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Ici et ailleurs

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Description

Ici et ailleurs

Danielle Tremblay

David se rend sur Huntha y rencontrer son demi-frère hermaphrodite Zuma-Ridi. Puis, il participe à une dangereuse mission sur Ogmios pour récupérer un jeune génie dont les inventions sont si dangereuses qu'elles pourraient détruire notre univers, mais également les univers parallèles. L'astronef de Don, qui ramène le jeune cerveau explose. Maître Arsh et David tente de ressusciter le jeune homme. Parallèlement, David tombe amoureux d’une jeune femme magnifique nommée Mily.

Cette série nommée « Pas de paradis sans... l'enfer » comporte 9 titres :

• L'épreuve d'admission, tome 1 de la 1re trilogie

• Soldat de la paix, tome 2 de la 1re trilogie

• Un pas en avant, tome 3 de la 1re trilogie

• Perturbations internes et externes, tome 1 de la 2e trilogie

• Ici et ailleurs, tome 2 de la 2e trilogie

• D'épreuve en épreuve, tome 3 de la 2e trilogie

• Chacun son tour, tome 1 de la 3e trilogie

• Une raison de vivre ou de mourir, tome 2 de la 3e trilogie

• Devenir Maître, tome 3 de la 3e trilogie

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 8
EAN13 9782363079480
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0015€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Pas de paradis sans… l’enfer re 2 trilogie, tome 2 Ici et ailleurs Danielle Tremblay La vie est ce qu’on en fait : un enfer ou un paradis, mais le plus souvent quelque chose entre les deux. David Bar-Kokhba
Chapitre 1 : Zuma-Ridi et Darius
Si quelqu’un peut me dire ce que je fais ici, ce serait fort utile. Est-ce un nouvel exercice de la garde, une autre invention de mon maître pour me tester, les jeux locaux qui ont débuté plus tôt que prévu ? En tout cas, je me réveille dans une forêt pas tellement terrienne. Aucun des arbres et des autres plantes qui m’entourent ne me rappelle une plante de la Terre. Pourtant, mes cours de survie en nature auraient dû me donner une bonne idée de ce qu’on peut trouver comme minéraux ou comme végétaux sur ma planète.
Comment peut-on s’endormir dans son lit de sa chambre de son collège sur sa bonne vieille planète Terre et se réveiller quelque part où on n’a jamais mis les pieds, probablement sur une autre planète ? En plus, je n’ai pas les mêmes vêtements et chaussures qu’hier. J’ai des vêtements amples et verts, ainsi que des bottes confortables, mais assez longues pour protéger mes jambes des morsures de petits animaux, je suppose. Un havresac, posé sur le sol près de moi, doit m’être destiné. Il contient un manteau chaud et imperméable. Il y a aussi un canif et une gourde pleine d’eau.
J’essaie de me rappeler ce que j’ai fait hier. Rien de très inhabituel. J’ai assisté à une soirée pour le départ en mission d’un élève de maîtresse Borg et d’une élève de mon maître. Je n’ai pas bu immodérément. Je n’ai pas consommé de drogue ; en tout cas, pas que je sache. Et je me réveille autre part, dans un ailleurs que je ne connais pas.
Il est vrai que j’ai fini la soirée avec une fille que je venais de rencontrer. J’ai passé une bonne partie de la nuit dans sa chambre. Nous avons baisé assez longtemps, puis on a discuté tout en mangeant et buvant un peu. Après quoi, je suis allé dormir dans ma chambre. M’aurait-elle drogué ? Je n’ai rien vu de semblable dans son esprit pourtant.
Je regarde alentour, pour m’assurer de ne pas me trouver en danger immédiat. Rien de menaçant à l’horizon. Je dirais même que l’endroit a quelque chose d’idyllique. Si j’avais choisi un endroit pour mes futures vacances, j’aurais difficilement pu trouver mieux que cet endroit. Mais je sais qu’il ne faut pas toujours se fier aux apparences.
Le soleil (mais est-ce bien le Soleil ?) est en train de se coucher. Le ciel a pris des couleurs carmin et mauve. L’air embaume les odeurs fleuries et la végétation en train de sécher après l’orage. Comment se sentir menacé en un si bel endroit ? Pourtant, si mon maître a contribué à une telle expérience, ce n’est certainement pas pour me permettre de passer de belles vacances. Néanmoins, j’adore mon maître pour me permettre de vivre l’imprévisible. Rien ne pourrait être plus loin de la vie d'un comptable.
Je sens quelque chose qui me presse la hanche. Qu’est-ce que c’est ? Je suis debout avant d’avoir eu le temps de réaliser complètement que l’animal était une sorte de serpent. Il est couvert de jolis motifs d’ocre jaune et rouge sur fond noir, mais l’heure n’est pas à l’extase écologique. Même si mes bottes doivent pouvoir me protéger de morsures, comme je ne sais rien de ce serpent ni de ce dont il pourrait être capable, je préfère m’en éloigner prudemment.
La température devait être pas mal chaude peu avant le coucher de l’astre du jour, mais
elle s’abaisse rapidement. Il va faire bientôt très froid, je n’en ai aucun doute. Alors je pars sans plus attendre à la recherche d’un abri ou de ce qui pourrait me permettre d’en construire un. Je vois non loin d’ici ce qui ressemble à une grotte. Je me rappelle celle de la salle virtuelle. Elle était remplie de chauves-souris et de leurs déjections. Je me doute que je pourrais trouver bien pire que des chauves-souris dans une grotte. Celle-ci a une ouverture assez large pour permettre à des animaux de bonne dimension de s’y abriter. Je vais quand même y jeter un coup d’œil circonspect. Quand j’y entre, je n’y vois aucun ours ni autre animal assez gros pour me causer des blessures importantes ou me tuer. Il n’y a pas non plus de chauves-souris ou ce qui y ressemblerait sur cette planète inconnue. Par contre, j’y découvre un mammifère dont je me serais volontiers passé : Darius. Il y est étendu et endormi.
J’ai entendu dire que Darius se serait mis à dos à peu près tout le monde dans le groupe de bénévoles dont je faisais partie et que ce ne serait guère mieux avec les élèves qui suivent les mêmes cours que lui. Il trouve toujours quelque chose à redire de tout le monde. Soit les bénévoles ne sont pas assez bien à son goût, soit ils le sont trop. Dans le premier cas, il leur reproche leur médiocrité ; dans le second, il ne veut pas croire à leur excellence et leur crée des difficultés pour voir comment ils vont réagir. Ou encore, il les traite de lèche-bottes. Dans tous les cas, il se tient le plus souvent à leur écart et ne leur parle que pour des raisons techniques ou pour les insulter. Son maître, monsieur Maïtreya, en a eu assez et aurait discuté de son cas avec mon maître, qui lui aurait présenté une possibilité. Est-ce que cette possibilité est en train de se réaliser ?
Chose étrange, bien que je ne sache rien de cette planète et de ses dangers, qui pourraient être nombreux, c’est Darius qui m’inquiète le plus. Je n’ai jamais réussi à le comprendre et je sais encore moins à quoi je pourrais m’attendre de lui que du serpent de tantôt. Son esprit me semble aussi tortueux que les mouvements du serpent.
Je le sonde. Il rêve à son petit frère Théo. Son père maintient Théo sous l’eau. L’enfant est en train de se noyer. Darius donne des coups de poings et de pieds à son père, qui le repousse brutalement tout en continuant de maintenir Théo sous l’eau. Quel horrible cauchemar ! Je vais plus en profondeur dans son esprit. Je vois Darius travailler avec acharnement presque jour et nuit. Il va trois soirs par semaine au travail bénévole, même si son maître ne l’y oblige plus. C’est le seul moment où il se sent vraiment utile. Et pendant qu’il y travaille, il ne pense pas au passé. Il semble avoir sinon de l’affection du moins de la sympathie pour Étienne, le responsable de l’équipe de bénévoles. Quant aux autres membres de l’équipe, il juge qu’ils manquent soit d’efficacité soit de ténacité. Quand ils sont bons, ils s’en vont faire autre chose ailleurs. Quand ils ne le sont pas, ils restent et le travail est bâclé. Même moi, il me voit comme l’un des lâcheurs.
Si je vais plus loin dans son passé… Ouf ! C’est l’horreur constante. Sa mère, son idole, qu’il adorait et qui l’aimait comme personne ne l’a jamais aimé, est morte sur une planète éloignée. À sa mort, une partie du cœur d’enfant de Darius est mort avec elle. Quant à son cauchemar, il est le reflet de la réalité. Son plus jeune frère est mort noyé dans des circonstances mystérieuses. Darius n’a pas assisté à sa mort, mais, selon lui, soit son père a volontairement tué Théo, qu’il trouvait insupportable, soit il n’a rien fait pour le secourir par bêtise ou par lâcheté. Darius aurait dû être avec son frère à ce moment-là, mais il en avait assez des exigences incessantes et de la violence de son père. Il aurait voulu fuir pour toujours, mais il n’a fugué que quelques jours. Quand il est revenu à la maison, uniquement par amour pour son jeune frère, ce dernier était mort depuis deux jours. Darius a voulu mourir comme son frère et il a tenté de se suicider en se noyant. Une inconnue, qui l’a vu se
débattre dans l’eau, l’a sauvé et l’a transporté à l’hôpital. Le personnel médical, qui a vu son corps couvert de marques, a soupçonné son père de violence envers son fils et, même si Darius a cherché à expliquer ses marques en parlant de tous les sports qu’il pratiquait, personne ne l’a cru et on l’a placé dans un foyer d’accueil. Lorsqu’il a pu retourner vivre avec son père, celui-ci, malade, a eu une crise. Il ne trouvait pas ses médicaments. Darius les a cherchés avec lui, mais il n’en trouvait nulle part ; il n’y en avait plus à la maison. Ils auraient dû appeler immédiatement Urgence-Santé ou la pharmacie pour lui procurer sans délai ses médicaments. Mais Darius ne l’a fait que lorsqu'il a constaté que son père risquait de mourir. Monsieur Jones, le père de Darius, a dû être transporté à un hôpital et y est resté plusieurs semaines. Darius a ressenti des remords d'avoir autant attendu avant d'appeler de l'aide. Mais ses remords étaient surtout dus au fait qu'il avait souhaité qu'il ne guérisse jamais. Quelques mois ensuite, son père est mort dans un stupide accident du travail. Darius en a encore une fois éprouvé un mélange de soulagement et de remords.
Pourtant, malgré son désir de devenir médecin-urgentiste, comme sa mère l’avait été, il n’a pas osé ensuite s’inscrire dans une école de médecine, car son père le lui avait interdit. Même s’il détestait son père, il continuait à respecter les exigences qu’il avait eues envers lui : tout accomplir à la perfection, étudier à Éden et ne jamais, au grand jamais, abandonner. Parfois, Darius en a assez de la vie qu’il mène, mais il juge ne pas avoir le droit d’y renoncer. Alors, il s’enferme dans sa chambre et il tente inutilement d’étouffer les sanglots qui montent à sa gorge au souvenir de la mort de sa mère et de celle de son petit frère, à l’idée de son soulagement à la mort de son père et parce que tout le monde, même lui, le déteste. Je vois dans son esprit que même saint David, c’est-à-dire moi, n’a pas su apprendre à l’aimer. Je lis pourtant de l’affection fugace envers moi dans cet esprit submergé de douleur.
Je lui ai reproché de se torturer inutilement avec son passé. Je l’ai même insulté à cause de son apitoiement sur soi. Je lui disais d’arrêter d’embêter tout le monde avec ses misères et sa mauvaise humeur. Je n’avais rien compris. Il a perdu trop jeune et brutalement les seules personnes qu’il aimait et s’est retrouvé avec un père haineux qui n’avait que reproches et coups à lui offrir. Son seul rêve était d’apprendre à guérir les gens, comme le faisait sa mère, mais on le lui a interdit. Pourtant, il en ressentirait beaucoup de bonheur, même s’il n’avait personne pour l’aimer.
Maintenant, il est seul et il préfère le rester, car il a peur de perdre ceux qui s’attacheraient à lui comme il a perdu ceux qui l’ont aimé. Le seul moment où il ressent quelque chose qui ressemble à du bonheur, c’est quand l’équipe de bénévoles réussit à sortir quelqu’un des décombres, surtout quand ce sont de jeunes enfants. Dans ces moments-là, il a un peu l’impression de réparer son absence lors de la mort de son frère et il se dit que sa mère serait fière de lui.
Cette grotte, où Darius commence peu à peu à se réveiller, pourra nous servir d’abri. Je suis sûr que mon maître n’aurait pas abandonné Darius dans un endroit dangereux pour lui. Mais je crains que, même dans la grotte, la température devienne glaciale durant la nuit. J’y cherche donc une cheminée naturelle en dessous de laquelle je pourrais faire un feu pour nous réchauffer et, éventuellement, pour nous nourrir.
Mes cours de survie en nature m’ont donné des notions élémentaires pour reconnaître des plantes ou des animaux susceptibles de servir de nourriture, mais encore faut-il être prêt à expérimenter les aliments en question. L’expérimentation implique de ne pas tester plus d’un aliment par jour. Sinon, comment savoir lequel nous aurait rendus malades ?
Peut-être qu’il vaudrait mieux se passer de manger. On peut vivre plusieurs semaines sans nourriture. Par contre, sans eau, surtout si la température s’élève à plus de vingt-cinq degrés Celsius, il est difficile de vivre plus de trois jours. En fait, d’après ce que j’ai appris, on peut vivre plus longtemps que trois jours, mais au bout de trois jours, on commence à délirer, à avoir des hallucinations qui nous rendent la survie pratiquement impossible. Avec ma gourde pleine d'eau, je ne pourrai tenir plus d'un jour. Donc, il me faut trouver de l’eau et tout ce qu’il faut pour la purifier. Ce qui signifie que je dois faire un feu.
J’ai vu un endroit intéressant pour préparer mon feu dans cette grotte. On dirait qu’il y a une ouverture au sommet. Cependant, juste en dessous, le sol est mouillé. Alors s’il pleuvait, le feu s’éteindrait vite. Mais si je peux trouver quelque chose susceptible de servir de contenant, je pourrais y amasser une eau qui serait sans doute relativement pure.
Donc, il me faut trouver le nécessaire à faire un feu et à amasser de l’eau. Je sors de la grotte à la recherche d’herbes sèches, de branchettes et de cailloux abrasifs, ressemblant à des pierres à feu terriennes. Et pendant que j’y pense, je teste mon com. J’essaie de rejoindre mon maître. Je souris en voyant le message : « Il n’y a pas de service disponible sur ce territoire ». Le contraire m’aurait étonné. Par contre, je trouve sans peine de la mousse et d'autres herbes sèches, du petit bois et les cailloux nécessaires à la réalisation de mon feu. Je trouve même de l’écorce, qui pourrait aussi me servir à fabriquer un contenant pour recueillir de l’eau. Merci, Monsieur !
Pendant que j’étais accroupi à ramasser des cailloux et de l’herbe, Darius s’est réveillé. Il sort de la grotte.
— Qu’est-ce qui se passe ? Où sommes-nous ? demande-t-il, sans même me saluer.
— Moi aussi, je suis content de te voir, Darius, dis-je.
— Arrête de faire ch…, David.
— Toujours aussi aimable, hein, Darius ?
— Qu’est-ce qui se passe ? Quel est cet endroit ?
— J’en sais autant que toi à ce sujet. Moi aussi, je me suis réveillé ici alors que je m’étais endormi dans ma chambre à Éden.
— Ah, ça, c’est sûrement l’œuvre de ton maître.
— Mon maître, le tien ou les deux ensembles. Moi, ce dont je suis sûr, c’est que si on est ici, c’est à cause de toi et de ton aimable comportement.
— Qu’est-ce que tu racontes ? !
— Te rappelles-tu ce que je t’ai dit à propos d’un accord entre ton maître et le mien ? Ils se sont entendus pour te mettre en situation de changer d’attitude. Voilà. Nous sommes dans cette situation. Sauf que, moi, je n’avais pas demandé à t’aider à devenir plus aimable.
— Fils de ch…
— Attention ! Ma mère n’a rien à voir dans tout ça. D’ailleurs, s’il n’en tenait qu’à elle, je serais dans un bureau à exécuter des opérations comptables. Alors, laisse-la tranquille.
— Où sommes-nous ?
— Aucune idée. Je suis juste à peu près certain que nous ne sommes pas sur Terre.
— Qui te dit que ce n’est pas une salle virtuelle ? me demande-t-il.
— Non. Tout est trop parfait. Les odeurs, la texture des objets, les plantes, toutes des variétés inexistantes sur Terre. On est sur une autre planète, je le jurerais, mais je ne sais pas laquelle.
— Et qu’est-ce que tu fais ? Tu t’amuses avec des cailloux ?
— T’as pas eu un cours de survie en nature depuis que tu es à Éden ?
— À quoi bon faire un feu ? Il fait assez chaud comme ça et on n’a rien à cuire.
— Depuis que je suis réveillé, la température a baissé de plusieurs degrés. Je ne doute pas que la nuit soit pas mal froide. Alors tu m’aides à trouver du bois sec ou si tu te contentes de faire des commentaires sarcastiques ?
— Si tu crois que je vais t’aider…
— M’aider ? Si tu ne veux pas m’aider à préparer le feu, alors va te les geler ailleurs. Ce n’est pas moi qui ai donné l’idée à nos maîtres de nous abandonner ici.
Je continue ma recherche d’allume-feu et de bois sec, pendant que Darius grommelle à la sortie de la grotte. Je vais porter ce que j’ai sous l’ouverture et je m’installe pour préparer mon feu. Je n’ai aucun mal à allumer la mousse et la paille que j’ai trouvées. J’y ajoute le petit bois sec. Tout semble bien prendre, mais sans doute que ma mousse était trop humide, il y a pas mal de fumée qui se répand dans toute la grotte. Darius, à l’entrée, se moque de moi. Il dit qu'on n'a pas besoin de fumoir et que, si je continue comme ça, je ne terminerai pas la nuit vivant. Il n’a peut-être pas tort. J’aimerais trouver ce qu’il faut pour fabriquer une cheminée artisanale, mais ce serait sans doute un peu compliqué, même en supposant que je trouve le nécessaire.
Je retourne à l’extérieur pour trouver quelque chose pour me permettre d’y transporter mon feu sans me brûler. Je trouve de l’écorce en bonne quantité. Je m’en sers pour transporter mon feu à l’extérieur de la grotte. Bien sûr, Darius me regarde travailler sans m’aider. Et il n’a que moqueries à mon égard. Je suis inexpérimenté. Je ne peux pas tout réussir à la perfection dès la première tentative. Je voudrais bien le voir à ma place. Trop facile de critiquer les autres pendant qu’on se tourne les pouces. Je me dis que toutes les moqueries de Darius ne sont que du vent et je continue comme si j’étais seul.
Mon feu brûle maintenant à l’entrée de la grotte. Si je m’étends à la sortie, je pourrai sentir la chaleur du feu sans que la grotte se retrouve pleine de fumée et je serai à l’abri de la pluie. Malgré toutes les moqueries de Darius, je suis quand même assez fier de moi.
Je vais ensuite installer une sorte de bol en écorce dans l’ouverture au-dessus de la grotte.
Si l’eau y coulait suffisamment pour faire une belle flaque dans la grotte, peut-être que j’aurai de quoi boire demain dans mon contenant improvisé.
J’essaie aussi de voir, pendant que le soleil n’est pas totalement couché, s’il y aurait des animaux susceptibles d’être mangés et des fruits qui pourraient être comestibles. En même temps, j’en profite pour vérifier s’il y aurait un ruisseau ou des traces de pas d’animaux convergeant vers le même point, possiblement un point d’eau. Je vois quelque chose qui ressemble à une trace de sabot de cervidé. Compte tenu de la profondeur de la trace, je crois que le cervidé en question doit être pas mal lourd, donc pas mal gros. Pour pouvoir le manger, il faudrait trouver un moyen de le tuer, mais comment ? Si mon maître et celui de Darius ont pris soin de nous laisser à un endroit sécuritaire, ils ne nous ont procuré aucune arme plus dangereuse qu’un canif, aucune trousse de premiers soins, pas même de briquet. Alors, montrez-nous que vos cours de survie ne sont pas inutiles, les enfants.
Tout ce que je souhaite pour l'instant, c’est de trouver un cours d’eau. En plus de pouvoir boire plus d'une journée, je pourrais sans doute, en remontant son cours, me retrouver à un endroit habité. À moins que nous nous trouvions au beau milieu d’une forêt vierge sur plusieurs centaines de kilomètres. Le but de l’aventure n’est peut-être pas de sortir rapidement de ces bois.
Je grave mes initiales sur des arbres à hauteur de mes yeux et dans toutes les directions, pour laisser des traces de mon passage, de sorte que quel que soit le sens dans lequel j’irai, je pourrai voir que je suis déjà passé par là. Sait-on jamais, il arrive fréquemment qu’on tourne en rond lorsqu’on marche en forêt. Je l’ai expérimenté lors d’une randonnée avec Jonny.
Après avoir marché vers une vallée, endroit le plus probable pour trouver un cours d’eau, mais n’ayant pas trouvé la moindre goutte du précieux liquide, je retourne à la grotte. Le feu est éteint, comme si quelqu’un l’avait étouffé délibérément. Est-ce que Darius, non content de ne pas m’aider, ferait de l’obstruction ? Où est-il, d’ailleurs ? Je ne le vois ni à l’extérieur, ni à l’intérieur de la grotte.
Je m’efforce d’abord de rallumer le feu pendant que je vois encore quelque chose, puis je me fabrique une torche. Je veux pouvoir voir où je mets les pieds. Je crie le nom de Darius, espérant qu’il se soit juste éloigné un peu, mais personne ne me répond. Peut-être s’est-il dit que j’étais sérieux quand je lui disais qu’il pouvait aller se les geler ailleurs.
Maintenant que mon feu est rallumé, je vais m’étendre à l’entrée de la grotte en me disant que je verrai sans doute réapparaître Darius dès qu’il se mettra à faire plus froid. La température continue de s’abaisser. Je ne sais pas combien il peut faire à la nuit tombée, mais ce ne doit pas être plus de 5°C. En plus, avec l’humidité, j’ai l’impression qu’il fait encore plus froid. Brrrr ! Je me rappelle ma tunique de contrôle de température. Où en étais-je rendu lorsqu’elle était en mode « nuit » ? À plus de cinq degrés, il me semble. Je fouille dans le havresac et je mets le manteau. Avec mon feu qui me réchauffe, la température me semble supportable. Mais je crains de manquer de bois. Alors, je prends ma torche et je tâche de trouver de cette écorce qui me semblait si nombreuse plus tôt. J’en trouve, mais en faible quantité. Et le bois que je trouve est trop humide. Il ne peut pas servir à alimenter mon feu. Je le saurai, la nuit prochaine, j’amasserai davantage de bois avant de me mettre au lit, si on peut dire.
Je n’arrive pas à m’endormir. C’est sans doute normal, vu que je viens de m’éveiller. J’ai dû dormir un bon nombre d'heures avant et pendant qu’on me transportait ici. Difficile de dire
combien étant donné que je ne sais pas sur quelle planète je me trouve. Malgré tout, comme je suis seul et que je n’ai pas grand-chose à faire à part attendre que la nuit soit passée, je trouve le temps long et je finis par m’endormir. Quand je me réveille, je grelotte. Le feu est éteint. Je suis surpris de découvrir qu’il ne s’est pas éteint de lui-même. Il restait du bois et on a jeté du sable pour étouffer les flammes. Darius ! Si c’est toi, mon salaud, tu ne perds rien pour attendre.
J’essaie de me confectionner une nouvelle torche, mais je n’y vois rien. Et mes pierres à feu ont disparu. Je les avais laissées non loin du feu, à portée de main, pour pouvoir le rallumer rapidement pendant la nuit. On me les a volées. Salopard ! Je commence à en avoir assez. Je hurle : « Darius ! ! ! Darius, mon salaud ! Attends que je te retrouve. » Aucune réponse.
Faute de feu, je m’enfonce dans la grotte où j’essaie de trouver un endroit bien à l’abri du vent, mais pas trop humide. N’empêche qu’il fait un froid de loup. La température doit encore avoir baissé. Avec l’humidité et le vent, c’est glacial. J’espère ne pas tomber malade.
J’ai quand même réussi à dormir un peu en me mettant en boule dans un coin, mais j’ai hâte que le jour se lève, pour qu’il fasse un peu plus chaud et pour pouvoir partir à la recherche de Darius.
Le lendemain matin, j’amasse suffisamment de petit et plus gros bois sec, ainsi que de l’écorce et de la mousse aussi sèche que possible, que je répartis dans trois coins pas trop évidents de la grotte pour éviter de tenter le voleur ou le génie malfaisant de la forêt. J’en mets aussi un peu dans mon havresac pour transporter avec moi l’essentiel pour ma survie. Je me confectionne plusieurs torches. J’en laisse aux mêmes endroits que le bois, mais j’en cache aussi dans la grotte à des endroits accessibles, même en pleine obscurité. J’ai également trouvé de nouvelles pierres à feu. J’en garde sur moi dans le havresac et j’en range près de mon bois dans la grotte. En répartissant le nécessaire à fabriquer du feu de cette manière, je complique la vie au voleur et j’ai une chance de ne pas mourir de froid la nuit prochaine.
Je transporte donc dans mon havresac deux pierres à feu, un peu d’écorce, de mousse et du petit bois. J’ai attaché une torche à ma ceinture et je pars à la recherche de Darius. Je crie son nom, mais personne ne me répond. Soit il a décidé d’essayer de retourner tout seul à la civilisation, où qu’elle soit, et il est trop loin d’ici pour m’entendre, soit il a été attaqué par un animal sauvage ou il s’est gravement blessé et il est incapable de me répondre. Il y a peut-être vraiment un génie malfaisant dans cette forêt, quelqu’un qui a fait Darius prisonnier. Si c’est le cas, il faut que je le retrouve et le libère. Il reste bien une autre possibilité, mais je n’ose même pas l’envisager.
Je cherche son esprit, mais je ne trouve aucune pensée humaine à proximité. Que peut-il lui être arrivé ? J’espère qu’il n’est pas mort. Même s’il semble prendre plaisir à se moquer de moi ou à me nuire, je ne tiens pas à ce qu’il meure.
Je me dis que, peut-être, il me faudrait confectionner une arme, une massue, un lance-pierre ou je ne sais trop quoi, mais quelque chose avec quoi je pourrais me défendre. À la limite, ma torche pourrait me servir de matraque, mais elle n’est pas assez massive pour faire une arme vraiment efficace. En dehors de cette torche, je n’ai que mes mains et mon petit canif et, même si j’ai appris à mieux me battre, je serais impuissant devant des gens armés. Je pourrais me fabriquer un lance-pierre avec un Y en bois, mais je n’ai pas de matériau
extensible pour les cordons. Je pourrais peut-être fabriquer une fronde, mais, encore une fois, où trouver les matériaux nécessaires pour les cordons ? Je n'ai aucun lacet ni à mes vêtements ni à mes chaussures. Je pourrais, au pis aller, me faire des lisières dans mes vêtements, mais il y doit y avoir moyen de trouver autre chose quelque part dans ces bois.
Je pars donc en oubliant pour le moment cette idée de fabrication d’armes. J’essaie de jouer les pisteurs en regardant au sol si je ne vois pas de traces de pas humains. Je vois bien mes propres traces de la veille, mais rien d’autre. À croire que Darius s’est envolé sans moi . Pourtant, je n’ai entendu aucun engin volant.
Comme je n’ai pas la moindre idée de l’endroit où il peut se trouver, plutôt que de chercher Darius, je décide de partir à la recherche d’un cours d’eau. Je continue de laisser régulièrement des traces de mon passage, avec une indication de la direction de la grotte. Je marche plusieurs heures sans trouver plus qu’un filet d’eau vaseuse. Comme il fait maintenant très chaud, certainement plus de trente degrés Celsius et que j’ai bu toute l’eau de ma gourde, j’essaie de filtrer l’eau vaseuse au travers de plusieurs épaisseurs du tissu de ma chemise. Mais est-elle potable telle quelle ou ne devrais-je pas la faire bouillir ? Si oui, dans quoi ? J’en prends quelques petites gorgées. Je verrai bien.
Je me remets à marcher en descendant toutes les pentes que je rencontre. Je me dis que je finirai bien par trouver un cours d’eau. Puis j’entends un cri qui me donne la chair de poule. C’était quelque chose de presque humain, un hurlement comme en pousserait un vampire surpris par la lumière solaire. Je ne sais pas si je dois aller dans la direction du cri ou m’en éloigner au plus vite. Je tente de trouver l’esprit de l’être vivant qui a poussé ce cri. Un instant, il me semble percevoir des images : une sorte de grand singe vert émeraude à cheveux violets et à longue queue qui danse. Serait-ce lui qui a poussé cet affreux cri ? Si oui, pourquoi a-t-il crié de cette manière ?
J’essaie d’aller dans sa direction. Qui sait ? Peut-être que Darius l’a vu et l’aura suivi. Ou bien c’est l’inverse et le singe vert aura capturé Darius. Mais pourquoi est-ce que je n’arrive pas à lire l’esprit de Darius ? J’y suis arrivé facilement pendant qu’il dormait. Je perçois du mouvement derrière moi. Je me retourne brusquement en ouvrant tous mes récepteurs télépathiques. Rien. Quelle que soit la forme de vie qui me suit, sa pensée ne m’est pas accessible. Serait-ce mon maître qui leur aurait procuré ce qu’il faut pour me rendre leurs pensées irrecevables ? Est-il possible à un puissant télépathe de percer le mur créé par les bandeaux darumiens ? Comment fonctionnent ces bandeaux ? Je ne me suis jamais donné la peine de l’étudier. Je n’en voyais pas l’utilité. Je cherche l’esprit de scientifiques darumiens qui connaîtraient le fonctionnement de ces bandeaux. Je trouve quelqu’un, une femme âgée qui aurait travaillé dans sa jeunesse à la conception de tels bandeaux. Ils créeraient des flots d’ondes, comme des tornades neuronales autour de l’esprit de son porteur. Cela produirait une confusion telle que les télépathes ne sauraient pas différencier les ondes du bandeau de celles produites par la pensée du porteur. Mais si j’allais au cœur de la tornade, est-ce que je m'y perdrais ou si je pourrais atteindre l’esprit du porteur ?
J’essaie de trouver un endroit où me cacher de mon poursuivant pour pouvoir m’arrêter un peu et essayer de lire son esprit malgré le bandeau, s’il en porte un. Je me mets à courir, à zigzaguer, à sauter au bas de buttes, puis je trouve une cachette, un creux sous un amoncellement de pierres, comme une mini grotte. Je m’y accroupis. Si mon poursuivant passe par ici, je lui verrai au moins les pieds.
J’essaie de le trouver mentalement. Il n’est pas loin de moi. Je l’entends marcher au-
dessus de mon amoncellement de pierrailles. Je me concentre sur son esprit en tentant d’ignorer la tornade qui l’enveloppe. Je suis soudain pris dans un tourbillon, incapable d’en sortir. Mes pensées deviennent confuses et je perds connaissance. Quand je me réveille, je suis attaché à un arbre. Non loin de moi, je vois Darius, ligoté lui aussi et bâillonné. Il porte un bandeau darumien. Voilà pourquoi je ne pouvais pas le lire. Il se tord le cou pour essayer de se libérer de son bâillon sans y parvenir. Aucun de nos adversaires n’est visible.
Laisse tomber le bâillon, Darius. Ôte le bandeau.
Il me regarde avec un air ahuri. J’essaie de lui transmettre ma pensée malgré son bandeau qui bloque peut-être aussi le passage des ondes mentales dans ce sens également.
Je pourrai communiquer télépathiquement avec toi si tu l’ôtes.
A-t-il reçu mon message mental ? En tout cas, pour une fois, il essaie de faire ce que je lui demande. À force de frotter son crâne contre le bois de l’arbre, il finit par réussir à ôter le bandeau, qui tombe entre son dos et l’arbre, pratiquement abrité des regards. Aussitôt que le bandeau est tombé, je lis de la frustration et de la colère. Je vois deux grands singes verts. Du moins, c’est comme ça qu’il les perçoit. Ce sont des Hunthaïens, des hermaphrodites de la planète Huntha. Ils l’ont capturé pendant que je me promenais dans le bois hier soir. Darius m’en veut de l’avoir laissé seul sur une planète inconnue. Il pense qu’on ne devrait pas se séparer en de telles circonstances.
— Tu ne voulais pas m’aider à faire du feu, Darius. Et si je t’avais demandé de trouver de l’eau, l’aurais-tu fait ?
Je ne lis que frustration et colère. Sa colère atteint un niveau extrême lorsqu’il voit réapparaître les deux Hunthaïens. Il voudrait les tuer et les faire cuire en brochettes. C’est du moins ce que me transmet son esprit désordonné. J’essaie encore de lire l’esprit des Hunthaïens, qui portent également des bandeaux. Je n’ai pas pris le bon parcours précédemment. Il me faut contourner cette tornade, mais comment ? Je ne voudrais pas me retrouver encore inconscient. J’essaie de survoler leur esprit, pour me tenir à distance de la tornade. Je crois percevoir quelque chose de moins confus que le tourbillon qui entoure leurs esprits quand je sens une gifle magistrale me frapper.
Celui qui m’a frappé est plus délicat et moins vert vif que l’autre. Sa queue est aussi un peu moins longue. Serait-ce la version femelle de ces hermaphrodites ? Elle me parle dans son langage, mais je n’y comprends rien. Ils ont sans doute désactivé nos traducteurs.
J’essaie encore d’entrer dans leurs esprits. Le plus grand vient me frapper à son tour et à plusieurs reprises cette fois-ci. Il m’a frappé des deux mains et même avec sa queue. Puis il pointe ma tête et la sienne et fait un signe de négation avec un long doigt vert. Il a des yeux dorés fascinants, surtout quand il les agrandit de colère. J’attends qu’il s’éloigne et j’essaie d’entrer dans l’esprit du plus petit des deux. L’autre file vers moi à une vitesse qui serait inimaginable pour un humain, mais qui est sans doute toute naturelle pour ces grands singes verts, comme les perçoit Darius. Il détache rapidement ma ceinture et s'en sert pour me frapper. Puis, d’un geste coléreux, il pointe la tête de l’autre Hunthaïen et la mienne et me fait encore un signe de dénégation. Je lui souris tout en tentant encore de pénétrer son esprit. Il m’empoigne à la gorge et la serre jusqu’à ce que je me sente sur le point de perdre connaissance encore une fois. Quand il me lâche, je respire une grande bouffée d’air et, dès que je me sens mieux, je lui souris de toutes mes dents. Peut-être que je ferais mieux