La pelote d'épingles

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184 pages
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De nos jours, l’existence des marraines fées est bien connue. L’une d’entre elles, Violette, est missionnée à Paris pour réunir deux tourtereaux : un chanteur pour midinettes et une couturière sans le sou. Mais sur place, rien ne se déroule comme prévu : les prétendants ne se calculent même pas ! Pire, le jeune homme craque pour les charmes de la fée qui doit pour la première fois gérer un problème de taille, pour lequel elle est parfaitement incompétente et inexpérimentée : ses propres émotions.

La pelote d’épingle est une romance acidulée aux accents rock qui met un bon coup de pied au joyeux petit monde des fées, princes charmants et innocentes princesses.

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EAN13 9791090627888
Langue Français

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Cécile G. Cortes La pelote d’épingles Éditions du Chat Noir
À toutes celles dont on brise les ailes S’enveloppent dans leur dignité À celles qui tendent la main vers elles Et leur réapprennent à voler
Prologue
Violette apparut à deux pas des Halles, au croiseme nt entre les rues Berger et Lescot. Elle se matérialisa en agitant ses ailes pa rme. Elle replaça son corset pourpre puis secoua ses cheveux mauves, qu’elle noua ensuit e en un chignon bas. Ses paupières maquillées de poudre prune papillonnèrent sur ses iris améthyste. Les humains qui assistèrent à son arrivée ralentire nt ; certains s’arrêtèrent, oublieux du rendez-vous qui les attendait. Tous éta ient sur leur trente-et-un, soit pour aller boire un verre, soit pour arriver à l’heure a u restaurant ou chez des amis. En ce samedi soir, une foule dense se mouvait, joyeuse, v ive et colorée. La fée respira l’air automnal de Paris et sourit. A utour d’elle, les gens ne purent s’empêcher de l’imiter. Ils n’avaient pas tous les jours l’occasion d’admirer une si ravissante créature. Les habitants de féérie n’étai ent pas à proprement parler discrets, cependant ils demeuraient assez rares, au ssi sophistiqués et appréciés que les geishas au Japon. Leur apparition ne manquait d onc jamais de produire son petit effet. Violette sortit un pétale d’une poche cachée dans s es jupons, lui murmura quelques mots, puis le libéra. Il s’envola, indiqua nt le chemin, et elle le suivit tel un limier sur une piste. Chaussée de ballerines, l’all ure légère et aérienne, elle traversa plusieurs quartiers, changeant d’arrondissement san s même s’en apercevoir. Pourtant, elle n’avait pas eu le temps de se repose r après sa précédente mission. Elle la terminait tout juste et tenait encore une c oupe de nectar à la main lorsque la Nébuleuse l’avait rejointe au cœur même de son jard in. Les damoiselles fées, qui s’extasiaient sur les détails du dernier parrainage de leur grande sœur, se turent à l’approche de l’ombre. Violette les avait chassées d’une douce parole pour accueillir la Dame. Sa présence, alors que la marraine revenai t à peine, ne pouvait signifier qu’une chose : elle avait une nouvelle tâche à lui confier. « Violette, ma mignonne ! » La Nébuleuse, visage masqué, anonyme, s’était posée à son côté sur la fleur géante qu’elle occupait. Son corps à la maigreur au stère se camouflait au sein d’un tourbillon de volutes anthracite, sans cesse mouvan tes, qui attiraient l’œil dans ces lieux dédiés aux seules couleurs. « Toutes nos félicitations pour cette mission. — Je vous en prie. — Tu es la seule disponible de ton jardin et nous a vons une urgence. Un Grand Amour sur demande a été sollicité et accordé. Nous avons conscience que ce sera plus délicat que le parrainage dont tu viens juste de t’acquitter. Il faudra provoquer la rencontre des tourtereaux et les unir. Nous avons l u les signes et tissé les probabilités, afin d’identifier celle qui sera l’él ue. Accepterais-tu de repartir pour l’aider à accomplir son destin ? — Quelle époque ? — Deuxième dizaine du XXIème siècle. Tu connais déj à bien le XXème, cela ne te posera pas de difficulté majeure. — Je me sens disposée à débuter tout de suite. Qui sera la Perturbatrice ? — Perle. Votre binôme fonctionne avec justesse et é quilibre. » Cette fée, après son échec à devenir une marraine, avait réussi une remarquable reconversion. Ses interventions pour souder un jeun e couple dans l’adversité, en créant des obstacles à leur mesure, s’avéraient par faites.Ou parfaitement
enquiquinantes, avait songé Violette, pensée qu’elle conservait p our elle, car cela n’était pas très honnête de dire du mal d’une consœ ur. Quand bien même celle-ci prenait son rôle un peu trop au sérieux. « Très bien. Je la contacterai dès que le couple se ra formé. Je suis prête à repartir. — Bon voyage ma toute belle ! Que ta mission soit u ne réussite, une fierté et un exemple pour les juvéniles de ton jardin ! » La Nébuleuse avait levé une main squelettique, agité ses doigts, et Violette s’était volatilisée. Impressionnées par la présence de la sombre créatur e sans visage qui s’attardait, les jeunes fées du jardin restèrent ca chées. La vieille Dame ne s’en offusqua pas. Elles étaient réputées pour leur douc eur, leur innocence. Tous les jardins n’étaient pas aussi accueillants… ni aussi rentables. Cette timidité demeurait donc le cadet de ses soucis. Quelle gentille petite que cette Violette !aux dépens de celle-ci. songea-t-elle Quelle ouvrière pleine de bonne volonté et d’humeur délicieuse ! La Cour serait enchantée : rien ne valait la réussi te d’une mission comme celle qu’elle venait de lui confier. Les sentiments que l es fées-fleurs parvenaient à développer entre des humains se distillaient comme autant de parfums de charmes, tout le monde se les arrachait. La vieille Dame s’e n frotta les mains de plaisir anticipé. Pendant ce temps, parcourant déjà les rues de Paris , la tendre fée n’avait pas conscience des attentes qui pesaient sur elle, tand is que son pétale la guidait au travers de la capitale. Sa concentration l’empêchai t de songer à autre chose qu’à son nouvel objectif. Elle trouvait si merveilleux d’aid er deux personnes à se rencontrer, si beau d’assister à la naissance de leur amour. Cela leur apportait tant de bonheur ! De toutes ses missions, réalisées avec succès, le Gran d Amour restait la plus merveilleuse et la plus magique des expériences. Elle arriva au pied d’un immeuble ; un simple charm e lui permit de passer la porte sans s’enquiquiner avec le digicode. Elle monta l’e scalier en sautillant de gaieté jusqu’au seuil de sa nouvelle filleule et cogna con tre la porte. Élisabeth ouvrit et resta quelques instants bouche bée, les yeux écarquillés, une pelote d’épingles usée à la main. Cela suffit à sa marraine pour réaliser l’urgence de la situation : cheveux plats grossièrement attachés , jeans troué et tee-shirt trop large cachaient les qualités de la jeune femme. Celle-ci était grande, mince et aucune rougeur ou marque disgracieuse ne gâchait son teint de blonde. La fée n’aurait aucune difficulté à l’arranger, mais le temps press ait. « Bonjour Élisabeth ! Je m’appelle Violette et je s uis ta marraine. Ce soir, je t’emmène à une soirée importante. Grâce à moi, tu v as rencontrer le Grand Amour ! — Quoi ? »
Chapitre premier
Violette s’arrangea pour que tout se déroule à la p erfection. Quand Élisabeth entra dans la salle réservée et décorée pour l’évèn ement, toutes les personnes présentes se tournèrent vers cette beauté habillée d’une longue robe fourreau, dont le drapé soulignait une minceur qui n’enviait rien à c ertains mannequins. Les convives la dévisagèrent, avec convoitise ou avec admiration , comme toujours lorsqu'une filleule était mise en valeur par un charme féériqu e. Comme attiré par un aimant, Sevan se détacha du groupe qui gravitait autour de lui pour s'approcher. Les ailes de Violettes vibrèrent d’une excitation c ontenue. La première rencontre de ses protégés restait l’un de ses moments préféré s ! Avec le premier baiser, évidemment. Bien qu’en réalité cet usage la dégoûtâ t, son importance capitale et sa charge émotionnelle la rendaient toujours toute cho se. Cependant, tout alla de travers. Sevan fit face à É lisabeth et... rien. Rien. Ils se regardèrent un long moment après les salutat ions d'usage, comme gênés, n’ayant rien de pertinent à se dire. Le chanteur pr it sur lui afin de lancer un semblant de conversation à la banalité affligeante : « Je ne crois pas qu'on se soit déjà croisés ? — J'ai été invitée à l'arrache. Désolée de squatter comme ça. — Pas de soucis. Ce n'est pas comme si mon anniv' é tait une fête super privée. » Élisabeth rougit avec violence. « Hé ! Pas de gêne, c'est la vérité, c'est un peu u n truc fantoche tout ce cirque. — Je suis quand même confuse, je n'ai rien prévu. — Comme la moitié des personnes présentes. Au moins , tu ne fais pas semblant de trouver ça normal. Prends un verre et éclate-toi ! » Élisabeth le prit au mot et chacun repartit de son côté. La jeune femme n’avait même pas paru attirée par le regard bleu profond de son hôte. Pourtant, ce regard-là était du genre magnifique, ou Violette ne s’y conna issait pas. Camouflée par un sortilège depuis son entrée, la fée passait inaperç ue aux yeux des convives. Elle s’approcha du chanteur et le dévisagea. Rien à redi re, selon ses propres critères, il était mignon comme tout pour un humain. Et ses yeux … leur couleur riche, étonnante, était de celle qui pouvait provoquer la jalousie d’une Dame. Sevan accueillit chaque invité venant à la suite, a vec plus ou moins de chaleur et de tact en fonction de son degré d'intimité. Il aurait dû ignorer les autres et rester avec Élis abeth, désireux de lui plaire bien que déjà séduite. Violette, toujours dissimulée par son charme mineur, s’abrita entre deux ficus pour ne pas être bousculée. Tout le mond e bâfrait et buvait avec enthousiasme et de nombreux rires ponctuaient les c onversations. La fée ne goûta pas cette ambiance festive et bruyante, partagée en tre contrariété et inquiétude. Pour la première fois de sa carrière de marraine, l a situation lui échappait et rien ne se déroulait comme prévu. Elle eut beau tourner et retourner les circonstances de cette première rencontre, impossible de définir le moment où tout était parti en vrille. Elle avait pourtant suivi la méthode habituelle à l a lettre. Aucun doute là-dessus. Elle était toujours respectueuse du protocole, même si d ’autres fées le suivaient avec plus d’application qu’elle. Certes, sa filleule n'avait pas fait de bonds de jo ie quand Violette lui avait remis une invitation VIP, ni même paru émue ou enchantée par ce coup de pouce du destin.
La surprise ou une nature introvertie pouvaient cep endant expliquer cette absence de réaction positive. La fée devait admettre qu’elle n e connaissait pas encore assez Élisabeth pour en juger. Les éléments du dossier re mis par les nébuleuses ne détaillaient pas sa personnalité avec précision. Dans tous les cas, elle avait aidé la couturière à se préparer avant de se rendre à cet anniversaire. L’évènement n’était pas comparabl e avec les bals des siècles précédents, ce qui ne posait pas de problème à la m arraine. Elle venait d'accomplir avec succès plusieurs missions sur la fin du XXème siècle, elle savait que ces évènements si romantiques avaient disparu, en même temps qu'une certaine retenue. Les mœurs ont évoluéus, cela ne, pensa-t-elle. Même si ce fait ne la surprenait pl l'empêchait pas pour autant de regretter le faste d 'antan. Une question de distinction, sans aucun doute, même si les femmes qui discutaien t devant elle étaient vêtues de sublimes robes, coiffées et maquillées avec recherc he. Peut-être me faut-il encore m'habituer à ces tenues trop courtes ou ces bretelles qui ne cachent rien, songea-t-elle. Ce qui lui rappela qu'elle s'éloig nait de son actuel problème, sur lequel elle s'empressa de se concentrer de nouveau. Après l’arrivée des derniers invités, chacun de ses protégés resta dans son coin, retrouvant des connaissances ou faisant de nouvelle s rencontres, le tout en s’ignorant cordialement. Que se passait-il ? Pourqu oi cela ne fonctionnait-il pas ? Où était passée la magie du coup de foudre ? Violette demeura dépitée pour les deux jeunes gens, effrayée à l’idée qu’ils passent à côt é de l’amour de leur vie et ne connaissent jamais le bonheur ensemble. Jamais elle n’avait été confrontée à pareille situa tion. Jamais. Et rien dans sa formation ne l’y avait préparée. Sa uf erreur de sa part, cela ne pouvait pas arriver. En tout cas, on s’était bien p rivé de le lui signaler et de lui donner les instructions à suivre dans une telle éventualit é. Il fallait donc qu’elle solutionne ce problème toute seule. Heureusement qu’elle avait un minimum d’expérience et de connaissances sur la nature humaine… Puis le pire arriva. Alors que la jeune couturière discutait avec une personne qu'elle venait de rencontrer, une grande fille maig re et un peu timide, une troisième les rejoignit : « Alors, qu'en pensez-vous ? C'esthipeinvité à l'anniv’ de Sevan, il est si d'être mignon ! Il me fait trop craquer ! » Elle déclama ça d'un ton plus haut que nécessaire e t Élisabeth ne percuta pas qu’il s’agissait peut-être du désir de se faire rem arquer par le charmant jeune homme en question. De ce fait, elle répondit de la façon la plus spontanée qui soit : « Bof, il fait vraiment de la musique de merde. On croirait un mauvais mélange de Justin Bieber et One Direction. » Violette, les yeux écarquillés de stupéfaction, déc ouvrit la présence du chanteur à succès juste derrière elles, à portée d'oreilles. I l n'avait pas perdu une miette ni du compliment, ni de la critique. S'apercevant de sa b évue, Élisabeth rougit pour la deuxième fois de la soirée. Il ne releva pas et s’é loigna, suivi d'un essaim de fans qui déversèrent des quantités écœurantes de cirage, afi n de le rassurer sur son dernier album et les précédents. Ils lui prédirent une long ue carrière et tout plein d'autres bonnes choses, fustigeant avec verve cette garce qu e personne ne connaissait, après tout. Sevan et Élisabeth ne s’adressèrent plus la parole de la soirée. Puis le chanteur monta sur scène pour entonner quel ques morceaux, avant que soit amenée l'énorme pièce montée de gâteaux et de fruits précédant l'ouverture des
cadeaux. Violette dut admettre qu'Élisabeth avait v u juste : ce n'était pas terrible. La musique s’avérait même tout à fait mauvaise, malgré la voix superbe de Sevan. La fée resta dissimulée entre deux décorations florale s, inquiète à l'idée de ne pas savoir rattraper la situation qui s’était sacrément corsée . « Bonsoir. Tu es mignonne, marraine-fée… quel est t on nom ? Mauve ? Parme ? » Avec un sursaut, l’interpelée se tourna vers la mus e qui venait de l’aborder, se rappelant que son charme ne résistait pas à leur re gard. Elle le dissipa d'un geste afin de ne pas se montrer impolie. Cela ne se faisait pa s de laisser croire aux personnes situées dans leur entourage que la muse parlait tou te seule. « Violette. Et vous ? — Gigi. Je suis surprise de rencontrer une marraine dans une telle sauterie. Ça ne se prête pas trop à vos missions. — Pour quelle raison ? — Eh bien, ce n'est pas ambiance romance fleur bleu e, ici. C'est plutôt fine partie et mœurs décadentes. Pas trop votre genre. — Mais tout à fait le vôtre, j'imagine ? » Avec un sourire à la fois amusé et moqueur, la muse se détourna. Au moins avait-elle eu l'honnêteté de ne pas s'en défendre. « Flûte, s'exclama alors la fée, où est passée ma filleule ? » Inquiète à l'idée que sa protégée ne fasse une nouv elle bévue ou ne se mette dans une situation incongrue, elle partit à sa rech erche, sans se formaliser des commentaires que soulevait sa présence soudaine parmi les invités, dont la plupart la dépassait d’une bonne tête, voire deux... C’est qu’ il atteignait tout juste le mètre soixante, ce petit bout de fée, ce qui en faisait u ne demi-portion au milieu de cette population du show-biz comptant de nombreux mannequ ins. « Oh, une vraie fée ! — Je n'en avais jamais vu ! — Moi si, mais ça faisait longtemps... — Tu penses qu'elle est là pour quoi ? — C'est évident ! C'est une fée-fleur, elle a une m ission. — Une mission ? — Les fées-fleurs sont souvent des marraines, elles permettent de rencontrer le Grand Amour, tout le monde sait ça. — Oh ! Alors j'espère qu'elle s'occupe de Sevan, il mériterait tellement ça, pour ses vingt-six ans ! Il paraît que ça fait des mois qu'il est tout seul. — Oui, cette Tania lui a brisé le cœur, elle ne mér ite pas de faire la couverture des magazines... » Et ainsi de suite. Violette entendait sans écouter, cherchant Élisabeth dans la foule dense. La jeune femme restait introuvable. Le Prince du jour aussi, d'ailleurs. Se pouvait-il… ? Non, très improbable vu le mauvais dé part pris par leur relation. Sans retenir un soupir, la fée commença à parcourir des salons de plus en plus petits et sombres, de plus en plus privés. Sans surprise, cer tains étaient l'objet de cette débauche qui plaisait tant à ces garces de muses. V iolette ne s'y attarda pas, soulagée de ne pas y sentir la présence de ses prot égés. Par chance, elle n’avait pas oublié de les marquer d’un charme léger lors de leu r rencontre, ce qui lui évitait d’entrer dans les pièces où de jeunes gens s’adonna ient à des usages indécents et d’en être témoin, ce qui aurait heurté sa sensibili té. Elle savait que cela existait, depuis toujours, mais loin d’elle l’idée d’en décou vrir les détails. Cela manquait tant
d’élégance. Enfin, alors qu'elle n'y croyait plus, elle repéra ses protégés et l'espoir lui envahit le cœur : Élisabeth et Sevan s'étaient isolés dans un salon cosy. Ils discutaient, avachis dans un même canapé, malgré tout séparés pa r une distance convenable. Profitant de leur inattention et de l'ambiance somb re de la pièce, la fée resta près de la porte afin d'écouter leurs échanges. Tous les es poirs étaient désormais permis ! Elle se tint prête à user d’autres sorts pour les a ider à se rapprocher si besoin, commençant par un charme de répulsion afin d’éviter tout dérangement intempestif. Prête aussi à provoquer un départ précipité de sa f illeule si les deux tourtereaux montraient une trop grande promiscuité. Il faut res pecter un minimum l’ordre des choses et les convenances, si l’on souhaite une bel le histoire. Trop de passion assouvie sans contrainte pouvait compromettre les o bjectifs de la fée à court terme. Ce n’était pas pour rien que sa marraine avait prov oqué une fuite hâtive de Cendrillon à minuit tapante. Violette s’approcha, à l’écoute, camouflée dans la pénombre de la pièce. Des notes de musique assourdies lui parvinrent. Guitare sèche… Sevan jouait, l’air de rien, tout en discutant avec sa promise. « Quand même… un mix de Bieber et One Direction, tu y as été fort. — Je suis super confuse. Si je t’avais vu, je n’aurais jamais dit ça. — En même temps, je préfère cette franchise. Au moins, je sais à quoi m’en tenir. — Je te promets, j’ai surtout dit ça parce que cette greluche m’agaçait. — Et tu arriverais à m’affirmer, maintenant, que tu aimes ce que je fais ? — Eh, faut pas abuser quand même ! » Il éclata de rire, se pencha en avant et prit une c igarette à la forme douteuse dans le cendrier. Il tira une taf puis la tendit à Élisabeth qui la saisit sans commentaire, afin d’en faire autant. Leurs épaules se détendirent. Un parfum à la touche florale délicieusement capiteuse, et surtout caractéristique, parvint au nez de Violette. Celle-ci s’immobilisa, stupéfaite, en rec onnaissant l’arôme suave du cannabis. Si elle pouvait se montrer naïve sur cert ains points, quelques missions dans les années soixante-dix du siècle précédent l’ avaient déniaisée sur d’autres. Frémissante, elle attendit la suite… Les notes de g uitare se firent plus douces, même si le chanteur conservait un doigté précis. Il connaissait le morceau par cœur et ne jouait plus que par automatisme, sans doute. La fée admit que ce n’était pas mauvais. C’était même très bon. Élisabeth fut de so n avis, car elle s’exclama d’un air ravi : « Mais… c’est du Black Sabbath. — Ouaip. Tu connais ? — Bien sûr ! C’estPlanet Caravan. Idéal dans cette ambiance. » Ils ricanèrent tous les deux avant de se taire pour apprécier le morceau. Sevan joua le solo à la perfection pendant que la jeune f emme fermait les yeux pour apprécier la magie de l’instant. Autour d’eux, le t emps se suspendit. Même Violette retint son souffle, séduite par la musique douce, p lanante. Lorsque le temps reprit son cours, Élisabeth murmura, d’un ton un peu moqueur. « Tu t’y intéresses depuis que le titreIron Mana été remis au goût du jour par le film ? — Bien tenté, mais non. J’adore l’albumParanoïd, il fait partie de ceux qui m’ont donné envie d’apprendre la grat’. My Godais bons groupes! T’es en train de me confirmer que tu aimes les vr des seventies ?