//img.uscri.be/pth/8ceb4e84058cb866278cb3f49912f420aaf20347
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

JOB ET SES MUSCLES

De
98 pages
Reprenant l'histoire biblique de Job, Robert Francès la restitue dans sa propre vie : la déportation dans un camp nazi, puis la vie partagée avec une femme merveilleuse que la psychose conduit au suicide et qui lui laisse deux enfants superbes, mais porteurs d'un gêne qui les ronge peu à peu. Comme antidote de toutes ces souffrances, l'Eternel lui donne une force non pas innée, mais acquise par l'effort physique : l'endorphine, capable de neutraliser les plus grands chagrins.
Voir plus Voir moins

Job et ses muscles

Du même auteur:

- " Intact aux yeux du monde", Hachette 1987, Prix Wizo 1987

- " Céline, réponds-moi
- "Parsifal

!", Séguier 1989

- " Un déporté brise son silence", L'harmattan, 1997 ou l'espérance ", L'Harmattan, 1998

Robert Francès

Job et ses muscles

L'Harmattan

@

L'Harmattan,

2001

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France L'Harmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal Canada H2Y 1K9 L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-0743-2 (Qc)

-1-

L'homme était là, étendu sur une paillasse infàme, la tête affalée sur un de ses bras et couvrant ses yeux avec l'autre bras plié. Dormait-il? Non, il geignait faiblement, par moments, puis retombait dans son silence. Et parfois se grattait le visage ou le cou ou bien la poitrine avec une sorte de rage qui augmentait ses plaintes, comme s'il ne pouvait réfréner cette envie, ce besoin de le faire et qu'il le regrettait. Sur ces parties de son corps, la peau était plus que rosée: une dermite la parsemait de croûtes que ses ongles balayaient, découvrant des plaques sanguinolentes: séborrhée? impétigo? lèpre? On ne pouvait le savoir. La maladie de peau est souvent un châtiment que les nerveux s'infligent comme pour se punir. Du reste, en ces siècles lointains le terme même (dermatologie) était inconnu et plus encore les praticiens qui, trois millénaires plus tard se pencheront, incertains, sur les nuances de la rougeur cutanée, la sécheresse des croûtes, la nature des humeurs ou du pus sécrétés. Oui, l'homme souffrait, jusque dans son sommeil: des images de sa vie passée le traversaient auxquelles il répondait par un soubresaut, une sorte

de cri étranglé, ou en se tournant sur sa couche. Il retombait alors dans un sommeil expurgé, pour quelque temps, de l'apparence d'une femme jeune et chatoyante de beauté qu'il avait perdue naguère, enlevée par un mal mystérieux: névrose disaient les uns, psychose les autres. Là encore la médecine resterait incertaine des siècles entiers. Le mal mental, possession de l'âme par un démon deviendrait une altération de l'ego vaincu par les assauts mal contenus d'une libido impérieuse. Qu'importait du reste l'étiquette du mal? Sa victime, aimante autant qu'aimée, était partie après avoir souffert des années durant, sans un cri, sorte d'héroïne en révolte contre la souffrance que lui infligeait depuis tant d'années celui qui commandait aux démons. Ad' autres moments, l' homme mal endormi sursautait encore en prononçant le nom d'un de ses fils: "David" ou bien "Patrice". L'un, l'aîné, robuste et travailleur fut saisi par un démon à l'orée du bois où il se promenait, une fronde s'était brusquement retournée contre lui. Ses deux mains s'étaient brisées et une autre pierre s'était fichée au milieu de son front entre les deux sourcils. Depuis, il vivait dans les villes, assis en tailleur au coin des rues, une sébile devant lui, attendant l'aumône des passants, hélas inattentifs à ses deux mains molles et pendantes, comme à sa tête dodelinant de droite ou de gauche. L'autre, le plus jeune, qui avait étonné ses maîtres, s'était, à l'adolescence, enfermé dans un

8

mutisme infranchissable à tout appel, si tendre fut-il, à toute injonction, si pressante qu'on la fit. Les yeux perdus dans un lointain sans nom, il laissait parfois surgir de lui un flot verbal sans cohérence. Rien, ni personne ne pouvait en tirer un seul mot, ni à l'inverse arrêter un discours insensé. La nuit, les servantes chargées de veiller sur lui, s'étant assoupies, sursautaient en l'entendant, se levaient, pleines d'espoir et, l'ayant écouté, cherchaient à lui parler. En vain: l'adolescent repartait, égrenant son chapelet de mots qui s'arrêtait aussi brusquement qu'il avait retenti. Et depuis des années, il continuait d'être veillé, nourri, lavé par les servantes. Et le père, en son mauvais sommeil, était traversé de ces images adorées et dans son cri soudain, sous son balbutiement rauque disait "David" ou "Patrice" ou bien le nom de leur mère tant aimée "Céline" ... Pourquoi? Pourquoi?

*** Dans la journée, la même question lui venait à propos de sa vie de jeunesse, de son engagement contre les Chaldéens, brutes armées ayant formé des bandes lancées contre son pays et sa maison. Certes la guerre couvait depuis des années et Phloda 1, le chef nommé des Chaldéens, n'avait jamais caché
l

Anagramme d'Adolf

9