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L'héritière des elfes

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Français
308 pages

Description

Une guerre éclate un jour entre le clan des elfes noirs et celui des lumineux. L’alliance des humains avec le clan des lumineux n’aura pas suffi, et entrainera la disparition du peuple elfe. Les seuls rescapés sont la petite fille d’Anarion, roi des elfes, qui survit miraculeusement d’une chute, et un elfe noir qui s’échappe à temps. Quinze ans plus tard, dans le royaume d’Everland, Sérénna, 17 ans, est orpheline et travaille comme apprentie aux écuries du château d’Arkalion. Un jour, le roi découvre son amulette magique et la reconnait telle que l’héritière du trône des elfes. Il lui révèle qu’elle a été désignée par les pierres pour les sauver d’une menace...


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Date de parution 20 août 2013
Nombre de lectures 39
EAN13 9782332595171
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Langue Français

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ISBN numérique : 978-2-332-59515-7

 

© Edilivre, 2013

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A paraître

Tome 2 : L’initiateur du temps

Prologue

En plein cœur du royaume d’Everland, Moriikzel était la forêt la plus vaste et majestueuse parmi celles des duchés Everland, Landor et Elrion. Depuis plus d’un siècle, les elfes s’étaient installés dans les bois d’Everland, enchantant les lieux à l’aide de leurs pouvoirs magiques. Une légende rapportait qu’un elfe avait joué de la flûte traversière, ravivant la forêt, les arbres ne perdaient jamais leurs feuilles, le vent ne s’infiltrait jamais à travers les bois, le ciel n’était jamais sombre, les couleurs de la flore resplendissaient toujours à l’éclat du soleil. Les elfes vécurent longtemps ainsi dissimulés des hommes, car les deux peuples se haïssaient en silence. Les mœurs de chacun étaient tellement différentes que cela avait engendré désaccords et conflits. Les humains détestaient les manières trop supérieures qui émanaient des elfes car ceux-ci les avaient qualifiés de barbares, suscitant ainsi un climat d’intolérance à travers les deux communautés. Un jour, les elfes firent un compromis en proposant une solide alliance aux humains avec lesquelles ils combattirent conjointement lors d’une invasion de gobelins et d’orques. Au-delà de cette alliance, les peuples se montrèrent réticents et méfiants à l’idée de se mêler les uns aux autres. Les rois décidèrent de signer un décret territorial selon lequel aucun individu n’était autorisé à circuler dans le royaume voisin sans l’agrément du roi, mis à part les représentants officiels de chaque duché pour des réunions officiels. Ce pacte fut signé par les représentants de chaque duché, le roi Anarion du peuple des elfes, Arthus du royaume d’Elrion, Landry du royaume d’Everland, et le roi Sagorn de Landor. Ainsi, le peuple elfe vécut paisiblement dans la forêt Moriikzel, à l’écart des hommes. Très proches de la nature, les elfes s’adonnèrent chacun à une activité particulière, dont la magie. Chacun d’entre eux était doté d’un pouvoir quelconque dès la naissance, perfectionnant celui-ci au fil des années avec l’expérience.

Parmi eux, la princesse Elandra, fille d’Anarion, possédait le pouvoir de se métamorphoser en toutes sortes d’animaux, notamment de ressembler aux hommes. Son père l’incita à user de son don pour se fondre parmi les humains dont la mission consistait à les espionner. La forêt était à plusieurs heures de traversée à cheval pour atteindre Arkalion. Sous ses traits humains, la princesse avait gardé son apparence initiale. Néanmoins, Ses longs cheveux bruns qui tombaient en cascade dans le dos et ses yeux ambre avaient perdu ses couleurs éclatantes, son visage allongé était devenu terne et plus rond. Son charisme avait déchu. Au-delà de cette métamorphose, la princesse était une jolie femme parmi les humains. Elandra chevaucha toute une matinée et entreprit de trouver un lieu où proposer ses services afin d’être hébergée. A quelques pas des rues marchandes, la princesse rencontra un homme nommé Ilec qui travaillait sur les terres. Lorsqu’elle fit son offre, il l’engagea d’emblée, justifiant qu’il manquait de temps pour les tâches ménagères depuis que sa mère avait quitté ce monde. Elandra l’aida à la cuisine, aux tâches ménagères, et se rendit au marché pour acheter des vivres et ainsi étudier les coutumes. Une chose inouïe se produisit lors de cette mission. Elandra s’éprit d’Ilec avec réciprocité, et les sentiments prirent le dessus sur la raison. Elandra entretint une idylle secrète avec Ilec afin d’éluder de subir la foudre des siens, notamment son père. Lorsqu’Ilec demanda sa main, Elandra lui avoua ses origines, puis lui expliqua qu’ils ne pouvaient pas vivre cette relation au su de tous. Le jeune homme fut offusqué par la nouvelle, trahi d’un mensonge qui avait perduré. Ebranlée, Elandra montra néanmoins son véritable visage à Ilec, qui trouva la force de lui pardonner un peu plus tard. Ilec fut subjugué par la beauté exceptionnelle qui émanait de la jeune femme elfe, et s’était demandé ce qui avait pu la motiver à s’intéresser à quelqu’un comme lui. Ilec et Elandra continuèrent à vivre leur histoire d’amour quelque temps, jusqu’au jour où une petite fille naquit de cette union secrète. Avec l’accord d’Ilec, Elandra nomma sa fille « Elenna » afin de rendre hommage à sa grand-mère, tel que le voulait la tradition. Cependant, le bébé ne portait aucune caractéristique physique du peuple elfe. Son apparence était proche de celle des humains. Ses oreilles étaient plus petites, sa voix était différente et sa corpulence était plus forte. Elandra présenta sa fille à ses parents. Dans la petite maisonnée familiale perchée dans un arbre dont le tronc était large, la reine Arwen fut offusquée en découvrant ses traits. La reine portait une longue robe fluide bleue et une couronne de fleur coiffait ses cheveux. Le regard bleu empli d’aversion, elle recula d’un pas. « Ce bébé n’est pas des nôtres, il ressemble tant à ces humains. Qu’est-ce que cela signifie, Elandra ? »

Outrée, Elandra fit les gros yeux à sa mère et plaqua le bébé contre elle, craignant que quiconque ne vienne lui enlever. « Mère, je vous en prie, ne reniez pas cet enfant. C’est ma fille. »

Sa voix mourut. La reine posa sa main droite sur le cœur. « Elandra, tu connais tes devoirs envers ton peuple n’est-ce pas ? »

Les joues enflammées, Elandra craignit le pire pour son enfant.

– Oui, je sais ce que cela implique, mais je refuse d’abandonner ma fille, jamais je ne le ferais. Je renoncerai à ma couronne s’il le faut.

La reine cligna plusieurs fois des paupières. « Par Hélas, tu t’es déjà attaché à cet enfant. Elle soupira et se reprit. As-tu rencontré cet humain au cours de ta mission ? »

Sa fille approuva d’un hochement de tête. « Tu n’as pas réfléchi aux conséquences. Qu’allons-nous faire dorénavant ? Et que va dire ton père ? » Arwen balaya nerveusement une longue mèche brune, et resta un instant silencieuse, « Anarion, nous avons un problème avec Elandra, retrouvez-nous immédiatement à la maison », émit-elle en pensée. Un instant plus tard, Anarion ouvrit la porte à la volée. Le roi portait une longue tunique brodée de couleur marron. Ses longs fils dorés se soulevèrent dans la précipitation. « Que se passe-t-il ? » La reine et la princesse se retournèrent vers Anarion, puis se regardèrent un instant. Un malaise s’insinua parmi elles.

– Dois-je lui dire, ou préfères-tu le faire ? Interrogea Arwen à l’adresse de sa fille.

– Je le ferai mère.

Calmement, Elandra sortit par-delà la porte ouverte. Ses pas crissèrent sur le ponton, puis elle installa sa fille dans le hamac, suivi par son père. Le bébé continuait à gazouiller en observant tout ce qui l’entourait. Sa mère resta sur le seuil de la porte. Au son de la voix du bébé, Anarion scruta le nouveau-né d’un air suspicieux. « Quelle voix étrange, il n’est pas comme les autres. » Elandra se retourna et se plaça entre le bébé et son père. « C’est ce dont nous devons discuter, père. » La princesse s’éclaircit la gorge. « Je vous présente ma fille Elenna. Son père est un fermier d’Arkalion avec lequel j’ai travaillé au cours de ma mission, et nous sommes tombés amoureux. En revanche, j’ai tenté de lutter contre mon cœur, mais j’ai échoué. Je vous prie de m’en excuser père. » Elle s’inclina légèrement devant son père, les yeux baissés. Anarion en resta bouche bée, tout comme l’avait été Arwen quelques instants auparavant. « Cet enfant est porteur du sang d’un peuple primitif. Il semble inoffensif, mais tel que les elfes noirs il deviendra dangereux quand il sera plus grand. Il ne peut pas vivre parmi nous. »

Elandra fut consternée par les propos de son père, mais elle fit front à ses parents pour protéger sa fille. Lorsque la tension monta d’un cran, Elenna pleura soudainement. « Comment osez-vous parler ainsi de votre petite-fille. Père, j’étais sincère lorsque je vous ai dit que ces hommes étaient différents de ce que nous pensions. Il y a vraiment des humains bons parmi eux, dont le père de ma fille. Elle marqua une pause. Si vous reniez ma fille, je partirai avec elle, et vous ne me reverrez plus jamais, » menaça Elandra. Déroutés, Anarion et Arwen se toisèrent un instant, puis leur regard se tourna vers le hamac duquel était allongé le nourrisson qui cessa soudainement de pleurer. Il semblait que l’enfant ait un pouvoir, mais cela leur parut impossible étant donné son si jeûne âge, notamment pour un bâtard. Le roi et la reine avaient tous deux le pouvoir de télépathie, communiquant ainsi parfois. « Et si nous consultions les oracles pour connaître la destinée de cet enfant ? », proposa Arwen à l’esprit d’Anarion. « J’ignore si les pierres peuvent nous donner autant d’informations, mais comme elles ne mentent jamais, nous pouvons toujours tenter. Nous n’avons rien à perdre après tout. Tu as raison, mon cœur, faisons cela », trancha Anarion à l’esprit de sa femme. Après quoi, Arwen hocha la tête en regardant son mari dans les yeux, puis se tourna vers sa fille.

– Je te prie de nous pardonner, Elandra. Tu sais que nous sommes autant inquiets pour toi que pour le bien de notre peuple. Nous pouvons interroger les oracles pour connaître le destin d’Elenna, et si les pierres annoncent de bons présages, nous l’accepterons à part entière parmi nous. Qu’en dis-tu ?

Connaissant le puissant pouvoir des pierres, Elandra préféra coopérer. C’était le seul moyen auquel recourir pour que sa fille soit acceptée. Elle n’avait pas le choix. « Entendu, » répondit-elle d’un air solennel. Lorsque sa fille commença à pleurer, Elandra caressa doucement sa tête, puis balança délicatement le hamac pour la bercer. En peu de temps, Elenna cessa de pleurer. Ses paupières s’alourdirent, puis le sommeil l’enveloppa rapidement. Pendant ce temps, Namo fut prié de se rendre immédiatement dans la maison du roi. Le roi avait sommé au garde posté en bas de le trouver pour établir un oracle. Le maître de l’oracle était le seul elfe à savoir interpréter les pierres. En deux temps trois mouvements, Namo arriva auprès de Sa Majesté le Roi Anarion, et s’inclina gravement sur le ponton. « A votre service majesté. Que puis-je faire pour vous ? » Le roi se plaça près du hamac auprès duquel se trouvait sa fille. « J’aimerais que vous consultiez les pierres pour connaitre le destin de ma petite fille auprès de notre peuple. »

– A votre service, majesté.

Elandra et son père s’écartèrent lorsque Namo se présenta tout près du bébé. Il se concentra sur l’enfant tandis qu’Elandra et les grands-parents formèrent un cercle autour de lui. Les yeux fermés, le maître de l’oracle s’assit dans la position du lotus, retira des pierres d’une bourse et en étala cinq devant lui. Les pierres étaient grises et plates dont des symboles figuraient sur une face. Le silence sembla régner une éternité. Il ouvrit les yeux, puis retourna une pierre qui était en face cachée, puis réfléchit calmement. Peu après, le maître de l’oracle se leva d’un air solennel. Son visage devint blême. « Par Hélas, c’est affreux ! » S’exclama Namo dont les lèvres tremblèrent. « Comment cela ? Que disent les pierres ? Parle-nous, Namo ! » S’enquit Anarion.

– Ce sont les symboles du peuple elfe, la mort, l’enfant, et l’espoir, précisa Namo en désignant chaque pierre. Il faut que je fasse un tirage complémentaire afin de mieux comprendre.

A nouveau, il ferma les yeux les yeux et retira quatre autres pierres. « Le futur, la vengeance, la réussite, la paix. Namo fit une pause. Les pierres prédisent que notre peuple est gravement menacé et que cet enfant représente le dernier espoir dans le futur pour maintenir la paix. »

Inattendue et bouleversante, l’annonce les fit tous trois tressauter. Namo n’avait aucune précision quant à la prétendue menace. Le roi était déjà préoccupé par les incidents récents lorsque des elfes commencèrent à pratiquer la magie noire au sein de leur communauté. Le conseil avait finalement décidé de les bannir du royaume, car leurs activités étaient contre nature. Ces elfes noirs étaient surnommés les « druchii ». Ils n’avaient plus le droit de pénétrer dans les royaumes de Landor et d’Everland. Un pacte avait été scellé entre les rois Landry, Sagorn, et Anarion. Peu après, le roi des elfes organisa un conseil avec les deux autres rois pour leur faire part de cette prédiction. Pour envoyer le message, il fit appel au pouvoir d’Emyn. Emyn appela son aigle en jouant une musique angélique de sa flûte traversière. Lorsque l’aigle se posa sur son bras, Emyn enroula le petit manuscrit, et l’inséra à l’intérieur de la bague qui était accrochée à sa patte. Au son d’une mélodie harmonieuse, Emyn communiquait à l’aigle le destinataire du message. Les deux rois reçurent le parchemin sur lequel était stipulé que le roi Anarion annonçait un nouveau conseil des rois en urgence chez lui. Quelques jours plus tard, les rois se réunirent comme convenu pour faire le point sur la prédiction des oracles. Assis à une table ronde autour de laquelle se trouvaient les trois rois dans une étroite pièce d’une maison duquel vivaient les elfes.

– Selon le tirage de l’oracle, notre peuple est gravement menacé de mort. En revanche, nous ignorons quand cette menace aura lieu et qui se cache derrière tout cela. Ma petite-fille Elenna est le dernier espoir pour maintenir la paix. S’il arrive malheur à notre peuple, il faudra la protéger.

– Nous ne l’avons jamais vu. Quel âge a-t-elle ? Demanda Landry.

– C’est un nouveau-né de quelques jours. Si cela doit arriver dans un lointain futur, vous pourrez la reconnaitre. Elle portera une amulette en forme d’étoile autour du cou, et grâce à un sortilège de magie, personne ne pourra la lui retirer.

Anarion ôta le médaillon qu’il portait autour du cou, puis le montra aux deux rois. L’amulette argentée était ornée en son centre d’une étoile qui scintillait à l’éclat du soleil. Circonspect, Anarion ne présenta pas l’enfant, et ne précisa pas ses origines, car cela prouvait que la loi avait été transgressée. Après le conseil, les rois retournèrent à leurs terres respectives. Ils commencèrent à s’organiser, étudiant un plan stratégique en cas d’invasion, et Sagorn activa ses troupes pour surveiller la frontière du nord.

*
*       *

Des saisons paisibles s’écoulèrent. Accompagnée de sa fille, Elandra retrouvait parfois Ilec à Arkalion. Le reste du temps, Elandra et sa fille restaient auprès des siens dans la forêt Moriikzel. Colérique, Elenna s’agitait sans cesse dans le hamac en pleurant. Sa mère l’avait prise dans ses bras pour la calmer, mais en vain. « Chut, allons, calme toi Elenna », disait-elle d’une voix apaisante. Habituellement, cette méthode fonctionnait à merveille, mais pas cette fois-ci. Elle ne s’était jamais comportée ainsi auparavant. Personne ne comprenait son étrange attitude du moment. Bientôt âgée de deux automnes, Elenna ne parlait guère aussi bien qu’un elfe de son âge, en revanche elle prononçait quelques mots. Un jour, les elfes avait découvert que l’enfant demi-elfe possédait une faculté particulière, l’empathie. Ses mots et ses attitudes étaient très étranges, exprimant les émotions d’une personne présente. Soudain, Elenna se mit à prononcer des mots énigmatiques. « Engeance. » Sa mère ne saisit pas bien le mot. Les sourcils froncés de sa fille exprimaient la colère. « Qu’y a-t-il ma puce ? Demanda sa mère » « Engeance, » répéta Elenna de manière plus distincte. Tenant Elenna dans ses bras, Elandra se leva inopinément, puis accourut auprès de ses parents. Dans la maison familiale, ses parents virent Elandra ouvrir la porte à la volée. A ses yeux exorbités, son effarement les fit sursauter. Ils se levèrent de table l’un après l’autre, Anarion le premier. « Père, mère, la menace approche. Elenna a senti des émotions hostiles, » s’écria-t-elle essoufflée.

– Comment cela, qu’a-t-elle dit ? Interrogea sa mère.

– Elle était très agitée et en colère, puis elle a prononcé le mot « vengeance ».

Leurs visages devinrent livides. « Prépare-toi à partir tout de suite ! » Pressa Anarion à sa fille.

Tandis qu’Elandra sortit de la maison, le roi récupéra à la hâte deux parchemins enroulés et scellés sur une étagère près de la porte. Les messages de détresse avaient été écrits à l’avance. Il sortit à son tour, Arwen sur ses pas. Ils se hâtèrent de prévenir le peuple, puis un cor résonna. Tel que l’exigeait le protocole, Emyn appela l’aigle avec sa flûte et le pria d’un chant mélodieux d’envoyer un message au roi d’Everland, puis celui de Landor, appliquant au-dessus de son bec une poudre étoilée qui le rendit plus vif qu’à l’ordinaire. Elandra tint fermement les rênes du cheval en entrainant le cheval auprès de sa mère, puis elle descendit vivement de sa monture pour faire ses adieux. Tandis qu’Arwen enveloppa et noua sa petite fille d’un linceul autour de la taille de sa fille, Anarion les rejoignit rapidement. Des larmes ruisselèrent le long des joues d’Elandra et d’Arwen. La reine posa sa main droite sur la joue gauche de sa fille. « Prends soin de toi ma fille…et d’Elenna ! » Balbutia Arwen d’une voix trahie par l’émotion. Des hennissements de chevaux résonnèrent un peu plus loin. Des elfes préparèrent leurs arcs et leurs munitions, puis aperçurent des cavaliers vêtus de capes noires. « Ils sont là, préparez-vous », lança un elfe. Le roi précipita le départ de sa fille. « Partez maintenant ! » Aussitôt, Elandra monta sur l’étrier et enfourcha le cheval, puis Anarion donna un coup sur le flanc arrière du cheval qui partit au galop. « Je vous aime, » dit Elandra à ses parents d’un sourire empreint d’amertume.

Pendant les adieux, Elenna s’était mise à pleurer contre la poitrine de sa mère, ressentant la morosité de ses parents proches. Les secousses du cheval au galop la bercèrent et la calmèrent. La princesse se retourna une dernière fois pour voir ses parents, tandis qu’une pluie de flèches s’abattit en direction des cavaliers sombres. Quelques cavaliers tombèrent de leur monture. Au loin, un cavalier noir repéra son départ, puis se mit à sa poursuite. Lorsque des boules d’énergies jaillirent de certaines mains, le roi démasqua les assaillants. « Les elfes noirs », murmura-t-il. Les druchii étaient certes moins nombreux, mais ils étaient avantagés par leurs sorts magiques d’attaque. Parmi les siens, Anarion assista impuissant à la scène. Certains furent éjectés par des attaques magiques telles que les boules de feu. Il y eu d’autres sortes d’attaques magiques, l’étoile glacée qui transperçait la chair tel un couteau, et un éclair foudroyant. Certains elfes restèrent paralysés au sol suite au choc, et d’autres succombèrent sur le coup. Un elfe protégea deux de ses semblables à l’aide d’un bouclier magique. Légèrement plus haut que leurs tailles, le bouclier ressemblait à un feu blanc. La magie était limitée chez tous les elfes. Chaque sort demandait beaucoup d’énergie, si bien que la durée d’un sort particulier tel que le bouclier fut éphémère.

Pendant ce temps, Elandra chevaucha à toute allure en direction des collines. Un sort magique exceptionnel avait été jeté sur le cheval, si bien que son allure fut décuplée, mais cela fut périlleux car il pouvait tuer le cheval. Néanmoins, le cavalier noir qui la poursuivait s’approcha de plus en plus d’Elandra. Derrière elle, Elandra entendit les sabots. Elle savait qu’on la poursuivait. Peu après, des collines lui firent face. Elandra se retourna, et constata qu’un druchii la suivait. La princesse n’avait plus le temps de contourner les collines. Elle grimpa une partie de la colline avec son cheval. Les bois dénudés se nimbaient de la brume des petites feuilles qui se déployaient sur chaque branche. Arrivée un peu plus haut, le cheval se rabroua devant une pente raide. Elle abandonna alors son cheval et continua de fuir à pied. De toute évidence, elle ignorait que son persécuteur était le plus cruel des druchii, celui qu’on nommait Sérégon. Sérégon se délectait de la poursuivre ainsi. Il aurait pu la faire chuter avec un sort, mais son instinct de chasseur l’avait poussé à jouer avec sa proie. Arrivée tout en haut, Elandra buta sur un chemin impraticable. Il y avait des ronces tout autour et un précipice se trouvait face à elle. Au sommet des falaises qui dominaient les environs, Elandra remarqua qu’une horde de chevaliers sortaient de la ville d’Arkalion, mais qu’il était trop tard pour elle. Personne n’arriverait à temps pour lui venir en aide. C’était fini. Une voix gutturale la prit au dépourvu, mais elle resta figée à observer les renforts, les yeux embués de larmes. « Tu es prise au piège ! » S’écria Sérégon tandis qu’un sourire malsain se dessina sur ses lèvres. « Vous ne gagnerez pas », pensa-t-elle d’un sourire serein. Elle ne se retourna pas, pour dissimuler la présence de sa fille. Elle devait la protéger. C’était la seule chose qui comptait. Heureusement, sa présence fut indécelable. Elenna ne pleurait pas, et continuait à somnoler. Pour la sauver, Elandra prit une décision terrible. Un bref instant, elle ferma les yeux, et se jeta dans le vide à pieds joints. Les suicides étaient généralement un sacrilège chez les elfes, mais sa situation était différente. Elle se sacrifiait dans le but de sauver la vie de son enfant. Pendant la chute, elle serra Elenna de toutes ses forces qui resta impassible. Ses yeux étaient mi-clos. « Je t’aime. N’oublie jamais qui tu es. » La chute lui parut sans fin. Elle eut le temps de murmurer ces derniers mots, puis les ténèbres vinrent l’ensevelir à jamais. Avec sarcasme, Sérégon fit une moue dégoutée de ses lèvres. « Je n’ai même pas pu tuer cette misérable de mes propres mains ! » Brailla-t-il. Le druchii s’approcha du précipice et aperçut des centaines de chevaliers qui sortaient de la grande ville d’Arkalion. Ils portaient des tuniques jaunes munies d’étendards rouges ornés dont l’emblème royal du royaume d’Everland représentait un lion d’or. Il attendit que les troupes dépassent les collines pour reprendre le chemin de la forêt incognito. Sérégon emprunta une route un peu plus au nord pour rejoindre les siens dans la forêt.

La bataille avait fait des ravages parmi le royaume des elfes. Des corps d’elfes gisaient au sol çà et là. A l’arrivée des chevaliers d’Everland, il ne restait plus qu’une dizaine de druchii et deux elfes encore debout. Parmi les cadavres, deux elfes se levèrent. Le regard vitreux, ils déambulèrent et se dirigèrent vers les elfes qui empennaient des flèches. Ne réagissant à aucune parole suppliante, les deux cadavres tuèrent les deux elfes à coup de poings tant ils étaient dotés d’une force extraordinaire. « Ils jettent des sorts maléfiques pour transformer les cadavres en monstres. Prenez garde ! » Prévint un chevalier. Lorsqu’un des monstres s’approcha d’eux, un chevalier riposta de son épée, et le décapita. Sa tête roula sur le sol, et son corps continua de se mouvoir quelques instants avant de s’effondrer. Un autre chevalier écima à son tour l’autre créature. Peu à peu, la troupe d’Everland progressa vers le camp ennemi, se protégeant de leur bouclier. Dissimulé derrière un arbre, Sérégon observa le champ de bataille, constatant que les chevaliers prenaient le dessus. Un peu plus tard, une horde de cavaliers débarqua dans la pénombre. Ils étaient munis d'étendards dont le blason bleu du royaume de Landor représentait une fleur de lys jaune. Selon Sérégon, la bataille était perdue d’avance. Les humains étaient trop nombreux, et ils possédaient des armures et des armes d’attaques. Face à la dissolution de son armée imminente, Sérégon prit la poudre d’escampette. Au-delà des montagnes d’Everland, il s’exila vers le royaume perdu de Croland en passant par les mines. Le lendemain à l’aube, les étendards des duchés de Landor et d’Everland furent plantés au sol pour marquer la fin des combats, notamment leur victoire. La forêt ne ressemblait plus qu’à une scène de désolation, perdant ses couleurs. Les feuilles brunirent et commencèrent à se détacher des branches, le vent murmura à travers les branches, et le soleil ne se montra guère ce jour-là. La magie des lieux s’était rompue avec les centaines de morts qui jonchaient le sol. Certains étaient empilés sur d’autres cadavres. Le capitaine Fynn ne découvrit qu’un seul elfe encore en vie, mais celui-ci était à l’agonie. « Trouvez Elenna. Près des collines, » fredonna-t-il dans son dernier soupir. Fynn observa en silence le malheureux elfe allongé au sol. Sa tête se renversa sur le sol et ses yeux verts demeurèrent fixes. Fynn observa un de ses maréchaux.

– Près des collines ? Je ne comprends pas, il n’y a pas de colline par ici. L’enfant elfe dont le roi a parlé doit être caché par ici. Il faut absolument la retrouver.

– Les personnes divaguent au moment de mourir. Vous le savez aussi bien que moi, capitaine, rétorqua le maréchal en secouant la tête.

– Sans doute, mais l’enfant au médaillon n’a pas été retrouvé parmi les cadavres. Continuez à fouiller les environs, cet enfant doit bien se trouver quelque part.

Contrit, le maréchal acquiesça d’un hochement de tête. Tandis que des chevaliers recherchèrent l’enfant, certains se chargèrent d’enterrer les corps. Ils trouvèrent les corps ensanglantés du roi Anarion et de son épouse dans leur maison familiale. D’après les marques sur leur corps, ils avaient péri sous des coups de dague. Les chevaliers marquèrent la tombe royale d’une croix en bois gravée de leurs initiales. Les intenses recherches n’avaient pas abouties, et les chevaliers étaient exténués. Les troupes d’Everland et de Landor retournèrent dans leur royaume respectif. Le second bataillon des chevaliers d’Everland passa tout près des collines. Au-delà des plaines, le maréchal en tête du groupe aperçut un cheval blanc qui errait près des collines. Suite aux instructions exceptionnelles, le maréchal organisa la recherche du propriétaire de ce mystérieux cheval laissé à l’abandon, et donna rendez-vous à ses hommes derrière les collines. Quelques instants plus tard, le maréchal attendit ses hommes. Plusieurs hommes le rejoignirent, bredouilles. Parmi les retardataires, un des chevaliers rejoignit le maréchal. Sur le ventre, un enfant enveloppé dans un linceul blanc était allongé en travers, sur le dos du cheval. Le chevalier tint l’enfant d’une main et les rênes de son cheval de l’autre. « Où l’avez-vous trouvé ? Que lui est-il arrivé ? » Interrogea son supérieur.

– En bas des collines, Maréchal. L’enfant est mal en point, mais respire toujours.

– Est-ce que cet enfant était accompagné ?

– Nous l’avons trouvé dans les bras d’une femme elfe qui gisait sans vie au pied de la falaise, mais cet enfant n’est pas celui dont le roi recherche. Il n’est pas de leur race, mais de la nôtre. Il marqua une pause. Soit la femme s’est jetée volontairement du sommet, soit il s’agit d’un accident. Perplexe, le maréchal scruta de plus près les traits humains de l’enfant, se penchant gravement. « C’est étrange. Que faisait-elle avec un enfant humain ? » Il poussa un soupir. « Qu’est-ce que cela veut dire ? » Il marqua une pause. « Ce n’est pas l’enfant recherché, mais nous ne pouvons pas le laisser ici. Il est temps de rentrer au château, emmenons-le, » ordonna-t-il. La compagnie rentra au château, et le maréchal s’occupa immédiatement du sort de l’enfant toujours inconscient. Elenna fut placée en observation quelques jours. Le médecin constata que ses jours n’étaient pas en danger, mais que l’enfant était en état de choc dont quelques contusions, et d’un traumatisme. Une fois guérie, la petite fille fut prise en charge à l’orphelinat du château par une femme nommée Ciellan qui décida de la nommer Sérenna. Lors de son premier bain, Ciellan découvrit un phénomène étrange. Elle ne pouvait pas retirer le médaillon que l’enfant portait au cou et pire, une décharge électrique empêchait de le toucher. Offensée, Ciellan porta la main à sa bouche. Le médaillon était trop grand pour elle. « Quelle est cette chose diabolique ? ! » S’indigna Cellian dénuée d’aménité. Apeurée, Sérenna regarda d’un air inquiet la femme dont les nerfs menaçaient de la rendre hystérique. Elle sembla avoir compris tout le sens de ses mots, alors elle se mit à sangloter. Voyant l’enfant dans cet état, Ciellan culpabilisa de s’être emportée ainsi. D’un geste doux et attentionné, elle tint la tête de l’enfant entre ses mains tout en l’observant droit dans les yeux. « Oh, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Je te demande pardon. J’ai seulement peur que cette chose finisse par te blesser. »

L’enfant cessa de pleurer, puis agrippa son amulette pour lui faire comprendre qu’elle ne risquait rien. Ciellan constata qu’il ne se passait rien. Par curiosité, elle tenta une nouvelle fois de toucher l’amulette, mais l’incident se produisit de nouveau. Ciellan examina l’amulette sans saisir ce phénomène, puis observa les yeux humides de l’enfant. « Après tout, cela n’a aucune importance. Ce n’est qu’une pauvre enfant orpheline », pensa-t-elle. Elle rhabilla l’enfant après le bain. « Ne t’inquiète pas, c’est notre petit secret. Mais attention, personne ne doit toucher à ton amulette. Les gens n’ont pas une once de tolérance et peuvent être de piètres méchants dès que quelqu’un est différent. Tu n’auras qu’à la cacher sous tes vêtements. As-tu compris ? »

L’enfant l’observa d’un air solennel, puis acquiesça lentement de la tête pour approuver.

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Révélations

Un bel après-midi de printemps, le soleil brillait au-dessus de la plus grande cité du royaume d’Everland. Le château d’Arkalion paraissait immense dont les deux tours en dômes du donjon au milieu des grandes murailles. Le donjon était composé de trois étages sur lequel se trouvait le clocher de la chapelle. Les grilles de l’entrée principale ouvraient sur la cour intérieure dont un grand village faisait face au château, et un grand jardin entouré de remparts se trouvait derrière le donjon. A l’entrée du château, on pouvait distinguer les écuries parmi les remparts avant. Des douves faisaient le tour des remparts extérieurs du château, hormis la façade avant qui donnait accès aux portes d’entrées. Aux écuries, Carson était palefrenier depuis vingt ans au service du roi. Connu pour ses brillants et loyaux services, il avait pour ordre de préparer et de seller quatre chevaux pour le roi, son fils Caledric, et deux autres chevaliers avec lesquelles ils chassaient. Le prince accompagnait son père depuis quelques jours. Caledric apprenait les rudiments de la chasse après avoir attendu patiemment sa majorité telle que le permettait la tradition. Âgée de dix-sept ans, Sérenna était apprentie depuis deux ans aux écuries. Son choix professionnel était incontestablement lié à son amour pour les chevaux. A l’extérieur du box, elle se mit à brosser un magnifique cheval nommé Aragon. Sérenna parlait souvent aux chevaux pendant leurs soins, car elle était persuadée qu’ils comprenaient les mots. Carson dévisagea la ravissante jeune fille. Ses vêtements amples et sales ne la mettaient pas en valeur. Ses caractéristiques physiques étaient différentes des autres filles de son âge. Elle était plus grande et plus élancée, et sa couleur de peau légèrement tannée la démarquait. Les traits de son visage étaient très délicats, ses fines oreilles un peu pointues étaient dissimulées par des cheveux bruns raides mi-longs qui lui tombaient au niveau de la nuque, et ses yeux étaient ambre. « Dépêche-toi au lieu de rêvasser sans cesse ! Le roi et le prince ne vont pas tarder, » houspilla Carson. « Je viens de finir le brossage. Je m’en occupe tout de suite. » Dit-elle. L’impatience que sa lenteur suscitait chez Carson l’avait pratiquement réduit à mâchouiller sa moustache. Lorsqu’il se mettait en colère, Sérénna sentait qu’il craignait de se faire réprimander par le roi. Toutes les réactions de ses proches étaient aussi prévisibles que la sienne à ce moment-là. La jeune fille pouvait souvent prédire leurs comportements en fonction d’une situation. Parfois, elle disait exactement la même chose que son interlocuteur au même moment, ou finissait sa phrase. Elle savait ainsi ce qu’il ne fallait surtout pas dire pour éviter de contrarier les gens. Cette finesse lui valut une certaine notoriété auprès d’une grande majorité de personnes. Certains se gaussèrent d’elle, car sa maladresse lui jouait parfois de mauvais tours, mais elle faisait toujours de son mieux pour ne pas irriter le palefrenier.

– Le roi et le prince arrivent. Va me chercher la dernière selle et les rênes. Vite ! Ordonna-t-il.

La jeune fille hocha la tête et s’exécuta en pressant le pas. Peu après, elle revint auprès de Carson, les bras surchargés. Lorsqu’elle aperçut le prince Caledric et son père, l’opprobre la fit rougir. Son pied se prit malencontreusement dans un caillou, et le déséquilibre la fit chuter. Elle était toujours troublée face au roi, notamment face au charisme de son jeune fils, Caledric. Âgé de vingt-et-un ans, son entraînement aux combats d’épées lui avait sculpté un corps puissant et musclé dont les épaules étaient larges. Il avait des cheveux bruns courts, un nez aquilin, et des yeux bleus. Caledric n’était pas insensible au charme de Sérenna, mais ne le montrait guère puisqu’il était déjà promu à la princesse Oliana telle l’exigeait la tradition royale. Sérenna se remémora les vicissitudes passées, notamment tous les quolibets dont elle avait subi durant son enfance, simplement parce qu’elle était différente des autres. La première fois, un de ses camarades s’était moqué de son apparence physique. À l’époque, ses cheveux trop courts mettaient en évidence ses oreilles un peu pointues dont la particularité était inédite parmi le royaume. Le jeune garçon tournoya autour d’elle tout en la montrant du doigt à ses camarades de jeu. La beauté de ce jeune garçon avait ébloui Sérenna jusqu’à ce fameux jour. « Eh, venez voir un peu cela les amis. Regardez-moi ces oreilles. » Les autres enfants ricanèrent niaisement à la réflexion du petit chef de groupe. Encerclée par les enfants, Sérenna se sentit impuissante face à la situation, à tel point qu’elle fut envahie d’opprobre, de peur et de solitude. Elle ne chercha ni à se battre ni à répondre, ne sachant comment réagir. Un autre enfant fit à son tour une réflexion. « Il paraît que les orques ont des oreilles comme cela, railla l’enfant. » Les autres jubilèrent et trouvèrent d’autres sarcasmes à lui octroyer. Sérenna était incapable de dire qui avait parlé tant il y avait d’enfants autour d’elle. « Mais non, les orques n’existent plus, » répondit un autre. Le chef du groupe adressa un sourire narquois à la jeune fille. Sérénna pensa qu’il eut finalement pitié d’elle et qu’il prendrait sa défense, mais il n’en fut rien.

– Ou bien il s’agit d’une dernière descendante lointaine. Elle est probablement mi-orque, mi-humaine.

À ses yeux, son charme physique s’amenuise, brutalement rompu par la cruauté qui émanait de lui. Avec le temps, elle réalisa que le véritable charisme d’une personne primait de la beauté intérieure. « Oui, c’est possible, » rétorqua un autre enfant. « Quelle horreur, c’est un monstre ! » S’écria une fille. Meurtrie, Sérenna prit sur elle pour ne pas pleurer, préférant dissimuler sa vulnérabilité. A l’abri des regards, Sérénna ne pouvait plus contenir ses larmes. Systématiquement, elle était restée stoïque face aux insultes, mais au-delà de cette apparence elle souffrait énormément. Les garçons étaient les plus cruels, car l’un d’entre eux l’avait frappée un jour. Les émotions d’autrui la trahirent une seule fois lorsqu’elle était alors âgée de cinq ans. Ce jour-là, deux garçons âgés d’environ huit ans jouèrent près d’un muret devant lequel se promenait un canard, à proximité des écuries. Sérenna se trouva tout près d’eux, contemplant les autres enfants qui s’amusaient dans la cour. Son regard se tourna vers l’animal qui cancana et se débattit intensément à tire d’ailes. Le garçon tint le canard par la tête et tenta d’immobiliser son corps de son autre main. Selon Sérénna, l’animal terrorisé hurla de détresse pour qu’on le libère. Un couteau de cuisine à la main, l’autre garçon s’approcha et lui trancha la gorge. Le canard souffrit et agonisa en dévisageant ses bourreaux une dernière fois. Sérénna hurla, et pleura. Une mare de sang gisait au pied des deux garçons, tandis que le canard sans tête fit quelques pas en battant des ailes avant de s’écrouler. Les pattes du canard tressautèrent un instant avant de s’immobiliser complètement. Ce spectacle combla les deux garçons, si bien qu’ils lorgnèrent Sérenna d’un mauvais œil. « Que lui arrive-t-il ? Ce n’est qu’un canard ! S’indigna le garçon qui tenait le couteau ruisselant de sang. », et l’autre déclara : « Si elle réagit ainsi, elle n’a pas fini de pleurer. Ils finiront tous à la casserole,...