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La diva ravie

De
355 pages
Un curieux concours est l'occasion pour une jeune diva, Eliana Villanella, et un journaliste, Olivier Jaubort, de renouer contact après s'être côtoyés pendant leur jeunesse. Entre ces deux jeunes gens d'une trentaine d'années naît une idylle sur fond de rivalité : l'Association des Académies Lyriques Internationales contre la Nouvelle Alliance Musicale créée par la diva française et ses amis russes. Après maintes péripéties, la dégradation des relations aboutira à un dénouement inattendu. En faisant passer le lecteur par l'entrée des artistes, ce roman nous immerge dans le monde lyrique.
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/ Littérature
François Harquel
La diva ravie Roman
Rue des Écoles
LA DIVA RAVIE
Rue des Écoles Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux personnels, venus de tous horizons : historique, philosophique, politique, etc. Il accueille également des œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques. Déjà parus
Nesme (Alain),Lisbeth ou la vérité, récits, 2017. Rey (Michel)Le cri de la hulotte, roman, 2017. Azzam (Mona),Sur l’oreiller du sable, roman, 2017.Hartenberger (Jean-Louis),Une enfance nîmoise, récit, 2017. Arnaud (Emmanuel),Le monde dans 3000 ans, essai, 2016. Covas (Madeleine), Frédéric l’enfant-soleil ou la vie à l’envers, roman, 2016. Jalat-Blanchet (Jean-Paul),Il était une fois à Ouessant,récit, 2016. Larbodière (Marie-Flore),Une si violente solitude, roman, 2016. Thibault (Jacqueline),À haut potentiel, récit, 2016. Simon (Christine),Par les rues, récit, 2016. Bernard (Laurent),Une irrésistible intuition, roman, 2016. Auclair (Jean-Baptiste),Les années oubliées, roman, 2016. Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
François Harquel La diva ravie Roman L’HARMATTAN
© L’HARMATTAN, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr/ ISBN : 978-2-343-11497-2 EAN : 9782343114972
I Prélude (Comme ce nom l’indique) – Voilà, mon cher Armand, comment tout a commencé. Le colonel Dubuis serre la main d’Olivier Jaubort. – Je n’aurais jamais pensé que, dans le domaine musical, il puisse y avoir tant de luttes d’influences et tant de surprises. Qu’une diva s’intéresse à l’un d’entre nous... je n’en reviens toujours pas. Tu as une chance extraordinaire. Et nous en bénéficions. Tant mieux ! Alors pour accéder à ta demande, crois-moi sur parole : c’est d’accord. Eliana Villanella, ta grande soliste de notoriété internationale, pourra venir avec nous en tournée. Mais... il y a un mais... elle éclipsera notre Ensemble vocal Aédé. Tu te rends compte ? Une star lyrique et son pianiste tout aussi célèbre sur une affiche ? Nous serons inexistants. Tant pis ! – Ils n’interpréteront que deux ou trois œuvres. Courtes, je promets. – Permets-moi d’ajouter que La Villanella te posera plus de pro-blèmes qu’elle ne m’en posera. Certain ! Quant à son pianiste... Alors là, il faudra trouver un lit à sa taille ! Olivier est satisfait. Un léger sourire éclaire son visage. Il vient de résumer la naissance de sa grande passion pour une diva et une collaboration professionnelle exceptionnelle qui a bouleversé sa vie. Il n’est pas entré dans les détails. Le strict minimum. Il y aurait tant à dire et le colonel Dubuis, président de l’Ensemble vocal que dirige Olivier, connaît un peu Eliana Villanella pour l’avoir rencontrée à maintes reprises. Il ignorait cependant que l’idylle de son ami était née d’un concours pour le moins curieux. Ce jour-là, Olivier Jaubort et Armand Dubuis s’étaient croisés à la sortie d’un supermarché de leur quartier. Olivier montrait un empres-sement peu ordinaire. – Désolé de ne pouvoir bavarder, viens chez moi en fin d’après-midi. Il faut que nous parlions de la tournée musicale en projet. Je ne peux m’arrêter une seconde. Il certifia se bien porter. La hâte qu’il avait à regagner son appar-tement n’était dictée que par sa participation à la deuxième édition du
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Grand Concours de la Chaîne du froid. Armand Dubuis n’avait jamais entendu parler d’une cocasserie semblable. Olivier lui expliqua en deux mots le but et les modalités de ce challenge qui n’avait rien de sportif. Deux ans auparavant, il avait été lourdement approché par un démarcheur de StorMarket. Il avait cédé à ses sollicitations ; un logicielTest de fraîcheuravait été fourni. Connecté à un thermo- lui mètre via Internet, il permettait d’enregistrer des données précises. En fonction ducœfficient de rapprochement du participant, soit la distance entre son lieu de résidence et le StorMarket choisi, divisée par la vitesse du moyen de locomotion et multipliée par le nombre de marches d’escalier, le tout pondéré par la date de naissance et d’éventuels problèmes de santé ou d’handicap..., une banque de données collectait les informations transmises et les classait. Celui qui réussissait le mieux à maintenir une température optimale en fonction de son cœfficient gagnait le Premier Prix. Derrière le lauréat allaient se presser quelques malheureux candidats récipiendaires de lots de consolation. Grand blanc. Le colonel Dubuis lui accorda bien quinze secondes de silence ébahi. Seuls les bruits de la circulation, un bus qui passait, une moto tonitruante au pot d’échappement trafiqué, des cris d’enfants et une ambulance hurlante aux gyrophares aveuglants perturbaient cet abyssal vide temporel. Le colonel ferma un œil écarquillé. – Si je comprends bien, peu importe la distance et par conséquent peu importe la température à l’arrivée. Il ne s’agit que d’une question de temps ! Olivier s’enthousiasma ; la perspicacité de son ami était étonnante. – Exactement ! Tu peux arriver chez toi avec une glace fondue et remporter le Premier Prix du Grand Concours de la Chaîne du froid. Les organisateurs s’en contrefichent ! Ce qu’ils avaient à démontrer est établi. Les responsables de la rupture de la chaîne du froid peuvent être les consommateurs. Pas uniquement les détaillants, les distribu-teurs ou les fabricants. Nous pouvons, tous deux, décoder les mobiles profonds de ce Concours. Les clients, eux, ignorent les conséquences qui vont leur revenir en pleine figure comme un boomerang. Des magasins et des fabricants ont déjà été assignés devant des tribunaux pour rupture de la chaîne du froid. Ils ne veulent plus être condamnés. Il fallait que ça arrive ! À l’Hypermarché tu vois des clients trimbaler des barquettes de viande dans des caddies, une ou deux heures durant. Les germes prolifèrent. Alors, listeria ou salmonelles…
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Le colonel Dubuis marqua une certaine réprobation en clamant que ce jeu était totalement injuste et discriminatoire car il éliminait d’emblée les clients qui ne possédaient pas d’ordinateur. Il convint toutefois que de tels brontosaures n’étaient plus légion à notre époque. Armand Dubuis s’étonnait vraiment qu’Olivier participât à un tel Concours, et ce pour la deuxième fois. Qu’avait-il donc à gagner ? – À gagner ? Le premier concours était totalement pourri, j’ai été blousé... Je t’expliquerai. C’est un peu long. Il est temps que je continue mon chemin. J’ai pris trop de retard. Olivier s’éloigna, chargé de produits périssables dont un merlan, piteux candidat évincé de la course à la prophylaxie, en ballottage défavorable dans un sac plastique à l’estampille de StorMarket. Cette conversation sur trottoir, pour futile qu’elle parût, le ramena au souvenir de la récompense obtenue au premier concours, décernée deux ans auparavant. Elle fut pour lui d’une importance capitale, un bouleversement cataclysmique. Il avait gagné un billet d’entrée pour le Gala des Artistes Lyriques. Plus nul on ne pouvait empocher ! La roue de secours d’une Renault Mégane l’aurait davantage ravi ! En fin d’après-midi, comme convenu, le colonel Dubuis vient frapper à la porte d’Olivier Jaubort. Le président est courbé. Comme s’il portait le poids du monde sur ses épaules. Il est effectivement plié en deux. Pas de rire ; d’angoisse. – Prestissimo ! Une bouteille glisse... là, sous le bras. Prends-la ; si elle tombe, ça va être la cata ! Olivier la saisit. Il le soulage d’une deuxième, coincée sous l’autre aisselle. Chacune de ses mains en enserre une autre... – Comment as-tu fait pour entrer dans l’immeuble ? J’ai oublié de te dire que mon interphone est actuellement en panne. Tu aurais pu téléphoner. Je t’aurais ouvert la porte. – La chance ! Une personne sortait au moment où j’arrivais. Par contre, devant la porte de ton appartement, je n’avais qu’une solution : appuyer le bout du nez sur la sonnette. J’ai dû me hisser sur la pointe des pieds ; une bouteille a failli glisser... Tu parles d’un sport ! Dans la précipitation je n’ai pas trouvé de panier à la maison. Je t’amène quatre bouteilles de bourgogne. Des merveilles ! À cinquante-cinq ans Armand Dubuis est à la retraite. Pour mainte-nir son train de vie, il démarche comme représentant en vins. Sa prestance, sa musculature que l’on devine ferme et nerveuse, sa répartie et son penchant à une certaine vantardise parfois tempérée par
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