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L’Étang de la Peur

De
DE LA PEUR A LA TERREUR, IL N’Y A QU’UN PAS, CELUI DE L’ANGOISSE...
Octobre 1976.
Jérôme s’apprête à passer un nouveau week-end de liberté à « l’Étang » accompagné des siens (son frère, sa belle-sœur, ses amis).
Soudain, au détour d’un dernier virage, la foudre frappe devant leurs yeux ébahis, ouvrant une béance sur l’inconnu.
Les jeunes gens refrénant une appréhension légitime s’enfoncent alors dans la forêt qui ne tardera pas à se refermer inexorablement sur eux.
Reclus d’une nature hostile, ils doivent faire face à des phénomènes étranges, spectaculaires, allant crescendo jusqu’à tutoyer l’irrationnel.
Dans ce huis clos oppressant, chaque bruit est source de frayeur, chaque silence source d’angoisse, chaque comportement suspect…
Un mécanisme spatio-temporel s’est enclenché dans les abysses de l’Étang, les projetant à la croisée des mondes, là où aucun être humain ne peut se dédouaner du passé.
Il faudra patienter une vingtaine d’années pour comprendre la genèse de ce week-end d’octobre 1976…
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Patrice Oudot
L’Étang de la Peur
© Patrice Oudot, 2018
ISBN numérique : 979-10-262-1288-1
Courriel : contact@librinova.com Internet :www.librinova.com
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Avant-propos
Chère lectrice, cher lecteur,
La période durant laquelle se déroule l’action de c e roman pourra paraître, selon les critères de chacun, récente ou lointaine ; je pense notamment à celles et ceux nés dans les années 2000.
À toutes fins utiles, je précise qu’en 1976, point de départ de cette aventure, Internet et la téléphonie mobile n’existaient pas, du moins, pas sous leur forme actuelle. Certes, ces inventions bouillonnaient dans la « grande marm ite du progrès », mais elles n’étaient pas accessibles au commun des mortels.
Ce petit rappel met en exergue les moyens de commun ication d’une époque, pourtant pas si lointaine, qui peut laisser perplex es celles et ceux ne l’ayant pas vécue.
Prologue
Samedi 22 novembre 1997 – 17 heures
« Scotché » par l’interprétation magistrale de « Ca ruso » du tandem Lucio Dalla/Luciano Pavarotti, j’errai dans un demi-somme il onirique, quand la sonnerie du téléphone m’arracha à mes songes extatiques et me f it redescendre cruellement sur terre. À regret, je me levai afin de répondre à l’importun . J’eus à peine le temps de décrocher le combiné, qu’une voix de femme assailli t mon tympan droit d’un ton péremptoire : — Allez ouvrir la porte, vous verrez un paquet sur le sol, il est pour vous, veuillez respecter les consignes que vous y trouverez !
Puis avec une intonation légèrement infléchie, elle ajouta :
— Bonne chance...
— Qui ? Qui est à l’appareil ? balbutiai-je.
Pour seule réponse, un déclic se fit entendre, suiv i d’une sonnerie lancinante, insupportable... Je restai là, planté bêtement, ava nt de reposer le combiné d’un geste mécanique.
Un long moment me fut nécessaire pour chasser l’eng ourdissement qui m’avait saisi. Je pris alors la décision de vérifier l’authenticité de cet étrange appel. En ouvrant la porte, je perçus un grincement lugubr e avant que l’huis du palier ne claque sur les ténèbres du couloir. Dans un élan, je me ruai dans l’escalier. Rien ni p ersonne ! Un frisson me parcourut l’échine. Je crus qu’il s’agissait d’une plaisanterie idiote.
Alors que je revenais sur mes pas en maugréant, mon regard fut attiré par un objet déposé à côté du paillasson. C’était donc vrai ! Sans réfléchir, je saisis prestement le paquet, ign orant que le destin venait de s’immiscer dans ma vie. Après une hésitation, je vins m’asseoir et ouvris l e colis de taille moyenne emballé dans du papier Kraft, afin d’en inventorier le contenu. Le tout était composé d’un carnet usagé, d’une lias se volumineuse de feuilles au format 21/29,7 griffonnées avec nervosité et... d’u ne enveloppe à mon nom. Intrigué, je pris la lettre insérée à l’intérieur. L’écriture hachée correspondait à celle des notes de la liasse.
Cher Patrice,
Aussi étrange que cela puisse paraître, ce paquet v ous est bien destiné, à vous et à vous seul. Il faut que vous rédigiez un livre à partir des élé ments que vous y trouverez, livre que vous devrez par la suite publier. Pour comprendre les raisons de ma requête, il est i mpératif que vous respectiez scrupuleusement les instructions suivantes : Commencez par lire mes notes, de la première à la d ernière. Elles sont datées
afin de vous éviter toute erreur.
Enfin, inventoriez le contenu du carnet.
Je compte sur vous et vous en remercie par avance.
Séverine Bollend
P.-S. Ce que j’ai accompli, vous l’accomplirez.
Malgré l’en-tête paradoxal « Cher Patrice », les te rmes directifs du courrier à l’instar de l’appel téléphonique anonyme, suivi du post-scri ptum sibyllin, zébrèrent mon dos d’un spasme glacial.
Alors, tentant de me rassurer, je préférai croire q u’il s’agissait d’un canular d’un goût douteux, dont je ne comprenais pas bien l’intérêt. Enfin quoi ! Quelqu’un que je ne connaissais absolu ment pas m’intimait d’écrire un livre « moi qui n’avais jamais étalé plus de trente lignes sur une feuille ». Je restai songeur un long moment. Ce fatras de documents intrigants me faisait peur e t m’attirait à la fois. Je ne savais si je devais le mettre au feu ou... La curiosité l’emporta !
D’une attitude qui se voulut malgré tout nonchalant e, je lus la première note, puis la deuxième, la troisième... Au bout de cinq minutes, je ressentis une étrange s ensation, celle d’être entré dans une affaire dont je ne pourrai sortir. Quatre heures plus tard, j’avais tout dévoré. De la première à la dernière ligne...
Lundi 4 janvier 1999
Les évènements intervenus ce samedi de novembre 199 7 m’avaient réellement troublé. Les écrits que recelait le paquet m’avaien t décontenancé. Néanmoins, au bout de quelques jours, ne sachant qu e faire, vraisemblablement par peur, lâcheté ou superstition, j’avais décidé d’enf ouir cet « encombrant » colis au fond d’un placard en souhaitant ne plus jamais y penser.
J’avais presque fini par en occulter l’existence, q uand ce matin, à la suite d’un phénomène déconcertant, j’ai exhumé la boîte de son logis et, fiévreusement, ai tout relu. J’ai alors compris la signification du mot destin...
AvErtissEmEnt
Chmpunément dans cetteère lectrice, cher lecteur, vous ne pouvez entrer i histoire. Moi-même n’en suis pas sorti indemne ! Il vous est encore loisible de refermer ce livre et l’oublier à jamais. Néanmoins, si d’un index volontaire, vous décidez m algré tout, de tourner la page « réelle ou virtuelle », eh bien soit... Suive z-moi en ce jour d’octobre...
Week-end
Vendredi 22 octobre 1976 – 17 h 30
Le ciel empesé de lourds nuages noirs estompait les contours de la ville en cette fin de journée automnale.
De la fenêtre de son bureau, Jérôme Corbet, 20 ans, suivait d’un regard distrait la lueur vacillante d’un réverbère épouser les bourras ques qui balayaient par intermittence cette petite rue parisienne. Quelques rares passant s, le nez collé à l’asphalte, marchaient d’un pas rapide pour s’échapper aussitôt de son champ de vision, happés par l’obscurité dévorante. La sonnerie du téléphone vint l’arracher à la douce torpeur qui l’envahissait. Tout en saisissant le combiné, il consulta sa montre, 17 h 30 ! Qui pouvait bien avoir l’outrecuidance de le dérang er à cette heure crépusculaire, un vendredi de surcroît ?
Quand il reconnut son interlocuteur, il mit la paum e de la main sur le microphone et souffla furtivement à Jean-François assis en face d e lui :
— C’est cet emmerdeur de Larignon ! Tu le prends ?
Son collègue, avec un geste de dénégation, se leva aussitôt, et, de peur que Jérôme ne lui refilât le bébé, endossa à la hâte un imperm éable d’un gris peu ragoûtant avant de lancer à mi-voix :
— Bonne bourre, mon gars !
Sur ce, il tourna les talons et disparut en s’escla ffant, visiblement content de lui.
Larignon faisait partie de ces vieux clients, genti ls, mais casse-pieds. Quand il vous avait ferré, il ne vous lâchait plus. Cette fois, i l s’agissait d’un retard de livraison. Jérôme, après d’interminables palabres, finit par s e débarrasser de l’importun. Il raccrocha en bougonnant et songea qu’il valait mieu x se sauver de suite vers des horizons plus réjouissants. Aussitôt dit, aussitôt fait, il enfila sa veste ava nt que ce maudit téléphone ne sonnât à nouveau. Enfin dehors ! Libre ! Jérôme estimait que son trav ail(gestionnaire de commandes dans une société de transports)à une certaine forme d’aliénation. T ous correspondait les lundis matin, invariablement, il disait aux rar es collègues qu’il appréciait dans la place :
— J’hiberne pour la semaine. Et, effectivement, malgré sa jeunesse, les employés voyaient fréquemment déambuler dans les couloirs cette grande carcasse l égèrement voûtée, lestée de semelles en plomb. Au contact du monde extérieur, il sortit de sa torp eur hebdomadaire, et pour ce faire, aspira à pleins poumons l’air à peine pollué de la capitale. Il fut saisi par le froid humide qui donnait une couleur de bise à Monsieur le Vent. La pluie en embuscade ne tarderait sans doute pas.
Peu importe, rien ne pouvait altérer son humeur joy euse. Pour preuve, il n’y avait qu’à voir le sourire radieux illuminer son visage é macié, à la peau mate, encadré de longs cheveux noirs et bouclés. La transformation d u personnage était radicale.
D’un pas alerte, il s’engouffra dans une bouche de m étro et se retrouva dans la cohue lasse des banlieusards exténués par une dure semaine de labeur. Il monta dans un wagon et, chance exceptionnelle, put s’asseoir s ur une banquette à côté d’une femme accorte à la figure violacée.
Il comprit vite pourquoi personne n’avait pris cett e place. La dame en question chuintait, sifflait, soufflait, et qui plus est, su intait par tous les pores de la peau en dégageant une odeur âcre. En outre, elle marmonnait , psalmodiait avec force gestes mystérieux, incantatoires, des paroles aussi ininte lligibles qu’énigmatiques. Bref, elle représentait à elle seule toute la misère indicible du monde. Peu importe, Jérôme pouvait là, s’adonner avec jubi lation à l’un de ses passe-temps favoris, à savoir la contemplation de « l’homo sapi ens vulgaris ». Ce soir, il était particulièrement gâté. Il n’eut p as à en examiner d’autres, tant cette brave dame le fascinait. Il faillit même rater son changement de station et dut « jouer des coudes » pour sortir à temps de la rame de métr o, échappant de justesse à la vindicte populaire.
Au bout d’une heure de ce périple quotidien, Jérôme descendit du réseau express régional en gare de Nogent-sur-Marne. Il lui restai t à peine cinq cents mètres de marche pour regagner son domicile.
En quelques minutes, il se retrouva au début de la Grande Rue devant un immeuble cossu. Il ouvrit le lourd portail en fer forgé, fra nchit le superbe hall somptueusement illuminé, puis poussa la porte vitrée donnant accès à une vaste cour lugubre plongée dans le noir total(contraste absolument saisissant).
Le propriétaire n’avait pas jugé utile d’installer un éclairage qui eût servi à quoi ? Sinon à mettre en exergue l’aspect misérable d’une construction d’un étage, située en fond de cour, qu’il avait vraisemblablement fait éd ifier à la hâte dans les années 1950, en pleine crise du logement, afin de s’acheter prob ablement une conscience tout en rentabilisant son affaire immobilière... Toujours est-il que depuis, aucuns frais n’avaient été engagés pour entretenir ce corps de bâtiment. Cela aurait pourtant contribué à lui donner un visage plus humain. Le revêtement de l’arrière-cour et la façade lépreu se semblaient issus du même matériau grisâtre, à savoir un conglomérat à base d e ciment, cloqué, craquelé, ravagé prématurément par les intempéries.
Après avoir poussé l’huis délabré de la bâtisse, le jeune homme monta quatre à quatre un escalier en bois aux marches usées. Il fi t grincer le parquet d’un long couloir sinistre, sale, éclairé par deux ampoules jaunâtres qui agonisaient au bout de fils électriques torsadés et crasseux. Jérôme ne prêtait plus aucune attention à ce décor hallucinant. Il entra légèrement essoufflé dans son vaste studio de... 12 m². La porte à peine refermée, il s’ébroua comme un chi en mouillé afin de chasser l’engourdissement de son corps. En un clin d’œil, i l se délesta de ses vêtements qu’il essaima sur la moquette à poil ras et se rua dans l a salle d’eau « Ah ! Une douche bien chaude ! » pensa-t-il en ouvrant les robinets. « Merde ! » C’est vrai, il avait oublié un instant que le chauf fe-eau l’avait lâché depuis deux ou trois semaines. Il avait négligé d’en avertir le propriétaire. « Bah ! Après tout », se dit-il, « une douche glacé e, rien de tel pour se remettre les idées d’aplomb ».