L'Océan au bout du chemin

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102 pages
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De retour dans le village de sa jeunesse, un homme se remémore les évènements survenus l’année de ses sept ans. Un suicide dans une voiture volée. L’obscurité qui monte. Et Lettie, la jeune voisine, qui soutient que la mare au bout du chemin est un océan…

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Date de parution 23 octobre 2014
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EAN13 9782846269278
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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L’Océan au bout du chemin
AUDIABLEVAUVERT
Neil Gaiman
L’Océan au bout du chemin
Traduit de l’anglais parPATRICKMARCEL
Du même auteur chez le même éditeur
DEBONSPRÉSA,roman, avec Terry Pratchett GES MIROIRSETFUMÉE, nouvelles AMERICANGODS, roman ANANSIBOYS, roman VIOLENTCASES,bd, avec Dave McKean STARDUST,roman CORALINE,bd, avec Craig Russell DESCHOSESFRAGILES, nouvelles NEVERWHERE, roman MESCHEVEUXFOUS, album avec, Dave McKean ENTREMONDE, roman, avec Michael Reaves SIGNAL/BRUIT,bd, avec Dave McKean
Titre original :The Ocean at the End of the Lane
ISBN : 9782846268035
© Neil Gaiman, 2013 © Éditions Au diable vauvert, 2014 pour la traduction française
Au diable vauvert www.audiable.com La Laune 30600 Vauvert
Catalogue disponible sur demande contact@audiable.com
Pour Amanda, qui voulait savoir.
« J’ai gardé de ma propre enfance un souvenir vivace…je savais des choses terribles. Mais je savaisqu’il ne fallait pas laisser voir aux adultes que je savais.Ça les aurait effrayés. » MauriceSendak, entretien avec ArtSpiegelman, The New Yorker, 27 septembre 1993
Ce n’était qu’une mare aux canards, à l’arrière de la ferme. Pas très grande. Selon Lettie Hempstock, il s’agissait d’un océan, mais je savais bien que c’était absurde. Selon elle, pour arriver ici, ils avaient traversé l’océan depuis le vieux pays. Selon sa mère, Lettie s’embrouillait dans ses souve nirs, tout cela remontait loin et puis, de toute façon, le vieux pays avait sombré. Selon la vieille Mme Hempstock, la grandmère de Lettie, elles se trompaient toutes les deux, et le lieu qui avait coulé n’était pas le vieux pays, le vrai. Elle disait s’en souvenir, elle, du vrai vieux pays. Selon elle, le vrai vieux pays avait explosé.
Prologue
Je portais un costume noir, une chemise blanche, une cravate noire et des chaussures noires, bien cirées et brillantes : des vêtements dans lesquels j’aurais été mal à l’aise, en temps ordinaire, comme si j’avais endossé un uniforme volé ou si je voulais passer pour un adulte. Aujourd’hui, ils m’apportaient une sorte de réconfort. Je portais les vêtements appropriés à une rude journée. J’avais accompli mon devoir, le matin, prononcé les paroles que je devais prononcer, et j’étais sincère en les disant ; et puis, une fois le service terminé, je suis monté en voiture et je suis parti au hasard, sans plan défini, avec environ une heure à tuer
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avant de rencontrer d’autres gens que je n’avais plus vus depuis des années, serrer d’autres mains et boire trop de tasses de thé dans le beau service en porcelaine. J’ai suivi des routes de campagne sinueuses du Sussex dont je ne me souvenais qu’à demi, jusqu’à ce que je me retrouve dans la direc tion du centreville, aussi aije obliqué, au hasard, sur une autre route, et tourné à gauche, puis à droite. C’est seulement alors que j’ai compris où j’allais vraiment, où j’allais depuis le début, et ma sottise m’a fait grimacer. Je roulais vers une maison qui n’existait plus depuis des décennies. J’ai à ce momentlà songé à faire demitour, alors que je suivais une rue large qui était autrefois un chemin empierré de silex au long d’un champ d’orge ; à faire demitour et à laisser le passé en paix. Mais je ressentais de la curiosité. L’ancienne maison, celle où j’avais vécu sept ans, de l’âge de cinq ans jusqu’à celui de douze, avait été démolie et elle était perdue pour de bon. La nouvelle, celle que mes parents avaient construite au bas du jardin, entre les bosquets d’azalées et le rond vert dans l’herbe que nous appelions le cercle des fées, cellelà avait été vendue trente ans plus tôt.
En vue de la nouvelle maison, j’ai ralenti la voiture. Ça resterait toujours la nouvelle maison, dans ma tête. Je me suis engagé dans l’allée, pour observer de quelle façon ils avaient développé son architecture du milieu des années 70. J’avais oublié que ses briques étaient brun chocolat. Les nouveaux habitants avaient transformé le tout petit balcon de ma mère en un jardin d’hiver sur deux niveaux. J’ai contemplé la maison, me rappelant moins que je m’y attendais mes années d’adolescence : ni bons moments, ni mauvais. Adolescent, j’avais habité ici quelque temps. Ça ne semblait pas être une composante de ce que j’étais à présent. J’ai reculé avec la voiture pour sortir de leur allée. Il était temps, je le savais, de me rendre à la maison agitée et joyeuse de ma sœur, toute toilettée et guindée pour ce jour. J’allais discuter avec des gens dont j’avais oublié l’existence depuis des années et ils m’interrogeraient sur mon mariage (sombré une décennie plus tôt, une liaison qui s’était lentement effilochée jusqu’à ce que, finalement, comme cela semblait être leur lot commun, elle cède), me demanderaient si je voyais quelqu’un (non ; je n’étais même pas sûr d’en être capable, pas tout de suite), et me poseraient des questions sur mes
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enfants (tous grands, ils mènent leur propre vie, ils regrettent de ne pas avoir pu venir aujourd’hui), le travail (ça marche, merci, répondraisje, sans jamais savoir comment parler de ce que je fais. Si je savais en parler, je n’aurais pas besoin de le pratiquer. Je crée de l’art, parfois je crée de l’art véritable, et parfois il comble les vides béants de ma vie. Quelquesuns. Pas tous). Nous évoquerions la disparition ; nous nous souviendrions des morts. Le petit chemin de campagne de mon enfance était désormais une route d’asphalte noir qui servait de zone tampon entre deux lotissements tentacu laires. J’ai continué à la suivre, en m’éloignant de la ville ; ce n’était pas la direction que j’aurais dû prendre, et je trouvais ça agréable. La route lisse et noire est devenue plus étroite, plus sinueuse, devenue le chemin à voie unique dont j’avais gardé le souvenir d’enfance, devenue de la terre battue, bosselée de silex, comme des os. Bientôt, j’ai roulé lentement, en cahotant, le long d’un chemin encaissé entre des broussailles et des fourrés de ronces, partout où ne se dressait pas un bosquet de noisetiers ou une haie hirsute. J’ai eu l’impression d’avoir remonté le temps avec ma voiture. Le chemin était tel que je me le rappelais, alors que rien d’autre ne l’était.