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L'agrafe d'or

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213 pages
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Bernard de Saint-Mont s'interpose dans une rixe pour secourir un homme seul et blessé. Comment aurait-il supposé que ce beau geste le jetterait sur les traces d'une charmante inconnue détentrice d'une énigmatique agrafe d'or, le plongerait au coeur de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons et l'opposerait bientôt à Jean sans Peur, l'homme le plus puissant de France ? Ce roman plonge le lecteur dans un Paris du XVe siècle, dans une aventure aux rebondissements innombrables et à l'intrigue haletante.

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Ajouté le 02 janvier 2018
Nombre de lectures 12
EAN13 9782140054877
Langue Français
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Henri Bouillon
Lagrafedor Roman
L’agrafe d’or
HenriBOUILLON
L’agrafe d’or
Roman
Du même auteur, chez L’Harmattan L'héritage de sang, 2009 La confrérie blanche, 2013
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-13724-7 EAN : 9782343137247
Prologue. 20 ans plus tôt. Les feux du soleil couchant ruisselaient entre les branches des peupliers, qui dressaient leur cime dans le firmament. Une clairière ménageait dans cette forêt dense un nid où se lovait une chaumière isolée, de taille modeste mais de belle mine. Le jour descendant persistait à jeter son dernier éclat dans la pièce principale de cette masure où le bonheur semblait s’être incarné. Sous la fenêtre, un landau accueillait un nourrisson, âgé de quelques jours seulement, souriant et piaffant. Près de lui était assise une jeune femme, brune, la peau diaphane, le front pur. Contemplant son nouveau et premier-né, elle était d’une beauté souveraine, transfigurée par les joies de la maternité. Cette extase aurait pu se prolonger indéfiniment si l’on n’avait frappé à la porte. Le visage de la jeune femme resplendit alors d’une gaieté nouvelle, plus fébrile. – Tu vas enfin connaître ton père ! murmura la jeune femme au nourrisson, dans un souffle plus doux qu’une caresse. D’un pas léger, elle se dirigea vers le battant. Mais à peine l’eut-elle ouvert qu’elle recula dans la pièce, le visage et l’œil pétrifiés, tandis qu’expirait sur ses lèvres le nom de l’inconnu : – Monsieur de Bourbon ! Le comte Jacques de Bourbon avait une face glabre, un front fuyant, un nez mince et osseux, les cheveux noirs et lustrés. Son œil torve trahissait tout ce qui s’était amassé de fiel dans cette poitrine maigre et d’orages dans ce cerveau étroit. – Ce n’est pas moi que vous attendiez, nota-t-il en guise de salutation. Peut-être était-ce mon frère ? Comme la jeune femme ne répliquait pas, le comte entra, suivi de l’un de ses valets qui referma la porte derrière eux. La jeune femme recula davantage, s’interposant instinctivement entre le berceau et les deux intrus. – C’est mon frère que vous attendiez, n’est-ce pas ? reprit le comte. Et je constate que l’ardeur que vous mettez à le recevoir n’a pas diminué maintenant qu’il est votre époux devant Dieu.
La jeune femme blêmit. Son mariage avec Louis, cadet de Jacques, avait été tenu secret en raison de la jalousie de Jacques, amoureux de la dulcinée de son frère. – Vous paraissez étonnée que je sache la vérité. Vous êtes mariés depuis presque un an maintenant. Et si vous avez pu me cacher la vérité jusqu’à présent, la naissance de cet enfant ne pouvait longtemps être étouffée. Disant cela, le comte pointa du doigt le berceau dans lequel s’était assoupi le nouveau-né. La jeune femme frémit et voulut prendre l’enfant. Mais plus prompt que la mère, le valet s’était rué sur le berceau et en avait tiré l’enfant qui, réveillé, pleurait à chaudes larmes. La jeune femme voulut se précipiter vers le serviteur de son beau-frère, mais ce dernier la retint. – Ne faites pas de mal à mon enfant ! s’exclama-t-elle. Je vous en supplie. – Aucun mal ne lui sera fait, Jeanne, assura Jacques. Comme la jeune femme semblait sourde à cette affirmation, Bourbon la compléta. – Sauf si vous vous montrez récalcitrante et si vous n’écoutez pas ce que je suis venu vous dire. Cette menace calma la jeune femme qui, tout en gardant l’œil sur son enfant, se résigna. Croisant ses bras sur sa poitrine, elle attendit qu’on lui explique l’objet de cette incursion brutale. – Voilà ce qui va se passer, Jeanne. Nous allons nous enfermer dans la pièce voisine avec l’enfant. Lorsque mon frère arrivera, et je sais que cela ne saurait tarder, vous lui répéterez les formules que je vais vous dicter. Contentez-vous de ces mots, il en va de la vie de l’enfant. La porte demeurera entrebâillée afin que, sans que mon frère soupçonne notre présence, nous puissions vous voir et que vous ne puissiez l’alerter par quelque signe d’intelligence. Est-ce clair ? – Je n’ai guère le choix, ce me semble. Que voulez-vous donc me faire dire, démon ?
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Lorsque Louis de Bourbon frappa à la porte de son épouse, il fut surpris qu’elle ne vienne pas lui ouvrir. Il entendit un entrez !et neutre. Étonné, il poussa la porte. Jeanne se froid tenait devant lui, au milieu de la pièce. Aussitôt qu’il la vit, son visage s’illumina et ses bras s’ouvrirent. Mais la jeune femme demeura figée. Cette attitude était un si mauvais présage que le jeune homme sentit s’insinuer en lui une vive inquiétude. – Que vous arrive-t-il, ma mie ? questionna-t-il. Vous sentez-vous indisposée ? – Demeurez où vous êtes ! ordonna Jeanne comme son mari s’avançait vers elle. Il me faut vous faire un terrible aveu. Ayant peur de votre réaction, je préfère que vous demeuriez à distance. – Vous avez peur de moi, mon aimée ? Est-ce possible ? Que se passe-t-il ? Quel est cet aveu dont vous tremblez ? Vous en grossissez certainement l’importance. – La chose est simple : l’enfant à qui j’ai donné naissance il y a quatre jours n’est pas le vôtre ; il est celui de votre frère. On ne peut guère dépeindre l’atroce douleur qui tenaillait le cœur de Jeanne en proférant ce mensonge. Elle s’accusait d’un crime dont elle était innocente et, pis encore, elle enfonçait dans le cœur de l’homme qu’elle aimait le plus aiguisé des poignards. Elle ne put empêcher un sanglot de briser sa voix ni les larmes qui bordaient ses cils d’inonder son visage. Atterré par la nouvelle, Louis ne remarqua rien. Le bouleversement qui l’ébranla balaya en lui toute pensée. La présence du réel s’abolit subitement pour lui. Sa physionomie n’en fut pas altérée, mais son for intérieur se changea en abîme. La douleur qui le déchira ne fut trahie que par ses yeux, qui devinrent fixes et caves comme ceux d’un fou. Jeanne lança un regard de supplication vers Jacques de Bourbon, qui se tenait derrière la porte entrouverte. Mais elle ne trouva sur le visage qui l’épiait qu’une froide impassibilité, faite de cruauté et de haine assouvies. Jeanne reporta alors ses yeux embués vers son époux.
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