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L'Araignée loquace

De
378 pages
Récit kaléidoscopique où l'autobiographie croise la fiction et le témoignage historique, L'Araignée loquace voit s'y déployer la vie d'un auteur qui s'exprime tantôt par le cinéma, tantôt par la littérature ; vie longtemps partagée entre le pays d'élection, la France, et la terre natale, l'Iran. Farzaneh anime une galerie de personnages attachants, aujourd'hui disparus, comme le fondateur de la cinémathèque Henri Langlois ou le génial introducteur de la modernité littéraire iranienne, Sadegh Hedayat.
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M. F. Farzaneh
L’Araignée loquace
Traduit du persan par l’auteur
Préface de Joël Gayraud
Lettres Iraniennes
Récit
L’Araignée loquace
Lettres iraniennes Cette collection est consacrée à la littérature iraniennetraditionnelle et contemporaine. Réservée à la prose, elle accueille des œuvres rédigées directement en langue française ou des traductions.
M. F. Farzaneh L’Araignée loquace
Traduit du persan par l’auteur avec la collaboration de Frédéric Farzaneh et Sara Saïdi B. Préface de Joël Gayraud
Du même auteurLa Maison d’exil,roman, Phébus, 1990. Rencontres avec Sadegh Hedayat,José Corti, 1993. Les Quatre douleurs, roman, Austral 1996, L’Insomniaque, 1998. Les Dents, nouvelle, à paraître dans le prochain numéro de la revue littéraire EUROPE. Traductions Sadegh Hedayat,Les Chants d’Omar Khayam, édition critique (trad. avec la collaboration de Jean Malaplate), José Corti, 1993. Sadegh Hedayat,L’Eau de jouvenceavec la collaboration de Frédéric (trad. Farzaneh), José Corti, 1996. Sadegh Hedayat,Madame Alavieh (trad.avec la collaboration de Frédéric Farzaneh et Joël Gayraud), José Corti, 1997. © L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02599-5 EAN : 9782343025995
A mes enfants, Patrick et Frédéric
Préface
Arachné n'était célèbre ni par son rang ni par son origine, elle ne l'était que par son art. Ovide J'ai connu Maxime-Féri Farzaneh à la faveur de la publication de son livreRencontres avec Sadegh Hedayatde l'élogieux compte-rendu et qu'en a donné Roland Jaccard en première page dudes livres Monde. Après nous être rencontrés, il m'a demandé mon aide alors qu'il cherchait un éditeur pour publier l'un de ses romans. Par la suite j'ai apporté ma collaboration à sa traduction de certaines œuvres de Sadegh Hedayat (Madame Alavieh, José Corti, 1997). Au fil des années s'est forgée une amitié qui a dépassé le domaine des connivences littéraires et n'a cessé de croître et de s'affermir. Derrière l'homme, fin, plein d'humour, d'une courtoisie exquise, se profilait une œuvre d'autant plus discrète qu'elle se plaçait d'abord au service d'un maître, puis peu à peu se révélait originale, hardie et multiforme. C'est cet homme et cette œuvre que je me propose de brièvement présenter. Né en 1929 à Téhéran, Féri Farzaneh s'essaie très tôt à la littérature. Alors qu'il étudie le français au lycée, il écrit des poèmes en persan, et pour les faire publier en revue, les attribue à un poète français de son invention, dont il ne serait que le traducteur! A cette époque, un de ses professeurs lui présente Sadegh Hedayat, sans doute l'esprit le plus libre et le créateur le plus inspiré qu'il y eût alors en Iran. Cette rencontre décisive, qui débouchera sur une véritable initiation intellectuelle, ouvre à Farzaneh l'accès à la modernité littéraire occidentale: Hedayat lui fait découvrir Kafka et Sartre qu'il avait traduits en persan (La MétamorphoseetLe Mur), mais aussi, entre cent autres, Joyce et Virginia Woolf. Il n'est donc guère étonnant que, quand Farzaneh entreprend d'écrire à vingt ans son premier roman, qui est aussi son chef-d'œuvre,Les quatre douleurs, il introduise pour la
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première fois dans la littérature persane le monologue intérieur, et s'affirme dès lors comme un novateur qui va encore plus loin que son maître. En 1950, il vient en France pour poursuivre des études à la faculté de droit et à l'Institut d'ethnologie; quelques mois plus tard il retrouvera Hedayat à Paris pour peu de temps, malheureusement, car celui-ci se suicidera en avril 1951. Après avoir passé ses épreuves de doctorat à Toulouse, il reçoit une bourse du gouvernement français pour entrer à l'IDHEC. Il s'installe en France, devient producteur et réalisateur de films (Cyrus le grand, Miniatures persanes, Parisienne… Parisiennes,entre autres), mais n'en continuera pas moins à écrire. Après la prise du pouvoir par les mollahs en 1979, il ne remettra plus jamais les pieds dans son pays. Il publie d'abord aux éditions PhébusLa Maison d'exil,beau roman onirique à la tonalité désespérée, puis chez José Corti lesRencontres avec Sadegh Hedayat, où il livre un portrait particulièrement vivant de celui qui, pour le public français, n'a été longtemps que l'auteur deLa Chouette aveugle.Farzaneh contribuera par la suite à faire connaître par ses traductions plusieurs autres œuvres importantes de Hedayat (les récits contenus dans des recueils tels queMadame AlaviehouL'Eau de jouvenceainsi que l'étude critique sur lesChantsd'Omar Khayyam). En 1996, paraît aux éditions Austral la traduction française des Quatre douleurs, reprise en 1998 à L'Insomniaque. Les années suivantes, Féri Farzaneh publie d'autres ouvrages en persan, dont des nouvelles commeLes Dents, Le Facteur, Le Destin, La jeune fille et Azraël, où le fantastique se mêle à l'humour et à la satire, et un récit inclassable, L'Araignée loquace. Précisons que ses œuvres, quel que soit le régime, ont été interdites de publication en Iran. LesRencontres avec Sadegh Hedayattenaient à la fois du témoignage et du récit autobiographique. A première vue,L'Araignée loquacesemble relever pleinement de l'autobiographie comme le montrent d'emblée les indications de date et de lieu, l'emploi de la première personne et les considérations, pour le moins désabusées d'ailleurs, sur le statut de l'écrivain. Mais peu à peu, le terrain sur lequel le lecteur se sentait fermement engagé semble se miner au fur et à mesure de la lecture. Les certitudes se brouillent, on est dérouté, on se demande quel est 8
l'étrange objet qu'on est en train de lire. Non que l'élément autobiographique s'efface et disparaisse, mais il prend un aspect bien plus complexe que celui auquel on pouvait paresseusement s'attendre, avec ces retours en arrière, cette composition fragmentaire et éclatée où le hasard des associations d’idées mène la danse, et qui fait se déployer la vie de l'auteur sous toutes ses faces dans une chronologie labyrinthique, à la manière d'un tableau cubiste auquel se serait greffée la dimension du temps. Et puis quel est cet auteur qui se décentre lui-même, se met dans la peau des témoins de sa propre vie, leur prête sur lui-même des propos souvent peu amènes ? Ne deviendrait-il pas la création de ses propres personnages ? Un auteur-personnage qui pour autant ne cesse pas d'être témoin de la vie d'autrui, de Hedayat toujours, mais aussi de tous les autres amis, d'où se détache la figure d'Henri Langlois, et surtout, sans en avoir l'air, témoin de l'histoire en train de se faire et de se défaire, comme lors de cette tentative chaotique de modernisation autoritaire qui a marqué la fin de la monarchie en Iran. Et là, Farzaneh s'amuse à quitter momentanément l'autobiographie pour nous emmener par un intermède de fiction-vérité dans les coulisses du palais impérial où tel un marionnettiste il nous présente, tristes pantins, le Shah et son ministre juste avant la chute. Car voilà un livre qui nous entraîne à travers toute une époque, en Iran, mais aussi en France où Farzaneh a libéré sa jeunesse et où il a choisi de vivre. Contraint à l'exil par suite de l'instauration du régime obscurantiste des mollahs, cet homme de haute culture, mais de culture hautement moderne, a eu la chance de pouvoir s'exiler à Paris, ville qui était déjà devenue sa deuxième patrie. L'Araignée loquacen'est donc pas une simple autobiographie de plus, tel le nouvel épanchement d'un pensionnaire du zoo littéraire. C'est, pour la langue persane, mais aussi pour nous qui en lisons la traduction, une œuvre polymorphe, une sorte de kaléidoscope mental éminemment moderne de facture et de ton, où se mêlent les genres les plus divers, de la satire au récit de rêve, de l'aphorisme à la nouvelle, écrit par quelqu'un qui a fait tous les métiers, mais a été formé au premier chef à ceux du cinéma. D'où vient sans nul doute la puissance de vision de son araignée, qui a fait ses classes à l'âge d'or du parlant, puisqu'elle a toujours son mot à dire.  JoëlGayraud
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