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La maîtresse des éléments

De
160 pages
Ce n’est pas parce qu’Ella peut carboniser quelqu’un avec son esprit qu’elle doive le faire. Pourtant, elle le veut. Pendant 10 ans, depuis sa toute jeune enfance, Ella a été gardée prisonnière. Maintenant qu’elle s’est échappée, elle veut connaître la vérité. Qui est-elle? Pourquoi a-t-elle été emprisonnée? Et qui est ce jeune homme aux beaux yeux verts qui hante ses souvenirs? Ella est-elle la Destructrice annoncée par la prophétie… ou est-ce plutôt elle qui sera détruite?
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Copyright © 2012 Emily White Titre original anglais : Elemental Copyright © 2014 Éditions AdA Inc. pour la traduction française Cette publication est publiée en accord avec Spencer Hill Press Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Traduction : Annie Patenaude Révision linguistique : Féminin Pluriel Correction d’épreuves : Katherine Lacombe, Nancy Coulombe Conception de la couverture : Matthieu Fortin Photo de la couverture : © Thinkstock Mise en pages : Matthieu Fortin ISBN papier 978-2-89733-901-2 ISBN PDF numérique 978-2-89733-902-9 ISBN ePub 978-2-89733-903-6 Première impression : 2014 Dépôt légal : 2014 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque Nationale du Canada Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes, Québec, Canada, J3X 1P7 Téléphone : 450-929-0296 Télécopieur : 450-929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canada : Éditions AdA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. des Bogues 31750 Escalquens — France Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC. Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada White, Emily, 1983-[Elemental. Français]
La maîtresse des éléments (Les Auris ; 1) Traduction de : Elemental. Pour les jeunes de 13 ans et plus. ISBN 978-2-89733-901-2 I. Patenaude, Annie, 1976- . II. Titre. III. Titre : Elemental. Français. PZ23.W442Ma 2014 j813’.6 C2014-940897-8
Conversion au format ePub par:
www.laburbain.com
À Jason, qui m’a inspiré le dépassement de moi-même.E t à Victoria, dont le soutien constant m’a permis de traverser mes pires moments de doute.Je vous remercie tous les deux.
Chapitre 1 S’échapper de l’enfer Je refermai les yeux pour planer dans ce monde vide situé entre le sommeil et l’éveil. Dans cet engourdissement, je ne pouvais ignorer le silen ce et faire comme s’il me calmait. Dans le monde des rêves, l’obscurité me li bérait au lieu de me torturer, et j’étais seule parce que je le voulais et non pas parce que cet état m’était imposé. Le sommeil agissait comme une drogue sur mon âme. Mes rêves m’appartenaient, car ils étaient l’endroi t où je refusais d’être prisonnière. Sho’ful, le vaisseau qui flottait dans l’espace avec à son bord un nombre incalculable d’âmes dont il suçait la vie, ne réussissait pas à me tourmenter en ce li eu. — Lève-toi. Une voix dans l’obscurité m’arracha de ma torpeur e n me perçant les oreilles de son âpreté soudaine. J’ouvris la bouche, me griffai les oreilles comme si cette nouvelle gale me brûlait la base de la mâchoire. — Ouvre la porte et sors. La voix s’était estompée comme dans un rêve ou le souvenir d’un rêv e. Dix ans s’étaient écoulés depuis qu’ils m’avaient plongée d ans cette obscurité froide.Dix ans. J’avais arrêté de demander pourquoi il y a longtemps. Soit ils l’igno raient, soit ils ne pouvaient pas supporter l’idée d’avoir jeté une enfant dans un cachot. Partir ? J’étouffai un fou rire avant de me plaquer la main sur la bouche. Per sonne n’avait jamais quittéSho’ful, et seuls les imbéciles pensaient à essayer. Aucun e lumière ne brillait à la fin de ce tunnel. Je restai là, re fusant de me lever. Cette voix n’était que le produit de mon imagination. Elle ne pouvait être rien de plus que cela. Un grincement rompit le silence. Puis un gros objet froid et dur me fit glisser sur le plancher rouillé. Quand je redevins immobile, je sa isis la chose qui m’avait poussée et passai les doigts le long de sa surface. Certaines parties étaient rudes et écaillées, et tout l’objet était glacé. Je restai couchée là, à ruminer sans cesse la possi bilité que la porte soit bel et bien déverrouillée. Impossible. Pourtant... peut-être. Q uelque chose m’avait poussée. Cela aurait pu être la porte. Je tendis la main et saisis la chose que je crus to ujours plus fermement qu’il s’agissait réellement de la porte. Je me redressai. Je plaçai les pieds de façon à trouver un appui sur le sol. Ils glissèrent le long de sa surface li sse, palpitant de douleur. Ma frustration me fit gémir. Les dents serrées, je posai les pieds à plat sur le sol et forçai mes jambes tremblantes à me lever. Mon dernier repas datant de 23 cycles d’a tmosphère, j’eus du mal à me mouvoir. Je m’appuyai contre la porte et poussai un soupir que j’ignorais que je retenais. Il était temps de sortir d’ici et de quitterSho’ful. Je m’appuyai sur ma jambe droite et me préparai à franchir mon premier pas pour sortir de ma cellule. Puis je m’arrêtai. Les chiens. Les précieuses bêtes des gardes, qui surveillaient les corridors, provoquaient la terreur chez les prisonniers qui auraient osé sortir. Un fr isson parcourut mon épine dorsale à la pensée de toutes les fois où je m’étais appuyée contre le coi n arrière de ma cellule, à me tenir aussi loin que possible d’un chien qui venait renif ler à ma porte. Je me rappelai parfaitement bien le bruit de ses griffes grattant contre le métal, assez tranchantes pour en marquer la surface.
Aucune personne saine d’esprit n’aurait quitté sa c ellule, même si elle l’avait pu. Mais cela n’empêchait pas les gardiens de sortir des dét enus, de temps en temps, pour les donner en pâture aux bêtes. Je frémis. Ils avaient fait cela à l’homme dans la cellule voisine de la mienne, quelques repas auparavant. Je pouvais encore entendre ses cr is, le bruit de sa chair lorsqu’elle fut arrachée de ses os, et le craquement des dents des chiens qui le démembraient en le rongeant. Non. Je secouai la tête, d’une part pour éloigner ce souvenir, et d’autre part, en réponse à mon plan stupide. Je ne pouvais pas sortir. Mon cœu r battait la chamade dans ma poitrine en alerte. La décision la plus intelligent e et la plussûreà refermer la consistait porte et à continuer à vivre ma vie comme je l’avais fait pend ant les 10 dernières années. Un cœur qui battait dans ma poitrine, noyé dans un néant dépressif, valait mieux qu’un cœur qui répandait mon sang sur le sol, lequel aura it été lapé par ces monstres. Les minutes passèrent lentement alors que je luttai s pour prendre une décision. Cette lueur, cet espoir fantôme qui réchauffait ma poitri ne, était la première de ma vie. Je ne pouvais pas l’ignorer et la laisser mourir comme to ut le reste de mon existence. La vérité sur ce que je devais faire me frappa à ce t instant. Je mourais à petit feu depuis bien assez longtemps. Je fis mon premier pas vers la vie.
Plusieurs heures et quelques ecchymoses plus tard, j’avais réussi à franchir péniblement 6 étages et au moins 20 couloirs. Mes efforts n’avaient par contre pas été récompensés. Je n’étais pas plus près de sortir de cet enfer que lorsque j’y av ais fait mes premiers pas. Je commençais à penser que j’avais été folle d’avoir écouté la voix dans ma tête. Non, j’étais maintenant convaincue que j’avais été idiote. J’appuyai les paumes contre mes yeux et me frappai la tête contre le mur. Les choses n’allaient pas si bien. Je devais sortir. Le poids du néant noir m’écrasait et me faisait suffoquer. Je devais sortir. Je devais sortir ! « Respire, Ella. Respire. » Je ne pouvais même plus respirer. Qu’avais-je fait ? Il n’y avait pas de porte de sortie dans un vaisseau interstellaire. Pourquoi m’étais-j e imaginé que c’était le cas ? J’inspirai profondément et laissai l’air m’envahir. Mon rythme cardiaque ralentit jusqu’à ce que je puisse à peine le sentir. Le métal froid apaisa mon front. J’avais simplement besoin de rester là pendant un moment, la tête appu yée contre le mur et les bras ballants à mes côtés. La situation allait s’arranger. Tout i rait bien. Toutefois, me répéter cela ne m’aidait pas réelleme nt. Je tournai le dos au mur, glissai vers le sol et po sai la tête sur les genoux. Chaque cellule de mon corps voulut pleurer. Si je n’avais pas eu tant peur de faire du bruit, je me serais laissée aller. Je ne m’étais jamais sentie s i perdue de toute ma vie. L’espoir que ju. Si les chiens ne me retrouvaient pas,’avais ressenti plus tôt avait pratiquement dispar les gardes, eux, le feraient. Et je deviendrais le festin des chiens de toute façon. J’avais été assez folle pour quitter ma cellule. Une larme brûla le long de ma joue, et je pressai les mains sur mes yeux pour empêcher d’autres larme s de sortir. Bon, je devais réfléchir à tout cela. Je levai la t ête de mes genoux et m’essuyai les mains trempées de pleurs sur mon uniforme en mousse line de la prison en lambeaux. Je devais former un plan, ne serait-ce que pour garder mon esprit occupé.
Si je continuais à descendre des escaliers, je finirais bien par arriver à la carlin gue. Et puis quoi, après ? Y aurait-il une porte vers l’ext érieur ? C’est comme ça que sont construits les vaisseaux spatiaux, non ? Bien sûr, même si c’était ainsi dans les vaisseaux spatiaux, il n’y avait rien d’autre dehors que le vide de l’espace. Je gémis. Mon plan était nul. Je me frottai les jambes pour y activer la circulat ion sanguine, et me relevai. Un mauvais plan valait mieux qu’aucun plan du tout. Un , deux, trois. Un pas, puis un autre et encore un autre. Après mes premiers pas, je découvr is que marcher à une cadence rythmée sur de petites sections me permettait de mesurer les distances. Jusqu’à présent, jirs faisaient 43 séries’avais descendu 38 séries de marches triples ; la plupart des coulo de 3 pas et étaient suivis d’un escalier. Un pas, un autre... eh merde ! Mon visage heurta le sol en produisant un horrible craquement. Je me pris la tête à deux mains en gémissant.Sho’ful secoua et gémit alors que mon corps heurta d’abord un mur et puis un autre. J’essayai de m’accrocher à quelque chose pour éviter de rouler, mais les murs lisses n’offrirent aucune prise. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant. Quelque c hose avait certainement changé. Au cours de mes 10 ans sur le vaisseau, je n’avais senti rien d’autre qu’un paisible voyage. Maintenant,Sho’fultremblait. Le grattement du métal et les cliquetis déchirèrent mon crâne et résonnèrent dans tout mon corps. Ensuite, le sol s’affaissa sous moi. Il tomba si so udainement que mon corps resta dans les airs pendant quelques secondes avant de s’ écraser. Je sentis ma bouche se remplir de sang. Oh non, pas du sang. Tout sauf du sang, non de non. Je tournai subitement la tête et tendis l’oreille, à la recherche de tout autre brui t que les cliquetis métalliques et les claquements d’engrenages. Bien que je n’eus aucun m oyen d’en être sûre, je soupçonnais que les chiens reniflaient très bien l’ odeur du sang. Mon cœur qui battait maintenant à tout rompre ne m’aida probablement pas non plus. Même au-dessus de tout ce bruit abrutissant, je pou vais l’entendre dans mes oreilles. J’essayai de respirer profondément pour me calmer. Le vaisseau se stabilisa et se posa. J’eus effectiv ement le sentiment que nous avions atterri. Malheureusement, maintenant que les trembl ements avaient cessé, mon cœur tonna dans le lourd silence. Je déglutis et j’attendis en tendant l’oreille. Je perçus le bruit d’un tuyau qui fuyait, goutte à goutte, quelque part au loin. Encore plus loin, j’entendis les voix étouffées des gardes. Le vaste couloir sombre et vide où je m’éta is assise était silencieux. Je ne bougeai pas. Je sentis que quelque chose n’allait p as — comme si tout était trop silencieux. Je me concentrai, m’efforçant à écouter davantage, mais je ne perçus que le silence et le goutte à goutte du tuyau qui fuyait. Une goutte, puis une autre, et une autre... Je pris une grande respiration et fis un effort pou r me mettre à genoux, puis pour me relever. C’est alors que j’entendis une expiration. Elle me glaça le sang. Je ne pouvais pas faire grand-chose, car j’étais aussi aveugle dans ce couloir sombre que je l’avais toujours été, mais maintenant, un ch ien se tenait quelque part derrière moi. Je me levai en faisant preuve d’une atroce prudence dans mes mouvements lents, mais constants. Je me redressai en m’appuyant sur le mur. Quelque c hose racla contre le sol
métallique. Une griffe. Je fis un pas en avant. Un bruit étouffé, comme de la fourrure qui se hérissait, rompit le silence. Je ravalai ma terreur. Loin, très loin à l’autre bout du corridor, quelque chose attira mon attention. Cela m’apparut bizarre parce que je ne voyais rien depui s si longtemps. Je reconnus cette sensation étrange. J’accueillis toute l’aide que je pouvais obtenir. À l’autre bout du couloir brillait une faible lumière pâle qui menaçait de s’ éteindre à tout moment. Mais elle était là, et elle me redonna espoir. Le bruit de poils qui se hérissaient se rapprocha. J’entendis ensuite le bruit insupportable de dents acérées qui glissaient les u nes contre les autres. Mon esprit fonctionnait à une lenteur ridicule alors que mon corps me criait de courir. J’avais des fourmis dans les jambes tellement elles voulaient s ’élancer, et pourtant, mon cerveau refusait d’en donner l’ordre. Je restais coincée là, attendant que la réalité de la situation s’ancre dans mon crâne, alors que mon corps spastiq ue semblait déjà avoir tout compris des années-lumière auparavant. « C’est trop loin, me dis-je. Même s’il y avait quelq ue chose après le coin, il faudrait quand même que j’y arrive. » Mais mon corps en avait assez, et je me mis à couri r. La réaction du chien fut immédiate. L’air fut propu lsé devant moi quand il s’élança. Je serrai les dents, attendant le coup. Il ne vint pas . Le staccato de ses griffes sur le sol se rapprocha — il était plus loin que je ne l’avais cru. Pas assez loin, cependant. Une haleine chaude et musquée souffla sur ma tête, fouettant mes cheveux épais et crépus sur mon visage. Je recrachai mes mèches de c heveux de ma bouche et courus encore plus vite. Des crocs acérés se refermèrent s ur mon épaule et déchirèrent ma chemise. Je tombai en criant. La respiration du chi en mouilla mes joues en se mêlant à mes larmes. Je me dégageai en me roulant, et la manche de ma ch emise s’arracha quand le chien referma la gueule. J’eus le bras et le cou couvert de bave mousseuse. J’ignore ce qu’il me prit alors — peut-être le fis- je sans réfléchir —, mais j’assénai un coup de poing sur la mâchoire du chien, ce qui le f it trébucher en arrière. J’en profitai pour rejoindre en courant le fond du couloir et la lumière éclatante. La lumière, qui me parut miraculeuse, me brûla les yeux. Chacune de mes respirations me rapprochait de ses promesses chaudes, mais ma vu e, qui avait été tant maltraitée, protesta. En fait, mes yeux refusèrent carrément d’obéir. J’avais les yeux et le nez qui brûlaient, et des larmes et de la morve coulaient s ur mon visage. Pour aggraver la situation, le molosse s’était remis du choc, puis avait recomm encé à me pourchasser, et il gagnait du terrain. La lumière ne sembla pas le dérouter. Il y avait une pièce au bout du couloir. Je le sava is parce que la lumière devint plus brillante dans le coin de mon œil gauche. Je me ret ournai et glissai sur le sol, mais en gardant mon équilibre. Je sentis alors le souffle h umide du chien dans mon cou ; ses mâchoires étaient à quelques centimètres de ma tête. Ses griffes raclaient contre le sol. Une chaleur collante émanait d’un endroit dans la pièce. L’air froid du vaisseau lutta vaillamment avec elle, mais perdit la bataille. Pou r une raison que j’ignore, j’eus le sentiment que je devais me diriger vers cette chale ur, tout comme j’avais su que je devais aller vers la lumière. La lumière et la chal eur étaient liées, et elles étaient les éléments salvateurs que je cherchais. Je devais simplement m’en rapprocher. Peu importe d’où venait cette lumière, elle était bonne et protectrice. Elle représentait la vi e. Je savais cela, mais j’ignoraiscommentje le savais.