxhall. Un homme était au volant, à ses côtés, une jeune femme blonde, avec à l’arrière deux enfants, une fillette et un garçonnet plus jeune. Il enregistra tout cela automatiquement, la voiture allant assez lentement, mais sans y apporter une attention particulière.

Au moment, où la voiture les doubla, Mickael regarda, tout aussi machinalement le conducteur et une onde de choc le parcourut, de la tête aux pieds : son frère Maurice, le disparu d’il y a dix ans !

Il resta un moment pétrifié, puis il poussa une exclamation, chose rare chez lui, qui exigeait de lui-même, autant que de ses employés, une tenue stricte.

D’un réflexe, il actionna le démarreur, pour constater que la clé était dans sa poche ! Le temps de la trouver, de mettre le moteur en marche, et la nervosité lui fit faire une erreur de débutant, il cala !

Il jura, chose qu’il ne faisait jamais et lança enfin la voiture, qui démarra en trombe, jusque comme sortait son épouse, flanquée de ses enfants. Abasourdie, elle resta à le voir partir, la laissant là, plantée sans plus de façon, le gâteau sur le bras !…

Mickael avait de toutes autres pensées : retrouver ce frère qu’il avait, si souvent, souhaiter dans ses rêves, revoir un jour, et ce jour se réalisait, enfin.

La Vauxhal avait tournée à gauche, une ruelle qu’il connaissait bien ! Elle donnait, jadis, sur le terrain de camping du T.C.F., mais désormais, un lotissement de petites villas l’occupait ; en hiver, c’était à peu près le désert.

Lorsqu’il tourna à gauche, à son tour, ce fut pour découvrir le vide devant son regard : la voiture de son frère avait disparu. Il jura de nouveau et, en homme habitué à réfléchir vite, il examina les lieux. A gauche, une rue qui ramenait vers la plage, il était peu probable que son frère (il était sûr qu’il s’agissait bien de lui) l’ait prise, puisque, précisément, il venait de la plage.

Pas de rue à droite, donc il était parti devant. Il embraya brutalement et fonça.

Au bout, il y avait une courbe qui débouchait sur une avenue à double sens unique. Personne !

Il s’arrêta au stop et fit un nouveau point. Maurice n’était probablement pas parti à droite, car l’avenue amenait au bourg ; si cela avait été son intention, il aurait continué à prendre l’avenue de la plage qui y donnait, directement.

A gauche, après le terre-plein central, l’avenue donnait sur la plage, cela non plus n’aurait pas été logique, mais qu’est-ce qui était logique avec son frère ? Il était beaucoup plus probable qu’il avait emprunté la seule direction rationnelle, continuer tout droit, ce qui amenait au lotissement de l’ancien camping. Probablement, voulait-il retrouver ses souvenirs de vacances d’enfant…

Pas de voiture en vue, mais elle devait être déjà garée, quelque part ; il n’y avait plus qu’à rouler au hasard, en espérant retrouver son frère. C’est alors qu’il se souvint de sa femme ; elle devait se trouver dans un état de fureur, facile à imaginer, se demandant ce qui lui avait pris.

Il sourit et comprit qu’il fallait aller la chercher ; de toutes façons, si Maurice était dans ce lotissement, il finirait bien par le trouver !

Sa légitime était toujours devant la pâtisserie et à sa mine, il devina ce qui l’attendait, aussi ne lui laissa-t-il pas ouvrir la bouche et expliqua la situation, au plus vite. Pour une fois, elle resta sans voix, mais finit par lui demander quelles étaient ses intentions, lui rappelant, par la même occasion que ses parents les attendaient :

– « Que veux-tu faire, retourner toute la cité, pour dénicher ce rêveur, qui n’a jamais daigné donner de ses nouvelles, depuis toutes ces années ? – »

Il haussa les épaules ; il ferait tout, désormais, pour retrouver son frère, mais comprit qu’il devait d’abord, ramener sa famille à la Roche sur Yon, ce qui lui donnerait les mains libres pour exercer ses recherches. Du reste, il y avait une possibilité que Maurice soit devant, afin de revoir la ville de son enfance. Il revint donc, en trombe (tant pis pour le code de la route, il s’expliquerait, éventuellement, avec la gendarmerie) et arriva en une demie-heure, un record, mais sans rattraper la Vauxhall ;

Au fond, cela n’avait rien de surprenant, une impression lui disait qu’il fallait retourner à St Jean de Monts.

Après avoir raconté son aventure, à ses beaux-parents, très surpris, il repartit, toujours aussi rapidement vers la côte, bien que désormais le facteur vitesse fut secondaire ; si Maurice survenait, il le verrait bien !

Quand il arriva, la nuit tombait, ce qui n’arrangeait pas ses recherches, tout en donnant un avantage, car si Maurice était dans le lotissement (ce qui restait à prouver), une solution était de frapper aux portes des villas illuminées. Tâche longue et qui ne donna aucun résultat, personne n’avait vu de Vauxhall ; au demeurant, il n’y avait que peu de demeures occupées.

Il se remit alors à réfléchir calmement, une de ses vertus maîtresses, qui avait une des grandes causes de son ascension.

Si son frère était, dans une de ces villas, il finirait, toujours, par en sortir, il devait donc patrouiller et pour cela rester dans le secteur. Pour ce soir, il n’y avait rien à faire, car il était probable que Maurice ne jouerait pas les noctambules ; ce n’était pas son style de vie…

Mickael se résolut, donc, à partir en quête d’un hôtel et le trouva, à côté de l’avenue de la plage.

Il n’avait aucun bagage et s’en moquait, il dormirait en sous-vêtements, voilà tout ; celui lui rappellerait son temps aux Eclaireurs de France !

Il commença par dîner, de bon appétit, en pensant que Maurice était, probablement là, à quelques centaines de mètres. Tel qu’il le connaissait, il devait être devant un bon feu de cheminée, entrain de savourer un thé !

Sans le savoir, effectivement, il brûlait, s’il l’on peut dire, car effectivement, le disparu se chauffait, non les arrières comme Napoléon, mais les avants, allongé sur une fourrure, les pieds tendus aux flammes. A ses côtés, ses enfants l’avaient imité, comme ils l’avaient si souvent vu faire et s’amusaient beaucoup.

Quand il se fut suffisamment rechargé en énergie, il se retourna et regarda une jeune femme, blonde, aux longs cheveux flottants, très belle, qui mettait le couvert pour le repas du soir.

D’instinct, il prit les assiettes pour l’aider, puis la prit par la main et l’entraîna devant le feu.

Maurice l’avait chargé avec la matière première du lieu, du pin, ce qui déclenchait, de temps à autre, un crépitement. Comme ils arrivaient devant les enfants, une nouvelle décharge se produisit et une petite flammèche atterrit sur la botte russe gauche de la jeune femme, qui poussa un cri.

Avant qu’elle ne se fut penchée pour écarter l’importun, son mari l’avait devancée ; il posa le doigt sur le cuir fin et sentit la jambe aimée frémir, tandis qu’elle rougissait.

Comme ils se séparaient tendrement, ils surprirent le regard de la fillette ; bien qu’âgée à peine de huit années, elle commençait à comprendre beaucoup de choses et Maurice en déduisit que, désormais, ils devraient prendre certaines précautions…

Le repas était prêt, ils se mirent à table et mangèrent de bon appétit, stimulés par l’air salin qui continuait à battre les vitres ; selon toute vraisemblance, une belle tempête se préparait.

Mickael, lui aussi, avait terminé son dîner et il avait pris sa voiture. Ses chances de tomber sur son frère était de l’ordre du nul, mais il n’avait rien d’autre à faire ce soir et puis, on ne sait jamais, les miracles cela existent ! En fait, c’était un pratiquant du dimanche, comme beaucoup, mais avec l’âge, décidément, il se posait de plus en plus de questions !

Un peu avant le repas, il avait téléphoné à son épouse, et lui avait annoncé son intention de rester sur place, disposant, après tout de son lundi de congé. Sa décision n’avait pas été exactement reçue, comme la pluie dans le désert, mais, finalement, il avait obtenu ce qu’il désirait.

Le temps devenait toujours plus affreux ; maintenant ce n’étaient plus des embruns, mais de la pluie accompagnée d’un vent qui promettait de courber arbustes et cheminées vétustes ! A St Jean de Monts, cela n’avait rien d’exceptionnel, ce même vent pouvait assaillir les baigneurs, sur la plage et les obliger à s’abriter, où ils le pouvaient. Il n’y avait alors plus qu’attendre que cela passe ; au moins cela permettait des courses de chars à voile…

Durant près d’une heure, il parcourut les rues désertes et ne vit que quelques noctambules très pressés d’aller s’enfermer dans quelque café enfumé ; en hiver, la station n’offrait que peu d’occasions de s’amuser !

Tout en conduisant, il se remémorait son enfance et ses contacts avec son frère : somme toute, ils vivaient ensemble, mais n’avaient aucun point commun, du moins sur la façon de voir le monde, ce qui n’empêchait pas l’affection fraternelle.

Ce faisant, il fumait, ce qui le calmait (ah, si son épouse avait pu le voir faire, mais elle devait, surtout se demander ce qui l’avait pris, lui le digne bourgeois responsable d’un salon coté)

Il sourit. Etait-il vraiment un bourgeois ? Etabli, oui, mais un peu éloigné des contingences sociales ; au fond il avait toujours été un artiste…

La bourrasque prenait de l’ampleur. Inutile désormais, de penser rencontrer Maurice, il devait être bien au chaud, mieux valait rentrer. Persuadé qu’il n’y avait rien d’autre à faire, pour ce soir, il se résolut à regagner son hôtel pour y passer une nuit peu confortable, mais avec la sensation excitante, que son frère était là, probablement, tout près et qu’il le verrait, peut-être, bientôt.

Ce faisant, il passa devant une ruelle de terre sablonneuse, marquée d’un sens interdit, qui menait à un lotissement, qu’il avait négligé, précisément à cause de ce panneau. Il ne se doutait pas qu’elle menait à une allée des Chevaliers Gambettes, et que Maurice l’avait empruntée, un peu plus tôt, faisant fi de la réglementation routière !

Quelques villas, plus cossues que les autres, s’élevaient là, et des fumées montaient, puis se courbaient sous les rafales rageuses, car la tempête sévissait, maintenant, dans toute sa splendeur.

Comme il arrivait à son home d’occasion, il s’arrêta pour laisser passer deux puissantes voitures, bien qu’il ait eu la priorité. A leur bord, huit solides gaillards, qui, pour le remercier de sa courtoisie, baissèrent leurs vitres, nonobstant la bourrasque liquide, et lui sourirent, avant de redémarrer, en direction de la courbe ; décidément, elle attirait des gens hors du commun :

– « A en juger par leurs figures hâlées, ce sont, probablement, des marins ! » pensa-t-il.

Puis il se gara et se hâta de s’engouffrer dans le hall salvateur.

N’ayant rien d’autre à faire, il se coucha, gardant ses sous-vêtements, puis il éteignit la lumière, mais ne trouva pas, tout de suite, le sommeil, car trop de pensées s’agitaient dans sa tête.

Pour se détendre, il fit, alors, la revue de tout ce qu’il avait vécu, en ce dimanche hors du commun et finit par se demander, pourquoi, il attachait tant d’importance à cette recherche, insolite pour une personne aussi rangée que lui ; peut-être, justement, trop rangée. N’’était-ce pas, précisément, ce qu’il recherchait : un sens inconnu à cette vie, finalement sans attrait, au plan idéologique ?

Bien calé dans les draps frais, il sourit, amusé puis bailla et enfin, sombra dans un somme profond.

L’aube le trouva prêt à l’action, en pleine forme. Il avait dû emprunter un rasoir, grâce à l’obligeance du garçon d’étage et le petit déjeuner avalé, il reprit sa voiture, bien lavée assurément !

Le lundi étant jour de congé pour son magasin, il avait, donc, toute sa journée pour agir, et pour une fois, en célibataire ; ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps ; chose finalement, très agréable !

Malheureusement, ce fut en pure perte, pas de Vauxhall !

Ce ne fut, pourtant, pas faute de parcourir les rues et les avenues ; maintenant, il commençait à les connaître… Le beau temps était revenu, le vent ayant balayé, comme à l’accoutumée, le ciel.

Tout en patrouillant, ce qui lui rappela le service militaire (une belle affaire, dans un régiment de la D.C.A., qui présentait une particularité bien française : n’avoir pas un seul canon !), il revit toute la journée d’hier et mit de l’ordre dans ses pensées, essayant d’établir un plan d’action réalisable.

Jusqu’à présent, ses investigations n’avaient pas été couronnées de succès : la raison en était qu’il ne savait pas où chercher son frère, n’étant aucunement sûr d’ailleurs qu’il résida dans la station.

Normalement, tous ces soucis pouvaient se résoudre dans une solution simple : attendre à la Roche sur Yon, que Maurice se manifesta ; après tout, il finirait bien par essayer de contacter sa famille, ne serait-ce qu’en compulsant l’annuaire téléphonique.

Oui, probablement, mais s’il ne souhaitait pas encore, le faire ; allez donc essayer de savoir avec cet original ! Il avait promis de revenir, mais quand, et était-ce pour cette fois-ci ? Rien de moins sûr à y réfléchir ; donc continuer, ce qui relevait du hasard ou du miracle.

De nouveau, il sourit : voilà qu’il revenait au mysticisme, mais il était trop rationaliste, pour se baser sur une telle éventualité. Mieux valait qu’il s’y prenne autrement, mais comment ?

Selon son intuition, Maurice devait se trouver dans une de ces villas, mais cependant personne ne l’avait vu, ou du moins, sa voiture (il avait, de nouveau, interrogé quelques passants, mais en vain)

Où s’adresser, dès lors ? Aller à la mairie pour demander si un certain Maurice B. habitait St Jean de Monts ? Il était hautement improbable que les services municipaux puissent le renseigner, car si son frère était venu, pour effectuer un pèlerinage, il devait y être inconnu ; seule une agence de location aurait pu le dépanner, mais laquelle ?

Finalement, il tenta sa chance et débarqua à l’hôtel de Ville et reçut une réponse évidemment négative ; quand aux services de locations, il y en avait plusieurs et on lui donna une masse de renseignements, tous inexploitables, matériellement ; il y avait du monde qui s’intéressait aux possibilités de loisirs du coin, financièrement parlant !

Plusieurs coups de téléphone donnèrent le résultat logique : inconnu au bataillon, mais il fallait, aussi tenir des locations privées, de gré à gré, et là…

Soudain, Mickael compris qu’il n’arriverait à rien, par ce biais et il tenta de faire jouer la gendarmerie ; peut-être avait-elle vu la Vauxhall ?

Le factionnaire, un peu surpris par cette requête insolite, et finalement amadoué par le côté humain de l’affaire, accepta de répercuter la demande auprès de ses collègues présents. Là aussi, il fit chou blanc, aucune voiture étrangère n’avait été signalée, ou concernée par un délit quelconque. Toutefois, on lui glissa un tuyau utile : une voiture doit, de temps à autre, refaire le plein, qu’il tente donc sa chance, auprès d’une station d’essence ; qui sait ?

Mickael estima que c’était une solution possible et il se mit à chercher les stations ; il y en avait peu et il finit par trouver l’oiseau rare : une Vauxhall avait bien fait le plein et il y avait quatre personnes à bord.

Ayant montré une photographie, malheureusement ancienne de son frère, le pompiste le reconnut et précisa, qu’il y avait, avec lui, une jeune femme blonde, très belle, et deux enfants, une fillette et un garçonnet. Il ne pouvait rien dire d’autre et surtout pas le numéro d’immatriculation ; pourquoi l’aurait-il fait ? Pas de chèque, donc pas d’adresse, seulement du liquide, un gros billet qui lui avait été donné par la jeune femme. Comme il exhalait un parfum, très fort et très particulier, il le racheta à l’homme, très surpris par la requête, mais qui, finalement, accepta, amusé, puis ému, quand il en connut la raison.

Que faire d’autre à présent ? La voiture avait pris la direction de la Barre de Monts, mais il y avait longtemps, tôt dans la matinée et il était inutile d’essayer de la rattraper ; seul espoir, que son frère revienne après une excursion, le soir. Au moins cela confirmait-il son hypothèse que Maurice résidait, pour l’heure dans St Jean de Monts, mais pour combien de temps, encore ?

Midi approchait, il alla déjeuner puis reprit la route, direction le nord ; après tout, si son frère revenait, ce serait par la même route, probablement, autant courir sa chance !

Il alla, donc, vers la Côte Sauvage et fit un long périple, mais pas de Vauxhall. Il revint, finalement vers la station Montoise, l’après-midi tirant à sa fin.

Normalement, il eut dû revenir à la Roche, mais ne pouvait s’y résoudre, il téléphona donc à son épouse pour la prévenir qu’il rentrerait, très tard, reçut une admonestation qu’il encaissa sereinement et fit une ultime ronde dans la station, déjà plongée dans le crépuscule.

Rien, toujours rien, cela devenait exaspérant, mais quelle autre attitude adopter ?

La nuit tombait, à présent, toujours aussi sinistre, mais il finit par tomber sur les deux voitures, entrevues la veille.

Saisi, par une étrange inspiration, il décida de les suivre. Cela n’avait aucun sens, mais qu’est-ce qui avait un sens, depuis vingt-quatre heures ?

Les deux voitures roulaient à allure réduite, il n’eut aucun mal à les suivre. De nouveau, comme la veille, elles prirent la courbe et s’arrêtèrent au stop de la deux voies, puis s’engageant vers la gauche, après le terre-plein central, elles filèrent vers la mer.

Un peu plus loin, elles s’orientèrent vers la droite, passèrent devant la Parée Jésus, puis piquèrent en direction du centre de thalassothérapie.

On arrivait, maintenant à un autre lotissement, constitué de petites villas, peu faites pour les familles nombreuses, puis ils arrivèrent devant un autre quartier, beaucoup plus huppé ; on se fut crû en Louisiane, car c’étaient de belles maisons à étages, pourvues de colonnades apparentes, sur le devant, plantées de jolies pelouses. Au reste, certains bâtiments portaient le nom de la vieille colonie Française d’Amérique.

En cet endroit, par contre, il ne devait pas se trouver beaucoup de budgets modestes !

Un peu plus loin, luisait un lac, qu’il connaissait bien, pour l’avoir vu, dans son enfance et dans un tout autre aspect !

Les deux voitures se garèrent devant le bar, siège du golf, dans lequel s’engouffrèrent les huit hommes, décidément de solides gaillards, qui ne devaient pas craindre les mauvaises rencontres nocturnes…

Mickael les imita et les retrouva, en train de prendre une boisson, près du bar, ce qui déclencha, en lui, le besoin d’étancher sa soif, n’ayant rien pris depuis le midi.

Tout en sirotant un whisky on the rock, il les observa, du coin de l’œil, selon son habitude professionnelle. Il y avait un peu de tout, dans ce microcosme d’humanité : deux géants, véritables forces de la nature ; trois athlètes, deux normaux et une sorte d’ancien militaire, de grade élevé probablement, car il en avait toutes les allures.

Les Huit l’avaient repéré, car il n’y avait que peu de personnes à ce moment, et se contentaient de parler entre eux, mais l’un d’eux lui adressa un sourire qu’il rendit ; instantanément, une sorte de courant passa et ce fut très sympathique. Un peu surpris par cette chaleur, peu courante, chez la plupart des gens, en ce monde d’égoïsme, Mickael se rapprocha de l’inconnu et engagea la conversation :

– « Fichu temps, n’est-ce pas ? » L’autre répliqua que pour la saison, cela n’avait rien de bien surprenant et il enchaîna en demandant :

– « Vous êtes de passage dans la région ; ce n’est pas le bon moment pour visiter, mais il est vrai qu’ici, en été, c’est l’envahissement ? »

Mickael se présenta, alors et confia :

– « Je serais bien chez moi, à la Roche sur Yon, s’il n’y avait une solide raison pour que je m’attarde, dans cette ville, ce soir ! »

Son interlocuteur approuva d’un vague signe de tête, ne voulant pas se montrer indiscret, mais Mickael sentit, soudain, le besoin de se confier, chose rare, et il expliqua la situation en concluant :

– « Je me demande bien, comment, je vais faire pour agir, désormais, et le pire c’est que j’ai l’impression qu’il réside très près de là ! »

« – Mes amis et moi nous pouvons essayer de vous aider, cela fait longtemps que nous habitons, St Jean de Monts, entre deux croisières au loin. » Fit, alors, le sympathique inconnu. Devant l’air surpris de Jean, il lui confia qu’ils étaient un groupe d’hommes de mer, unis comme des frères, depuis des dizaines d’années, partageant tout et surtout le même idéal, en vivant à bord d’une goélette, l’Albatros, qui pour l’heure se balançait sur son ancre, à Port Olonna.

Quelque peu surpris par cette proposition, Mickael, acquiesça ; certes, il ne menait pas exactement ce genre de vie, mais instinctivement, un désir de jeunesse, enfoui depuis de longues années, commença à remonter des profondeurs :

« Ma foi, vous me prenez à l’improviste, mais si vous pouviez me rendre ce service, je vous en serais très reconnaissant, car, actuellement, vous l’avez constaté, je suis quelque peu désemparé. »

L’autre se mit à rire et répliqua :

« Comme un navire secoué par la tempête ; savez-vous que nous avons connu cela, bien souvent ; mais venez – donc que je vous présente à mes compagnons d’aventures ! »

Le reste du groupe s’était tu à leur approche et tous déclinèrent leurs noms. Les géants s’appelaient respectivement, Cabacco et Brasdefer, Guadeloupéen et Martiniquais. Les trois athlètes répondaient aux prénoms de Henri, Jim et Bill, qui avait si gentiment introduit Michel parmi la troupe. Les deux normaux étaient Jo et Rollon, quant au militaire, il s’agissait de Jean de Laverdière, ex-commandant de cuirassiers.

Le tour de table étant fait, Bill exposa la situation à ses amis, qui approuvèrent silencieusement la tête, en signe d’assentiment muet ; aventuriers modernes, ils avaient l’habitude de l’entraide et bien des personnes de rencontres leur devaient une fière chandelle.

Laverdière, qui avait consulté sa montre, lâcha laconiquement, qu’il était temps d’aller dîner et séance tenante, ils invitèrent leur hôte : à la fortune du pot, précisa-t-il, ce qui eut le don de faire rire ses amis, au grand étonnement de Mickael ; il ne comprit pas, sur le champ, la raison de cette hilarité, qui, à priori, ne présageait rien de bon ; ce en quoi il se trompait singulièrement !

Les Huit ayant repris leurs voitures, s’engagèrent dans un lacis de ruelles non éclairées, où il se fut perdu irrémédiablement, sans ses guides ; tout au plus, repéra-t-il la direction approximative, du golf, ce qui ne lui disait rien, ne connaissant pas l’urbanisation récente du lieu.

Soudain, une haie, haute et épaisse, lui sembla-t-il, barra le chemin, mais déjà les deux tout-terrains avaient obliqué. Les ayant suivies, il eut l’impression d’emprunter une chicane, digne d’une citadelle, pour se retrouver dans un jardin, aux allures de parc, pour autant qu’il put en juger, de nuit.

Plus loin, dans le halo des phares, il entrevit une villa, blanche, tout en longueur, nantie d’une série d’arcades sur le devant.

Tandis que les deux voitures allaient se garer, Mickael se vit affecter un espace dallé, sur la gauche, où il se rangea. Déjà, Bill s’avançait et le prenait familièrement par le bras, pour le guider dans un hall qui déboucha sur une rotonde, percée de vastes baies, ornées de jolies pierres de taille grises, du plus bel effet…

A l’intérieur, c’était un confort cossu, sans luxe ostentatoire, mais de qualité : meubles anciens, vaste canapé et fauteuils de velours or, peu en rapport avec ce milieu d’hommes, vraisemblablement, tous célibataires ; tapis persan immense et profond où les pieds s’enfonçaient.

Toute une collection d’objets de souvenirs, manifestement des restes d’aventures aux quatre coins du globe. Une bibliothèque retint, particulièrement, son attention, car elle était recouverte de centaines de livres de qualité ; pas le genre que l’on trouve dans une maison ordinaire !

Laverdière avait suivi son regard et sourit : – « Hommes d’actions, entre deux croisières, nous aimons revenir à notre havre vendéen, et prendre nos aises ; les hivers sont longs et il faut savoir occuper ses soirées. Nous organisons, aussi, des parties ludiques et nous disposons d’un piano, où plusieurs d’entre nous se débrouillent très convenablement ! – »

Là-dessus, on lui proposa un apéritif qu’il accepta et dégusta, avant d’apprendre qu’il s’agissait d’une sorte de punch Antillais.

Mickael, tout en dégustant, eut aimé que l’on aborda le sujet, qui le préoccupait, mais en homme du monde bien élevé, il observa un silence poli et prudent, laissant le groupe préparer le dîner.

Au reste, plusieurs restèrent pour lui tenir compagnie et la conversation fut de l’ordre du courtois et du banal, ainsi qu’il convient entre personnes qui viennent, juste de faire connaissance.

Tout en causant, il observa les lieux et nota son agencement très original, particulièrement une arche de pierre de calcaire blanc, magnifique mais insolite, au regard du reste de la pièce.

Bill remarqua son étonnement :

– « Joli morceau, n’est-ce pas ? Nous l’avons récupérée, dans une ruine très ancienne et comme elle plaisait au Commandant, nous lui avons offert, encore qu’elle ne nous ait coûté que la peine de la ramener ! – »

Et il ajouta, confidentiellement :

– « C’est une de nos règles, chacun de nous participe à l’aménagement de notre villa, suivant son goût, ainsi elle est une œuvre collective, mais aussi le fruit de chacune de nos individualités ; si nous n’étions pas des frères, unis par le même genre de vie, vous imaginez ce que aurait été le résultat ! – » Son invité en convint et rit de bon cœur avec lui, le reste faisant chorus…

A ce moment, il se souvint de son épouse et prenant conscience de l’heure, il demanda la permission d’utiliser le téléphone, ce qui lui fut accordé, immédiatement, dans un petit salon attenant, qui devait faire office de fumoir et qui était un véritable petit bijoux vert…

La communication fut ce qu’elle devait être, en de telles circonstances : une mer de récriminations, assez justifiées au reste ! Il lui mit un terme, en demandant de prévenir son adjoint, qu’il serait, probablement absent le lendemain et qu’il prenait un jour de congé : son enquête progressait, mais d’une manière différente de ce qu’il avait espéré. La tempête conjugale apaisée, il raccrocha et rejoignit les Huit.

Le dîner était prêt et l’on passa dans la salle à manger.

Ici, l’ambiance était à l’opposé de ce qu’il avait admiré, jusqu’alors : on se fut crû dans un monastère, fort bien édifié au reste, avec sobriété et harmonie, dégageant une paix insolite.

Bill, qui, décidément, jouait avec chaleur, le rôle de mentor, comprit son étonnement, mais ne fit aucun commentaire, pour une fois. Cette pièce étrange, parce que sans rapport avec le reste, conserverait son mystère Il sentit, cependant, qu’elle avait été conçue, dans une orientation précise n’ayant que peu à voir avec l’alimentation ; le but poursuivi était autre… Du reste, le repas fut con-

1. sommé dans une ambiance fraternelle, mais paisible, volontairement.

2. Des discussions, certes, mais sans propos inutiles ou inharmonieux.

3. On mangeait bien, en ce lieu, hors du commun et Jean comprit, alors, le sens de la gaité des compagnons du commandant ! :

Le premier plat était un potage, une bisque de homard, qui ne devait rien à une quelconque fabrique industrielle, où ce crustacé n’était pas majoritaire pour les décisions……

Ensuite ce fut un poulet froid mayonnaise, accompagné de tomates provençales, l’ensemble succulent. La salade et les fromages terminèrent ce bon dîner, avec une tarte aux mirabelles, tout cela œuvre de Jim, le coq du groupe, pour sa plus grande satisfaction.

Leur invité, apprécia, tout autant les mets que l’attention dont il fut l’objet de la part de ses hôtes qui l’entourèrent, mais sans jamais faire allusion à la cause de sa présence ; à vrai dire, cela le surprenait quelque peu, habitué aux repas d’affaires, où les conversations étaient toujours orientées dans un but très pratique.

Finalement, il en prit son parti et se mit à l’unisson. Ainsi apprit-il, un certain nombre de faits et de détails sur la vie des Huit. Pas de secrets ; s’il y en avait, on ne lui en confia pas, mais une série de récits, sur leurs croisières et les pays visités : tout un monde inconnu, pour ce terrien, qui vit défiler îles lointaines et mers sans limites, avec leurs lots d’aventures, dont il devina qu’elles n’avaient pas dû êtres toujours anodines.

S’étant risqué à aborder un sujet d’actualité, les attaques en mer, Bill révéla, qu’effectivement, il avait parfois, rencontré des malfrats aux intentions sans équivoque et qu’il s’en était résulté des moments intenses… Toutefois, on ne lui donna pas de détails, probablement, pour ne pas troubler sa digestion à peine commencée…

Mickael se tint, donc, sur une réserve polie et fit bien ; si leurs relations se poursuivaient, ce qui était possible, à ce moment, il apprendrait beaucoup et même plus :

– « Songez, mon cher, fit Cabacco le géant au crâne dépoli, à ce que peuvent vivre huit gaillards en maraude sur toutes les mers du globe, sans compter certaines escales, que je ne recommanderai pas pour des croisières touristiques ! »

Il approuva docilement, c’était en effet facile à imaginer ; probablement ces sympathiques humains avaient dû exercer quelques violences et même plus, pour défendre leurs vies. Au combat, ce groupe devait être, sans nul doute, d’une efficacité redoutable, il suffisait, pour cela de regarder les deux colosses et le trio d’athlètes ; tous, en fait, devaient être familiers des armes et des sports de combat, ce qui était d’ailleurs, le cas, mais l’heure n’était pas à ces confidences !

La tarte exécutée, jusque dans les dernières miettes, on revint dans la salle de séjour. Décidément, c’était un carré pour yacht de milliardaire où le capitaine Nemo eut été à l’aise. Le café fut, alors, servi.

Ce fut en le sirotant, qu’enfin, l’éternel intermédiaire, Bill ouvrit la bouche pour évoquer le problème de leur invité :

– « Alors, cher monsieur, maintenant que vous vous êtes refait les forces, si nous abordions le cas de votre frère, car, enfin, c’est bien la raison de notre rencontre, ce soir ? – »

Mickael s’inclina et en convint, heureux que l’on aborda enfin, le sujet qui lui tenait à cœur :

– « Permettez-moi, avant tout, de vous remercier pour cette délicieuse soirée. Votre rencontre, alors que j’en avais bien besoin, aura été pour moi, un moment de réconfort et même de plaisir, pour le repas excellent que vous m’avez offert. Je n’aurai garde d’oublier le meilleur, la sympathie que vous dégagez tous ; j’ai déjà rencontré bien des personnes, mais comme vous, jamais. Il y a autre chose, vous êtes différents du reste du monde, vous représentez l’aventure avec toute la...