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L'or bleu des Nabi-tamarés

De
128 pages

Eva, jeune adulte de caractère vient de finir ses études à Genève et est sur le point de rentrer dans la vie active, une vie sûre et sans encombre lui ouvre les bras.

Pourtant l’appel irrésistible de vivre une aventure humaine bien plus conséquente l’amène à s’engager pour un an dans l’humanitaire.

A l’aéroport de Marseille, Eva rencontre Emilie, au destin sensiblement identique, qui sera sa partenaire dans cette fabuleuse mission.

Si tant est qu’un programme puisse se dérouler comme prévu dans ce gigantesque continent aride qu’est l’Afrique, rien ne les amène à s’interroger si elles en reviendront heureuses, marquées ou si les deux en reviendront tout simplement...


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Gilles Darcy est né en 1975 en Bretagne, et vit dans le sud de la France depuis 2000.

En 2006, il crée Prises de vie photo pour son activité photographique professionnelle,

En 2013, il développe l’association Prises de vie Films pour réaliser une série télévisuelle dont le travail perdure.

En 2015, il crée Prises de vie Éditions pour éditer ce premier roman et remercie ses lecteurs de leur confiance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien qu’inspirés de faits, de personnes ou de sociétés ayant réellement existé, toutes ces entités citées dans ce livre ainsi que leurs actions sont strictement fictives, et toute ressemblance passée ou présente ne serait que pure coïncidence.

 

 

 

 

 

- Gilles DARCY-

 

 

 

 

 

 

L’or Bleu des Nabi-Tamarés

Roman Aventure

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-Prises de vie éditions-

 

 

 

 

 

 

 

 

À Élodie,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Samedi 21 juin 2008,

 

Ça y est, je l’ai fait ! Je ne réalise pas encore que j’ai osé dire oui et prendre l’avion. Depuis que l’on a passé les Alpes suisses, les sommets transpercent les nuages et c’est magnifique. Dire que dans deux heures, à Marseille, il fera 22 °C.

J’entends encore la voix de mon père résonner dans ma tête :

- On aurait dû t’appeler comme ta mère, tu es pareille ! Non mais Eva, quel besoin de prendre une année sabbatique pour aller aider je ne sais qui à l’autre bout du monde, alors qu’ici tu as un poste d’instit qui t’attend !

- Papa, la Mauritanie aujourd’hui c’est plus à dix jours d’expédition et c’est d'une expérience humaine dont j’ai besoin.

- En tout cas je ne vois pas ce que ces aborigènes vont t’apporter que nous n’avons pas pu… Enfin bon, comme toujours tu feras bien ce que tu veux, mais si ça ne va pas, tu peux revenir quand il te semble bon ; tu restes ma petite fille.

 

- Madame ? Madame ! L’hôtesse me sort de mes songes et je ferme mon carnet, Vous attacherez votre ceinture ? Nous allons amorcer la descente…

Je ne suis plus une petite fille, mais Madame tout de même… Mon chapeau de catherinette n’a que trois mois quoi !

 

Dans la zone de transition à Marseille, je dois retrouver mon équipière; Madame Planière m’a transmis son numéro de portable avec ma fiche de mission d’Eaux Frontières.

Elle aurait mieux fait de me joindre sa photo, le téléphone ne passe pas ici et si j’appelle " Émilie !" dans tout le hall, on va me prendre pour une… Et puis merde ! Rien à foutre des autres, il est temps de m’affranchir.

Au deuxième appel, tournant autour de moi, je vois une jolie blondinette qui se lève comme le soleil à l’aube, un joli rayon de soleil un peu rouge qui dit timidement :

- C’est moi ! Vous… Tu es Eva ?

Deux, trois, quatre ? Les bises en France sont un éternel problème qu’il faudra qu’on m’explique.

- J’ai eu Planière au téléphone, me dit-elle avec ses grands yeux bleus écarquillés. Elle m’a dit qu’elle n’arrivait pas à t’avoir, elle nous rejoint, il y a un changement de programme, à croire que l’aventure a déjà commencé. Ah ben là voilà !

Je secoue lentement la tête de droite à gauche avec un léger sourire, les histoires qui commencent comme ça, c’est toujours la cata…

- Bonjour les filles ! Ah ben, mes enfants, quelle histoire ! Bon, je ne rentre pas dans les détails, on n’a pas beaucoup de temps. Vous prenez toujours le vol pour Dakar mais votre affectation a changé : De là-bas vous ne transiterez plus vers l’équipe de Nambousa à cause des rebelles. Ce sont juste les plus expérimentés qui iront là-bas. Chance pour vous, vous serez en zone francophone à côté d’une ancienne colonie, à 130 km au nord de Moudjéria mais votre équipe viendra vous chercher à Dakar. Votre premier contact est sur cette fiche mais tous ont été prévenus de votre arrivée il y a trois jours. Ça va aller ?

De toute façon au regard de l’engouement de cette soixante-huitarde sur le retour, comment s’opposer ? Et puis on est là pour ça de toute façon, avec l’excitation on se sent prête à déplacer le Kilimandjaro.

 

Et nous voilà donc parties pour quatre heures trente de vol, tout le temps pour faire connaissance. Après m’être présentée un peu plus en détail, Émilie m’explique que si sa motivation est proche de la mienne, son parcours diffère un peu.

- J’ai fait tout mon cursus de formation dans l’esthétique, et après avoir passé mes diplômes j’ai travaillé en salariat dans un institut dans le sud de la France, à Villeneuve-lès-Avignon, puis à Uzès. Il n’y a rien à reprocher à cette région, c’est très calme, il ne risque pas de nous arriver grand-chose. En fait si, c’est ça qu’il y a à reprocher à cette région, il ne peut rien vous arriver !

 

Je me suis surprise à me demander ce qui motivait une personne si féminine, à aider à l’installation de pompes dans le désert. Mais, avec cette phrase, je la comprends en même temps que moi-même… Avant de suivre un parcours raisonnable et plutôt rangé, c’est là une manière de vivre à cent pour cent ses émotions, ressentir le plus fort de chaque chose. La peur n’étant pas celle de l’inconnu mais celle de ne pas vouloir revenir.

- Puis, l’opportunité de reprendre cet institut à Uzès a commencé à se dessiner, continue-t-elle, la gérante allait prendre sa retraite, tout semblait inscrit d’avance. C’est cela qui est effrayant quelque part, c’est comme si un long chemin de fer paisible et à perte de vue était devant moi ; et si je choisissais de partir à droite ou à gauche je perdais toute sécurité. Mais pour rester sur les rails il fallait quand même prendre le risque financier, qui allait verrouiller l’obligation de rester sur la voie. En conclusion, ça devenait flippant que rien ne puisse m’arriver d’extraordinaire avant la grande routine.

Alors j’ai pris la décision de m’inscrire avec ma meilleure amie, Julie, pour faire un trek en Birmanie, continue-t-elle, juste là, en mai. Mais on a appris au dernier moment que le cyclone Nargis avait provoqué plus de cent mille morts dans des inondations, sans parler des épidémies qui en découlent. Je veux bien de l’aventure, mais là, la Birmanie était devenue impossible ! Je n’avais plus qu’à reprendre mon chemin tout tracé avec ce regret que je porterai définitivement…

- Et du coup ? lui fais-je.

- Et bien, c’est là que l’organisme qui avait organisé le trek a pris ses responsabilités et nous a proposé en premier lieu le Vietnam, mais j’étais tellement blasée de cette histoire avec la Birmanie que je ne voulais plus trop du continent Eurasien. J’étais déjà retournée dans l’optique de racheter l’institut d’esthétique dans la semaine. In fine, je ne sais ce qui m’a décidé un jour, ou plutôt une nuit ; mais au petit matin j’ai rappelé l’organisme pour leur demander quelque chose de complètement différent sur le plan aventurier, et c’est là qu’ils m’ont mis en relation avec Eaux Frontières. Pour le coup, c’était gratos, et les sacs et tout ça j’avais déjà… Mais oui, je sais ce que tu vas me dire, ce n’est pas du tout la même destination, ni le même climat, et même pas le même continent… Sans ce déclic, j’aurais racheté l’institut, me serais mise sur les rails et, me connaissant, si ça se trouve dans la foulée je me serais trouvé un mec et me serais casée avec !

- Et ton amie ne t’a pas suivie ? fis-je.

- Non, alors c’est marrant parce que tu lui ressembles vraiment avec les cheveux plus courts ! Mais là ce n’était pas pour deux semaines, le voyage tu vois ? C’était pour un an ! Et c’est là que ma meilleure amie n’a pas pu venir.

Émilie est très paradoxale, mais je comprends tellement ce qu’elle ressent. Ce choix a dû être tellement difficile à prendre. Car une fois qu’on est sortis des sentiers battus, peut-on reprendre la route, et en ressortir à sa guise ? Jouer des compromis entre un peu de routine et un peu d’aventure ?

 

Le pilote annonce 28 °C au sol avant de commencer l’atterrissage, dix-huit de plus qu’à mon départ de Genève ce matin ! J’ai fait une palanquée de vaccins la semaine dernière, le comble serait que j’attrape un chaud et froid. 28 °C… Et il n’est que 18 heures ! Enfin, heure locale. Dakar, que nous survolons, est immense, les couleurs typiques, et… La piste de l’aéroport quasi sur la plage, on a l’impression de faire un amerrissage. Mourir noyée aux portes du désert ferait ridicule dans les faits divers.

Passage aux contrôles des douanes.

Je me demande si la transition par Marseille n’est pas un sas fait pour s’habituer au Sénégal. Les gens parlent haut, les gestuelles sont larges…

Pourtant notre contact contraste dans la foule. Grand, blanc, mais brun plutôt ténébreux et plus poussiéreux que bronzé ; habillé de beige, avec son chapeau, il me fait penser à un acteur... Il nous attend avec une pancarte.

- C’est vous les nouvelles de Planière ?

Le genre de remarque dont on ne sait répondre du tac au tac, mais qu’après coup on se dit qu’on aurait dû répondre "Hé, on dit bonjour quand on est bien élevé, et on propose de porter les sacs des filles! Si tu t’es pris pour un cow-boy tu t’es trompé de continent !"

- Suivez-moi, ‘faut qu’on débriefe rapidos je reprends l’avion dans une demi-heure.

On s’assoit dans le bar du hall central, je n’avais pas calculé qu’ici on pouvait encore fumer librement dans les lieux publics, la fumée accroît la diffusion des couleurs dorées dans une belle lumière du soir. Elle se mélange à une poussière fine qui trace les rayons du soleil à travers les vitres sales et crée une odeur sèche qui accompagne le café.

- Bon, la mère Planière a dû vous dire que je rejoignais l’équipe de Nambousa à votre place, nous dit-il en appelant le serveur de la main. Du coup je ne suis pas allé à Moudjéria ni plus loin. L’équipe affectée doit être déjà installée là-bas mais je vous ai rassemblé le matériel en reliquat à leur amener. Tout est prêt dans la remorque du Defender, vous verrez, ça se conduit comme un vélo ces 4x4. Le condenseur et tout le matos dont deux tentes en spare sont dans la remorque. On va rentrer dans la saison des orages, y’en a pas si souvent mais ça démonte là-bas ! Dans ce sac vous aurez les deux téléphones satellites, le GPS de piste et de quoi vous faire un festin sur la route ! Enfin, si vous aimez le corned-beef chaud… Parce qu’y a pas d’aire d’autoroute sur les pistes vers Moudjéria et encore moins jusqu’au village des Nabi-Tamarés !

Émilie et moi nous regardons, et regardons ce qui semblait ressembler à… Oui ! C’est ça ! C’est à Indiana Jones qu’il me fait penser, mais avec l’humour d’un comique de salle des fêtes.

- Vous prenez quoi ?

- Pardon ? fais-je, ah, un coca, mais je croyais qu’on devait venir nous chercher ?

- Et j’ai fait quoi selon vous ? Tenez, signez ça…

- Oui… Enfin nous amener jusqu’au village quoi…

L’homme sourit et conclut par :

- Bienvenue en Afrique ! Et vous vouliez de l’aventure non ? C’est pas pour ça que vous êtes venues ? Sur ce, faut vraiment que je vous laisse, bon courage, et vous verrez, ici, en prenant tout à la cool, tout va tout seul tout seul !

L’homme disparaît dans le terminal.

Nous restons face à nos verres, face à nous et à la situation. Émilie, me regarde et éclate de rire.

- Émilie, tu trouves ça drôle ? !

Le poing devant la bouche, elle secoue la tête, avale.

- C’est nerveux ! Tu peux m’appeler Émie si tu veux. Tous mes proches m’appellent comme ça, et du coup je trouve que ça fait un peu solennel quand on dit Émilie… Sinon je riais car je crois qu’y a des expressions comme ça qui vont rester… Bienvenue en Afrique !

 

 


~ Sur la piste ~

 

Bon, et bien voilà… Ordre de mission signé, clés en main, devant le 4x4 Defender, Émilie vérifie les nourrices de carburant, tourne la carte autour d’elle-même, compare avec le GPS… De mon côté, je pointe le matériel de la remorque. Ma coéquipière m’annonce :

- Alors, on a exactement la diagonale sénégalaise à traverser et on passe la frontière mauritanienne en coupant le fleuve. De là, on s’éloignera doucement des zones vertes par le nord-est pour entrer aux portes du Sahara.

- Wow, tu parles comme dans un livre ! T’as une boussole dans la tête ?

- Non, c’est texto ce qui est marqué sur la feuille de route ! Je ne vois pas mieux que toi mais on n’est pas plus bête que la moyenne non ?

- J’espère…

Je serais tentée de penser que quand on n’a jamais fait, ben… On n’a jamais fait ! C’est tout ! En tout cas, quand faut y aller, faut y aller ! De toute façon il faudra bien se lancer, comme j’imagine que la nuit ne doit pas tomber trop tard, on fera au moins une partie à la fraîche. Je prends le volant pour commencer.

- Merde ! Il faut qu’on retire de l’espèce, non ? Car, sortis de Dakar, on peut oublier les autres moyens de paiement j’imagine !

Et je m’entends trop bien avec Émie pour l’échanger contre un chameau ! Quoiqu’en sens de l’orientation j’y gagnerais peut-être… Mais on a le GPS…

- Ben le GPS indique un hôtel en point d’information enregistré, à trois heures de route. Je pense que si on ne veut pas dormir à la belle étoile, on ferait bien, en effet, de retirer un peu de ronds.

- Si tu savais combien je m’en voulais dans l’avion quand je me suis rendu compte que j’avais laissé mon guide du routard sur ma table de nuit, mais alors maintenant, c’est pire !

Voilà un moment qu’on trace tout droit depuis la sortie de ce qui est la première jungle, Dakar elle-même. Il est temps de charger le GPS et nous sommes encore à trente minutes d’arriver pour se reposer. Je suis rincée et j’aimerais bien me rafraîchir aussi.

 

- Il ne charge pas ! Voilà bien la première chose désagréable que j’entends dans la bouche de ma coéquipière, me fixant lèvres pincées avec deux fossettes.

Je soupire, c’est vraiment une grosse journée là.

En vain, le GPS s’éteint. L’allume-cigare est mort et nous aussi. La carte, de nuit, ne nous apportera rien de toute façon.

- Tant pis pour l’hôtel ?

- On va s’arrêter, je suis d’accord. Demain il fera jour. Prends la banquette arrière si tu veux !

Je l’adore cette nana quand elle me parle comme ça !

Des couvertures sous les sièges, ça me fait sourire, ça devait coûter moins cher que la réparation de l’allume-cigare je présume.

- À la fraîche tu disais ? À l’ère glaciaire oui ! Mais comment peut-il faire aussi chaud le jour et aussi froid la nuit !?

 


~ On the road again ~

 

 

C’est dimanche, oui, mais pas de grasse mat' ce matin. Habituellement, le soleil me fait démarrer la journée de bonne humeur mais là je suis mitigée, fourbue, et je pue.

Il fait déjà chaud. En levant la tête, mi-aveuglée par le soleil qui tape sur la vitre sale, je vois Émilie au dehors qui se rince avec le contenu d’un jerrican.

- Hein ? ! En faisant un bond je me plante la tête contre la poignée au-dessus de la vitre. Aouh ! Put… Mais tu fais quoi !! T’es devenue folle ou quoi !

- T’inquiète ! Me fait-elle pétée de rire, les nourrices de carburant, c’est de l’eau dedans ! On ne mourra pas de soif !

Oui, là, c’est sûr, mais quelque chose alors m’interpelle, je mets le contact et l’aiguille de la jauge de carburant indique les trois quarts du plein. Si on a fait deux heures hier, il nous en reste encore six au mieux avant de trouver un point de ravitaillement. Enfin, ça dépendra de la conduite et de la nature du terrain.

Naviguer à la carte me semblerait plutôt une bonne idée, au BAFA, avant l’IUFM je faisais des jeux de piste avec les enfants. Mais comment se fait-il qu’eux savaient qu’ils ne pouvaient rien faire sans boussole, alors que notre Indiana Jones d’opérette n’a pas eu la présence d’esprit de nous en laisser une…

Conclusion, seul instrument de bord viable restant : le pifomètre !

Nous roulons tout droit en cherchant un point de repère commun entre la carte et ce désert qui s’étend.

Je pense qu’on aurait dû essayer d’appeler plus tôt avec les téléphones satellites avant qu’ils ne se coupent aussi.

Je ne sais ce qui fait chez l’être humain, que lorsque l’on a commencé quelque chose dans un sens, on s’entête à avancer même si l’on sait de raison qu’il serait sage de faire demi-tour. Le...