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L'INSTANT D'APRES ROMAN

De
283 pages
Face à l'épreuve suprême, -la mort annoncée de l'un d'entre eux-, les personnages de ce roman ressentent la brûlante nécessité de se resituer dans leur vérité profonde, et de savoir vers où va pointer désormais la flèche de leur désir pour aimanter ce qu'il leur reste à vivre jusqu'au dernier à-pic des limites du temps qui leur est imparti...ŠLes questions graves qui se posent à chacun au cours de l'existence, l'auteur les aborde avec le sourire tendre et lumineux d'une écriture qui, comme une épée de feu, tient en retrait les dragons jumeaux du pessimisme et du désespoir.
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L’instant d’après
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-55202-9 EAN : 9782296552029
Christine-Colombe Gallardo L’instant d’après roman L’Harmattan
À mes ombres chères
Chapitre I
e petit frémissement de l’âme au moment de découvrir Cune nouvelle exposition de son ami Édouard, elle l’avait toujours connu… Édouard, sa silhouette frêle, sans âge, son visage encore empreint d’une candeur d’enfance malgré la sombre aura de tristesse, le cerne noir qui ourle ses yeux, trace indélébile de la crue de chagrins anciens. Elle a choisi de rester un peu à l’écart, près de la porte d’entrée, occultée à son regard par un groupe d’invités qui sirotent leurs boissons. Elle s’imprègne de l’atmosphère assez indéfinis-sable du lieu, mélange surprenant de rusticité âpre, de virginité pastorale et d’inquiétant mystère. Une composition corsée, comme on le dit de certains alcools ou extraits de parfum, qui envoûte et aussitôt impose une sensation bizarre d’étrangeté et de reconnaissance, similaire à celle dont on est saisi en entrant dans une grotte préhistorique. Une sorte d’évidence brutale, dernier vestige peut-être de notre vieux cerveau reptilien, qui déclenche un état d’alerte dans tout l’être, au rappel imminent de notre condition misérable, — funambules chétifs en équilibre sur un fil tendu entre la vie et la mort… Car, hormis l’excès de poussière et les toiles d’araignée, elle observe que rien ici ne semble avoir été touché depuis des siècles : attelages aux peintures écaillées, rangés comme ils ont dû l’être après leur dernière sortie,
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L’INSTANT DAPRÈS
harnais de chevaux en cuir buriné négligemment accrochés à des poutrelles, râteliers dentés de lattes inégales, çà et là fendillées, en attente des prochaines rations de foin déver-sées à la fourche… Son trouble naît sans doute d’une vague perception de notre néant, qui remet notre existence en cause, corps et esprit confondus dans le même état d’im-puissance, bien au-delà de la simple prise de conscience. Elle se sent oppressée, le souffle court, comme si elle craignait d'inhaler un air saturé des haleines de tous les morts qui ont passé là, contrainte de se frayer un chemin à travers une procession de spectres. Le présent s'est contracté en un point de jour infime, frêle aujourd’hui en fusion, bientôt laminé sur l’enclume épaisse du passé par la lourde presse du futur. Comme si la machine à fabriquer la temporalité, détraquée par l'usure des siècles, s'était mise à fonctionner en mode accéléré, brassant en désordre toutes les époques et brouillant leurs images… Drôle d'endroit, remarque-t-elle, en faisant effort sur elle-même pour chasser ces impressions dérangeantes.
Ce lieu fait partie des "communs", bâtiments annexes voués aux usages domestiques, d'une vieille demeure patri-moniale de belle allure, dont l'élégance discrète règne avec bonhomie sur l'ensemble de maisons modestes bordant avec elle la place du village. À l'arrivée de Flora, le soleil encore haut en cette fin d'après-midi de juillet changeait la toiture de briques anciennes en une palette vibrante, où les rouges sanglants, les bruns flammés d'éclairs magnétiques des toisons de fauves en chasse, — chers à Delacroix ou Géricault — se mêlaient à des beiges sages, conciliants comme un baiser de paix, ou aux nuances les plus délicates des roses de