Jonctions

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Mars 2179. L’ancienne capitaine de vaisseau, Vilma Bates, est interrogée par le Bureau des Investigations Intersolaires à propos d’une ancienne mission au commandement du Lewis&Clark, un éclaireur commercial.



Lors de cette mission, elle et son équipage avaient pour objectif de retrouver les deux sondes Voyager, envoyées dans l’espace en 1977, bien avant le Reboot qui effaça toutes les données numériques terrestres. Malheureusement, le succès de leur tâche est entravé par de nombreux problèmes qui vont créer des tensions dans le vaisseau. Les vidéodisques portés par les sondes ont disparu.



Qui les a enlevés ? Et pour quelle raison ?



Ces interrogations les pousseront à avancer plus loin dans l’univers.



L’arrivée du mystérieux professeur Meclan à bord du navire va empirer les choses. Lui et la capitaine Bates semblent partager un secret capital à propos des messages portés par les sondes. Badger, l’ingénieur plus que retors, va contester le commandement de la capitaine. Même Chip, le chimpanzé IA du vaisseau ne saura tempérer tous les caractères s’opposant au sein de l’équipage.

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EAN13 9782374536774
Langue Français

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Mars 2179. L’ancienne capitaine de vaisseau, Vilma Bates, est interrogée par le Bureau des Investigations Intersolaires à propos d’une ancienne mission au commandement duLewis&Clark, un éclaireur commercial. Lors de cette mission, ell e et son équipage avaient pour objectif de retrouver les deux sondesVoyager, envoyées dans l’espace en 1977, bien avant le Reboot qui effaça toutes les données numériques terrestres. Malheureusement, le succès de leur tâche est entravé par de nombreux problèmes qui vont créer des tensions dans le vaisseau. Les vidéodisques portés par les sondes ont disparu. Qui les a enlevés ? Et pour quelle raison ? Ces interrogations les pousseront à avancer plus loin dans l’univers. L’arrivée du mystérieux professeur Meclan à bord du navire va empirer les choses. Lui et la capitaine Bates semblent partager un secret capital à propos des messages portés par les sondes. Badger, l’ingénieur plus que retors, va contester le commandement de la capitaine. Même Chip, le chimpanzé IA du vaisseau ne saura tempérer tous les caractères s’opposant au sein de l’équipage. Stéphane Desienneest établi sur les bords de la Loire, le dernier fleuve sauvage d’Europe, dit-on. Il est féru de science-fiction depuis son plus jeune âge, influencé par le côté obscur des technologies, l’exobiologie, les thèmes liés à la survie. Puisque dans le futur, tout peut arriver, ce n’est pas le pire qui provoque la terreur, mais son anticipation. Site Web de l'auteur Bibliographie : Romans Roses mécaniques, Les Éditions du 38, 2019. ExilSaison 1, Les Éditions du 38, 2018 (1ere Edition Walrus Books). ToxicSaison 1, Gephyre Editions 2018 (1ere Edition Walrus Books, 2014). Anneaux, Mirabelles et Macchabées, Nutty Sheep Editions, 2018. Nouvelles En immersion avec Bella Rush : août 2014, auto-édition numérique, dans le cadre du Ray Bradbury’s day. Monaztère: février 2014, bonus pourToxicl’intégrale & épisode 6, chez Walrus Books. Hérésie Minérale : décembre 2013, collection Micro chez Walrus Books. Faces Cachées: mars 2013, AOC n° 28 chez Présence d’esprit. Dealer d’iceberg: octobre 2012. 2e place au concours ENSTA Paris Tech 2012, chez Presses de l’ENSTA.
VOYAGER
1 - JONCTIONS
Stéphane DESIENNE
COLLECTION DU FOU
4 septembre 2177
Éclaireur CommercialLewis&Clark 1 Position : 714.0788 UA de la Terre. — Hey Chip ! Rends-moi ça s’il te plaît, s’écria Karoll. La pilote n’eut pas le temps de réagir. Le primate avait déjà filé vers le plafond en s’agrippant à l’aide de ses bras poilus et musclés aux étagères murales. Ses pieds prirent appui sur la cloison pour apporter un surcroît de vélocité. Il caqueta de plaisir avant de s’exprimer avec un parfait accent russglais. — Attrape-moi, si tu peux ! — Méfie-toi, si je débranche la gravité artificielle, je me ferai une joie de voler jusqu’à toi pour te flanquer une correction ! Suspendu dans un coin, Chip sourit de toutes ses dents. Ses grands yeux bleus s’illuminèrent et ses lèvres étonnamment habiles se retroussèrent en un rictus moqueur accompagné d’une stridulation provocatrice. Karoll éclata de rire à son tour. — S’il te plaît, rends-la-moi ! Le CHIMP agita l’objet du délit. Un écran holographique personnel contenant des photos de la pilote bien avant son entrée à l’Académie Astronautique de la Ceinture. L’exubérante chevelure blonde et bouclée avait depuis cédé la place à une coupe plus stricte et foncée de plusieurs teintes. — Je devrais la mettre sur le réseau du vaisseau. Tu aurais plu à Badger. Elle saisit un fruit de la corbeille et le balança vers l’animal qui l’esquiva sans difficulté. La pomme s’écrasa contre la cloison avant de tomber sur le sol métallique du réfectoire. — Saloperie ! — Saloperie ! répéta Chip. Le carillon de l’intercom mit fin à la récréation. Il redescendit de son perchoir et déposa l’EHP sur la table. — J’aimerais que tout le monde rejoigne son poste, entendirent-ils. Chip ? Le singe retrouva son sérieux en un instant. — Le vaisseau est en parfaite condition. Tous les systèmes sont nominaux, capitaine Bates. Karoll pouffa, étouffant son rire de la main. — Je veux mon officier pilote sur la passerelle dans trois minutes. — Bien reçu, confirma l’intéressée en reprenant son masque de professionnelle. Elle récupéra son bien en adressant un merci à Chip, qui le lui rendit d’un clin d’œil — La décélération va bien se passer. J’ai vérifié t es calculs, précisa-t-il. Ils sont exacts à la sixième décimale près. Une marge d’erreur infime soit dit en passant, moins que l’épaisseur d’une peau de banane. — Je te remercie, Chip. Qu’est-ce qu’apportait un chimpanzé ? La question recelait de multiples implications d’après les experts. L’animal révélait le bon en tout être humain, par exemple, le désir d’en prendr e soin. Parfois, le pire. La vassalisation ou
domestication s’installaient naturellement car l’ho mme s’estimait au-dessus de l’animal, et ce, depuis toujours. Et, bien que « dopé » par la perfo rmance de l’IA logée dans son cerveau, le singe avait l’intelligence de ne pas se montrer supérieur à ses maîtres. Dès lors, une relation de confiance s’établissait a vec le CHIMP. Comme un bonus, la propension à la taquinerie de ces cousins proches o ffrait également un potentiel social non négligeable. Entre les membres d’un équipage, des tensions finissaient tôt ou tard par émerger en raison des rivalités, de la jalousie ou simplement à cause de l’ennui. Le phénomène était plus fréquent qu’il n’y paraît, surtout durant les liaisons au long cours. Le singe endossait alors le rôle du pitre de service. Une qualité fort utile au moment où l’atmosphère devenait pesante, lorsque la routine sclérosait les relations humaines. Personne à bord duLewis&Clark ne s’attendait à la moindre difficulté. C’était une mission commerciale sans surprise à proximité du système solaire, un contrat réglé rubis sur l’ongle par un client privé. Cela revenait à se promener sur le pas de sa propre porte tous frais payés. Au pas de charge, Karoll Branningham se présenta su r la passerelle peu après l’appel du capitaine. Elle se glissa dans son siège baquet face à ses afficheurs. Du bout des doigts, elle vérifia la position au neutre du mini-manche et parcourut d’un œil expert les données de trajectographie. — La séquence de décélération est parée et chargée dans le F MS, déclara la pilote après un rapide contrôle. — Chip ? questionna Vilma Bates. Le pont principal, ceint d’une verrière interactive sur trois cent soixante degrés, résonna de la voix du CHIMP. À travers la baie, Karoll localisa u ne faible lueur. Réduit à une tête d’épingle éclipsée par une rivière de diamants, le Soleil se confondait dans le lointain, un astre pâle parmi ses milliards de sœurs célestes. Même sur le pas de sa porte, il était impossible de se rendre compte du caractère exceptionnel de l’étoile, sous la lumière de laquelle la civilisation humaine avait éclos. — Les propulseurs ronronnent comme des chatons. Le noyau du cœur à vide est stable, toutes les fonctions sont nominales. — Max et Greg, j’espère que vos culs sont bien calés dans vos fauteuils. — Sanglés et parés, capitaine, lança Max. — Parfait. Karoll, tu as le feu vert. Le doigt de la pilote glissa sur la planche de bord jusqu’au bas d’une ligne de symboles, prêt à engager la manœuvre chargée dans le gestionnaire de vol. Elle égrena un compte à rebours à partir de cinq. À zéro, l’icône d’exécution de la commande vira au rouge. Une légère vibration signala le début de la séquenc e. Les champs de confinement les préservaient de la décélération de plusieurs centai nes de G qui les aurait transformés instantanément en une fine couche de confiture étalée sur leurs sièges en cas de défaillance. Ils ne risquaient rien, se dit Karoll, confiante. Le CHIMP avait vérifié et validé ses propres calculs.
7 mars 2179
Bureau des Investigations Intersolaires. Antenne Jovienne. — Parlez-moi de votre équipage, questionna l’enquêteur. Dans son dos, un rectangle lumineux dévoilait une p ortion de Jupiter striée de bandes nuageuses du rouge au marron, en passant par une infinie variété de beiges. Le disque chamarré de la planète géante dominait une bonne partie du ciel carbone. Les cernes gonflés par le manque de sommeil, la capitaine Bates répondit d’un ton monocorde : — Deux hommes, deux femmes et un CHIMP. La quarantaine avec des pattes grisonnantes, l’agent du B2I fit glisser des fichiers numériques sur la table interactive. Les clichés se rangèrent les uns à côté des autres. Vilma se reconnut. Elle se pencha légèrement pour désigner la seconde photo d’un mouvement du menton. — Karoll Branningham, mon officier-pilote. À côté, notre CHIMP équipé d’une extension de classe IA avec un processeur de calcul quantique. Il est qualifié pour les bonds SQ. Gregory Badger, ingénieur et spécialiste des charges utiles. Max Villemin, infirmier et communications. — Infirmier ? — Une obligation légale. — Vous avez pourtant un auto-chirurgien à bord d’après les registres. — Ce n’est pas moi qui édite les règlements. La mes ure date des premières liaisons commerciales au sein de la Triade et si le robot to mbe en panne, il faut pouvoir faire face à une urgence. Une appendicite ou un accident, n’importe quoi peut arriver loin de la Terre. Max Villemin a été formé à Lagrange. Pourquoi la questionnait-il là-dessus ? Il connaissait déjà la réponse. L’enquêteur arqua un sourcil. — Une excellente référence. Est-ce déjà arrivé ? — Un accident ? Oui. La dernière fois c’était une collision idiote contre une cloison à zéro G. Le robot médical était en panne. Nous étions à six années-lumière du système solaire. Sans médecin pour stopper l’hémorragie interne, mon officier en second y passait. — De l’utilité de préserver les bonnes vieilles habitudes, n’est-ce pas ? Bien… Voyons voir le point suivant. Les doigts aux ongles soignés de l’agent du B2I glissèrent sur la tablette de haut en bas comme s’il parcourait une liste. À mi-course, il leva son visage de faucon, plissa ses yeux sombres. Sa voix forcit et devint plus grave. Il avait un certain sens de la mise en scène, se dit Vilma. Peut-être que ses supérieurs l’avaient précisément choisi pour cette qualité. — Était-ce un contrat habituel ? Elle réfléchit un court instant. Pour la forme ou pour donner le change. Le B2I avait sûrement eu accès aux détails de la mission. La loi imposait de les transmettre à l’office du commerce intersolaire. — Un ramassage standard. Le client a demandé que no us récupérions une marchandise pour la livrer sur Terre. Je suppose que vous le saviez déjà. Il éluda l’évidence, mais pointa un tableau financier apparu à l’écran.
— Une anomalie ? — Oui. Il a payé la totalité à la commande. Normalement, on négocie une avance et le solde est transféré au terme du contrat. Deux tiers, un tiers ou moitié-moitié, c’est selon la nature de la prestation, le volume de fret, la distance à parcourir et les risques encourus. — Est-ce une règle ? — Plutôt une pratique. Il posait des questions de représentant légal ou d’avocat, comme s’il partait à la pêche ou qu’il tâtait le terrain en gardant les sujets qui fâchent pour plus tard. La confiance d’abord. L’objectif consistait à lui faire baisser la garde. Elle n’avait pas l’intention de céder. — D’autres « anomalies » ? fit-il en la fixant. Il ne partait pas seulement à la pêche. Il la testait. — Le poids, souffla Vilma. — Le poids ? — Celui de la cargaison. Moins d’une tonne métrique en gravité standard. Notre vaisseau aurait pu en embarquer mille fois plus dans une cale. On peut en attacher jusqu’à une dizaine de L4 sur notre arbre porteur. Et en configuration de remorqu age, on peut tracter des barges minières de plusieurs millions de tonnes. — Je vois. Il reposa son écran sur le bord de la table. — Donc, votre client a payé d’avance la location de votre navire, de l’équipage, les frais annexes pour transporter une seule tonne de marchandise. — Ce n’est pas n’importe quelle tonne. Je suppose qu’il espérait en tirer un maximum. D’un geste lent, il fit glisser un autre cliché. — Était-ce l’objet à récupérer et à livrer ? — C’est bien ça, oui. — Je vois. Elle aurait voulu lui demander ce qu’il « voyait », parce qu’elle se sentait toujours aussi aveugle, dans la peau de l’imbécile, de l’incompéte nte qui avait perdu son vaisseau et son équipage.
4 septembre 2177
Éclaireur CommercialLewis&Clark Position : 714.3277 ÛĀ de la Terre. Vous voulez que je vous dise ? C’est la mission la plus cool qu’on se soit jamais tapée. Pas vrai, Brane ? Sept cents UA de la maison. Si ça se trouve, on sera de retour pour le week-end. La pilote resta concentrée sur les projections virt uelles, en prêtant une oreille distraite aux propos de Badger. Elle s’apprêtait à rappeler, pour la énième fois, qu’elle détestait ce sobriquet, quand la voix nasale du CHIMP attira son attention. — Encore un point sept mètres par seconde. — Bien reçu, lui répondit Karoll. D’une pression du doigt, elle remonta l’auto-manette d’un demi-cran. La chaîne de calculateurs qui gérait, entre autres choses, la propulsion adapta immédiatement la poussée. — Parfait, confirma Chip. Techniquement, il aurait pu prendre la place de Karoll, mais le fait est qu’aucun CHIMP n’avait l’autorisation de devenir pilote. Sinon, seuls des singes vogueraient entre les étoiles. Une situation inacceptable pour le genre humain. Des spécialistes en évolution de l’intelligence simiesque estimaient la mesure injustifiée. La conquête de l’espace avait commencé avec ces animau x que des militaires expédiaient en orbite basse, parfois sans espoir de retour, en les bardant de câbles et d’horribles pinces fixées à même la peau. Sacrifiés sur l’autel du progrès. Combien ava ient péri ? Chip en parlait comme de ses illustres ancêtres, des pionniers, des héros dont il subsistait peu de traces des exploits dans les archives suite au Reboot. Le CHIMP y faisait réguli èrement allusion, en blaguant la plupart du temps. Personne à bord ne savait dire qui du singe ou de l’IA s’exprimait même si, dans le fond, ils sentaient bien que la puce implantée dans sa cervelle ne portait guère de considération pour les primates. Ni peut-être pour les humains. — Notre objectif est en position sur un quart sur bâbord avant, informa le chimpanzé. Distance, environ trois mille kilomètres. Vitesse, dix-sept mille mètres par seconde. — Je préconise d’abord une première inspection visu elle. Ce truc a voyagé pendant deux cents ans. Son état est donc incertain, avança Badger. La capitaine Bates acquiesça à la suggestion de bon sens de l’ingénieur. Le télescope afficha une première image sur la verrière de la passerelle. Karoll retint son souffle. Le silence se fit soudain. Pendant plus d’une minute, ils regardèrent l’incroyable antiquité technologique. Comment cet engin archaïque et si fragile avait-il pu parcourir un tel abîme d’espace et de temps ? Selon le résumé de mission envoyé par le client peu après leur départ de Port Europe, il avait été lancé le 5 septembre 1977. Avant le Reboot. 1977… La date paraissait irréelle, sortie de la bru me ou expulsée par les geysers de glace du congélateur d’Encelade. La période pré spatiale, l’époque héroïque. En ce temps-là, il n’y avait pas d’IA, pas de processeur quantique logé dans le crâne de primates triés sur le volet. Juste des calculateurs rudimentaires avec des mémoires lilliputiennes, quelques kilo-octets de programmes pour toute instruction, moins que la capacité d’une sonde de température. Cet engin… c’était une
sdinosaures, celle d’une grande nationorte de fossile volant. Il appartenait à une ère de aérospatiale adepte des organisations administrativ es tentaculaires, songea la pilote. Ce témoignage authentique de leur passé voguait en silence à travers l’espace. Elle se demanda si, en réalité, elle ne portait pas un message pour eux, la génération future. Une bouteille cosmique hors d’âge, toujours vaillante, aussi droite sur sa trajectoire qu’un Marine de la F EX dans ses bottes. Elle n’en avait pas dévié. Ou très peu. — Extraordinaire, souffla Max. — Ouais, ça fait quand même un drôle d’effet, admit Badger. La partie centrale de l’engin d’exploration était constituée d’un cylindre en aluminium aplati de dix facettes. Ce caisson blindé abritait l’électronique et le réservoir alimentant des moteurs à hydrazine délivrant une poussée asthmatique en comparaison de la puissance d’une seule des trois lignes de propulsion duLewis&Clark. Au-dessus du cylindre, telle une poêle à frire géante, ils distinguèrent la grande antenne parabolique, de même que les trois perches fixées sur le corps de la sonde. L’une d’elles supportait les trois générateurs thermoélectriques à radio-isotope – RTG – et, chose extraordinaire, ils émettaient toujours une chaleur résiduelle et continuaient même à fournir du courant. Trop peu pour maintenir les instruments en fonction. — Des RTG… Ces trucs peuvent produire quelques watt s sur deux siècles de service, voire plus, précisa l’ingénieur, admiratif. Construits pour durer, hein. À l’opposé, un mât en treillis de plus de deux mètres se terminait par une grappe d’appareils scientifiques. Le troisième appendice métallique – de loin le plus long des trois – abritait un magnétomètre. Enfin, deux antennes complétaient le dispositif de mesure. — Elle a l’air dans un état correct, commenta Vilma. Un sentiment partagé par Chip. — De la poussière pulvérisée recouvre la structure et j’ai repéré quelques impacts de micrométéorites. Ça me paraît normal après un tel voyage. Le métal ne semble pas altéré outre mesure par l’exposition prolongée au vide ou au rayonnement cosmique. Pas de dommages sérieux apparents, en tout cas. Pour l’informatique embarquée, en revanche, je ne saurais m’engager. — De l’informatique ? dit Badger. Notre cafetière contient plus de mémoire que cet engin. — De toute façon, reprit Max, personne ne possède l es compétences pour décoder les applicatifs de gestion et de contrôle de la machine. Cela reviendrait à essayer de comprendre une langue morte. — Ouais, c’est pas faux. — Combien de sondes ont été envoyées ? demanda Karoll, curieuse. Le CHIMP, assisté de son savoir encyclopédique, se chargea de lui répondre. — Avant le Reboot et la guerre, il y a euPioneer10 et11,Voyager1 et2,New Horizons et une missionKUiper Expressen 2026. La dernière grande exploration de la première ère. — Un siècle et demi, ça date, fit Max. — Des antiquités perdues, renchérit Badger. On pour rait monter un joli business de la récupération. Vous savez quoi ? Je pense que je vais me reconvertir dans l’archéologie spatiale. La capitaine mit fin aux spéculations rêveuses. — Notre boulot, c’est de la recueillir et de l’apporter au client, rien d’autre. — Ouais et c’est lui qui empochera tout le pognon. On se fait avoir les mecs, dans les grandes largeurs. Karoll sourit. Badger multipliait les missions dans le but de gonfler ses bonus de fin d’année.
Laquestion légale émergea durant le dîner, tel un iceberg glissant ses arêtes coupantes sur la table nacrée du réfectoire. À qui appartenait la so nde ? Les hypothèses se succédèrent puisque les organisations étatiques qui l’avaient lancée n’existaient plus depuis belle lurette. Finalement, en vertu du Code de l’Astronautique, celui qui mettait la main dessus en devenait le nouveau propriétaire légitime au terme d’une procédure certes fastidieuse, mais pas si compliquée. Vilma avait décidé de prolonger la surveillance pendant les douze prochaines heures. Une attitude sans aucune justification sur un plan technique. Un détail que ne manqua pas de souligner l’ingénieur. — La date anniversaire du lancement deVoyager, c’est demain. Je respecte les directives du client, dévoila alors la capitaine. Il souhaite qu’ on organise une cérémonie juste après la récupération. — On est censé faire quoi ? moqua Badger. Prendre des vidéos de la petite fête, déboucher une bouteille de champagne et diffuser le tout à l’ensemble de l’Espace Humain ? Les lèvres de Max s’élargirent. Vilma Bates leva so n gobelet de jus de fruit pour avaler une gorgée. Elle le reposa sans répondre. — Oh ! devina l’ingénieur, visiblement amusé. Il y a une clause de confidentialité. Bien sûr. — En effet. Nous ne pouvons pas en parler. À personne. Une situation qui m’oblige à vous interdire d’envoyer autre chose que de la télémétrie sur la liaison à longue portée. — Ça ne changera pas rien. On est à combien de l’hyper-relais de Jupiter ? 715 UA, réfléchit Badger à haute voix. — Quatre-vingt-dix-neuf virgule trente-sept heures de transit pour les communications, le coupa Chip. — On sera rentrés avant que la photo de ton torse v elu n’arrive à ta copine, railla Max en piquant un morceau de blanc de poulet réhydraté avec sa fourchette. Karoll sourit à son tour. — Merci pour ta précision, fit Badger avant de pour suivre. Donc, on attend demain, on embarque ce truc, vous ferez un joli discours et on repart chez nous ? C’est bien le programme ? — C’est ça. Le client désire une cérémonie simple. Rien de sophistiqué. Il s’agit juste de marquer le coup. Vilma se leva et ouvrit un placard. Elle en ressortit une boîte au bois élimé. D’un geste qui se voulait théâtral, elle repoussa son plateau-repas pour la poser à côté. — Là, je crois que tout le monde retient son souffle, fit Max. La capitaine sourit à l’infirmier puis souleva le couvercle. Karoll résista à l’envie de se pencher pour apercevoir avant les autres ce qu’elle contenait. Le couvercle bascula, révélant un épais morceau de tissu plié en triangle. Badger haussa un sourcil, aussi intrigué que ses camarades. — Un drapeau des États-Unis ? — Bravo. Je vois qu’au moins, tu connais ton histoire. À l’époque des nations de la Terre, c’est depuis ce pays qu’a été lancée la sonde. Ils ont ut ilisé une fusée chimique pour l’envoyer dans l’espace. Vilma le sortit de son écrin pour le poser à même la table. — Je me demande comment ce genre d’engin ne leur a pas pété à la figure, railla l’ingénieur. — En fait, intervint Chip, les accidents étaient assez fréquents. Des équipages entiers ont péri durant les premiers temps de la conquête spatiale. Et je ne parle pas uniquement des humains. — Ouais, ouais, toi et tes frères poilus. On sait. Karoll observa, fascinée, les bandes rouges, la portion bleue et les étoiles. Le tissu semblait dans un très bon état de conservation.