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La cave du diable

De
192 pages
Les écrits proviennent d'un échange de courriels entre l'une, l'auteure du livre, et l'autre, son interlocuteur, ces derniers retranscrits ne sont pas livrés tels quels. Ils constituent la structure d'une narration. Cette écriture en vis-à-vis est asymétrique, puisque s'ajoutent les documents rédigés par l'auteure. Procédant de l'assemblage, ce récit est un recueil réunissant écrits et documents autour de l'art, de la peinture, de la photographie, du cinéma, de la littérature et de l'amitié.
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Gisèle GRAMMARE
La cave du diable Recueil
Les impliqués É d i t e u r
LA CAVE DU DIABLE
Gisèle GRAMMARE LA CAVE DU DIABLE RecueilLes impliqués Éditeur
Du même auteur L’Auréole de la peinture, collection Ouverture philosophique, L’Harmattan, Paris 2004. L’Art dans sa relation au lieu, ouvrage collectif sous la direction de Dominique Berthet, collection Ouverture philosophique, L’Harmattan, Paris 2012. L’Apollon de Lillebonne, collection Ecritures, L’Harmattan, Paris 2012. La Maison de l’Armateur, L’Hôtel Thibault, une architecturedu XVIIIème siècle au Havre, collection Ouverture philosophique, L’Harmattan, Paris 2012. © Les impliqués Editeur, 2014 21 bis rue des écoles, 75005 Paris www.lesimpliques.fr contact@lesimpliques.fr ISBN : 978-2-343-02890-3 EAN : 9782343028903
[…] Car la simultanéité de plusieurs thèmes indépendants constitue une réalité qui n’existe pas uniquement en musique — de même que tous les aspects typiques d’une réalité ne sont pas valables qu’en une seule occasion —, mais qui trouve son fondement et ses racines dans n’importe quel phénomène, partout. […] Paul Klee, La Pensée créatrice
I Il était entré dans la salle, avant mon arrivée. Croyant s’adresser à moi, en se présentant rapidement, il avait demandé à une étudiante, que cette confusion amusa beaucoup, et dont nous eûmes l’occasion de rire plus tard, s’il pouvait assister à notre séminairePour un art de larencontre.En cette fin d’année universitaire, le jeudi 10 juin 2010, c’était le seul encore programmé, dira-t-il ensuite. Je l’ai accueilli avec plaisir, flattée de sa présence, considérant qu’il nous faisait honneur d’arriver ainsi, même sans prévenir. Ce jour-là, trois communications étaient prévues. Des peintures de grands formats étaient accrochées au mur pour commenter les recherches en cours. La succession des interventions, suivies des habituels échanges de questions, semblaient bien construites, du travail rôdé au sein d’une séance utile à faire connaître notre façon de procéder. Pourtant, rien n’avait été envisagé dans cette optique puisque notre invité avait débarqué à l’improviste. Intéressé par la présentation à laquelle il venait d’assister, il précise qu’en tant que professeur d’esthétique à Santiago du Chili, il voulait se renseigner sur le fonctionnement de nos séminaires, car il participe dans son université à un projet de création d’un doctorat en arts. Est-ce dès ce premier contact ou un peu plus tard qu’il a évoqué la possibilité d’accueillir des enseignants de notre université pour contribuer à la mise en place de ce doctorat ? J’étais surprise, hésitante. Mais, très soucieuse de mettre en valeur nos pratiques, j’ai voulu lui faire profiter de ce qui se passait à l’université pendant son séjour parisien et lui ai proposé d’assister à une soutenance d’habilitation à diriger des recherches que j’encadrais aussi. Avant cela, je le croise rapidement au secrétariat, il m’embrasse !Il m’a dit ensuite qu’il ignorait que j’étais 7
encore à l’époque directrice de cette faculté et que cette immédiate familiarité aurait pu me paraître un peu cavalière. Ce qui fut le cas, mais je trouvais surtout cela bien distrayant. Très à l’aise, il semble connaître un peu tout le monde, ce qui était en partie vrai, il s’en expliquera. Le samedi 19 juin suivant, il vient auBateau Lavoir,où se déroule dans la salle d’exposition la soutenance d’habilitation i de Martinqui s’intitulePeinture sur Peinture, Critique de la notiond’influence. Cet ami a la chance d’avoir un atelier dans cet endroit historique, reconstruit depuis l’incendie qui l’avait détruit en 1970, où séjournèrent tant d’artistes avant 1914. Picasso y peignit en 1907Les Demoiselles d’Avignon. Peut-on espérer être accueilli en un meilleur lieu, pour la soutenance d’habilitation à diriger des recherches en arts plastiques ? Il prend des photos qu’il nous envoya plus tard. Souriant, attentif, liant facilement la conversation avec tous ceux que je lui présentais, sa présence était agréable.
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II Il revient à Paris l’année suivante, en février 2011. Il assiste, le jeudi 17 février 2011, sans que je le remarque au vernissage de l’exposition collective des doctorants : LA FIGURE ET LE LIEUCette année-là, juste un mois après la chute de Ben Ali et le début de la révolution en Tunisie, l’exposition prend un tour très différent. Des étudiantes tunisiennes avaient demandé que nous lui consacrions, en raison de ces événements qui les touchaient personnellement, un caractère particulier. Elle s’est tenue à la galerie du CROUS, rue des Beaux-Arts, à Paris. Sur une idée d’Aurélie, ma collègue, la couverture du catalogue, l’affiche et le carton d’invitation, réalisés par les étudiantes, reprennent en trois langues, tunisien, arabe littéraire et français, le texte du poème de Paul Eluard, Liberté, publié en 1942. Au vernissage, on se presse dans la galerie bondée de monde, beaucoup sont assis par terre pour écouter et voir. Un film montrant des séquences documentaires des événements, réalisé par un doctorant tunisien, est projeté en introduction. On se bouscule jusque sur le trottoir de la rue encombrée. L’assistance, composée de nombreux Tunisiens, est émue, attentive, fière, solennelle. L’inauguration commence par ces quelques phrases que je prononce : Venus d’Amérique latine, d’Asie et d’Orient, du pourtour de la Méditerranée, d’ailleurs en Europe, de la Caraïbe, aux côtés des étudiants français de la métropole, nos étudiants doctorants en arts plastiques, sont le monde. Parmi les vingt-quatre exposants, cette année, cinq sont tunisiens. Nous avons souhaité, grâce à eux et pour eux, donner un caractère particulier à cette exposition annuelle. 9